Article cecos, procréer par don/FFER

Comme vous le savez l’association COLLECTIF BAMP a participé aux FFER du mois de septembre 2014. Mais nous n’avons pas eu le temps de faire toutes les retranscriptions des multiples interventions. Voici un compte rendu présenté dans la dernière lettre des CECOS du mois de février 2015. Bonne lecture.

Procréer par Don : compte rendu de la session CECOS du congrès de la FFER 2014

13 février 2015

Résultats de trois études réalisées dans les CECOS

Photo de l'actualité

 Compte rendu de la session CECOS (FFER 2014) :

Procréer par don

 Trois études importantes, concernant les relations au don de gamètes des différents protagonistes ont été présentées lors de cette session.

La première communication (N.Nouri) a rapporté les résultats d’une enquête sur la dynamique familiale et la place qu’occupe chacun des deux parents auprès de l’enfant né suite à une AMP avec tiers donneur (65 enfants), en comparaison avec la situation de l’AMP intra conjugale « classique » (103 enfants), ainsi que la nature des liens de filiation dans les familles. L’analyse descriptive a mis en évidence certaines différences entre les deux groupes, notamment sur la question de l’information de l’enfant sur son mode de conception. De manière inattendue, c’est dans le groupe « tiers donneur » que les parents informent majoritairement leurs enfants de leur mode de conception, durant les premières années de la vie, contrairement au groupe « intra conjugal » où l’information est moins fréquente et plus tardive. D’autre part, et cette fois de manière attendue, l’analyse de la dynamique familiale a montré que le 1er groupe devait surmonter la rupture de filiation inhérente au recours à un tiers donneur, grâce à  une élaboration psychique qui doit se faire avant l’arrivée de l’enfant, permettant ainsi une inscription apaisée et sereine dans la parentalité.

La deuxième communication : elle a concerné la question du don : comment est-elle abordée dans les récits de conception (des parents aux enfants nés par don de gamètes) ? Quelles sont les représentations croisées du don de gamètes, entre couples donneur et receveur ?

Afin de mieux appréhender le devenir du récit de conception, une enquête a été réalisée par une équipe de psycho-sociologues de l’Université Lyon 2 (N. Kalanpalikis et M. Doumergue) auprès des couples en attente de procréation par don de sperme (1er groupe : 929 personnes), et d’un second groupe constitué de couples déjà parents par recours à cette technique (216 personnes) Il ressort de l’enquête auprès du 1er groupe que :

– les couples partagent leur expérience avec leur entourage familial et amical

– ils déclarent avoir décidé de parler à leur(s) enfant(s) de la manière dont ils ont été conçus

– la moitié déclare ne pas savoir exactement quand et comment en parler

– ils adhèrent très majoritairement à l’idée que l’enfant a le droit de connaître ses origines

– ils affirment l’importance de parler à l’enfant en dehors de toute possibilité d’identification du donneur, qu’ils ne souhaitent majoritairement pas rencontrer, et qui est souvent désigné par le terme « donneur de gamètes ».

– si des informations non identifiantes concernant le donneur pouvaient  être données, elles devraient se limiter aux caractéristiques morphologiques «  de base » telles que demandées par les CECOS (taille, poids, couleur des yeux et des cheveux), et à des informations de nature médicale.

– la très grande  majorité des couples reste attachée aux principes de l’anonymat et de la gratuité du don de sperme

L’enquête concernant le groupe des couples déjà parents a montré que :

– l’importance de la ressemblance est diminuée par rapport aux couples qui ne sont pas encore parents ; les femmes désinvestissent plus cette dimension de ressemblance que les hommes

– les femmes pensent plus au donneur quand elles sont déjà mères, mais le sentiment de gratitude diminue; c’est l’inverse pour les hommes.

les parents entérinent davantage que les autres le principe de gratuité, et l’idée d’un donneur strictement anonyme, tout en reconnaissant le droit de l’enfant à connaitre ses origines.

–  alors que les enfants ont en moyenne moins de 3 ans, pour 60% des familles concernées, l’un des parents au moins a déjà raconté à l’enfant la manière dont il a- été conçu.

– les parents mettent en avant le souhait d’un récit progressif et adapté, avec utilisation d’un livre support et le recours à l’institution

La troisème communication a rapporté les résultats d’une autre enquête a été réalisée par une équipe de psycho-sociologues de l’Université Lyon 2 (J.P. Durif et P. Mercader), pour tenter de répondre à la question suivante : Quelles sont les représentations du don de gamètes chez les couples donneurs et receveurs ? L’objectif de cette étude est une meilleure compréhension du vécu psychique des couples donneurs et receveurs, des représentations et liens croisés entre les quatre personnages de ces deux couples, avec une attention particulière concernant la femme dans chacun des couples. L’étude a porté sur 24 couples « receveurs » et 5 couples « donneurs ».

            Comment les femmes de donneurs se représentent-elles les receveurs ?

            De fait, il y a peu de représentations, en particulier sur l’homme receveur et les enfants potentiels issus des gamètes de son conjoint (nécessité d’une distance identificatoire). En revanche, l’identification est forte à la détresse et au désarroi de l’autre femme, (celle du couple receveur), en pensant à la difficulté et au courage qu’elle aura à « recevoir le sperme d’un autre homme ». C’est souvent dans l’après-coup qu’elles réalisent et ressentent que le don n’est pas anodin.

            Comment les femmes de couples receveurs se représentent-elles les donneurs ?

            Presque la moitié d’entre elles disent n’y avoir pas pensé, et beaucoup ont du mal à l’imaginer, lui ainsi que sa conjointe. Ce blanc de représentation concernant le donneur peut surprendre, mais constitue là aussi un moyen de mettre de la distance identificatoire avec lui, seul moyen pour faire subjectivement de la place à son conjoint en tant que père. Le fantasme de l’adultère reste très présent, tempéré par le fait de penser le couple donneur en tant que parents, qui ont longuement mûri leur décision.

            Comment les hommes donneurs se représentent-ils les couples receveurs ?

            La démarche de don altruiste suppose un minimum d’identification à la souffrance des couples stériles ; cette identification reste cependant limitée, afin de mettre à distance l’idée d’être quelque part le père de l’enfant issu du don.

               Comment les hommes des couples receveurs se représentent-ils les donneurs ?

            Plus de la moitié des 24 hommes stériles rencontrés n’ont pas de représentation spontanée des donneurs, et disent même ne jamais y penser. Il y a donc un « blanc de pensée » à la fois sur l’autre homme (provisoire) et sur la femme de ce dernier (permanent). De fait, l’existence du donneur ne peut plus être niée, mais est mise « ailleurs », dans un lieu d’ignorance, pour permettre à cet homme « receveur » de bien différencier les places de « père » et de « géniteur ».

            On peut conclure de cette étude que chaque personnage doit faire de la place à l’autre, et prendre sa propre place dans la construction de sa paternité ou maternité. Les garanties du Droit, nécessaires sur le plan social, ne sont pas suffisantes pour construire la paternité et la maternité et le lien à l’enfant.

Le blanc de pensée qui a été mis en évidence chez tous les personnages, mais, particulièrement chez  les femmes, fait partie de ce processus psychique actif, consistant à réguler les processus d’identification et de contre-identification en jeu dans l’AMP avec donneur,  pour les deux catégories de couples.

 

  Jean-François GUERIN

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