Le parcours de Nelline

Il est difficile de relater un parcours PMA mais je vais me lancer.

Mon mari et moi on s’est rencontré sur Internet le 2 janvier 2005, on a tout de suite accroché et lors de notre 1e rencontre 1 semaine après, j’ai su que c’était lui.

On s’installe 2 mois plus tard ensemble dans un petit appart sur Lisieux car chéri venait d’y trouver un emploi.

Je ne prenais pas la pilule et je suis allergique au latex donc nous avons vite abandonné les préservatifs en se disant que si bébé il devait y avoir c’est qu’il devait venir.

Les mois ont passé et toujours pas de bébé en vue, j’ai commencé à m’inquiéter et après avoir déménagé sur Rouen pour le travail j’ai pris RDV chez une gynéco.

Quand je lui ai expliqué que mon mari avait été opéré à 12 ans car ses testicules n’étaient pas descendus, elle a tiqué et m’a dit que c’était vraisemblablement pour ça que bébé tardait.

Elle nous prescrit une hystérosalpingographie pour moi et un spermogramme pour lui.

L’hystéro ne révélera aucun souci mais le spermogramme montrera une oligoasthénotératospermie modérée.

De nouveau rendez vous chez la gynéco qui décide de nous envoyer en Pma, 1e RDV en juin 2007 au chu de Rouen.

Ils nous represcrivent d’autres examens mais les délais d’attente sont relativement longs pour certains et nous voilà rendus en octobre 2008, début du traitement pour ma 1e Iac, je me fais mes piqûres toute seule ça ne me dérange pas et puis chéri n’aurait pas pu les faire et comme je suis aide soignante, les horaires ne cadrent pas forcément avec les IDE de ville (et puis à l’époque je voulais pas en parler à mes collégues infirmières ).

J’étais pleine d’enthousiasme, ça allait marcher c’est sûr et ça marchera : je suis enceinte.

Nous sommes sur un nuage, on le dit à nos proches, on commence à rêver et puis le drame 3 semaines plus tard, je perd du sang et mon bébé.

Je le vis très mal et encore aujourd’hui je pense à ce que serait notre vie avec lui.

On repart pour 3 nouvelles Iac qui malheureusement se solderont par des échecs.

Nous voilà arrivé en 2010 ( car la sage femme avait oublié de m’inscrire pour la fiv fin 2009 )

Le 1e protocole ne donnera rien, il est interrompu après 12 jours de traitement, je ne répond pas au traitement.

Fin mai 2010, on commence le protocole long qui amène une ponction le 2 juillet ( la veille de la ponction je me souviens avoir vu un reportage sur le don d’ovocyte et je m’étais dit que j’avais bien de la chance de ne pas devoir passer par là car les médecins m’avaient assuré que les FIV nous donnerait un bébé car de mon côté aucun souci… comme je me trompais !!!!).

Je rentre à l’hôpital pleine d’espoirs, il n’y a que 4 follicules mais je suis sûre qu’il y aura un winner.

Quand je retourne dans ma chambre, je retrouve mon mari qui comme moi attend les résultats avec impatience.

La sage femme rentre et nous annonce froidement que mes ovocytes sont atrétiques (en somme beaucoup trop vieux) et que nous allons devoir passer par le don d’ovocyte ou l’adoption.

A part elle dira à mon mari que lui peut avoir des enfants mais pas avec moi, ce à quoi il lui répondra que peu importe la façon dont nous serons parents ça sera forcément avec moi.

Je rentre à la maison effondrée et je crois que j’ai passé presque 1 mois à pleurer (en essayant de me cacher bien sûr).

Les paroles de cette sage-femme m’ont fait beaucoup de mal, j’ai eu l’impression d’être nulle, inutile, plus une femme. C’est comme si on niait ma capacité à être mère alors que dans ma tête et mon cœur ça fait des années que je suis déjà mère.

Les médecins me re-prescrivent de nouveaux examens et s’aperçoivent que mon AMH déconne à pleins tubes.

Ils décident de refaire une tentative avec un protocole court au mois d’avril 2011, je réponds bien au traitement cette fois et je produis 11 follicules mais lors de la ponction le résultat est le même pourtant j’avais repris espoir avec ses 11 beaux follicules.

Les gentilles sage femmes, cette fois, se montreront pleine de sollicitude et seront vraiment déçues pour nous.

Elles nous orientent vers Amiens en vue d’un don d’ovocyte.

Cette fois je suis triste mais je m’y étais préparée donc je pleure moins.

1 semaine après, je prends RDV à Amiens, chouette ça va vite, j’ai RDV en mai.

Le RDV se passe bien, je trouve une médecin à l’écoute, ça me change de Rouen où j’avais l’impression de n’être qu’un numéro pour les médecins.

Elle nous prescrit de nouveaux examens et un RDV avec la psy, au mois de juillet, tout s’enchaîne vite, nous sommes contents.

On décide d’une nouvelle tentative de FIV pour Novembre, on se laisse le temps de souffler et de partir en Corse en septembre pour se retrouver car l’air de rien dans tout ça notre couple a sacrément morflé physiquement, psychologiquement et dans l’intimité.

Nous attaquons le protocole sans espoir car pour nous les dés étaient déjà jetés et nous avions raison car malgré 14 beaux follicules, le résultat est encore pire qu’avant là tous les follicules se désagrègent.

Nous reprenons RDV en décembre, on veut nous faire réessayer un autre protocole mais là on dit stop, on a eu le temps depuis plus d’1 an de se faire à l’idée du don et de l’accepter, je ne veux plus me faire de piqûres pour rien et mon mari est fatigué de me voir souffrir à chaque fois et de se sentir si impuissant.

Nous voilà donc dans l’attente.

1 amie à moi a commencé à faire les examens pour faire un don mais en vue d’une maladie génétique chez ses proches, elle n’a pas pu le faire.

D’autres nous l’avaient proposé en 2010 et se sont rétractés par la suite, c’est la vie, sans compter nos amies qui voulaient le faire mais sont trop « vieilles ».

Aujourd’hui, j’attends qu’une autre amie me fasse un don, elle a accouché il y a 2 mois et elle prendra RDV bientôt à Amiens.

L’attente est longue et si encore une fois ça n’aboutit pas, nous nous tournerons vers l’étranger car nous avons 33 ans et le temps commence à être interminable.

Ce parcours nous aura permis de savoir que notre couple est solide, il m’a rendu plus forte (même si je me suis beaucoup isolée à une époque) et aujourd’hui j’ai de nouveau goût à la vie et j’arrive à m’occuper de mes neveux et nièces et les enfants des amis sans cette pointe d’amertume.

Après je sais que je vais encore traverser des épreuves mais j’ai l’impression que la tempête est passée et qu’il ne me reste que quelques orages a traverser. Je  veux croire en l’avenir et en ce petit être qui viendra nous combler.

Pour l’adoption, nous sommes d’accord sur le fait que ce n’est pas pour nous, on n’a pas envie de se lancer dans un nouveau combat, si on n’arrive pas à avoir d’enfant grâce à un don nous resterons tous les 2 et nous profiterons de notre vie autrement.

Tout cela à laisser des traces physiques sur mon corps et au niveau professionnel j’ai morflé car on m’en a fait bavé aussi car c’est mal vu les femmes infertiles, vous imaginez si elle tombe enceinte, elle se fera arrêter, elle doit s’absenter pour ses examens… mais heureusement je me reprend en main, je prends plus soin de moi, nous faisons construire notre maison et nous l’aurons le mois prochain ( chouette, chouette, chouette ) et j’ai un nouveau projet professionnel qui me permettra de m’épanouir donc aujourd’hui j’arrive à me projeter, ce que je n’avais pas fait pendant trop d’années.

C’est ce que je souhaite à toutes les PMettes, des projets, du bonheur, et ne pas laisser passer la vie sans en profiter car après on regrette quand on regarde en arrière.

13 réflexions au sujet de « Le parcours de Nelline »

  1. Très beau témoignage, cela a dû être difficile à vivre cette annonce aussi froidement. Nous en revenons systématiquement à ce manque d’humanité dans les PMA. Je te souhaite beaucoup de courage pour l’attente qui doit te paraitre interminable à force…

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  2. Je n’en reviens pas de la dureté et de la bêtise de cette première sage-femme. Votre parcours est plein de courage, je vous souhaite d’arriver au bout de votre rêve très bientôt.

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  3. Je vois que les sentiments ressentis par les femmes sont toujours les mêmes, nous nous sentons nulles, inutiles, pas de vraies femmes…Et puis tous ces médecins, sages femmes et j’en passe, qui n’ont aucun tact..je vois que personne n’est épargné. Bon courage pour les prochaines étapes de cette aventure, qui certe n’est pas de tout repos, mais qui reste un super témoignage d’amour.

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  4. Merci pour ce témoignage très très touchant.
    Encore une fois, certaines personnes du monde médical ont des façons inacceptables de présenter les choses… ça c’est vraiment quelque chose sur lequel il va nous falloir nous battre avec BAMP!
    Et je trouve vraiment terrible ce constat: dans le monde professionnel, « c’est mal vu les femmes infertiles »!!! Comme si on n’en bavait pas déjà assez comme ça côté perso…
    Courage pour la suite du parcours – je te souhaite qu’elle soit belle.

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  5. Très beau témoignage… Et il me semble déjà avoir lu un témoignage ici disant que monsieur pouvait avoir des enfants… oui, mais pas avec madame en question… pff ! Plein de courage pour la suite… ps : moi aussi, j’ai rencontré mon homme sur le net…

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  6. Merci de noas avoir raconter tout ça, très dur , merci de tes conseils et je vois aussi la délicatesse voire l’intelligence de chez certains…..aberrant…plein de bisous

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  7. Merci pour ton temoignage Nelline. Ce parcours est deja tellement difficile, quand en plus il faut supporter des infirmières ou médecins qui ne sont pas sensibles au côté psychologique ca peut devenir cauchemardesque. Tu es tres courageuse et je souhaite que le don vous amene votre bonheur. Biz.

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  8. Bonjour nelline
    Ton parcours me touche beaucoup.
    Depuis quelques mois, j’ai décidé de faire un don d’ovocytes. Seulement, je trouve ça dommage de la faire « seule », cad sans receveuse.
    Si tu es intéressée par l’idée de devenir « ma » receveuse, dis moi où te contacter.
    En attendant je te souhaite beaucoup de courage pour arpenter le chemin sinueux qui te mènera, je l’espère, vers la maternité.

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    1. ISA
      Merci de ta contribution au blog du collectif.
      En France, tu ne pourra pas donner tes ovocytes à une personne directement.
      Ton don viendra « juste » faire remonter sur le haut de la pile des demandes, le dossier de la personne que tu voudrais être TA RECEVEUSE.
      La France pratique les dons croisés, c’est à dire que si tu es ma sœur (par exemple) ton don ne sera pas pour moi, mais pour une autre personne inconnue (principe français sur l’anonymat du don). Tandis que moi, qui aura apporter jusqu’au ceccos, ton don, je recevrais (dans un délai plus ou moins court) le don d’une autre receveuse.
      Certains pays Européens propose la possibilité du don direct, la Belgique notamment.

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      1. Merci Irouwe de ces précisions.
        Je me suis bcp renseignée sur le don, donc je le savais, j’ai sûrement mal choisi mes mots, j’aurais du dire plutôt « marraine » et « filleule »?
        En tout cas, j’ai décidé que je ferais ce don, et je préfèrerais qu’il serve directement à une personne, à raccourcir son attente, plutôt que d’être purement gratuit. 🙂

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        1. Je faisais aussi une réponse générale pour les personnes qui ne sont pas informée.
          Je pense que ton geste très généreux, peut tout à fait trouver un écho, ici ou dans d’autres espaces de communication sur ce sujet.
          SI tu es décidée, tu vas trouver le moyen de faire comme tu souhaites le faire.
          Tu nous tiens au courant

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      2. Merci Isa pour ta proposition, c’est si rare que des personnes se devouent comme tu veux le faire. Après tout dépend ou tu habite, moi je suis suivie sur Amiens donc si tu es par la c’est possible sinon peut être peut tu faire un don pour une fille près de chez toi. En tout cas je te remercie de ta générosité, j’en ai eu les larmes aux yeux.

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        1. Nelline, je suis pas loin de Montpellier, pas vraiment le même coin 😦
          J’ai eu la chance de n’avoir eu quasi pas de pb pour avoir mes deux enfants. J’ai lu, vu par mes amies, tellement de galères, que je me sens redevable. J’ai l’impression que j’ai eu la partie trop facile, qu’en quelque sorte, il me faut essayer de faciliter la tâche pour d’autres, histoire de compenser… C’est peut être pas la meilleure raison, mais j’ai le sentiment qu’il faut que je le fasse. Si vous connaissez qqun qui chercher un donneuse dans ma région, vous pouvez lui passer le mot. Merci 🙂

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