Allô maman bébé : date limite de procréation dépassée (Causette, sur Rue89)

Un article que nous avions relayé sur le facebook du collectif BAMP lors de sa publication, mais il nous semblait opportun de vous en parler ici, en ce qu’il soulève des questions essentielles.

 

Causette"

Cette enquête a d’abord été publiée dans le numéro 46 (juin 2014) de notre partenaire Causette. Rue89 

Causette, juin 2014

Rachida Dati, Monica Bellucci, Carla Bruni-Sarkozy, Julia Roberts et j’en passe : chaque fois qu’une célébrité tombe enceinte après 40 ans, elle fait immanquablement la une des magazines féminins, la presse people en fait ses choux gras et les émissions de télévision y vont de leur « Spécial grossesse tardive ».

Si l’on connaît tout de leur « bonheur inespéré », des « joies de la maternité à l’âge de la maturité », curieusement, on ne sait quasiment rien de la façon dont elles s’y sont prises. Grossesse spontanée ? Don d’ovocyte ? Fécondation in vitro (FIV) ? Cela, les médias ne l’évoquent tout simplement pas.

Résultat, pour peu que l’on ait un exemple de grossesse tardive dans notre entourage, on finit par s’imaginer qu’avoir un enfant passé 37 ans, c’est aussi facile que d’aller s’acheter un pot de crème antirides au supermarché du coin.

« Il est urgent d’informer les femmes »

« Est-il facile d’avoir un enfant passé 37 ans ? Non. De tomber enceinte grâce aux progrès de la médecine ? Doublement non. A partir de 38 ans, … la suite à lire ICI. 

 

Halte aux idées reçues!

Suite à ma proposition, voici mon 1er jet pour la page « halte aux idées reçues ». J’ai essayé de regrouper toutes vos idées, sauf ce qui concernait les fausses-couches, car je pense qu’il faudrait une rubrique à part. J’attends vos critiques et avis. 🙂

L’infertilité est un véritable parcours du combattant, malheureusement très méconnu par ceux qui n’y sont pas confronté. De nombreuses idées reçues circulent sur le sujet, et parfois en voulant être gentil ou rassurer son proche, on tourne le couteau dans la plaie.

Quelques erreurs fréquentes à éviter :

1) Rapporter l’infertilité à l’aspect psychologique.

L’infertilité est avant tout un problème médical, pas psychologique. Pour 80% des couples, il existe une cause médicale connue. Pour ceux dont la cause reste inexpliquée (infertilité «idiopathique»), tout ce que nous savons est que la science médicale n’a pas encore pu établir la cause. Il n’y a pas de preuve que le stress soit une cause d’infertilité. Cependant, il existe beaucoup de preuves pour dire que l’infertilité provoque du stress!

« Détendez-vous, partez en vacances! »

NON, prendre des vacances ne guérit pas de l’infertilité !

Ne pas y penser ou prendre des vacances ne va pas déboucher des trompes ou améliorer la qualité du sperme du conjoint. C’est en effectuant des dosages d’hormones, un spermogramme et d’autres tests que l’on diagnostique une infertilité, que l’on peut éventuellement traiter.

« Après des années de galère, les X ont adopté une petite fille, et BAM, elle est tombée enceinte ! »

NON,  l’adoption ne guérit pas de l’infertilité

Vous avez probablement entendu parler d’un couple qui a vécu un problème d’infertilité pendant des années, qui a ensuite adopté un enfant, et qui a finalement vécu une grossesse. Peut-être avez-vous cru que ce couple a pu procréer parce qu’il a «arrêté d’y penser» Un certain nombre d’études ont examiné ce phénomène, et ont démontré que des couples infertiles qui n’adoptent pas ont les mêmes chances de vivre une grossesse après quelques années que les couples qui ont recours à l’adoption. Cela s’explique par le fait que seul un petit pourcentage des couples infertiles réussissent à concevoir un enfant après un certain nombre d’années. Nous entendons probablement davantage parler des couples qui ont choisi la solution de l’adoption.

« Tu y penses trop, c’est pour ça que ça ne fonctionne pas ! »

D’abord, si vous voulez culpabiliser et enfoncer encore d’avantage votre proche, c’est réussi. Choisir de faire un enfant n’est pas une décision que l’on prend à la légère, et toute personne normalement constituée « y pense ».  Alors imaginez fréquenter régulièrement les couloirs d’hôpitaux, vous piquer tous les jours dans le ventre et subir d’innombrables échographies vaginales. Réussiriez-vous à ne pas y penser ?

« Tu fais un blocage. » ou sa variante « C’est dans la tête ! »

Vous êtes psy ? Non ? Alors abstenez-vous de ce genre de commentaires qui n’ont pour effet que de culpabiliser votre proche.

« Ça viendra quand ce sera le bon moment, tu n’es peut-être pas prête. »

Pas prête ?? Je peux vous assurez qu’après 3 ans, 8 mois et 3 semaines, elle est plus que prête !

2) Donner son avis alors qu’on n’y connaît rien.

«  Ne t’inquiète pas, ça va marcher. »

A moins d’être madame Irma et de lire l’avenir dans les cartes, vous n’en savez rien ! En disant cela, vous minimisez le problème de votre proche, avec en plus la fausse promesse qu’elle va tomber enceinte. La triste vérité est que cette garantie n’existe pas. Votre amie ne tombera peut-être jamais enceinte, elle le sait et en souffre.

«  Il faut y croire. »

Remarque qui sous-entend que si on n’y croit pas suffisamment, ça ne peut pas marcher. Ça implique que votre amie n’y croit pas assez, l’infertilité est donc de sa faute. Or si elle est en cours de PMA, je peux vous assurer que c’est parce qu’elle y croit: les injections d’hormones ça ne fait pas planer.

«  Tu as pensé à l’adoption (il y a tellement d’enfants qui …) ? »

Evidemment qu’elle y a pensé, elle a aussi probablement pensé au don de sperme, au don d’ovocyte, à la mère porteuse, au vol de sperme et au vol d’enfant. Mais là tout de suite, ça n’est pas à l’ordre du jour. Pourquoi est-ce que sous prétexte qu’un couple est infertile, il doit se mettre à essayer de soulager la douleur du monde ? A moins qu’elle n’entame le sujet, ne parlez pas d’adoption.

«  Moi je trouve que la PMA … »

Ne donnez pas votre avis sur la PMA. Elle a lu toutes les études possibles, et elle a pris sa décision. Quelle que soit cette décision, votre avis est irrecevable étant donné que c’est pas vous qui êtes dans cette situation.

« Vous êtes jeunes, vous avez tout le temps ! »

Encore une remarque qui minimise le problème. Sous prétexte qu’on est jeune, on ne souffre pas de cette attente et de cette situation ? Oui, on est jeunes, mais justement parce qu’on avait fait le choix d’être des parents jeunes. Et plus ça va, plus notre rêve s’éloigne…

3) Minimiser leur souffrance et vous plaindre de votre grossesse / vos enfants.

«  Il y a des choses bien pires que d’être infertile. »

Qu’est-ce que vous en savez ? À moins de n’avoir vécu un cancer ET une infertilité, vous ne pouvez pas comparer.

 « Profite de faire la grasse matinée et de voyager tant que tu n’as pas d’enfant. »

Le plus blessant dans cette remarque est la minimisation du problème et de penser que quand on passe par une période aussi difficile, avec des traitements très lourds, on puisse juste ”profiter”.

 «  Tu peux avoir les miens, ils sont insupportables. »

Ne vous plaignez pas de vos enfants à une personne infertile. Ces enfants, vous les avez désiré vous avez eu la chance de les concevoir naturellement. C’est une chance. De manière similaire, ne lui expliquez pas toutes les responsabilités que les enfants engendrent: elle a eu amplement le temps d’y réfléchir (bien plus que vous qui n’avez pas eu de problèmes de fertilité).

«  Oh la grossesse, c’est long, et puis j’ai des nausées, bientôt je vais ressembler à une baleine, etc… » 

Si vous voulez vous plaindre de votre grossesse, appelez une amie qui n’a pas de problème de fertilité. Croyez-moi, on adorerait avoir toutes sortes de douleurs si ça veut dire qu’on aura un enfant.