Je suis un homme………….stérile – témoignage

Aujourd’hui, nous vous proposons le témoignage d’Antoine (le prénom a été changé),  qui a souhaité s’exprimer sur son histoire. Merci à lui d’oser se dévoiler.

« Marié un jour de décembre 2007 pluvieux, nous n’étions encore qu’étudiant lorsque moi et ma femme avons décidé de nous unir pour la vie. C’était jour de fête et c’était la première fois que l’ensemble de nos deux familles se découvraient.

Ce fut comme de nombreux mariages un moment court et intense, un moment de communion et de joie.

Malheureusement très tôt, pour des raisons économiques, nous avons dû nous séparer une première fois. Mais au lieu de faiblir notre amour n’a fait que se renforcer au rythme des week-end de retrouvailles.

Après 1 année de séparation, nous avons enfin pu vivre ensemble et ce fut un beau moment sur tous les points (projet d’achat d’appartement, travail sur le point de devenir stable), mais un élément à notre bonheur manquait. Le couffin restait toujours vide. »


 

  • Pouvez-vous vous présenter ?

Je me nomme Antoine, j’ai 35 ans, je suis enseignant. Je suis divorcé depuis le mois d’août 2016.

  • Comment avez-vous eu connaissance de votre stérilité ?

Après 4 ans de mariage, devant des inconnus (patients) et par une secrétaire médicale, en OutreMer, loin de mes racines (pour que ma femme et moi soyons heureux, la vie de couple est un combat, donc il faut parfois prendre le taureau par les cornes et tout faire quand on aime une personne).

  • Avez-vous une explication sur la nature et l’origine de votre stérilité ?

Personne n’est capable de m’expliquer la cause de mon azoospermie sécrétoire (peut être les pesticides, ayant vécu depuis mon enfance, au milieu des champs)

  • Souhaitiez-vous avoir des enfants avant l’annonce de votre stérilité ?

Oui, c’était l’une des choses les plus importantes de ma vie.

  • Qu’elle a été votre réaction à cette annonce ?

Ce fut catastrophique, aussi bien pour mon couple que pour mon estime personnelle.

  • Qu’elle a été la réaction de votre femme à cette annonce ?

Elle était complètement abasourdie. C’est ainsi que la stérilité a continué à fragiliser notre couple (difficulté de vivre ensemble pour des raisons économiques). Disons que la stérilité n’a fait qu’empirer la situation, elle n’a rien aidé.

  • Votre couple a-t-il été soutenu et accompagné au moment de cette annonce et ensuite ?

Absolument pas, nous avons même été séparé pour des raisons économiques.

  • Avez-vous réalisé des tentatives d’AMP ?

Ma femme n’a jamais réellement accepté, elle refusait aussi bien le don le don de sperme que l’adoption, elle ne souhaitait simplement plus fonder de famille avec moi.

  • Avez-vous exploré les différents chemins pour avoir quand même des enfants, l’adoption ? Le don de sperme ?

Oui (réponse ci-dessus)

  • Est-ce que vous avez eu besoin d’être accompagné, personnellement par un psychologue pour gérer votre divorce et votre stérilité ?

Non, cependant pour mon divorce je vais m’orienter vers un psy (lequel, pas encore décidé)

  • Est-ce que la stérilité est un frein à une nouvelle rencontre amoureuse ?

Personnellement, de moins en moins, mais cela sera toujours un handicap. En tant qu’enseignant en SVT, j’explique à mes élèves qu’un être vivant est un être capable de se nourrir, de grandir et d’AVOIR UNE DESCENDANCE. Chose dont je ne suis pas capable. J’appelle cela un handicap.

  • Avez-vous l’impression de n’être plus qu’un « homme stérile », ou arrivez-vous à vous voir plus positivement ?

Je suis en train de positiver, mais cela n’est pas simple. Je remercie, des femmes avec qui j’ai discuté de cela. Ces femmes me disent simplement que cela arrive (sous entendu que cela peut arriver à tout le monde) et cela me soulage un peu. Effectivement cela sous entend aussi qu’un homme n’est pas qu’un sac de spermatozoïdes.

  • Est-ce que vous trouvez du soutien parmi vos proches et vos ami(e-s) ?

Depuis mon retour en métropole oui. Avant, auprès  d’un AMI, qui est d’ailleurs actuellement en métropole.

  • Souhaitez-vous toujours avoir des enfants ? Par quels moyens ?

Si le destin, me le permet, oui. Mais cela n’est plus forcément une priorité. Je n’ai plus de grand problème avec le don de sperme. J’envisage le don de sperme dans la situation, où je ne veux pas priver mon éventuelle future femme d’une expérience qui est certainement compliquée, mais légitime, qui se nomme la grossesse et l’accouchement. Je considère qu’un père est certes dans le meilleur des cas, le père biologique, mais je souhaite éduquer mon enfant (quelle que soit son origine) avec une partie de mes valeurs (les autres étant celles de ma future conjointe). Cependant ce qui me gène le plus est le fait que cet enfant risque un jour de connaitre son père biologique et considérant les origines de chaque individu comme essentiel pour se construire, je ne m’opposerai jamais à cette volonté. Mais j’aurai mal pour lui, peur des conséquences que cela auraient sur sa personnalité. Cela en tout cas, ne pourrait se faire que suite à une discussion longue avec ma future conjointe (discussion que je n’ai jamais vraiment réussi à avoir avec ma précédente femme).

  • Est-ce que votre stérilité et votre désir de fonder une famille, vous prennent la tête quotidiennement ou arrivez-vous à prendre de la distance avec ces idées ? Souvent on dit aux femme infertiles, stériles qu’elles doivent arrêter d’y penser ?

Cela est encore très difficile, mais j’essaye de voir les choses autrement. Cela me hantera toute ma vie.  Oui en effet, j’y pense quasiment tous les jours devant mes élèves. Mais je considère qu’il ne faut pas combattre ces idées, il faut simplement les accepter et apprendre à vivre avec.

  • Une idée reçue circule toujours qui confond, stérilité et impuissance, que pouvez-vous nous en dire, comment vivez-vous cela ?

Ce sont deux choses différentes. Au moins je peux éprouver du plaisir à l’acte et faire plaisir à ma future conjointe (si j’ai de la chance).

  • Pourquoi avez-vous souhaitez témoigner de votre situation ?

Car je connais très peu de personnes qui en parlent, mais je sens que mon cas n’est pas isolé et je veux passer à autre chose, mieux vivre avec. La preuve est qu’en répondant à ce questionnaire, je me sens plus apaisé, car écouté et peut être compris ?

  • Connaissez-vous d’autres hommes dans votre situation ?

Oui, stériles mais pour d’autres raisons que moi.

Pensez-vous qu’il soit nécessaire d’agir pour que les tabous qui persistent au sujet de la stérilité masculine puissent tomber  ?

Oui. En communiquant sur la sujet, par des affiches, des émissions, et poursuivre sur des médias tels que le votre. J’accepterai personnellement de me présenter, je considère que la pire des choses et de rester dans le silence, car dans le silence, rien de guéri. Au mieux on stabilise.

MERCI beaucoup pour ce témoignage

 

Centre de Fertilité de l’Est Parisien Floréal – Dhuys

Le 3 novembre, une de nos référentes parisienne accompagnée de son mari s’est rendu à l’inauguration des nouveaux locaux du Centre de fertilité de l’Est Parisien Floréal – Dhuys (anciennement clinique de la Dhuys) qui se trouve sur la commune de Bagnolet dans le 93.

BAMP était en effet invitée à participer à cette soirée de présentation des nouveaux locaux.

« Des difficultés pour nous garer dans les environs nous ont fait arriver avec 10 minutes de retard donc nous avons raté le petit speech de présentation😦. J’avais déjà assisté à l’inauguration du nouveau centre Foch le mois dernier. Celle-ci était beaucoup moins guindée, plus détendue. Elle était par ailleurs, très bien organisée puisqu’une équipe de professionnels identifiables avec des t-shirts à l’effigie du service étaient à la disposition des invités pour leur faire visiter le centre.« 

Petite visite en image des espaces d’accueil du public. Le CFEP travail en partenariat avec une psychologue, une ostéopathe et une sophrologue (Magalie BENOIT), que nous connaissons bien. « J’ai particulièrement apprécié l’affichage sur l’ostéo et la sophro en AMP dans la salle d’attente qui témoigne de l’ouverture d’esprit de cette équipe médicale vers une prise en charge globale et pluridisciplinaire. »

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« Nous avons aussi pu visiter la partie plus technique des locaux au sous-sol où je n’ai pas pris de photos. Nous avons découvert les salles de recueil hi-tech et tout confort avec des divans et téléviseur pour mettre à l’aise ces messieurs. La salle dédiée aux femmes était bien-sur un peu moins glamour avec le siège gynécologique classique. »

Le site du CFEP Floréal – DHUYS, vous y trouverez toutes les informations nécessaires, vous pourrez prendre rendez-vous en ligne, trouver des informations sur les techniques.

N’oubliez pas, si vous cherchez des éléments sur les centres d’AMP en France, vous pouvez trouver sur le site FIV.FR, une carte de France et des fiches d’informations sur chaque centres en France (et aussi à l’étranger). Vous trouverez aussi des photos et de vidéos vous présentant certains lieux visités par le responsable du site FIV.FR

Maternités solo

C’est le titre du dernier livre de Dominique MEHL, sociologue au CNRS. Elle travaille sur les évolutions de la famille et les transformations de l’enfantement nées de la procréation médicalement assistée. Elle a déjà publié : « Enfants du don » chez Robert Laffont en 2008, et « Les lois de l’enfantement » aux Presses de SciencesPo en 2001 (deux livres que nous vous recommandons aussi, voir là)

Elle nous livre dans ce dernier livre,  les résultats d’une enquête qu’elle a réalisée auprès des femmes qui deviennent mères en l’absence de conjoint, soit après un parcours d’adoption, soit grâce à une Assistance Médicale à la Procréation réalisée à l’étranger, car l’AMP n’est à l’heure actuelle autorisée que pour les couples hétérosexuels.

Elle aurait aimé pouvoir rencontrer et interviewer toutes ces femmes qui font des bébés toutes seules et ce depuis toujours. Celles qui le font par hasard au détour d’une relation sexuelle unique, par « accident » ou volontairement à l’insu de leur partenaire sexuel. Mais aucune n’a accepté. Cela nous aurait donné une image plus complète des maternités solo.

Dominique MEHL s’est donc concentré sur ces femmes qui deviennent mère sans conjoint dans un cadre volontaire et assumé, soit par l’adoption, qui nécessite des démarches administratives importantes.  Soit par AMP qui nécessite une importante réflexion, car il faut aller au delà des règles morales et sociales encore en vigueur dans notre pays.

Mais finalement ce que nous disent tous ces témoignages de femmes c’est que même si elles transgressent la norme dominante dans cette accession à la maternité solo, elles restent très attachées au modèle de la parentalité dans un cadre conjugale. Si elles avaient pu avoir des enfants avec un conjoint, elles auraient choisi cette option de vie.

Comme nous l’a dit Dominique MEHL, lorsque nous lui avons posé quelques questions  : « conjugalité et procréation sont séparées dans le passage à l’acte, mais pas dans la tête de ces femmes. Celles qui ont témoigné, ont fait ce choix par dépit face à l’échec d’une conjugalité« . Ce qui se traduit pour certaines, par une certaine culpabilité comme page 26 : « j’ai compris que c’était de la faute de la femme« .

Si ce sujet vous intéresse, nous vous conseillons de lire ce livre de témoignages courts mais très éclairants, sur la place des femmes en 2016, leurs rapports à la conjugalité et au désir d’enfant. L’expression de la force qui a été nécessaire à certaines pour aller au delà des normes sociales et de genre.

C’est aussi un livre à lire, pour mieux comprendre que les femmes ne sont pas des écervelés qui se réveillent un matin en se disant : « Tiens si je faisais un bébé toute seule« . Elles réfléchissent à tout ce que cela peut impliquer pour l’enfant à venir et pour elle-même, d’inscrire leur parentalité dans une norme non dominante, atypique. Car finalement, nous aspirons tous à une chose : être comme tout le monde….n’en déplaise à certains pourfendeurs des différentes formes de FAMILLES.

 

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Jean-Jacques GOLDMAN chantait en 1984 « Elle a fait un bébé toute seule »