Fertilité : elles ont congelé leurs ovocytes (ELLE, 10/09/2014)

 

Dans l’espoir d’avoir un enfant plus tard, ces trentenaires ont contourné la loi française et fait congeler leurs ovocytes à l’étranger. Elles racontent leur parcours.

Elle l’a fait, elle le dit, Garance Yverneau est la seule de nos témoins à parler à visage découvert. – © Jean-Luc Bertini

Garance Yverneau assume. Cela ne la gêne pas de devenir le visage des Françaises qui vont à l’étranger pour faire congeler leurs ovocytes. Les autres préfèrent rester anonymes parce que leur vie intime ne regarde qu’elles. Elles n’ont pas du tout envie que leurs collègues, leurs ex, leur famille les jugent d’avoir fait cette démarche. Mais toutes soutiennent Garance Yverneau qui en parle ouvertement car cela a changé – ou va changer – leur vie. Et elles ne comprennent pas que, en France, la conservation de ses propres ovocytes pour pouvoir les utiliser plus tard, lorsque l’horloge biologique aura tourné, ne soit pas autorisée. « Il faut absolument lancer le débat, exhorte la jeune femme de 35 ans, d’un ton militant. Tant de femmes essaient de faire des enfants et n’y arrivent pas. On devrait parler de ce plan B à toutes celles qui ont moins de 35 ans. »

Garance Yverneau est une femme qui ne perd pas de temps. A l’âge de 34 ans, elle avait déjà fondé deux entreprises, Happy Families, une société de multiservices pour les familles débordées, et 5A Conseil, spécialisée dans le bilan de compétences et la carrière des femmes. Consciente que les chances d’avoir un enfant commencent à chuter à partir de 35 ans, elle s’était fixé cet âge-là pour fonder une famille. « Mais ma vie professionnelle s’est emballée. J’ai travaillé comme une dingue, raconte l’entrepreneuse. J’ai eu de jolies histoires d’amour. Je suis restée huit ans avec quelqu’un. Mais aucun projet d’enfant ne s’est concrétisé. » A 34 ans, la jeune femme a commencé à s’inquiéter. « Je voulais une évaluation scientifique de ma situation car j’étais dans l’angoisse: si je ne faisais pas de bébé tout de suite, ce serait sans doute trop tard, mais je ne pouvais faire de bébé,puisque je n’avais pas d’amoureux et trop de boulot », raconte-t-elle.

Elle a donc demandé à sa gynécologue de tester sa réserve ovarienne, c’est-à-dire la capacité des ovaires à réagir à une stimulation hormonale en fabriquant des ovocytes. Cette dernière a refusé, estimant que ces tests devraient être réservés aux couples ayant essayé de faire un enfant sans succès depuis un an. Garance Yverneau s’est alors tournée vers un spécialiste de l’infertilité, le Pr François Olivennes. Et là, mauvaise surprise. Sa réserve ovarienne était particulièrement basse.« Le Pr Olivennes m’a expliqué que je n’avais que six mois devant moi si je souhaitais congeler des ovocytes de qualité pour faire un enfant plus tard. Si je tardais, cela ne vaudrait plus la peine : trop cher, trop lourd, trop de déplacements pour un résultat aléatoire. » Elle a immédiatement contacté une clinique en Espagne.

Impossible de savoir combien de femmes le font déjà

La cryoconservation ovocytaire pour des motifs non médicaux et pour son propre usage n’est pas autorisée à ce jour en France. Elle l’est, en revanche, comme de nombreuses autres techniques d’assistance médicale à la procréation (AMP ou PMA) dites « sociétales », dans des pays voisins. L’Espagne, la Belgique, l’Italie, la Suisse… Il suffit donc de prendre un TGV ou un avion pour y recourir, et de payer. Impossible de savoir combien de femmes le font déjà. Peu, selon les spécialistes de l’infertilité, mais la demande de la part des trentenaires augmente à mesure que les techniques de congélation et les taux de réussite s’améliorent.

La congélation ovocytaire existe depuis trente ans. Ce qui est nouveau, c’est la possibilité de vitrifier, c’est-à-dire de congeler à vitesse rapide ces grosses cellules pleines d’eau en évitant la formation de cristaux. Conservés dans de l’azote liquide puis décongelés des années plus tard et fécondés par injection de sperme, ces ovocytes devenus embryons sont replacés dans l’utérus. Quelques milliers de bébés (environ cinq mille aux Etats-Unis) sont nés grâce à cette méthode. Et ils se portent bien.

Gros avantage, cela permet de faire, à 40 ou 42 ans, une Fiv avec des ovocytes qui ont dix ans de moins. Et de réduire le risque d’aberrations chromosomiques et de fausses couches liées à de « vieux » ovocytes. « Mais aussi de se passer des stimulations ovariennes tardives dont les taux de succès baissent après 35 ans, chutent après 37 ans et deviennent quasiment nuls après 43 ans, souligne le Dr Joëlle Belaisch-Allart*. Enfin, l’autoconservation permet également d’éviter d’avoir recours au don d’ovocytes, sachant qu’il y a en France deux ans d’attente. »

« Dans l’idéal, il est conseillé de le faire avant 35 ans »

Cet espoir en poche,….LA SUITE ICI, avec des témoignages de femmes normales, conscientes du temps qui passe mais pas pour autant disposée à se jeter aujourd’hui sur le 1er homme venu juste pour procréer. Et pour une fois, les commentaires sont dans l’ensemble corrects, même si l’on n’échappe pas aux clichés….