Parler du don de gamètes aux enfants

Avec la révision de la loi de bioéthique, on a beaucoup entendu parler des secrets dans les familles ayant recours à un don de gamètes. Nous avons entendu dans les médias beaucoup d’adultes issus de don de gamètes qui témoignaient que leurs parents leur avaient caché leur mode de conception durant plusieurs années.

Afin de permettre aux personnes issues de don de gamètes d’être informés de leur mode de conception, le projet de loi prévoit des démarches concrètes à mettre en oeuvre pour les futurs adultes qui auraient un doute. Elles pourront dorénavant contacter l’agence de la biomédecine qui tiendra un registre des enfants nés d’un don de gamète et pourront répondre à leurs interrogations. Il est vrai qu’au début de la mise en place du don de gamètes, beaucoup de médecins des CECOS conseillaient aux parents de ne surtout rien dévoiler à l’enfant à naître sur son mode de conception. Aujourd’hui les choses ont changé, les médecins ont appris des précédentes générations, des témoignages d’adultes nés de don de gamètes. Les spécialistes conseillent d’informer les enfants sur leur mode de conception. Tout ça touche des questions très complexes. Pour essayer d’éclaircir un peu ce sujet je vous propose un témoignage de notre parcours en PMA avec tiers donneur et des outils pour en parler aux enfants.

Il y a quelques années, quand s’est posée pour nous la question d’avoir recours à un don de spermatozoïdes, une des premières questions qui s’est imposée était : si nous avons recours à un don, allions nous en parler à nos futurs enfants?

Au début, cette notion de don de gamètes nous a fait un peu peur. Est ce que nous serons tous les deux des parents à part entière, est ce que mon mari ne se sentirait pas un peu moins parent que moi si on a recours à un don de spermatozoïdes? Est ce que nous ne serions pas une famille trop différente des autres? Tout plein de questions qui nous assaillent chacun différemment mais qui, j’imagine, peuvent prendre la tête à beaucoup de personnes en parcours de don.

Avec toutes ces questions, la tentation est forte de se dire : « et si on ne dit rien à notre enfant, peut-être que les choses seront plus faciles pour lui? quelque chose dont il ne sait rien ne peut pas le faire souffrir…« 

Et puis je me suis renseignée sur cette question, et j’ai découvert la notion des secrets de famille, des fantômes familiaux développée par Serge Tisseron. il nous explique dans son livre que tous les secrets de familles qui préoccupent les parents sont forcément délétères pour l’enfant.

Si l’enfant ne connait certes pas l’information qui est tue, il sent malgré tout que les adultes lui cachent quelque chose. Et cela à travers des réactions non verbales, des petits signes du quotidien. Une maman qui se tend quand certains sujets son abordés, un papa qui change systématiquement de sujet à l’évocation de certains choses, etc…

Les enfants sont très sensibles à cela et lorsqu’ils ont l’impression qu’on leur cache quelque chose ils imaginent toujours le pire. Et dans leur tête ce pire les concerne forcément et ils vont avoir tendance à se sentir responsable de cette chose qu’ils imaginent abominable. Je découvrais qu’alors que je pensais protéger mon enfant en lui cachant son mode de conception, en réalité, c’est en lui expliquant d’ou il vient que je le protégerai. Lui offrir la vérité c’est le protéger, l’empêcher de s’imaginer des choses horribles, bien pires que la PMA.

Ok, alors une fois que l’on a décidé d’en parler à nos futurs éventuels enfants, comment pourrait-on s’y prendre parce que ce n’est pas simple ce genre de choses. ça peut paraître bizarre, mais j’avais besoin de préparer la réponse à cette question bien avant que mon enfant ne vienne au monde, bien avant qu’il soit conçu, j’avais besoin de répondre à cette question pour prendre ma décision. Devions nous avoir recours au don de gamète pour pouvoir fonder notre famille?

Alors j’ai cherché des supports qui pourraient nous aider dans cette tache. Et j’ai trouvé qu’il existait beaucoup de livres pour enfants sur ce sujet. Avoir cette information m’a beaucoup rassurée et nous a permis de nous lancer plus sereinement dans l’aventure du don de spermatozoïdes.

Après plusieurs années de parcours ma fille est venue a monde. Lorsque j’étais enceinte j’ai acheté plusieurs de ces livres don celui de serge Tisseron : Le mystère des graines à bébé. Virginie nous en avait parlé ici il y a quelques années. Je pensais qu’étant donné qu’il m’avait aidé moi à ce sujet, il allait forcément pouvoir aider mon enfant. Mais actuellement ma fille a 2 ans et demi. Elle est en réalité trop petite pour se saisir de cette histoire qui, bien que très intéressante, s’adresse surtout aux plus grands enfants. Mais c’est un très bon outil pour aider les parents à trouver des mots.

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Il y a à peu près un an, Virginie vous parlait également de la sortie de l’album Am Stram Graine ici. J’ai trouvé ce livre vraiment très doux. Les illustrations sont magnifiques. Les textes ne sont pas trop long. Il est adapté aux petits. Un autre avantage par rapport à certains livres, il aborde le don des deux côtés : masculin et féminin. Les illustrations sont aussi très concrètes, on y voit le couple à l’hôpital je jour de l’insémination, on y voit la cuve où sont conservées les paillettes.

Je trouve qu’il aide aussi les adultes à se mettre au niveau des enfants. Par exemple la maîtresse annonce à sa classe qu’elle a un bébé dans son ventre. C’est souvent de cette manière que les adultes expliquent qu’une femme est enceinte. Dans ce livre j’ai découvert que cette phrase qui nous parait simple est en réalité très compliquée à comprendre pour les petits. Ils n’osent pas poser de question à ma maîtresse mais étant donné qu’ils n’ont pas compris, ils en discutent entre eux à la récréation. Ils ne comprennent pas comment le bébé a pu arriver dans ce ventre. Est ce que la maîtresse l’aurait mangé? 

Le dernier petit plus, l’héroïne,  la petite fille qui est née grâce à un don de spermatozoïdes est très fière de son histoire qui la rend un peu unique et je trouve ça très joli.

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Levée de l’anonymat – le point de vue d’une donneuse d’ovocyte

En janvier dernier, Bamp! publiait un article dont le titre m’avais interpellé: « La fin de l’anonymat du don c’est pour 2020 !? ». Je me disais : ah oui ? Si vite ? Mais, est-on prêt-e? Savons-nous clairement de quoi nous parlons ? Qu’en pensent les personnes receveuses, les personnes donneuses ? Et les enfants issus du don ? Aussi, en tant que désormais ancienne donneuse d’ovocytes, il me semblait nécessaire de prendre la parole.

Je pense qu’avant de développer plus en détail sur le sujet, il est important de préciser, pour sa bonne compréhension que la question de la levée de l’anonymat des donneurs-es* de gamètes a été posée par des enfants devenus adultes issus d’un don de sperme et uniquement, -jusqu’ici- de sperme puisque les encore peu nombreux enfants devenus adultes issus d’un don d’ovocytes français, autorisé en France depuis 1994, ont, pour les plus âgés, 25 ans maximum et que statistiquement, cela constitue un nombre très restreint de personnes qui peuvent potentiellement prends la parole sur ce sujet(1). Voilà pourquoi, on entend toujours le mot « donneurs » (sous-entendu uniquement les donneurs de sperme) mais il est important de précise que cette proposition concerne les donneurs de spermes ET les donneuses d’ovocytes MAIS également, les couples donneurs d’embryon. Pour en revenir à ces personnes adultes issues d’un don sperme qui souhaitent la levée de l’anonymat des donneurs-es, le contexte dans lequel ils ont été informés de leur mode de conception fut parfois problématique et douloureux car leurs parents ne leur expliquaient pas forcément leur mode de conception, on pensait à l’époque que ce n’était pas si important et qu’il n’y avait pas lieu d’en parler (le fameux, « tu sais, en ce temps-là, ces choses-là, on n’en parlait pas et puis on croyait bien faire… ») et surtout on conseillait tout simplement de garder le secret(2). À l’inverse, aujourd’hui, il est précisément, fortement conseillé aux parents d’enfants issus d’un don de gamètes de leur expliquer leur mode de conception pour justement éviter les erreurs du passé. Cependant, si la question de la levée de l’anonymat des donneur-es concerne ces adultes, elle concerne également des jeunes voire très jeunes enfants nés dans le contexte social actuel, plus ouvert sur la question mais aussi des enfants qui naîtront dans un contexte social encore différent et que l’on ne connait pas encore. Ces enfants, lorsqu’ils seront jeunes adultes, s’interrogerons peut-être sur cette tierce personne qui, en choisissant librement de faire un don de gamètes, a contribué à leur conception. Or, comme nous ne savons pas ce qui se passera dans l’avenir ni à quoi ressemblera le contexte social dans lequel ils-elles évolueront, personne ne peut dire avec certitude que les enfants issus d’un don une fois devenu adultes auront besoin de savoir qui était leur donneur ou donneuse. Mais avec le retour d’expérience malheureux d’un certain nombre d’adultes issus d’un don de sperme qui s’expriment aujourd’hui, il est bien évidemment nécessaire d’envisager cette possibilité.

Personnellement, j’ai été donneuse d’ovocytes en 2016 et j’ai réfléchi à cette question de mon anonymat vis à vis de l’enfant qui pourrait naître grâce à un de mes gamètes. Est-il nécessaire de répéter que non, je n’ai jamais eu le sentiment d' »avoir un enfant dans la nature« , que non, je n’ai pas le sentiment d’avoir « abandonné un enfant« , que non, je n’attends pas « que mon enfant me retrouve » et autres joyeusetés malsaines. Avant même d’entrer en protocole de stimulation, je me suis interrogé et je me suis dit qu’en tant que donneuses et donneurs de gamètes, il était de notre responsabilité d’envisager cette possibilité si infime soit-elle qu’un enfant, une fois grand demande à consulter son dossier au cecos voire, qu’il cherche à entrer en contact avec nous histoire de comprendre qui a participé indirectement à sa conception. Parce que derrière les gamètes qu’on le veuille ou non, il y a bien des personnes physiques qui ont un jour fait ce choix d’être donneuses ou donneurs. En disant cela, que les parents de l’enfant se rassurent, il ne s’agit nullement de revendiquer une quelconque place dans le modèle familiale qui est le leur. Un-e donneur-se de gamètes est et reste un-e tiers donneuse-re et rien d’autre, rien de plus. Mais rien de moins non plus. Aussi, je pense qu’il est important d’interroger ce signifiant si particulier : donneur et donneuse de gamètes et d’évoquer clairement notre place et notre statut au sein de notre société. Nous ne sommes ni des fées, sous-entendu des entités magiques désincarnées ou pire, des « papa-graines », sous-entendu, des figures paternelles potentielles, expression trouble entendue dans le documentaire « L’enfant de tous les possibles » diffusé sur France 5 en janvier dernier(3). Certes, il est important voire nécessaire de rester à l’état de donneur-e symbolique pour que justement les parents et leur enfant construisent leur relation, mais il est tout aussi important que la société nous reconnaisse comme des personnes physiques ne serait-ce que pour nous sentir légitimes à prendre la parole et nous exprimer librement sur un sujet qui nous concerne en premier lieux.

Lorsque nous souhaitons faire un don de gamètes, ce choix est généralement mûrement réfléchi (pour moi en tout cas). Nous avons l’obligation de nous entretenir avec un-e psychologue avant d’être autorisé.e.s à entrer en protocole de don et à la condition sine qua none que nous soyons également déclaré.e.s aptes sur le plan médical et génétique autant dire qu’il est important de bien comprendre où est notre place dans ce processus ou en tout cas, comprendre clairement où elle n’est pas. Et en y réfléchissant bien, j’avais beau faire le tour de la question, pour moi, il n’y aurait rien de dramatique à être, comme certains disent maladroitement « retrouvé.e.s » (je lui préfère le verbe sollicité.e.s) par les jeunes adultes issus de notre don. On a tous, à un moment de notre vie besoin de creuser dans notre mémoire, de tirer le fil de notre histoire, cette histoire qui nous fait et qu’à notre tour, nous souhaitons transmettre alors, oui, comme le disait une autre jeune femme du documentaire de France 5, lorsqu’on a le sentiment qu’une « petite pièce manque », permettons simplement à cette petite pièce, c’est à dire nous, les donneurs-ses de gamètes de compléter le puzzle de cette personne selon ses besoins, selon son imaginaire et son histoire personnelle. Permettons simplement cela. Je sais que d’autres donneuses et donneurs ne partagent pas mon avis et souhaiteraient préserver le système de l’anonymat mais il ne faudrait pas céder à la panique en s’imaginant voir surgir du jour au lendemain la liste de donneurs-es en ligne avec photo à l’appui où chacun pourrait à loisir consulter nos profils et venir frapper à notre porte pour nous demander des comptes ou que sais-je. Et d’ailleurs, en tant que donneuse de gamètes, j’estime n’avoir de comptes à rendre à personne. J’ai choisi de faire cette démarche, je me suis soumise aux divers tests et j’ai fournis toutes les preuves nécessaires au cecos qui m’a accepté et a donc pris la responsabilité d’accepter mes gamètes en toute connaissance de cause.

Cependant, si j’estime ne pas avoir de « comptes à rendre », je ne nie absolument pas la question de la dette symbolique et exorbitante qu’endossent courageusement les couples receveurs en acceptant d’accueillir un don de gamètes : En effet, pour ces derniers le parcours est souvent si chaotique et douloureux qu’envisager ne serait-ce qu’une seconde que leur enfant puisse un jour leur demander qui est cet autre, ce tiers à qui on doit tellement, relève de l’impossible. Et, angoissés à l’idée de voir cette entité étrangère faire intrusion dans leur vie de famille, précisément entre eux et leur enfant, ils craignent sans doute que leur progéniture, en leur posant des questions à propos de cette personne ne finissent par leur échapper et voir leur statut de parent s’effriter… Est-ce que des personnes receveuses doutent d’être bien la mère, le père de leur enfant issu d’un don ? Je ne pense pas, mais cela ne leur a pas évité pour autant de se poser des questions lorsqu’ils ont accepté l’idée de recevoir un don de gamètes.

Qu’on le veuille ou pas, nos cellules reproductrices ne sont pas forcément que des cellules, la preuve, on se posent des questions. Comme cette femme receveuse qui, lors d’une discussion sur Facebook m’a dit texto : « je suis pour le maintien de l’anonymat parce que je ne veux pas que la donneuse se compare à mon enfant. » Sa phrase est maladroite mais nous éclaire sur cette peur enracinée chez certaines personnes receveuses, comme je l’ai exposé plus haut et qu’ils partagent avec certains donneurs-es que les enfants issus du don de gamètes aillent ou viennent un jour retrouver un père ou une mère –sous-entendu une figure paternelle ou maternelle qui leur ferait concurrence en venant « frapper à la porte » des donneurs et des donneuses, expression mainte fois lue et entendue. Pourquoi ces enfants qui ont leurs parents viendraient chercher une mère ou un père ? Ils savent qui sont leurs parents(4), comment ces derniers peuvent-ils en douter ? Ils savent qui s’occupe d’eux chaque jour depuis leur naissance, qui s’est levé la nuit et se lève encore parfois pour les consoler, qui les nourrit, les soignent, les bordent dans leur lit le soir après leur avoir lu pour la millième fois la même histoire, ces enfants savent qui les aime et qui ils aiment sans condition. Il faut leur faire confiance et se faire confiance car quand on prend soin d’utiliser les mots les plus justes et de manière apaisée, les enfants comprennent, souvent mieux que nous les adultes. À toutes les personnes qui ont conçu leur enfant grâce à un don de gamètes, soyez rassurées, on n’a pas attendu les techniques de procréation médicalement assistée pour balancer au moins une fois à nos parents lorsqu’on était petit, l’incendiaire et provocateur: « ouais, toute façon, t’es pas ma mère, t’es pas mon père! » histoire de tester leur solidité de parent d’adolescent-boulet-qui-se-pose-des-questions au risque de faire vaciller les certitudes de certains, bien loin souvent de toute considérations purement biologique.

Mais surtout, le propos de cette femme sur Facebook pointe du doigt une peur qui prend sa source dans des faits divers relayant des cas de donneurs ayant engendré parfois plusieurs dizaines d’enfants qui les ont soit retrouvé soit qui le connaissent d’emblée comme le hollandais Ed Ouben ou bien encore comme dans le film canadien Starbuck avec les fameux « 533 enfants » du géniteur David Wozniak. Bien que trouvant le film génial et forcément instructif, je suis toujours gênée comme avec les mots « père » et « mère » écrit plus haut par l’ambiguïté du mot « enfants » utilisés ici. Par l’absence d’autres mots plus pertinents que ceux-là, on continue à les utiliser faute de mieux tout en sachant que c’est précisément cela qui perturbe notre réflexion et empêche de mieux comprendre les enjeux de la levée de l’anonymat des donneur-ses. De plus, ces deux cas extrêmes nous éclairent sur la pratique du don de sperme et ses limites dans ces autres pays mais n’ont absolument rien à voir avec le système actuel français et participent malheureusement à une vision erronée du don de gamètes dans notre pays.

Je cite un autre exemple lors d’une discussion Facebook, cette fois avec une donneuse : celle-ci disait « je ne veux pas que mes enfants pensent qu’ils ont un demi-frère ou une demie-soeur quelques part…« . Quand une personne adulte décide de faire un don de gamètes, a priori, elle sait que c’est pour aider d’autres personnes à faire leur enfant, a priori elle sait et à parfaitement intégré l’idée que l’enfant ne sera pas le sien, qu’elle n’a aucun lien de filiation avec lui. Quand cette personne a fait son don, lui a-t-on donné des informations claires pour qu’elle comprenne qu’il est important d’évoquer sa démarche avec ses enfants ? Lui a-t-on donné assez d’éléments pour qu’elle puisse être capable de leur expliquer que ses gamètes ont été transmis à un couple, que ces cellules peuvent certes participer à engendrer un enfant mais que ce n’est pas pour eux une demi-soeur ou un demi-frère ? Qu’il est donc important d’évoquer le sujet avec eux pour désamorcer les craintes (les siennes et les leurs) à propos des risques infimes d’une rencontre inopinée et donc de consanguinité ? A-t-elle finalement bien pris conscience de la portée de son geste et de ses conséquences ? J’estime qu’à partir du moment où les couples receveurs et les personnes donneuses sont accompagné-e-s, écouté-e-s et informé-e-s sur la meilleure, en tout cas, la moins mauvaise manière d’expliquer à leurs enfants ce qu’est le don de gamètes et ce que cela implique constitue selon moi une base déjà solide pour envisager l’avenir sereinement avec leur progéniture.

Parler, échanger, débattre, mettre des mots sur ce que l’on ressent, prendre le temps d’interroger ses peurs et ses doutes, ce n’est qu’en continuant à faire un travail de sensibilisation que chacun pourra, en toute connaissance de cause, se forger un point de vue de manière éclairée, avec un maximum d’éléments à sa disposition pour ensuite expliquer les choses à son ou ses enfants. J’estime qu’à l’heure où la question de la levée de l’anonymat des donneurs et donneuses est posée, il est grand temps d’interroger ces peurs, ces a priori et ces angoisses légitimes mais aussi d’inventer et de mettre à disposition de tous des mots nouveaux pour que chacun puisse aborder ce sujet important en faisant preuve de discernement et en ayant le recul nécessaire pour émettre un jugement critique et éclairé essentiel à une meilleure compréhension de la pratique du don de gamètes et ses enjeux. Hors, aujourd’hui, je ne suis pas sûre que nous ayons tous les éléments à notre disposition pour aborder cette question sereinement et la tentative d’explication maladroite dont a fait preuve madame Agnès Buzyn sur BFM TV en est le triste exemple.

* Dans ce texte, le mot « donneurs-es » est une tentative d’écriture inclusive tendant à faire comprendre que le don de gamètes concerne ET les hommes ET les femmes, une manière de questionner la langue et les mots (et qui m’évite aussi certaines redondances dans le texte). Mais ce mot ne fonctionnant pas à l’oral, l’expression « personnes donneuses de gamètes » pourrait être intéressante à utiliser, cela pourrait intéresser Madame Agnès Buzyn dans sa prochaine intervention à propos du don de gamètes

(1) Je n’ai à ma connaissance pas de témoignages de personnes issues d’une FIV avec don

d’ovocytes, à bon entendeur 🙂

(2) https://journals.openedition.org/cdst/534#tocto1n1 (descendre dans la page jusqu’à la partie

A.L’évidence de la négation initiale, au point 14.

(3) Le documentaire « L’enfant de tous les possibles » complet est à voir ici ou vers ce lien déniché dans

les bas-fonds du web: https://oload.space/f/uoHkOU0q3Mc#. À propos de l’expression « papa-graines« 

entendu dans le documentaire: se caler à 32min30sec. Et le replay du débat « Le monde en face« 

animé par Marina Carrère d’Encausse est disponible ici jusqu’au 22 juillet 2020.

(4) https://www.lemonde.fr/vous/article/2006/04/04/le-mental-des-enfants-nes-d-un-don-

anonyme_757824_3238.html.

Pour découvrir les autres écrits de BELLY WESTERN PROJECT c’est par ici
et la page facebook dédiée à ce travail d’écriture, c’est par là
Merci à BELLY WESTERN de faire confiance à BAMP pour la diffusion de ses écrits

Youtube pour donner plus de visibilité à l’infertilité

C’est à l’initiative de Lia, référente de l’association collectif BAMP à Fréjus, qui tient une chaine YouTube destinée à parler de son parcours et plus généralement pour donner de la visibilité aux sujets en lien avec l’infertilité et l’amp, que nous devons la vidéo « Campagne PMA » qui a été diffusé il y a six mois.

« Campagne PMA » qui illustre d’ailleurs la pétition « 48 propositions pour améliorer la prise en charge de l’infertilité et de l’AMP » (pétition que vous pouvez aller signer si ce n’est pas encore déjà fait) 😉

Six mois après, que sont devenues ces femmes, ces couples qui avaient témoigné ? Tous n’ont pas répondu à l’appel des « six mois après », mais pour ceux qui l’ont fait, il est à noter que beaucoup osent se montrer un peu plus. Cela donne donc une nouvelle vidéo « Campagne PMA, six mois après ».

Sur la chaine YouTube de Lia, vous trouverez aussi les vidéos des témoignages individuels. Des histoires de vie et des parcours d’infertilités divers.

Merci à ces femmes qui osent se dévoiler sur un sujet intime et douloureux, c’est comme ça aussi que nous ferons bouger les choses.

 

#1couple6 #JeSuisInfertile #EtJ’enParle #Campagne PMA

 

Interview d’une donneuse d’ovocytes ayant deux enfants

Nous avons rencontré, cet automne, M.-L. qui a donné ses ovocytes et qui est maman de deux enfants.
Peut-être que son témoignage vous aidera à sauter le pas ?
Faites un peu connaissance avec elle…

Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour, je m’appelle M.-L., j’ai 33 ans et je vis en couple.
Mon compagnon et moi avons la chance d’être les parents de deux enfants âgés d’1 et 3 ans. J’ai fait un don d’ovocytes cet automne.

Comment avez-vous eu connaissance de la possibilité de faire un don d’ovocytes ?

Durant ma seconde grossesse, en allant faire ma prise de sang mensuelle dans mon laboratoire d’analyses médicales, mes yeux sont par hasard tombés sur la brochure éditée par l’Agence de Biomédecine avec cette fabuleuse accroche : « Les plus beaux cadeaux ne sont pas forcément les plus gros. »
Je donne mon sang et mes plaquettes, je suis inscrite sur le registre français du don de moelle osseuse… Bref, ces quelques mots ont immédiatement trouvé une résonance en moi.

Qu’est-ce qui a déclenché chez vous l’envie de faire ce type de don ?

Il n’y a pas eu de déclencheur à proprement parler. À l’heure actuelle, on a tous dans notre entourage des couples rencontrant des difficultés (plus ou moins insurmontables) dans leur souhait de fonder une famille, et on est donc tous davantage sensibilisés à ce sujet qu’auparavant.
À titre personnel, je me souviens d’une conversation avec des proches ayant entamé un parcours de PMA, et de la détresse dans laquelle ils étaient. J’avais alors pensé que si je pouvais reprendre à mon compte ne serait-ce qu’une infime partie de leur souffrance morale ou physique pour leur permettre de souffler dans ce quotidien hyper médicalisé et rythmé par les RDV, examens, prises de sang, piqûres et autres réjouissances, je l’aurais fait.
Alors, quand j’ai eu sous les yeux cette brochure de l’Agence de Biomédecine faisant la promotion du don de gamètes, je me suis dit que je détenais là un moyen concret et à ma modeste mesure d’aider un ou deux couples à fonder une famille, ou tout du moins à retrouver un peu d’espoir.

Un ovocyte qu’est-ce que cela représente pour vous ? Envisagez-vous ce que cela peut représenter pour un couple qui attend un don d’ovocyte pour être parent ?

La science et la médecine ont la possibilité de réussir là où la nature a mystérieusement échoué. Pour cela, tout un protocole se met en branle, en s’appuyant sur des techniques éprouvées et des professionnels aguerris. L’ovocyte, c’est le maillon manquant.
Faire un enfant, c’est peindre une œuvre à quatre mains. Moi, j’ai donné la toile vierge.

Envisagez-vous de faire un don pour faire monter sur la liste d’attente un couple que vous connaissez ou simplement pour faire un don ? Quelle situation préfériez-vous ; connaitre et aider un couple en particulier ou ne rien savoir de l’aboutissement de votre démarche ?

Par le biais de groupes sur Facebook, j’aurai eu la possibilité d’être mise en relation avec un couple à la recherche d’une marraine. Mais j’ai décidé de rester totalement indépendante dans ma démarche, car en me renseignant sur le fonctionnement du système de parrainage, j’ai compris que le couple choisi allait avancer sur la liste d’attente au détriment d’autres couples en attente, et cela me semblait profondément injuste et incompatible avec mon état d’esprit.
De manière plus générale, je ne comprends pas trop l’instauration de ce système de parrainage. J’imagine qu’il doit parfois être difficile pour les couples en PMA de parler ouvertement de leurs problèmes d’infertilité, alors de là à devoir rameuter tout son entourage, les collègues, les connaissances, les copines des copines, et j’en passe, pour trouver une donneuse prête à les parrainer… Je trouve que cela rajoute de la cruauté à des situations déjà infiniment tristes.

Que pensez-vous du fait que le don de gamètes (comme le don de sang) soit altruiste (sans rémunération) ?

Je pense qu’une rémunération est à exclure, car ce serait la porte ouverte à tous les abus.
On ne m’a informée que tardivement du fait que je pouvais garder tous les justificatifs pour être remboursée (carburant, frais de parking, etc.). Mais honnêtement, je n’ai pas pris le temps de m’occuper de ça, malgré le fait que j’habite à une cinquantaine de kilomètres du CECOS et donc que les frais engagés n’étaient pas neutres.
Et de toute façon, cela comprend tellement plus que les simples facturettes que j’aurais pu présenter ! Mon compagnon qui chamboule tout son planning en dernière minute pour pouvoir m’emmener au CECOS le jour de la ponction (dont la date n’est connue qu’en dernière minute), la gymnastique pour pouvoir faire garder les enfants, les nombreux appels à la Sécurité Sociale/au labo/à la pharmacie qui pataugent un peu en terme de prise en charge et se renvoient la balle, les désagréments post-ponction plus difficiles à gérer quand vous avez deux enfants en bas âge et pas de possibilité d’obtenir un arrêt maladie (lol), etc.
Autant de paramètres non quantifiables qui, à mon sens, mériteraient peut-être une compensation financière symbolique. Ce n’est pas le don qu’il faut rémunérer, ce sont les désagréments connexes au don qu’il faudrait compenser.

Pensez-vous être bien informé sur l’aspect médical, sur les risques liés à la stimulation et à la ponction ?

J’ai été parfaitement prise en charge et entourée par toute l’équipe médicale qui s’est montrée très ouverte à mes questions et y a répondu en toute franchise (hors domaine confidentiel, bien entendu), et ce dès ma première prise de contact, et jusqu’aux jours qui ont suivi la ponction.
Moi qui suis de nature anxieuse, je n’ai à aucun moment été submergée par le stress ou l’angoisse, tout simplement car je sentais autour de moi toute la maîtrise du corps médical, dans un protocole qui m’a semblé extrêmement bien rôdé.

Avez-vous eu besoin d’échanger avec d’autres femmes en parcours de don d’ovocyte (donneuses et/ou receveuses) pour prendre la décision de donner ?

Non, tout simplement car ma décision était prise dès la lecture de la brochure de l’Agence de Biomédecine ! Il est vrai que j’ai pris contact avec un groupe de donneuses sur Facebook, que j’ai très rapidement arrêté de suivre. Dans le domaine médical, Internet a toujours les mêmes travers : des témoignages sanglants et alarmistes, des réponses données par des personnes mal informées… L’équipe médicale du CECOS a été présente à toutes les étapes de mon don, de la réflexion jusqu’au jour J, en me fournissant toutes les réponses dont j’avais besoin et en faisant montre d’une grande honnêteté. Donc, encore une fois, j’ai préféré rester indépendante dans ma démarche.

Que pensez-vous de la loi actuelle en Franc qui prône l’anonymat des donneurs et donneuses de gamètes ? Du point de vue de la donneuse et du point de vue de l’enfant à naître.

Cela a été un critère essentiel pour moi. J’ai ma famille, mes enfants, et je ne voulais pas qu’un jour notre équilibre familial puisse être chamboulé car un jeune homme ou une jeune femme viendrait sonner à ma porte (peu importent ses intentions).
Ce don d’ovocytes n’a engagé que moi et mon compagnon et, même si je compte en parler à mes enfants le jour où ils seront en âge de comprendre, je n’aurais pas voulu que ma démarche ait un jour des répercussions sur eux et sur leur perception de notre structure familiale.
Du point de vue de l’enfant à naître, je ne pense pas que la volonté de connaitre la donneuse puisse s’apparenter à la volonté d’un enfant adopté de connaître ses parents biologiques, dans le sens où celle-ci est souvent motivée par l’envie de connaître sa vie d’avant, les circonstances de sa naissance, les raisons de son abandon, etc.
Dès lors, je pense qu’il est du devoir des parents d’expliquer à l’enfant à naître que même si une partie de son patrimoine génétique relèvera toujours du mystère, l’essentiel à retenir est que son histoire aura été intégralement écrite par ses deux parents, dès son premier jour de vie utérine.

Si la loi, changeait en introduisant par exemple la possibilité d’un don semi-anonyme, l’enfant pouvant accéder s’il le souhaite à sa majorité à des informations non identifiantes sur la donneuse (année de naissance, couleur des yeux, des cheveux), feriez-vous quand même un don ou pas ? Expliquez votre réponse
Idem, si la loi changeait en permettant aux enfants nés grâce à un don d’ovocyte d’accéder à leur majorité à des informations identifiantes (nom, adresse, profession) sur la donneuse, feriez-vous quand même ce don ? Pouvez-vous expliciter votre réponse ?

Oui, j’aurais tout de même fait mon don si de telles informations non identifiantes pouvaient être divulguées, dans la mesure où ça ne remettrait pas en question mon anonymat et où cela permettrait peut-être à l’enfant à naître d’imaginer plus concrètement les circonstances de sa conception.
Par contre, pour les raisons évoquées précédemment, la divulgation éventuelle d’informations identifiantes aurait été un critère rédhibitoire pour moi et j’aurais renoncé à procéder au don.

Au nom de toute l’équipe de BAMP!, merci M.-L. pour ce témoignage sur le don d’ovocytes

Si vous souhaitez donner vos ovocytes, prenez contact avec le Cecos de votre région.

Témoignage – protocole amp non adapté ?

Mon expérience : traitement de la stérilité masculine quand la femme a plus de 37 ans.
Je voulais vous faire part de mon expérience de PMA (qui s’est bien terminée).
J’ai 36 ans et un bon bilan hormonal lorsque l’on découvre que mon conjoint est OATS extrême (le spermogramme ne nous a été proposé qu’après de nombreux examens pour moi et un test de Hühner qui nous a alertés).

 
Nous sommes pris en charge dans un centre PMA réputé :
– 1ère FIV (IMSI), des embryons de mauvaise qualité qui ne seront pas transférés (mes ovocytes sont peut-être de mauvaise qualité ou bien le protocole ne me convient pas)
– 2ème FIV (IMSI), 7 embryons à J3, 2 transférés (négatif), 1 congelé à J6, TEV : grossesse biochimique
– 3ème FIV (IMSI), même protocole : 9 embryons à J3, 2 J5 transférés (négatif)
– 4ème FIV (IMSI) (changement de produit : Menopur pour obtenir des ovocytes de meilleure qualité) : 4 embryons de mauvaise qualité qui ne seront pas transférés.
La gynécologue qui me suit me propose de refaire rapidement une FIV en adaptant le traitement. J’ai réagi très vite, les follicules étaient trop matures. Je dois revenir après passage en commission pour chercher mon ordonnance. Lorsque je reviens, c’est un autre médecin qui me reçoit et m’explique, que, d’après mes résultats, il me conseille de passer au don, plutôt don de sperme, mais de ne pas trop m’acharner avec mes gamètes (j’ai presque 39 ans et une AMH à 1,6 ; le reste étant bon).
Je souhaite quand même revoir la gynécologue qui me suit : pour elle, il faut passer au double don, il est trop tard pour une IAD, mes ovocytes sont de mauvaise qualité.
J’ai toujours signalé que nous n’étions pas contre un don de sperme et on m’a toujours répondu que nous avions le temps, que le moment n’était pas venu d’une inscription au CECOS, je ne comprends donc pas ce changement de ton si soudain. J’épluche les blogs de femmes ayant eu recours à un don d’ovocyte et je ne retrouve pas du tout mon profil, j’ai l’impression qu’on m’a rendue stérile en voulant préserver la fertilité de mon conjoint (qui n’a jamais compris qu’on ne nous oriente pas vers un don de sperme).
Grâce aux bons conseils de la fondatrice de BAMP, nous consultons une gynécologue qui prend le temps d’étudier notre dossier à fond. Elle veut retenter une FIV, mais souhaite avoir le taux de fragmentation et de condensation des spermatozoïdes (cet examen n’a jamais pu être réalisé faute de spermatozoïdes en nombre suffisant). Elle propose tout simplement de faire plusieurs recueils. Avec un seul recueil, nous obtenons ces résultats, qui ne sont pas bons du tout. Entre temps, mon AMH a chuté, passant à 0,8 puis à 0,1 malgré une prise de DHEA, mais notre gynécologue magicienne me dit que finalement, c’est comme si je n’avais jamais essayé de tomber enceinte (après 4 FIV, j’en veux un peu à la précédente équipe).

 

 

Mon taux d’AMH ne l’inquiète pas puisque le reste est bon. On n’a plus beaucoup de temps, mais on tente une IAD (ayant eu la bonne surprise de n’avoir que 6 mois d’attente pour un don de sperme au CECOS). Pour ne rien regretter, je fais ma première piqûre de Gonal f en me demandant pourquoi je m’inflige cela. Je réagis bien, et cette tentative sera la bonne malgré mon âge (j’ai presque 40 ans) et une AMH quasi nulle.
Pourquoi ne nous a-t-on pas proposé une IAD plus tôt ? Pourquoi s’être focalisé sur mes ovocytes alors que mon conjoint est très infertile et que je n’avais apparemment pas de problèmes de fertilité ? Pourquoi propose-t-on beaucoup plus facilement un don d’ovocyte qu’un don de sperme ? Tant de questions auxquelles je n’ai toujours pas de réponses… Je voulais vous faire part de mon expérience – qui ne vaut pas diagnostic pour quelqu’un d’autre – pour montrer que l’AMH n’est pas le seul facteur prédictif d’une réussite et qu’il est parfois bon de prendre l’avis d’un autre médecin…

Donneuse d’ovocyte ? Emilie, 30 ans, sans enfant – Interview du mois

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Il y a quelques mois déjà, Emilie avait pris contact avec BAMP pour avoir des informations sur le don d’ovocytes en tant que potentielle donneuse sans enfant. Elle venait de vivre une fin de non-recevoir d’un CECOS, alors qu’elle s’était présentée pour y donner ses ovocytes. 

A l’époque la publication du décret dit « nullipares » n’était pas du tout d’actualité. Enfin pour BAMP, il était d’actualité car nous en parlions à tous les institutionnels (ABM, politiques, médecins AMP) que nous rencontrions, dans l’espoir de voir avancer cette situation ubuesque d’un décret voté dans une loi, mais pas applicable car pas publié au J.O. 

Entre-temps une autre jeune femme avait pris contact avec l’association BAMP, suite à la campagne de l’ABM « Donneur de Bonheur », elle aussi ne comprenant pas pourquoi elle ne pouvait pas donner ses ovocytes. Nous voulions donc mettre en lumière la volonté de ces femmes « sans enfant », prêtes à donner leurs ovocytes. 

Nous avions trouvé la démarche et les réflexions d’Emilie très intéressantes,  espérant que son témoignage puisse venir compléter nos actions en faveur de la publication du décret.

Au moment où Emilie nous rendait ses réponses, le décret autorisant les personnes sans enfant à donner leurs gamètes est revenu sur le devant de la scène : validé par le conseil d’Etat (info BAMP du 25/09) sur le point d’être publié au Journal Officiel. La situation est sur le point de changer, les femmes sans enfant vont pouvoir donner leurs ovocytes. Dans quelles conditions exactement ? Nous ne le savons pas encore . C’est l’arrêté d’application qui va définir tout cela.

Nous vous invitons à lire le témoignage d’Emilie, la dernière question a été posée ces derniers jours un peu avant le publication du décret « don de gamètes ». Bonne lecture.

 

V.R : Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?
E. : Je m’appelle Emilie, j’ai 30 ans et je vis à Paris depuis bientôt 4 ans.

 
V.R : Comment avez-vous eu connaissance de la possibilité de faire un don d’ovocyte ?
E. : Je sais depuis un certain temps que le don de gamètes existe en France, ayant des cas d’infertilité dans ma famille, je connais un peu le sujet. Mais c’est avec la dernière campagne d’information que l’on a pu voir sur le web et entendre à la radio que j’ai commencé à réfléchir plus sérieusement à ce projet. Bien que l’idée ait germé dans ma tête il y a de cela un peu plus d’un an déjà, mais sans suite jusqu’ici.

V.R : Vous avez pris récemment contact avec l’association COLLECTIF BAMP, car souhaitant faire un don d’ovocyte en France, vous avez vu votre dossier refusé par le Cecos où vous vous êtes présentée sur le motif que vous n’avez pas d’enfant. Quelle a été votre réaction face à ce refus ?

E. : Pour commencer, avant de me rendre au CECOS le plus proche de chez moi, j’ai cherché des informations sur le net pour savoir quelles étaient les conditions pour être éligible pour être une donneuse potentielle : j’ai été surprise de voir que certains sites évoquaient bien la possibilité pour les femmes de faire un don d’ovocytes en France mais ne faisaient absolument pas mention du décret d’application qui jusqu’ici l’interdit aux femmes nullipares, c’est à dire aux femmes sans enfant.

Il m’a fallu écumer plusieurs sites web et recouper l’information pour me rendre compte qu’effectivement, les femmes sans enfant n’ont toujours pas le droit de donner leurs ovocytes, mon déplacement au CECOS n’a fait que confirmer mes doutes. Je suis d’ailleurs repartie sans aucune information supplémentaire, juste un « non » catégorique et sans appel et sans plus d’explication, « le décret d’application concernant les femmes sans enfants n’est pas passé », point.

J’ai pris une claque. Je suis ressortie un peu sonnée avec un sentiment d’incompréhension mêlé d’interrogations : pourquoi n’ai-je pas le droit de venir en aide à des personnes en situation d’infertilité puisque précisément je n’ai pas de projet d’enfant pour le moment ?

De plus, je me disais à cet instant (et un peu sous le coup de la colère, je dois l’avouer) que c’était un comble de refuser quelqu’un aux vues du nombre déjà très faible de donneuses en France. J’étais triste, en colère, vexée, scandalisée, indignée  en révolution contre le monde entier bref, esseulée sur mon bout de trottoir et surtout blessée. Blessée par le sentiment de ne pas être une femme « comme il faut », ne rentrant pas dans les normes établies, ne remplissant pas les critères requis.

V.R : Vous ne saviez pas avant d’aller dans un Cecos pour engager votre démarche, qu’en France le don de gamètes est réservé aux personnes ayant déjà des enfants ? Que pensez-vous de cette restriction ?

E. : Au-delà de la restriction elle-même, j’aimerais savoir pourquoi. Comme dit plus haut, en ressortant du CECOS, je n’ai eu aucune explication et c’est bien cela qui me gêne. L’interdiction est une chose, reste la justification d’une telle interdiction. Quels sont les arguments qui ont convaincu les décideurs de légiférer en ce sens ? Nous ne le savons pas.

V.R : Pensez-vous être au fait du déclin « rapide » de la fertilité féminine dans le temps, l’horloge biologique féminine induit une chute de la qualité ovocytaire vers 35 ans ?

E. : Je dois avouer qu’avant de m’engager dans ce projet de don de gamètes, je ne m’étais pas vraiment posé la question même si je suis parfaitement au courant du déclin de la fertilité après 35 ans. Mais aujourd’hui, après ces quelques mois à me renseigner, tout cela est plus concret dans ma tête. C’est important d’en être consciente certes mais d’un autre côté, c’est une angoisse qui fait figure d’épée de Damoclès car on sait que le temps est compté. Évidemment, en tant que femme, ça fait réfléchir et on perçoit l’avenir un peu différemment.

 
V.R : Qu’est-ce qui a déclenché chez vous l’envie de faire ce type de don ?

E. : L’une de mes tantes s’est battue pendant des années pour tenter de tomber enceinte mais après de nombreuses tentatives infructueuses et une santé fragilisée par les traitements successifs, elle et son mari ont dû se rendre à l’évidence qu’ils ne pourraient jamais concevoir d’enfants naturellement. Ma propre mère a eu elle aussi des difficultés pour avoir ma petite sœur mais a finalement réussi.

N’ayant pas de désir d’enfant pour le moment et consciente par mon expérience familiale de ce que peuvent endurer des femmes et des hommes qui eux, souhaitent plus que tout devenir parents, je souhaitais tout simplement faire bénéficier à des personnes en situation d’infertilité d’une partie de mes ovocytes. Plus simplement, je me disais : « autant que ça serve à quelqu’un qui en a besoin maintenant ». Mais tout n’est pas si simple et nous ne faisons pas ce que nous voulons avec notre corps, surtout quand on est une femme, j’y reviendrai un peu plus tard.

V.R : Un ovocyte qu’est-ce que cela représente pour vous ? Envisagez-vous ce que cela peut représenter pour un couple qui attend un don d’ovocyte pour être parent ?

E. : Pour être honnête, je ne m’étais pas vraiment posée la question avant de m’intéresser au don d’ovocytes. Je suis une femme, mon corps est doté d’un appareil reproducteur a priori en bon état de fonctionnement et donc, par définition, j’ai cette capacité naturelle de porter un fœtus et de mettre au monde un enfant, en théorie.


Je pense que c’est au moment où l’on est confrontées aux différentes analyses nécessaires pour déterminer le nombre et la qualité de ces propres cellules, (analyses nécessaires pour savoir si l’on peut être donneuse potentielle) que l’on prend conscience de leur importance. Ce qui était de l’ordre de l’idée un peu vague devient alors puissamment concret : vous détenez un savoir inédit sur vous-même, un savoir indescriptible, unique, intime et immense à la fois. Ce qui n’est pas forcément évident à gérer.

Car même si vous le savez déjà, vous avez désormais devant vos yeux la preuve concrète par les chiffres que le temps est limité pour un jour peut-être faire un enfant comme je le disais précédemment. Il s’agit aussi quelque part d’une prise de conscience de sa propre finitude en tant qu’être humain mais aussi et avant tout en tant que femme, sentiment je dois dire un peu déroutant.
Quant à ce que cela peut représenter pour des femmes et des hommes en situation d’infertilité, j’imagine que ce doit être une grande responsabilité pour eux notamment pour la femme car la fécondation n’est pas forcément au rendez-vous et si elle ne tombe pas enceinte, cela peut être vécu comme un échec voire un drame. La pression doit être grande pour eux.

V.R : Pensez-vous que le fait de donner ses gamètes, sans avoir déjà des enfants change quelque chose à la situation ? 
E. : C’est justement ce qui m’interroge et je retournerais la question en la posant aux femmes qui ont précisément déjà des enfants. En quoi est-ce différent pour elles et en quoi sont-elles plus capables que les nullipares de donner leurs ovocytes ?
Selon moi, (et je continue à réfléchir à la question encore aujourd’hui), il faudrait penser la question du don au-delà du fait d’être mère ou pas, pour moi, ce sont deux sujets bien distincts. Faire un don d’ovocytes c’est avant tout le choix d’une femme avant d’être le choix d’une mère, voilà mon avis.
Il est réducteur de penser qu’une femme sans enfant ne serait pas capable d’envisager un don de gamètes sous prétexte qu’elle n’est pas mère, pour moi, il n’y a pas de lien. Je suis une femme avec un utérus et une réserve ovocytaire, au même titre qu’une femme qui a des enfants. Mais une femme avant tout. Je serais d’ailleurs curieuse d’avoir l’avis de femmes sans enfants qui ont fait un don dans d’autres pays. Qu’en pensent-elles ? Quel est leur avis ? Se sont-elles senties différentes après un don ?

Regrettent-elles leur geste ? Imaginent-elles l’enfant né grâce à leur don de gamètes ? Une multitude de questions qui me fait dire que l’aspect psychologique est très important : toute femme, qu’elle ait des enfants ou non doit prendre le temps nécessaire pour bien y réfléchir. On peut très bien imaginer qu’une femme qui, bien qu’ayant des enfants ait des difficultés à aller au bout du projet. Pourquoi une femme sans enfant n’en serait-elle pas capable, est-elle perçue par le législateur comme « moins femme » ? Je perçois cette restriction faite aux nullipares comme une injustice, une mise au banc. Quelque part, nous sommes pointées du doigt, rabaissées, stigmatisées car non mère. Rien que le terme « nullipare » est dévalorisant, on se sent inférieures car n’appartenant pas la sacro-sainte caste des mères, on est en quelque sorte perçues comme des intouchables, des non-aptes, c’en est presque humiliant. Comme si nous n’étions pas capables de penser le don d’ovocytes correctement, comme il faut. Mais alors, quels sont les arguments qui permettraient d’affirmer qu’une femme déjà mère, elle, pense le don d’ovocytes correctement, comme il faut ? Etre mère ne fait pas tout et ce statut n’assure pas forcément les femmes qui le sont à se sentir prête à prendre la responsabilité de cet engagement.

 
En définitive, je suis une femme, mon corps renferme un certain nombre d’ovocytes et je n’ai en aucun cas à m’excuser de m’intéresser à ce sujet. Mon point de vue vaut autant que celui d’une autre femme avec ou sans enfant, voilà mon point de vue.

 
C’est surtout l’absence d’arguments justifiant cette interdiction (je n’ai rien vu en ce sens sur le web) qui me fait penser qu’elle est une grande injustice. D’un autre côté, on pourrait s’autoriser à penser la chose suivante (et ce n’est qu’une hypothèse) : imaginons que cette interdiction ait été mise en place non pas parce qu’on estime que les femmes sans enfant ne sont pas assez ou correctement armées psychologiquement pour s’engager dans cette aventure, car c’en est une ! Mais plutôt pour, sans oser l’admettre ou l’avouer, préserver l’intégrité du corps des femmes nullipares et leur éviter de prendre un risque qu’elles pourraient très bien ne pas avoir à prendre. Si on pense cette restriction ainsi, il s’agit alors d’une interdiction par principe de précaution : un mécanisme de protection contre leur gré et sans l’avis des principales intéressées, ce qui signifie que la procédure de don d’ovocytes comporte des risques médicaux et psychologiques connus et qu’on ne veut pas prendre la responsabilité de mettre en danger la santé d’une femme qui pourra potentiellement donner la vie plus tard. Si je suis ma logique, Il s’agit encore une fois d’une atteinte au corps des femmes par la restriction qui leur est fait d’en user comme bon leur semble. Et d’un autre coté, on pourrait dire également qu’en autorisant les femmes déjà mères à donner leur gamètes on pense que le risque est moindre car, puisqu’elles ont déjà fait des enfants, leur faire courir ce risque serait moins grave… Bref, l’utérus appartient (encore et toujours) au monde avant d’appartenir à la femme qui l’abrite. Contrôle des corps, éthique et biopolitique, nous sommes en plein dedans.

Pour finir, j’userai d’une formule un peu cynique en disant que : puisque je n’ai pas d’enfants, peut-être que je ne suis pas capable de penser par moi-même, de raisonner correctement, d’émettre un jugement, d’avoir le recul nécessaire et la pleine conscience de mon corps. J’admets que le ton est un peu provocateur mais en définitive, au regard du législateur (et de la société elle-même d’ailleurs), ma qualité de femme nullipare semble invalider dès le départ et sans autre forme de procès toute tentative de penser le sujet du don d’ovocyte purement et simplement.

V.R :Envisagez-vous de faire un don pour faire monter sur la liste d’attente un couple que vous connaissez ou simplement pour faire un don ? Quelle situation préfériez-vous : connaître et aider un couple en particulier ou ne rien savoir de l’aboutissement de votre démarche ?

E. : Je préfèrerais envisager un don sans savoir à qui iraient mes gamètes pour la raison suivante : Il s’agit pour moi d’une démarche personnelle et mûrement réfléchie (même si je sais que je n’ai pas le droit pour le moment et que rien ne dit que je serais admissible par la suite)* et je souhaiterais, le cas échéant préserver ma liberté de choix plutôt que de risquer d’endosser une culpabilité, d’avoir le sentiment de devoir rendre des comptes ou subir une quelconque pression vis-à-vis de personnes de mon entourage en mal d’enfant, ou au contraire, qu’on se sente redevable envers moi. Cela pourrait mettre en péril une relation familiale ou amicale, engendrer des conflits entre les deux parties… Bref, il s’agit certes d’une démarche altruiste mais je pense qu’il est important que les femmes qui envisagent de se lancer dans cette procédure s’approprient pleinement ce choix, qu’elles décident par et pour elles-mêmes avant tout, n’oublions pas qu’il s’agit de notre corps et que proposer sa candidature pour faire un don, c’est déjà prendre la responsabilité d’accepter de porter atteinte à sa propre intégrité corporelle pour le bien d’autrui. Rien ne nous y oblige certes mais il s’agit d’une décision courageuse qui doit être soutenue, respectée, comprise par l’entourage.


Je pense qu’il est en effet important d’en parler autour de soi pour ne pas se sentir seule face à soi-même, face aux portes closes, aux questions sans réponse, aux jugements divers (sans parler de ceux qui pensent savoir mieux que vous sans même vous connaître). Bref, partager ses interrogations, ses sentiments divers et ne l’oublions pas, faire connaître le don d’ovocytes autour de soi car cela reste encore aujourd’hui très mal connu du grand public. Sujet d’autant plus sensible en ce moment avec les débats houleux autour de la PMA, de la gestation pour autrui et autres qui touchent aux questions de la procréation et de la filiation, vastes débats.

V.R : Que pensez-vous du fait que le don de gamètes (comme le don de sang) soit altruiste (sans rémunération) ?

E. : J’ai eu la chance de rentrer en contact avec une femme, déjà maman qui a eu le courage d’aller au bout du parcours et son expérience un peu chaotique m’a confortée dans l’idée que le don d’ovocytes doit, non pas être rémunéré mais rétribué, comme en Espagne par exemple pour les raisons suivantes : le traitement nécessaire à la stimulation ovarienne peut en effet provoquer des effets secondaires inattendus et parfois même certaines complications qui bien que rares existent : en effet, pour lancer une stimulation ovarienne, le corps de la femme va recevoir une forte dose d’hormones de synthèse et on ne peut pas prévoir à l’avance comment celui-ci va réagir et bien que la surveillance et les contrôles médicaux soient très précis, on ne peut pas prédire à l’avance le jour où la ponction sera réalisée car, encore une fois, le processus évoluera en fonction de chaque femme. La prise de poids est également un facteur à prendre en compte et il est loin d’être anodin : chez certaines il sera minime et plus important chez d’autres sans assurance de tout perdre à la fin du processus… Sans parler des divers casse-têtes logistiques endossés par la donneuse comme des jours de congés à prendre car s’engager dans une procédure de don d’ovocytes c’est aussi investir de son propre temps : il faut faire des analyses régulières, prévoir de faire garder ses enfants si besoin notamment pour le jour de la ponction réalisée sous anesthésie générale (et là encore le corps reçoit des traitements chimiques qu’il faut pouvoir supporter), avancer les frais médicaux et des frais de transports…

Bref, il s’agit d’un parcours complexe, qui prend du temps, bien plus qu’un don de sperme par exemple, soyons honnête. Il ne faut pas oublier que ces femmes sont volontaires, donnent de leur temps et mettent leur corps à disposition de la médecine pour pallier aux difficultés de procréation naturelle voir à la stérilité définitive d’autres personnes qu’elles ne connaitront jamais, c’est très courageux. Aussi je pense qu’il est nécessaire de lever ce tabou autour de l’aspect financier et qu’il faut penser une rétribution pour ces femmes qui prennent des risques et sans lesquelles un bon nombre de personnes ne seraient pas aujourd’hui parents.


Je dois ajouter que, selon moi, le mot « don » n’est pas bien approprié pour parler du don d’ovocytes : comme dit plus haut, la procédure médicale chez les femmes est bien plus lourde et complexe qu’un don de sperme chez les hommes. En effet, ces derniers vont pouvoir, seuls et par leurs propres moyens provoquer l’érection et l’éjaculation nécessaire pour donner leurs gamètes, ce qui est impossible chez les femmes. Dans leur cas, il va falloir aller chercher ces cellules, c’est à dire les ponctionner à l’intérieur de leur corps par une intervention médicale par définition invasive.


Voilà pourquoi le mot « don » m’interroge un peu dans ce cas précis : il y a comme un déséquilibre entre homme et femme qui ne semble pas questionné et qui pourrait être débattu pour interpeller le législateur sur la question du bien fondé d’une rétribution pour les donneuses.

 
V.R : Pensez-vous être bien informée sur l’aspect médical, sur les risques liés à la stimulation et à la ponction ?
E. : Non, vraiment pas. A travers les différents sites que j’ai pu voir sur le web, on parle bien de la procédure, des différentes étapes mais c’est en rentrant en contact avec cette jeune femme décrite plus haut, qui avait déjà fait un don, que je me suis vraiment rendue compte des risques liés à un stimulation ovarienne. Bien-sûr, son cas est peut-être (et je l’espère) isolé mais les différents témoignages de donneuses semblent toujours positifs et ne rentrent pas vraiment dans les détails, peut-être pour éviter de faire peur aux potentielles donneuses qui ne sont déjà pas très nombreuses…


Récemment, j’ai vu un documentaire allemand sur Arte : « Désir d’enfant » d’Inna Borrmann*. La documentariste, allemande, filme et commente, avec l’aide de son compagnon son parcours de FIV : elle n’hésite pas à montrer la quantité de médicaments qu’elle doit s’injecter chaque jour, son ventre qui enfle comme une baudruche… Oui, s’engager dans un projet de don d’ovocytes, il ne faut pas se voiler la face, c’est prendre des risques physiques car on ne sait jamais comment le corps va réagir, chaque femme est différente. S’engager dans ce projet c’est avant tout mettre son corps à disposition de la médecine un peu comme ces personnes qui participent à des tests médicaux. Mais eux sont rémunérés.

V.R : Avez-vous eu besoin d’échanger avec d’autres femmes en parcours de don d’ovocyte (donneuses et/ou receveuses) pour prendre la décision de donner ?

E. : Oui, comme dit précédemment, c’est grâce à cette jeune femme et le récit concret et détaillé de son expérience que j’ai pu avancer dans ma réflexion. Sans elle, je crois que je serais encore à tourner en rond avec mes interrogations…

V.R : Que pensez-vous de la loi actuelle en France qui prône l’anonymat des donneurs et donneuses de gamètes ? Du point de vue de la donneuse et du point de vue de l’enfant à naitre.
E. : Je pense que c’est plutôt rassurant pour les donneuses/rs de savoir qu’on ne viendra pas leur demander de compte dans l’avenir. Dans une société où tout le monde est connecté, les informations et les données toujours plus nombreuses et recoupées, le droit à l’anonymat et à l’oubli est aujourd’hui très difficiles à préserver et il me semble important d’y prendre garde.
Cependant, j’admets qu’il est compliqué de revendiquer ce droit à l’anonymat lorsqu’on se place du côté de l’enfant né grâce à cette technique : personnellement, je pense que je serais prête à laisser des informations de type morphologiques par exemple pour que la future jeune femme ou le futur jeune homme puisse avoir un support sur lequel projeter ses questionnements du type « de qui je tiens ces yeux, ce menton, etc.) J’essaie de me mettre à leur place en me disant que sans doute, moi aussi, j’aimerais bien savoir de qui je tiens telle ou telle particularité physique si j’étais née grâce à un don de gamètes. Tout le monde a besoin de savoir d’où il vient pour savoir où il va, c’est humain.
Et en même temps, on ne peut pas, comme je le disais refuser aux donneuses/rs ce droit fondamental à rester anonyme, c’est très compliqué…

V.R : Si la loi, changeait en introduisant par exemple la possibilité d’un don semi-anonyme, l’enfant pouvant accéder s’il le souhaite à sa majorité à des informations non identifiantes sur la donneuse (année de naissance, couleur des yeux, des cheveux), feriez-vous quand même un don ou pas ? Expliquez votre réponse.

E. : J’y ai réfléchi et comme je le disais précédemment, la réponse est oui. On ne peut pas occulter le fait que donner quelques cellules si minuscules soient-elles engendrera vraisemblablement la naissance d’un enfant qui portera en partie notre patrimoine génétique. C’est un petit bout de notre mémoire et de notre identité que nous lui donnons pour qu’il/elle puisse naître et faire son propre chemin dans la vie. Bien-sûr il/elle fera sa propre expérience dans son environnement avec ses parents, ses amis mais si l’enfant demande un beau jour à ses parents comment il a été conçu, il est évident qu’il faudra simplement lui dire la vérité. On peut aussi s’interroger sur la capacité ou non de futurs parents à recevoir un don de gamètes, arriveront-ils à assumer ce choix vis-à-vis de l’enfant à naître ? Rien n’est moins sûr.
S’engager dans une procédure de don de gamètes implique d’être capable de se poser ce genre de questions et de prendre cette responsabilité en toute connaissance de cause. Aussi je pense qu’il est important d’en parler autour de soi, d’échanger pour mieux appréhender le sujet, peser le pour et le contre avant d’entamer toute procédure.

V.R : Idem, si la loi changeait en permettant aux enfants nés grâce à un don d’ovocyte d’accéder à leur majorité à des informations identifiantes (nom, adresse, profession) sur la donneuse, feriez-vous quand même ce don ? Pouvez-vous expliciter votre réponse ?

E. : Je n’en sais rien… Je dois avouer que je n’ai pas réfléchi à cette possibilité. Ne pouvant pas m’engager plus loin pour le moment dans cette procédure de don, j’ai du mal à me projeter, c’est vrai. Aussi, je ne suis pas sûre d’avoir le recul nécessaire au moment d’écrire ces lignes pour émettre un avis objectif et répondre clairement à cette question pour le moment.

V.R : Si la France offrait la possibilité de vitrifier vos propres ovocytes hors de tout contexte d’infertilité médicale, feriez-vous cette démarche pour vous-même aussi (comme une assurance fertilité pour l’avenir) ?

E. : Oui, je pense que j’y réfléchirais.
Ce décalage entre l’âge « idéal » pour concevoir un enfant et les différents rôles que nous, femmes sommes amenées à jouer dans notre société ou même les contraintes que nous subissons (maladie, précarité ou autres) nous pénalisent quand nous choisissons de faire un enfant à un âge plus tardif que la moyenne. Cependant, les droits et libertés acquis non sans difficultés au fil du temps nous font parfois oublier que nous restons encore aujourd’hui tributaires de notre système reproducteur, « livré » à la naissance avec une date buttoir implacable, c’est terrible mais malheureusement, c’est ainsi.
Proposer la vitrification d’ovocytes aux femmes, ça serait donc leur offrir la possibilité d’anticiper l’avenir et de réduire l’angoisse de la fameuse horloge biologique. De prendre le temps de vivre leur vie de femme en évitant la pression sociale et les phrases du types : « va falloir commencer à y penser. » Ce serait leur octroyer le pouvoir de décider par elles-mêmes ce qu’elles jugeraient bon pour elles-mêmes. En définitive, il s’agirait d’un engagement et d’un droit à revendiquer, celui de s’approprier et maitriser son corps sans attendre que la société et la médecine le fasse à leur place.


Alors oui, si l’on me proposait de faire vitrifier une partie de mes ovocytes, j’y réfléchirais, sans aucun doute. Même si le taux de réussite d’une grossesse reste aléatoire, il me semble tout de même plus pertinent de s’engager dans une FIV avec des ovocytes plus jeunes lorsqu’on approche la quarantaine. Reste à discuter des conditions médicales et des risques physiques car s’engager dans un projet comme celui-ci n’est pas anodin, cela nécessite de prendre des traitements assez lourds pour provoquer une stimulation ovarienne puis une ponction sous anesthésie et comme dit précédemment, faire vitrifier ses ovocytes ne garantit pas forcément une grossesse dans le futur.


De plus, il y a l’aspect financier à prendre en compte : Quel serait le prix à payer? Celui-ci serait-il fixe pour toutes les femmes ? Quid d’un possible remboursement de la sécurité sociale ? Ou bien encore envisagerait-on une pratique dans des cliniques uniquement privées comme en Espagne où la vitrification est devenue un business plus que juteux ? On peut d’ailleurs évoquer le cas de ces Françaises qui choisissent d’aller là-bas moyennant une somme d’argent conséquente (plusieurs milliers d’euros) car oui, choisir sa vie de femme, finalement, ça se paie, littéralement.


Bref, c’est un sujet complexe qu’il ne faut pas prendre à la légère mais je pense qu’il faut se poser la question et faire en sorte que les femmes aient accès à ces informations. Durant ces derniers mois, je dois avouer que je me suis renseignée seule et je n’ai pas honte de dire que je suis passée pour une casse-pied auprès de plusieurs professionnels car visiblement je posais trop de questions. Mais il s’agit tout de même de notre corps et savoir que nous pourrions avoir un jour ce choix à notre disposition est capital. Si jamais la loi autorise les femmes à effectuer une vitrification de leurs ovocytes, je pense que je serais la première et à faire circuler l’information et à en parler autour de moi.

V.R : Pensez-vous avoir un jour, envie d’avoir vous-même des enfants ?
E. : Oui, je pense. Je dois avouer que depuis que je me suis intéressée à ce sujet, la question de la maternité m’intrigue de plus en plus. Comme beaucoup de femmes, je me dis que j’ai le temps et les aléas de la vie font que ce n’est pas toujours le bon moment mais je garde cette idée dans un petit coin de ma tête.

V.R : Lorsque  nous avons fait cette interview, la publication du décret n’était pas du tout d’actualité. Aujourd’hui, il est sur le point d’être publié, accompagné d’un arrêté d’application qui va sans doute « organiser » de façon plus stricte la question de la vitrification pour la donneuse et la potentielle utilisation pour elle-même.
Qu’est-ce que provoque l’imminence de cette publication ? Quelles réflexions et quels sentiments éprouvez-vous ?

E : Je suis vraiment ravie d’apprendre cette nouvelle. Cependant, je me demande pourquoi tant de tergiversation pour autoriser les femmes nullipares à candidater au don d’ovocytes, pourquoi cela a t-il demandé autant de temps?

Quant à la vitrification pour la donneuse elle-même, en effet, je suis curieuse de voir les paramètres d’encadrement qui seront publiés. Maintenant, dans le cas où une femme se présente pour donner ses ovocytes mais qu’après analyses et autre tests psychologiques, on lui refuse l’accès, aura-t-elle pour autant droit à faire vitrifier ses ovocytes ?

Je me pose cette question car, dans mon cas, après avoir fait un test AMH qui s’est avéré plutôt médiocre, j’ai recontacté une clinique britannique où l’une des conseillères m’a expliqué que je ferais mieux d’abandonner car je risquais de ne pas être éligible…Alors, dans ce cas, si je ne peux pas donner pour autrui parce que précisément pas assez fertile ou risquant de mal répondre aux traitements,  cela signifie que j’aurais moi-mêmes des soucis de procréation à l’avenir et qu’une vitrification pourrait être une solution…

Dans ce cas, devrais-je payer de ma poche cette procédure médicale pour tenter de mettre malgré tout quelques chances de mon coté pour l’avenir ou bien la loi me permettra tout de même d’en bénéficier gratuitement ? Aurais-je le droit de le faire, tout simplement ?

Vraiment, je me pose la question et j’aimerais savoir précisément ce que proposerait cet arrêté d’application.
Espérons que les femmes dans mon cas ne soient alors pas doublement pénalisées car ça serait une très grande injustice.

Quant à celles qui souhaiteraient faire vitrifier leur ovocytes mais qui ne souhaitent pas faire un don, auront-elles accès à cette possibilité ? Si tel est le cas, devront-elles également payer les frais de l’intervention ?  Ou bien faire comme ces Françaises qui partent en Espagne moyennant une grosse somme d’argent ?

L’arrêté donne-il des détails sur ce point ?

 

 

Merci beaucoup pour cet échange fort argumenté et intéressant.

Et vous qu’en pensez-vous ?

 

* http://www.arte.tv/guide/fr/047823-000/desir-d-enfant/?vid=047823-000_PLUS7-F

Comme deux gouttes d’eau – Isabelle Ortic

Aujourd’hui, nous vous présentons un nouveau témoignage sur un parcours d’AMP. Isabelle Ortic a écrit « Comme deux gouttes d’eau », livre sorti début juin 2014. Ce livre  raconte le parcours de son couple pour devenir parents, fiv classiques en France, recevoir un don de sperme en Espagne, avoir des jumeaux, donner ces ovocytes. Nous vous laissons découvrir son livre et nous vous proposons quelques questions-réponses, pour mieux découvrir l’auteur.

ISabelle51U9L361nOL Pour vous procurer ce livre cliquez ici

  BAMP : Pouvez-vous vous présenter ?

Isabelle Ortic : Je m’appelle Isabelle Ortic. J’ai 34 ans. Je suis professeur des écoles depuis 12 ans. Je suis mariée et maman de jumeaux, deux petits garçons de 3 ans.

BAMP : Pouvez-vous nous présenter votre parcours d’AMP ?

Isabelle Ortic : A la suite d’un diagnostic d’infertilité masculine, nous avons été orientés en FIV ICSI. Nous avons effectué 4 FIV ICSI ainsi que 3 transferts d’embryons congelés. Nous avons eu deux débuts de grossesses et malheureusement deux fausses couches. Nous avons alors décidé de partir en Espagne pour bénéficier d’une insémination avec un don de sperme et la première tentative a été la bonne pour notre plus grand bonheur…

BAMP : Quelle a été ou quelles ont été les motivations pour l’écriture de ce livre ?

Isabelle Ortic : Ma première motivation était de garder, pour moi uniquement, une trace de cette aventure. Puis je me suis dit qu’il était important de la partager avec le plus grand nombre afin de faire parler du don de gamètes. Il y a trop peu de donneurs en France alors si les principaux concernés par ce sujet n’en parlent pas, qui le fera ?

BAMP : Combien de temps avez-vous travaillé à l’écriture, quand l’avez-vous écrit ? Isabelle Ortic : J’ai écrit la plus grande partie du livre durant la fin de ma grossesse. Puis je l’ai terminé après la naissance de mes fils quand ils m’en laissaient le temps 

BAMP : Pour qui avez-vous écrit ce livre et pourquoi ?

Isabelle Ortic : Ce livre est un moyen d’assumer au grand jour notre façon un peu différente d’être devenus parents. Si nous avons toujours réussi facilement à évoquer le don avec nos enfants et nos proches, nous avions tendance à raser les murs quand arrivaient des questions sur les ressemblances par exemple. Ce n’était plus possible pour mon mari et pour moi de dire à nos fils que nous étions fiers de leur mode de conception tout en n’étant pas très à l’aise dès que le sujet franchissait les portes de la maison…

BAMP : Est-ce pour vous un moyen de clore un douloureux chapitre de votre vie ? Où le moyen de soutenir les couples encore en chemin ? Ou autre chose ?

Isabelle Ortic : Lorsque j’étais dans ce parcours, j’ai lu beaucoup de témoignages qui m’ont fait du bien. Je me sentais moins seule car nos proches, pourtant bienveillants, ont parfois eu du mal à comprendre ce que nous ressentions. A mon tour aujourd’hui, d’apporter un peu de réconfort. J’ai eu déjà plusieurs retours chaleureux de personnes qui m’ont dit que j’avais réussi à mettre des mots sur ce qu’ils ressentaient. Mais ce livre se veut aussi militant, en faveur du don de gamètes. Les campagnes d’informations sur ce thème sont peu nombreuses alors j’essaie de communiquer à ma manière. Mon espoir secret est qu’un jour, un homme ou une femme vienne m’annoncer qu’il est devenu donneur ou donneuse après la lecture de mon livre…

BAMP : A qui s’adresse ce livre au plus grand nombre, aux couples infertiles, à vos enfants ?

Isabelle Ortic : Il s’adresse à tous mais avec une motivation différente. Informer le plus grand nombre, aider les couples infertiles qui sont en échec d’AMP intraconjugale à espérer une issue favorable à leur combat pour devenir parents. Quant à mes fils, s’ils le souhaitent et quand ils seront suffisamment grand pour le faire, ils pourront connaître leur « pré-histoire ».

BAMP : Vous avez deux enfants, vous venez d’écrire un livre, vous sentez-vous encore un couple infertile ?

Isabelle Ortic : Oui, je nous ressens toujours comme un couple infertile. Quand nous discutons avec des amies de contraception, je me sens toujours un peu à part. Entre pilule, stérilet et implant, moi j’ai choisi la stérilité ! Mon rapport à la maternité sera à jamais marqué par ce parcours. Cela ne nous empêche pas d’être créatifs par ailleurs et d’être des parents comblés…

BAMP : Votre livre parle d’un parcours de FIV compliqué en France, pouvez-vous nous résumer en quelques mots, ce qui a été le plus difficile à vivre ?

Isabelle Ortic : Ce qui a été difficile en France ce sont les échecs successifs alors que notre problème était apparemment assez facile à régler avec les techniques d’aujourd’hui. Nous faisions partie des favoris et pourtant…On a aussi souvent eu l’impression d’être des numéros dont le dossier était traité avec une certaine approximation.

BAMP : Pensez-vous que ces difficultés étaient propres à votre parcours ou quelque peu généralisées à de trop nombreuses situations ?

Isabelle Ortic : Honnêtement, je ne sais pas car je ne peux parler que de ce que je connais. Mais à mon avis, le ressenti, après coup, est bien différent selon le résultat. Les couples qui concluent le parcours PMA avec un beau bébé arriveront certainement mieux à évacuer les mauvais souvenirs de cette aventure que les autres…

BAMP : Ensuite vous abordez votre parcours pour recevoir un don de sperme à l’étranger. Est-ce que ce parcours a été plus difficile que le parcours en France ? Différent, sur quels points ?

Isabelle Ortic : Cela a été très différent car extrêmement rapide. Entre le premier contact et le début de ma grossesse, il ne s’est pas écoulé plus de deux mois ! En Espagne, nous ne sommes plus seulement « patient » mais aussi « client », ce qui change beaucoup la donne. D’abord pour le porte-monnaie : tout le monde ne peut pas se permettre de traverser la frontière alors qu’ici nous sommes remboursés et sur ce point, il faut reconnaître que nous avons énormément de chance d’être français. Mais, en Espagne, nous sommes aussi considérés bien différemment : nous sommes beaucoup plus acteurs, notre avis est bien plus pris en compte. Nous sommes accueilli comme un couple en projet d’enfants et moins comme un couple en quelque sorte « malade ». Cela nous a fait du bien de reprendre la main sur notre projet après avoir passé des années à attendre très passivement les différentes décisions du staff.

BAMP : Comment votre conjoint a-t-il travaillé cette question d’une potentiel grossesse avec le sperme d’un autre homme? Et vous ?

Isabelle Ortic : En début de parcours, bénéficier d’un don n’était pas envisageable pour lui. Mais les différents échecs successifs ont fermé la porte à la possibilité d’avoir un enfant de nos gamètes respectifs. S’ouvraient alors à nous trois possibilités : renoncer à fonder une famille, adopter ou passer par le don. J’avais envie de vivre une grossesse donc nous nous sommes tournés naturellement vers le don. Nous étions usés par les FIV en France. Se tourner vers l’insémination (beaucoup moins lourde médicalement) a été une bouffée d’oxygène, un nouveau départ…

BAMP : Que pouvez-vous dire aux couples qui se posent milles questions sur un éventuel recours au don de sperme pour avoir des enfants.

Isabelle Ortic : La question qui revient souvent est comment avez-vous accepté d’avoir un enfant qui ne ressemble pas à votre conjoint. A ça, je réponds que tous les enfants ne ressemblent pas forcément beaucoup à leur père même s’ils partagent leurs gènes et surtout mes deux petits garçons sont des êtres à part entière avec leurs traits propres, leur personnalité. Lors du parcours d’AMP, on pense ovocytes, spermatozoïdes, embryons mais dès qu’ils sont là, ce ne sont plus des amas de cellules mais des enfants comme les autres, simplement conçus différemment. Par contre, dans le couple, le dialogue me paraît essentiel pour passer le cap du don afin que les deux parents soient à l’aise avec cette démarche et l’assument pleinement.

BAMP : Enfin vous parlez du don de vos ovocytes. Pensez-vous avoir eu besoin de réaliser cet acte généreux pour « rendre » ce que l’on vous avait « donné » ?

Isabelle Ortic : D’une certaine façon oui. Lorsqu’on explique à nos fils que « les graines à bébé » de papa sont cassées et qu’un monsieur qu’on ne connaît pas nous en a donné, ça m’a paru logique alors de donner « mes graines » qui fonctionnent pour d’autres. Et surtout, il y a tellement peu de donneuses que si les personnes qui ont vécu l’infertilité dans leur chair ne font rien pour aider les autres, qui le fera ?

BAMP : Que pouvez-vous dire aux femmes qui s’interrogent sur la possibilité de donner leur ovocytes. Isabelle Ortic : Donner ses ovocytes est certainement une des plus belles choses qu’elles accompliront dans leur vie : offrir de la vie, offrir du bonheur, on n’a pas souvent l’occasion de pouvoir réaliser cela. Après, c’est un vrai engagement qui demande un certain investissement pendant quelques mois car le traitement et les examens sont les mêmes que pour une FIV, ce n’est donc pas anodin. Il faut se sentir prêt pour tout cela.   BAMP : Êtes-vous sollicitée pour témoigner sur l’amp en France, le don d’ovocyte, le don de sperme ? Si oui, quels sont les retours que vous recevez par rapport à votre histoire ? Isabelle Ortic : Oui, ce sujet est bien d’actualité mais c’est surtout mon expérience de donneuse qui intéresse. Il y a peu de donneurs et donneuses et encore moins qui témoignent. Quand les gens vivent une histoire proche, ils me disent qu’ils se retrouvent dans mes mots. Pour les autres, ils me disent : « On comprend mieux maintenant ». A part pour mes proches, le livre fait rire aussi et j’en suis ravie…Le mélo, très peu pour moi !

BAMP : Avez-vous des retours de lecteurs qui vous disent que votre livre les a aidés à se sentir moins seuls, à prendre une décision ?

Isabelle Ortic : Beaucoup de lecteurs retrouvent leur parcours et en sont émus. Quant à ceux qui sont dans une démarche vers le don, cette décision est très personnelle et à défaut de les aider à faire un choix, j’espère les conforter dans la décision qu’ils auront prise. En tout cas, j’attends avec impatience de recevoir de nombreux faire-part !

BAMP : Que pensez-vous d’une association comme BAMP ? Pensez-vous que les actions mises en œuvres soient utiles, nécessaires ?

Isabelle Ortic : Oui, l’action de BAMP est nécessaire. Pour que des lois passent et soient appliquées, c’est important que des voix s’élèvent pour faire entendre les besoins et les dysfonctionnements. Et ceux qui vivent et ont vécu la PMA sont certainement les mieux placés pour le faire. Je suis en accord avec quasiment tous les points du manifeste avec une petite réserve quant aux informations sur les donneurs donnés aux enfants. S’il s’agit d’informations médicales, pourquoi pas mais s’il s’agit de lever l’anonymat, je n’y suis pas favorable en tant que receveuse et encore moins en tant que donneuse. J’ai fait un don à la vie. Pour le reste, ce n’est plus mon histoire…   La  page facebook d’Isabelle Ortic

Le mari d’Isabelle Ortic, est musicien, il a composé une chanson qui parle de son amour pour ces enfants : « Petits bouts de moi« , que vous pouvez écouter ici.  Si vous avez un compte Deezer, vous pourrez l’entendre en entier.

Cover Album