Les enfants pma ont besoin de savoir d’où ils viennent (Interview de Myriam Szejet, pédopsychiatre)

«Les enfants issus d’une PMA ont toujours besoin de savoir d’où ils viennent»

PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP
Une famille homoparentale, au Portugal, le 23 février 2014.

INTERVIEW – Myriam Szejer, pédopsychiatre, publie une BD explicative à destination des enfants et des parents confrontés à une procréation médicalement assistée…

Pédopsychiatre et psychanalyste, Myriam Szejer travaille depuis 25 ans auprès de parents et enfants ayant eu recours à la PMA. Avec Catherine Dolto, elle publie aujourd’hui


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destinée aux enfants qui cherchent à comprendre comment une FIV, un don de gamètes, ou GPA, les a aidés à venir au monde.

A partir de quel âge peut-on expliquer à l’enfant qu’il n’est pas né de la même façon que ses camarades?

Il est justement né de la même façon. Mais il n’a pas été conçu de la même façon. Il l’a été avec l’aide de la médecine. Je crois que les révélations concernant la naissance, l’origine, ne doivent pas exister quand il s’agit d’une simple FIV. On n’en parle pas si les parents ne souhaitent pas en parler et s’il n’y a pas trop de monde au courant. Ce qui est important, c’est que l’enfant ne grandisse pas avec un tabou autour de sa conception. Il va le sentir. En revanche, quand on parle de dons d’ovocytes, de sperme, de GPA ( Gestation pour autrui ), là, je pense qu’il est important d’en parler. C’est beaucoup plus lourd qu’une simple FIV.

Cacher une PMA peut donc avoir des conséquences sur l’enfant?

Ça arrive, mais elles ne sont pas toujours déchiffrables. Beaucoup parents disent: «Je ne le dirai jamais» et en général, ce n’est pas pour rien. Dans cette histoire de famille là, il y a une place pour ce secret. De toute façon, en France, il est interdit de donner l’origine des gamètes des donneurs. Donc, certains parents ne voient pas l’intérêt de dire. Pourtant, il ne s’agit pas de savoir qui est le donneur, mais au moins savoir qu’il y a eu donneur.

Est-il si important pour un enfant de ressembler à ses parents?

C’est important. Mais il faut aussi comprendre pourquoi on ne leur ressemble pas tant que ça, parfois. Une petite fille me disait: «Je ressemble à papa, à maman et une dame espagnole qui a les cheveux noirs». Elle n’était donc pas étrangère à l’Espagne.

Avec la PMA, on introduit le terme de géniteur, qui n’a rien à voir avec celui de parent. Un enfant peut-il le comprendre?

Ils ne le comprennent pas tous au même âge. C’est aux parents de juger le degré de maturité de l’enfant pour lui expliquer. A partir de 6-7 ans, c’est normal. Si on lui explique trop tôt, il va tout confondre. Après, on lui explique qu’un géniteur n’est pas un papa parce qu’il ne va jamais l’élever. Mais c’est celui-là qui a aidé à ce qu’il existe.

Dans une famille homosexuelle, un enfant peut-il dire qu’il a deux pères ou deux mères, alors que c’est biologiquement impossible?

Il peut dire qu’il a deux parents. Ça dépend qui est appelé maman, qui est appelé papa. C’est parfois bien compliqué pour eux. Dans un couple homosexuel féminin, la compagne ou femme de la mère est parfois appelée par un autre nom. Appeler deux femmes «maman», c’est un problème. Je pense qu’il faut appeler «maman» celle qui a porté l’enfant.

Avoir deux parents du même sexe ne perturbe donc pas un enfant?

Un enfant perturbé présente un symptôme qui est polyvalent. Il peut avoir une phobie, une angoisse, bégayer, etc. Un enfant qui bégaye, on ne peut pas dire que c’est parce qu’il a des parents homosexuels. On va le traiter. On ne peut pas évaluer le degré de perturbation lié à cela (vivre dans une famille homoparentale). On ne peut dire qu’ils vont très bien, ni dire qu’ils vont mal à cause de ça. Ce ne sont pas les études qui permettent de le dire. C’est du cas par cas, avec un psychanalyste.

C’est un problème social avant tout. De regard de l’autre…

S’il n’y a pas le regard des autres, l’enfant ne se pose pas la question tout de suite. Mais on n’est pas tout seul, donc en général, ils voient les autres enfants qui ont un papa, une maman. Moi, je vois des parents arriver avec leur enfant en me disant: «Il faut peut-être qu’on se fasse suivre». Je leur demande pourquoi? «Parce qu’on est homosexuels.» Je leur demande comment va l’enfant. Ils me répondent: «Très bien». Il y a une inquiétude. Mais tant que l’enfant va bien, on ne l’embête pas. On lui explique quand même son histoire. La vérité.

Est-ce qu’un jour, vous imaginez qu’un enfant issu d’une PMA n’ait plus besoin qu’on lui explique d’où il vient?

Cela va se banaliser, mais ce n’est pas pour autant que les enfants n’auront pas besoin de savoir. Voyez les enfants de divorcés. Il y a 30-40 ans, on les pointait du doigt. Les enfants auront toujours besoin de connaître leur histoire, de savoir d’où ils viennent et il ne faut pas leur raconter des balivernes.

Romain Scotto
L’article est ICI.

4 réflexions au sujet de « Les enfants pma ont besoin de savoir d’où ils viennent (Interview de Myriam Szejet, pédopsychiatre) »

  1. et si la fertilité devient compliquée voire quasi impossible naturellement, à cause de tous les perturbateurs endocriniens et autres, ça deviendra presque même étrange d’être conçus sous la couette, à l’ancienne! ( et on verra défiler tous ces braves gens pour réclamer l’arrêt de cette sexualité bestiale… Et gratuite).
    Ok, j’arrête là ma fiction….

    Aimé par 1 personne

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