L’Académie Nationale de Médecine envoie un signal fort sur le don d’ovocyte

Mercredi 28 janvier, l’Académie Nationale de Médecine se positionne, (par un acte militant ?) par rapport au don d’ovocyte en décernant le » PRIX JACQUES SALAT-BAROUX – (DANM 27.10.2003) – Biennal – Année paire – 7 500 € – Partage interdit. Destiné à la promotion des travaux cliniques et scientifiques dans le domaine de la reproduction humaine ». Prix attribué au médecin espagnol Antonio Pellicer. Désignant par la même les travaux que ce médecin réalise depuis des années dans le réseau des cliniques privées IVI, dont il est le fondateur.

Un message envoyé aux politiques français ? Une prise de position des médecins français pour alerter sur la situation quant au don d’ovocyte en France, les blocages liés au dogme de la gratuité. Récompenser par un prix de l’Académie Nationale de Médecine, un médecin Espagnole fondateur d’un des plus important réseau de cliniques privées de médecine de la reproduction est à notre avis un acte très signifiant.

En 2014 : 760 femmes françaises se sont rendues pour une 1ère consultation dans les cliniques IVI en Espagne.

·      Sur les 4 dernières années, le nombre de femmes françaises ayant consulté chez IVI a augmenté de 291% (En 2010, 194 consultations ont été enregistrées).

·      95% sont des femmes hétérosexuelles et 5% sont homosexuelles ou célibataires.

Ces chiffres concernent juste le réseau IVI, l’Espagne compte d’autres groupes de cliniques privées (Procreatec, Eugin, Reprofiv, GINEFIV, GINEMED, TAMBRE, etc.).

Pour rappel en 2011, le rapport de l’IGAS sur le don d’ovocyte, évaluait à 85 % les couples qui partaient à l’étranger pour bénéficier d’un don d’ovocyte. Il semble que le chiffres ont encore augmenté depuis cette date.

Le professeur Philippe Bouchard, membre de l’académie de médecine et endocrinologue a dit lors de la conférence de presse suite à la remise du prix : « Si l’on veut augmenter les dons d’ovocytes en France, il est nécessaire d’évoluer vers la rémunération des dons, ainsi que la garantie de l’anonymat des donneuses, comme cela se pratique notamment en Espagne« .

L’académie de médecine a mis en place un groupe de travail sur la question du don de gamètes. Ce qui pourrait permettre peut-être une évolution de la législation française sur les questions de la rémunération des donneuses, mais aussi sur la vitrification des ovocytes pour raisons sociales

L’ANM est une institution Française, dont voici un extrait des statuts : « L’Académie nationale de médecine est une personne morale de droit public à statut particulier, placée sous la protection du Président du République. Elle a pour mission de répondre, à titre non lucratif, aux demandes du Gouvernement sur toute question concernant la santé publique et de s’occuper de tous les objets d’étude et de recherche qui peuvent contribuer aux progrès de l’art de guérir.« 

Si vous voulez aller plus loin dans la connaissance des missions de l’Académie Nationale de Médecine, c’est par ici

 Nous vous proposons la lecture de trois articles complémentaires sur ce sujet :

– Interview du Docteur PELLICER Antonio fondateur d’IVI sur le site du Journal La Parisienne

 Voici un article de Claudine Proust, pour la version numérique de LA PARSIENNE du 29 janvier

Un parcours qui reste bien trop long en France faute de donneuses. Malgré les campagnes, l’agence de biomédecine n’enregistrait en 2012 que 422 dons, alors que 2 110 couples sont en attente. « Cette ironie française, qui autorise les dons mais ne les favorise pas, faute de les rétribuer, laissant les femmes aller trouver la solution ailleurs, mais en connaissance de cause puisque c’est partiellement remboursé, ne peut plus durer ! »

Celui qui s’exclame ainsi, appelant ouvertement à une modification de la loi française, est un membre de l’Académie de médecine, assemblée scientifique dont on n’attend pas forcément des éclats révolutionnaires. Endocrinologue à l’hôpital Foch, Philippe Bouchard, y recevait hier, en compagnie de son confrère René Frydman, papa des premiers bébés éprouvettes français, et avec les honneurs, le médecin espagnol Antonio Pellicer.

– Pour lire la suite c’est par ici La Parisienne Claudine Proust | 29 Janv. 2015, 06h58

 À l’occasion de ce prix, le Pr Antonio Pellicer a vanté le modèle espagnol du don d’ovocyte anonyme et rémunéré, dans certaines limites. « L’Espagne a depuis 1988 une législation très progressiste qui a permis de développer la recherche sur l’embryon, le don d’ovocyte, et leur congélation », a-t-il expliqué. Ainsi, une femme peut donner ses ovocyte deux fois par an maximum, six fois dans une vie, et chaque don est dédommagé entre 900 et 1 000 euros. L’enfant ne peut connaître l’identité de ses géniteurs qu’en cas de grave maladie. Selon le Pr Pellicer, il faut bien coupler l’anonymat avec la compensation financière. « En France, on ne rémunère pas la donneuse. Les femmes qui souffrent d’une insuffisance ovarienne doivent parfois attendre plusieurs années. D’où l’explosion des demandes sur Internet et la venue des femmes en Espagne – où le délai d’attente est de 2 mois. En Angleterre, l’anonymat n’est pas la règle. Malgré la compensation financière, il n’y a pas non plus de donneuses », explique-t-il.

– La suite de l’article du 28 janvier du magazine en ligne Le Quotidien du médecin. Par Coline GARRE

9 réflexions au sujet de « L’Académie Nationale de Médecine envoie un signal fort sur le don d’ovocyte »

  1. Avant même de parler de rémunération je pense qu’il faudrait faire un gros travail sur les mentalités. Je veux dire par là deux choses : faire connaitre le don et le « banaliser » / le « normaliser ».
    Pour avoir vécu quelques temps en Espagne je peux vous assurer que là bas le don (ovocyte et sperme) est quelque chose de tellement normal que vous avez des affiches en parlant et y incitant aux arrêts de bus, dans les stations de métro, à la télé, dans les journaux…
    Ce n’est pas du tout quelque chose de caché ou honteux. Un homme faisant don de son sperme sera très bien considéré, un vrai « donneur de bonheur » et non un type « qui va prendre son plaisir au labo pour de l’argent et sans craindre les critiques de sa femme » par exemple.

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    1. Ce que tu décris, c’est ce que nous essayons de faire à notre petit niveau d’association de patients de l’AMP.
      Banaliser le don de gamètes, faire évoluer la situation en France, lutter contre les préjugés, communiquer sur le don de gamètes, sur les besoins et les situations des couples en attente.
      Cette prise de position de la part d’une institution comme l’Académie Nationale de Médecine est un acte fort, qui nous l’espérons pourra participer à son niveau à faire bouger la situation en France.

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    2. Via le prisme de mon experience, l’information ne fait malheureusement pas tout.
      Faire un don, ça coûte beaucoup: les déplacements, les examens pénibles, le temps (gynéco, psy, généticien, et encore gynéco…), la douleur, les risques…
      Il me semble tout à fait normal de proposer une compensation financière.
      Sachant déjà que pour se faire rembourser des déplacements, c’est la croix et la bannière (je n’avais pas pensé à garder tous les justificatifs, j’ai renoncé, j’ai payé pour avoir le droit de donner).

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      1. C’est pour tout ce que tu dis, que dans le manifeste, nous demandons que les donneuses soient mieux prises en charge. Que les droits (remboursements des frais engagés, rémunération des absences au travail, accueil, accompagnement et prise en charge médicale dans les cecos soient améliorés) qui sont les leurs soient respectés partout sur le territoire. Car d’un cecos à l’autre les conditions d’accueil et d’accompagnement dans cette généreuse démarche ne sont pas identiques. Tels centres rembourse les frais, tandis qu’un autre ne le fait pas.

        Il y a donc à faire.

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      2. Ah oui, je n’ai pas dit que l’info seule suffirait hein. 😉 Mais que déjà si le regard que la société porte sur le don changeait cela serait un grand pas.
        Et c’est sur ce point que je comparais avec l’Espagne, pays dans lequel la PMA et tout ce qui y a trait (y compris le don, donc) n’est pas tabou comme ici, pas mal vue ni rien. Et où les donneurs sont vraiment plus que bien considérés, la société les voit comme des « sauveurs, héros de couples malheureux à la loterie génétique (ou autre souci) ».
        Donc je mettais en avant le fait que l’info est importante (tout comme la rémunération ou moins prise en charge des frais engendrés) mais aussi et peut-être surtout le regard et le jugement portés sur les personnes concernées : passer du négatif / moquerie / rejet à du positif / incitatif / laudatif. 🙂

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  2. J’espère que le sujet va avancer un peu en France!
    On ne nous a même pas proposé le don d’ovocyte lorsqu’à 38 ans, on s’est aperçu que ma réserve ovarienne était naze. Même pas la chance d’être sur une liste d’attente, et, éventuellement, de recruter pour avancer un peu plus vite (ça encore, j’ai du mal avec ça!).
    Aucune communication en France sur le sujet, ou alors dans des salles d’attente de PMA (est-ce bien l’endroit?).
    Des tas de femmes pensent que la stimulation va appauvrir leurs propres réserves…
    On n’évolue toujours pas, non plus sur les conditions? (je ne me souviens plus, mais il fallait avoir déjà au moins un enfant, moins de 35 ans, je crois… ).
    Bref, si ça avance, tant mieux, mais le chemin est long…

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    1. Le recrutement des donneuses par les couples receveurs appelé « don relationnel » est une pratique vers laquelle les cecos ont progressivement glissés, du fait du manque de donneuse. Mais pour rappel, le rapport de 2011 de l’IGAS avait rappelé que cette pratique était contre la loi. Plongeant les couples en attente dans une quête douloureuse et difficile. Établissant une inégalité entre les couples qui trouvent une donneuse et qui voient leur temps d’attente réduit et ceux qui n’ont pas de donneuse qui restent donc dans la longue liste d’attente.

      Le décret n’est toujours pas appliquée, n’ouvrant pas la possibilité du don aux femmes n’ayant pas encore d’enfant.

      En France les don d’ovocytes sont réservés aux « jeunes » femmes, une autre manière de gérer la pénurie de don. En réduisant le nombre de femmes pouvant y avoir accès, par imposition d’une limite d’âge.

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