AMP et travail, le néant dans le code du travail

En ces temps de rentrée, après réouverture des centres d’AMP, beaucoup d’entre nous vont se lancer dans une insémination ou une FIV dès septembre et enchaîner prises de sang, consultations et échographies de contrôle. Tant bien que mal, souvent plus mal que bien d’ailleurs…quand il s’agit de concilier emploi et suivi médical.

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Vous ne le savez peut-être pas mais une femme enceinte  bénéficie d’autorisation d’absence pour passer des examens médicaux , selon l’article du code de travail suivant :

Article L1225-16 :

La salariée bénéficie d’une autorisation d’absence pour se rendre aux examens médicaux obligatoires prévus par l’article L. 2122-1 du code de la santé publique dans le cadre de la surveillance médicale de la grossesse et des suites de l’accouchement.
Ces absences n’entraînent aucune diminution de la rémunération et sont assimilées à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits légaux ou conventionnels acquis par la salariée au titre de son ancienneté dans l’entreprise.

Tout comme elles, les femmes exposées au Distilbène ont un accord de la sécurité sociale qui leur permet d’être en congé maternité dès leur 1er arrêt de travail, quel que soit le moment de l’arrêt de travail.

Et pour les couples en PMA ? Notamment les femmes qui subissent les protocoles ? Quelles sont nos protections dans le cadre du travail ?

RIEN  ! le néant !

Nous savons que trop bien que concilier PMA et travail est de l’ordre du casse-tête voire de l’impossible pour certaines.

Dans notre parcours PMA, nous devons subir et enchaîner les protocoles, subir les effets indésirables (bouffées de chaleur, nervosité, stress, malaise,s maux de tête, troubles visuels, hyperstimulation;..)  ; ce  qui impose une surveillance étroite  par des échographies et des dosages hormonaux répétés, pour adapter précisément  les doses à chaque cas individuel et surveiller le développement des follicules.

Le résultat  ? Au mieux de nombreux retards sur notre lieu de travail ! Au pire, l’obligation de poser RTT et congés, si tant est que l’employeur soit suffisamment souple pour l’accepter au débotté !

Que dire à notre employeur, au bout de 13 jours de stimulatios ovarienne et un contrôle tous les 2 jours matin et soir à l’hôpital ?

Que dire lorsque mon centre se trouve à 100 km voire plus de mon domicile ?

Que dire à l’employeur qui accumule les réflexions , car nous savons que trop bien qu’il ne comprendrait pas la situation donc a fortiori ne va pas l’accepter si nous jouons la transparence ?

Comment réagir lorsque l’on est mis au « placard » de par nos nombreuses absences ? ou rabaissement psychologique ? (Le harcèlement moral est reconnu par le code du travail L. 1152-2 du code du travail )

Lorsque nous sommes intérimaires, ou juste pour un CDD un casse-tête pour programmer une FIV ?

Que nous n’obtenons pas notre avancement tant désiré de par nos absences, alors que nos objectifs professionnels sont atteints ?

Il existe des employeurs avec qui nous pouvons jouer la transparence et de ce fait, comprennent la situation délicate dans laquelle nous sommes. Les heures sont alors rattrapées dès que possible. D’autres ne sont pas réceptifs, ou tout simplement tenus à un planning se sont pas en capacité de les modifier, souvent en plus au détriment de collèges de travail qui ne comprennent pas toujours, voire vous « jalousent » sans savoir.

Tout cela ne fait qu’engendrer du stress et angoisse supplémentaire dont on se passerait bien et tout cela n’est pas sans conséquence dans notre parcours PMA.

Sur l’exemple et modèle d’une proposition de loi en Belgique (Document législatif n° 5-175/1 du 23/10/2010 Déposée par Mme Christine Defraigne au Sénat de Belgique) je pense que la France devrait elle aussi, penser à nous dans le parcours PMA,  nous accorder une protection légale dans le code du travail au même titre que la femme enceinte.

Cette proposition de loi peut aussi s’appliquer en France.

Proposition de loi visant à une meilleure protection de la femme dans le cadre d’un processus de fécondation in vitro

La femme qui travaille et qui est en congé de maternité est protégée contre le licenciement par les articles (art.L.1225-4 et L.1225-5) du code du travail.

Quand une femme qui travaille, décide de s’engager dans un processus de fécondation in vitro pour combler son désir d’enfant, elle entame un réel parcours du combattant.

En effet, ce processus implique toute une série de démarches difficiles à supporter physiquement et même parfois psychologiquement.

Il nécessite également des absences du lieu de travail : injection d’hormones pour stimuler les ovaires, ponction des ovocytes, réimplantation des embryons… Or, cette femme ne dispose actuellement d’aucune protection contre le licenciement. Elle ne bénéficie pas non plus du moindre jour de congé dans le cadre de son travail !

L’on sait que le nombre de femmes qui recourent à un cycle de fécondation in vitro augmente sans cesse.

L’on sait aussi que les problèmes de fertilité et de stérilité sont de plus en plus présents puisque un couple sur 7 consulte un médecin pour avoir un enfant. En effet, la fertilité des femmes diminue avec l’âge et les femmes sont de plus en plus nombreuses à repousser plus loin leur première grossesse. À partir de quarante ans, la qualité des ovocytes diminue fortement, et donc la chance de grossesse aussi.

Néanmoins les femmes qui recourent à ce processus restent une minorité par rapport à l’ensemble des femmes qui tombent enceintes. Cela ne risque donc pas d’être trop coûteux et de trop perturber la vie des entreprises et d’occasionner trop de soucis pour l’employeur qui doit dans tous les cas être prévenu dès le commencement de la fécondation in vitro et de toute absence de la salariée ; du moment qu’un certificat de présence est remis de la part du Centre PMA de façon systématique afin de le remettre à l’employeur.

Il semble important de soutenir les couples dans cette démarche difficile et de leur rendre la vie plus facile.

Ce projet de loi visait à octroyer à la salariée, qui entame un processus de fécondation in vitro la même protection contre le licenciement et la possibilité de s’absenter pour effectuer les différents traitements et examens médicaux liés à cette technique, que celle attribuée à la salariée, qui est enceinte et en congé de maternité.

– pas de baisse de salaire et réintégration de son poste en cas d’absence (art. L. 1225-8).

– avertir l’employeur de son absence dès le début de la FIV

– Motif d’absence : demande de certificat de présence au centre PMA par le gynécologue à remettre à l’employeur à chaque examen.

– L’employeur qui emploie une salariée qui entame un processus de fécondation in vitro ne peut faire un acte tendant à mettre fin unilatéralement à la relation de travail à partir du moment où il a été informé du début du processus de fécondation in vitro, sauf pour des motifs étrangers à l’état physique résultant de la fécondation in vitro, de la grossesse ou de l’accouchement. (également applicable à l’absence de sa salariée due à l’échec de la FIV)

– Si l’employeur décide de rompre le contrat de travail, lui incombe la charge de démontrer la preuve de sa décision.

Si le motif invoqué à l’appui du licenciement ne répond pas aux prescriptions, ou à défaut de motif, l’employeur payera à la salariée une indemnité forfaitaire , sans préjudice des indemnités dues à la salariée en cas de rupture du contrat de travail.

L’employée qui a averti l’employeur qu’elle entame un processus de fécondation in vitro a le droit de s’absenter du travail, avec maintien de sa rémunération normale, le temps nécessaire pour se rendre aux examens, traitements et interventions médicales qui s’imposent et qui ne peuvent avoir lieu en dehors des heures de travail.

La technique de la FIV nécessite dans de nombreux cas plusieurs tentatives avant d’aboutir à une grossesse. Un échec éventuel peut être difficile à admettre pour la patiente. Il importe de lui laisser au moins une semaine pour se remettre de cette déception tant moralement que physiquement. D’autant que l’employeur garde la possibilité de licencier cet employée si cela s’avère nécessaire quand le motif n’est pas lié à la fécondation in vitro.

Qu’en pensez-vous ? On peut rêver, non ?

Diagnostiquer une infertilité avant le désir d’enfant ?

Est- il possible de diagnostiquer une infertilité avant le désir d’enfant ? Je m’interroge sur cela notamment de par mon parcours. Et je me demande en même temps si cela ne changerait pas la donne pour tous les couples en général d’avoir cette possibilité.

Lorsque j’ai consulté une gynécologue pour la première fois en vue d’une prescription pilule, elle m’a d’abord fait un bilan hormonal. C’était il y a plusieurs années, je n’ai pas vraiment tenu compte de ce bilan, le but pour moi était d’avoir ma prescription pilule, je ne pensais pas au futur.

Je n’ai pas ce tout premier bilan hormonal en mains aujourd’hui car je suis expatriée à l’étranger et ce bilan est resté derrière moi en France. Pourtant je me demande ce pour quoi j’avais été testée à l’époque. Pour moi bilan hormonal c’est FSH, LH, Progestérone etc etc? Était-ce le cas de ce bilan ? Je le suppose fortement.

Je regarde en arrière sur mon parcours qui a débuté ce jour là car il est aujourd’hui admis que je fais partie du grand nombre de femmes présentant des ovaires polikystiques. Ce syndrome étant caractérisé par un rapport anormal des hormones FSH et LH, il apparaît sur mes bilans hormonaux.

Il a donc sûrement été détectable lors de mon tout premier bilan hormonal et pourtant on ne m’en a rien dit.

Et même lorsque j’en suis venue à consulter pour la première fois dans le cadre d’un désir d’enfant et qu’un nouveau bilan a fait apparaître le déséquilibre LH / FSH, la gynéco ne m’a parlé que « d’ovaires fainéants ». Pourquoi n’a-t-elle pas « osé » me dire les choses clairement ? Ça changeait quoi ?

Si j’avais su dès 2005 lorsque j’ai commencé à prendre la pilule être atteinte de ce syndrome qui peut jouer sur ma fertilité, ma vie aurait été différente. Nous avions peur au début de notre vie commune, comme tout jeune couple, qu’un accident puisse nous arriver. On y a pensé, on en a parlé. On aurait pu parler de la même manière de la probable difficulté qu’on allait peut être rencontrer et agir en connaissance de cause.

Bien sûr si je disais ça aujourd’hui à la gynécologue qui m’a fait ce premier bilan elle me dirait « mais madame, il y a plein de femmes OPK qui ont des enfants sans aucun souci ». OK mais dans mon propre cas, ce bilan et mes cycles irréguliers laissaient quand même présager un dysfonctionnement réel.

Je me demande si l’on m’a caché ou non ce diagnostic il y a si longtemps ? Et j’ai bien l’intention d’en avoir le cœur net en regardant de plus près le bilan hormonal en question dès que j’en aurai la possibilité.

Ce questionnement personnel, j’ai envie de l’élargir à un questionnement de groupe dans le cadre du collectif BAMP. Pensez- vous qu’il faille mettre en place certains diagnostics le plus tôt possible ? Est ce que certains ou certaines d’entre vous ont su bien avant que la question ne se pose que l’infertilité serait possible et est ce que ce diagnostic était avéré ?

Je ne parle pas bien sûr de faire subir à chaque homme et à chaque femme un spermogramme et un bilan hormonal car de toute façon le coût de cela serait faramineux et donc inenvisageable. Mais pour certains cas ? S’il y a des risques qui peuvent être héréditaires, ne peut-on pas proposer aux personnes concernées un examen ?

Mon mari, par exemple, je ne sais pour quelle raison, a depuis très longtemps (bien avant de me rencontrer) cette peur d’être stérile. C’est la peur la plus forte qu’il ait et même aujourd’hui où on sait qu’il n’en est rien, il garde cette angoisse. S’il lui avait été possible d’être rassuré plus jeune n’aurait-il pas pu depuis se débarrasser de son angoisse ?

Pour ma part, je sais aujourd’hui que le SOPK est là en moi depuis ma naissance, j’aurais aimé le savoir avant. J’aurais aimé que ma première gynéco emploie les mots exacts, je me serai sentie moins ridicule avec mes « ovaires fainéants ».

Qu’en pensez-vous? Les médecins sont-ils si peu intéressés par notre cas ou bien est-ce simplement moi qui suis tombée à l’époque sur la mauvaise personne ?

Améliorer la prise en charge médicale

Ce qui suit est une liste non exhaustive des imperfections que j’ai pu constater tout au long de mon parcours en AMP.

Ne connaissant pas les tenants et les aboutissants de toutes les causes d’infertilité, j’évoquerai dans cet article uniquement ce que m’a inspiré ma propre expérience, je m’excuse d’avance s’il y a des erreurs sur le plan technique (après plus de 6 ans de traitements et de techniques diverses, je ne suis toujours pas ni médecin, ni biologiste !…)

  1. La « spécialisation » des gynécologues :

Je pense qu’il est primordial que les gynécologues non spécialisés dans le domaine de l’infertilité dirigent les couples vers des gynécologues formés et spécialisés dans ce domaine.

Cela éviterait perte de temps et d’énergie.

Au départ suivie par un gynécologue « de ville », j’ai enchainé 5 inséminations artificielles sans avoir fait aucun examen (seulement un bilan sanguin) – « tout va bien de votre côté » – me répétait à chaque échec mon gynéco (très humain en l’occurrence, mais non spécialisé donc). Il a fallu que je demande moi-même à être orientée vers un centre AMP, lequel nous a fait enchainer plusieurs tentatives de FIV intra-conjugales sans chercher à comprendre pourquoi aucune n’a fonctionné – « nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir » répondaient-t-ils à nos interrogations…

Ben non justement. Des investigations auraient dûes être faites au fur et à mesure, au lieu de donner des coups d’épée dans l’eau…

  1. Les examens :

Je pense qu’il est important que les examens susceptibles de révéler des « anomalies » pouvant empêcher une ovulation/fécondation/nidation doivent être entrepris dès les premiers essais infructueux

  • Découvrir au bout de plusieurs années et de nombreuses tentatives de FIV que son AMH* n’est pas dans la norme, c’est juste PAS POSSIBLE.

[*Le taux AMH (hormone anti mullérienne) est un indicateur de la réponse à la stimulation ovarienne dans le cadre d’une FIV]

Plus concrètement, enchainer des FIV intra-conjugales sans avoir contrôlé que notre réserve ovarienne permet d’obtenir des ovocytes matures, ça n’a pas de sens.

Il existe d’autres marqueurs de réserve ovarienne plus courants (FSH, Inhibine B, Estradiol) qui sont en général contrôlés assez rapidement.

L’évaluation du taux AMH fait partie des analyses non remboursées par la sécurité sociale (coût autour de 40 euros).

  • Faire une hystéroscopie diagnostique SEULEMENT APRES avoir subi plusieurs échecs d’implantation, ce n’est pas normal !

Dans mon cas, il aura fallu 4 ans de traitements et une dizaine de transferts d’embryons (dont des transferts d’embryons issus de don d’ovocytes) avant que je ne découvre une adénomyose (endométriose interne) lors d’une hystéroscopie.

Il faut donc que les examens soient pratiqués AVANT de déterminer la technique adaptée et qu’ils soient en adéquation avec le problème détecté (mauvaise réponse aux stimulations, mais aussi échecs d’implantation, fausses couches à répétition…).

J’ai également constaté qu’il faut parfois encaisser une multitude d’échecs avant que certains examens plus « pointus» ne soient envisagés.

Qu’ils ne soient pas automatiques en début de parcours, je veux bien l’entendre d’autant que certains de ces examens coûtent cher et ne sont pas pris en charge. Mais de là à devoir attendre plusieurs années avant d’approfondir les investigations, ça donne quand même à réfléchir.

Par exemple pour les hommes, certaines recherches d’anomalies génétiques, test de fragmentation de l’ADN du sperme, étude de la condensation de la chromatine, ou encore test F.I.S.H., ne sont entreprises qu’en fin de parcours alors que ce sont des facteurs déterminants (à mon humble avis!) pouvant induire des problèmes chromosomiques dans le développement de l’embryon.

Idem pour le bilan de thrombophilie pour les femmes, en cas de fausses couches à répétition ou en cas d’échec d’implantation.

  1. La « prise en charge » psychologique

Dans mes rêves, le gynécologue idéal est professionnel, efficace, à l’écoute et diplomate. Dans la vie, il fait peut-être de son mieux, mais la délicatesse n’est manifestement pas son fort…

S’entendre dire après une quinzaine d’échecs (toutes techniques confondues) : « Madame, vous venez de perdre 5 ans, avec des techniques inadaptées dans votre cas, votre parcours débute aujourd’hui »…

Il y a des phrases qu’on n’oublie pas.

Certains centres ou spécialistes proposent de se faire accompagner par des psychologues connaissant le sujet, mais d’une part, il faut pouvoir se le permettre financièrement et ensuite ça n’allège pas la souffrance morale qu’engendre un parcours en AMP.

Ce dont on a besoin, c’est de comprendre, de savoir où l’on va, pourquoi ça ne marche pas, quelles sont les solutions envisageables et surtout quelles sont celles qui sont adaptées à notre cas.

Ce que l’on voudrait recevoir de la part de celui qui nous guide et qui nous accompagne dans ce parcours semé d’embuches, c’est du réconfort, de la compréhension, de l’écoute, une approche humaine et abordable.

  1. Ce que nous permet la loi, et ce dont elle nous prive…

Alors là, c’est un vaste sujet qui sera abordé en profondeur dans d’autres articles. Beaucoup de choses sont à améliorer, à réviser…

Sur le plan des lois bioéthiques, de la recherche sur l’embryon, le diagnostic pré-implantatoire, mais aussi l’accompagnement des couples devant faire appel au don de gamètes, que ce soit en France ou à l’étranger, le don d’ovocytes, le double don, le don d’embryon (sujets qui me tiennent tout particulièrement à coeur), la GPA…