L’enfant de tous les possibles – télévision

Diffusion de ce reportage de Lise BARNEOUD et Lorène DEBAISIEUX, tourné en 2018 : « l’enfant de tous les possibles », le mardi 29 janvier, à 20h50, sur France 5

A voir évidemment, certaines scènes ont été tourné pendant la Semaine de Sensibilisation à l’Infertilité, organisée par votre association COLLECTIF BAMP, au mois de juin à Paris.

Sans partenaire masculin mais………………. avec des pathologies impactant la fertilité – Témoignage

Mon portrait
A 10 ans, règles douloureuses, je ne savais pas que ce jour-là bouleverserait à jamais mon destin de femme.

Ce passage de petite fille à jeune fille fut radical, non pas vers une quelconque émancipation mais vers un combat contre les autres et au bout du compte surtout contre moi-même.
J’ai fait à la manière de M. Jourdain de la prose sans le savoir…

Chaque mois, une bonne dizaine de jours, sans répit, arrachages, crampes, hémorragies,  jour comme nuit, fatigues chroniques, douleurs de dos et articulaires…

Dans l’indifférence générale. Du moins, je disais poliment « je suis indisposée ». Il fallait accepter de se tordre de douleurs, de s’évanouir et de s’excuser d’être tout le temps malade. De consulter des médecins ébahis : « Y en a qui ont mal… d’autres non, c’est comme ça. Vous verrez tout s’arrêtera au premier enfant. »
De voir mes parents démunis.
Pathologies hormonales en tout genre. Mauvais côté de la barrière. La faute à pas de chance.
Cacher, faire comme si. Le diagnostic correctement posé par des médecins compétents il a fallu attendre longtemps, longtemps attendre. Colère.

Dernièrement une soignante m’a dit : « Vous savez que maintenant l’endométriose, on la considère comme une vraie maladie ! » Etat de sidération.

L’enfant, les enfants, le couple ne sont pas venus comme dans mes rêves de petite fille.
Je suis compliquée parait-il. Les douleurs gynécologiques transforment votre quotidien et changent votre rapport au monde, à l’autre… Puis, il y a eu la vie avec son lot de joies et de malheurs.
Mes amours se font attendre et m’ont rendue spectatrice du bonheur des autres. Celles qui tombent enceintes mais « ce n’était pas prévu ! » A plaindre. « La pauvre, elle va faire comment avec ses trois enfants… » Par contre, celles qui n’ont pas d’enfant, peu d’empathie envers leur sort.

Je me suis tournée vers la procréation médicalement assistée tardivement car je ne me sentais pas de faire un enfant toute seule. Je rêvais toujours de former famille. Faire les choses dans l’ordre.
Je pensais rentrer en PMA la fleur au fusil.

Je savais que j’allais devoir être forte, supporter le regard des autres et les réflexions. « Un enfant c’est le fruit de l’amour » pas d’un donneur de sperme, d’un géniteur inconnu… « Tu veux fonder une famille monoparentale ! » Non un choix par défaut, vous connaissez l’horloge biologique ?

Je ne pensais pas que j’allais autant devoir rembourser ma banque, je ne pensais pas à tous ces allers retours non pas pour faire du tourisme mais pour faire une FIV avec ponction et des transferts.

Je ne pensais pas à toutes ces analyses, ces biopsies, scratching, aux hystérosmachin truc, à ces traitements invalidants qui vous mettent en difficultés professionnelles.

En Espagne, on passe par enchantement du courage à la chance. Pour une française, présenter sa carte bleue au lieu de sa carte verte vitale… c’est juste inacceptable.

3 échecs, le miracle se fait attendre. Je sais maintenant que tous les enfants ne mettent pas 9 mois à venir au monde. Un désir qui se transforme en chemin de croix. Au-delà du courage.
Je ferai tout pour que cet enfant soit heureux, être un parent et faire famille. Je sais qu’un jour un père viendra pour reprendre le titre d’un article du journal Libération !

Il y aura filiation, il y aura éducation, il y a aura beaucoup d’amour à donner et … le destin décidera.

Mon Petit Embryon

Mon petit,

Mon petit embryon,

Mon petit embryon qui ne connaît rien de moi et moi de lui.

Y a-t-il eu accroche ?

Le petit s’est-il cramponné à moi ? Ai-je voulu de lui pour que la grande aventure commence ?

Mon alchimie,

Ma petite alchimie s’est-elle opérée ?

Pour donner naissance à un amas de cellules en devenir.

Ma mûre, ma morula,

Ma petite mûre est-elle repartie du néant ? S’est-elle arrimée à ma membrane nourricière ?

Mon corps te supportera-t-il ?

Tu devrais faire 1 mm. Un traitement au lieu de la rencontre de deux corps.

Je fais quelque chose que je ne devrais pas avoir. Une femme seule qui s’autorise à concevoir un enfant seule. Scandale, péché des temps anciens, support fabriqué, aisé pour une société en mal de moralité et d’ordre moral. De prétendue filiation. Vraie question mais un prétexte pour faire honte… aux femmes qui désirent ardemment qu’un jour on les appelle « maman ».

Blastocyste nom barbare pour un, mon petit costaud.

Prêt pour se nidifier. En théorie. La chance après le courage.

Deviens ce que tu es.

Mes ovaires tirent, sont douloureux, est-ce toi qui exprime tes besoins ? ou les règles qui tapent, frappent, arrachent et ne tarderont pas à saigner et à faire saigner le cœur et le corps.
Fatigue du traitement ou d’un petit être qui s’accroche et exprime ses besoins. Stress de ne pas pouvoir, de ne pas savoir, d’être effondrée et non déçue, d’être jugée comme une incapable, mutilée et me replonger dans ma sexualité abîmée… De ne pas être à la hauteur. Avoir trop de peine pour quelque chose qui n’existe pas encore.

Désolée de ne pas avoir « choisi une PMA » comme on choisirait de faire Verdun ou Ravensbrück. Choisir de se battre, de rentrer sur un champ de bataille où il y aura plus d’aléatoires, d’inconnus, des pertes, des mutilés, des disparus, des blessures indicibles… Non je n’ai pas « choisi » de faire une PMA. C’est absurde.

J’ai choisi de combattre le destin et porter la vie.

Et les pourquoi ?

D’en avoir fait trop ou pas assez, quelque chose qui cloche en moi, dans ma tête, dans mon corps, capable d’accrocher des bouts d’endomètres mais pas de petits bouts… Cruelle réalité depuis l’âge de 10 ans. Sans le savoir. Sans un mot, un nom dessus, sans traitement pour cette maladie-là.

Supporter les femmes enceintes. Leur joie et leur ventre arrondi avec un bébé qui entendra la voix in utéro de leur papa. Celles qui conçoivent naturellement et qui n’auront pas à subir les regards réprobateurs.

La PMA c’est avant tout une histoire de deuil, deuil d’une relation charnelle pour concevoir, se sentir pleine, pleine d’un amour avec l’homme qu’on aime et qui nous aime.

Deuil d’une maternité partagée, d’une famille traditionnelle que l’on a connu.

Deuil des gènes que l’on porte.

La PMA en solo. C’est aussi renoncer à l’estime des autres pour retrouver l’estime de soi.

Le temps cette tragédie féminine.

Bienheureux les couples qui n’ont pas besoin qu’on les aide pour donner naissance à un enfant.

Remercier les donneurs et les cliniques étrangères qui malgré leur appétence financière aident toutes les femmes à devenir mère.

Il n’y a pas de diplôme pour devenir parent.

 

Elisa

 

 

 

 

 

 

 

Pour la troisième fois, Elisa vient de subir un nouvel échec suite à une AMP réalisée à l’étranger.

Seule