Interview d’une donneuse d’ovocytes ayant deux enfants

Nous avons rencontré, cet automne, M.-L. qui a donné ses ovocytes et qui est maman de deux enfants.
Peut-être que son témoignage vous aidera à sauter le pas ?
Faites un peu connaissance avec elle…

Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour, je m’appelle M.-L., j’ai 33 ans et je vis en couple.
Mon compagnon et moi avons la chance d’être les parents de deux enfants âgés d’1 et 3 ans. J’ai fait un don d’ovocytes cet automne.

Comment avez-vous eu connaissance de la possibilité de faire un don d’ovocytes ?

Durant ma seconde grossesse, en allant faire ma prise de sang mensuelle dans mon laboratoire d’analyses médicales, mes yeux sont par hasard tombés sur la brochure éditée par l’Agence de Biomédecine avec cette fabuleuse accroche : « Les plus beaux cadeaux ne sont pas forcément les plus gros. »
Je donne mon sang et mes plaquettes, je suis inscrite sur le registre français du don de moelle osseuse… Bref, ces quelques mots ont immédiatement trouvé une résonance en moi.

Qu’est-ce qui a déclenché chez vous l’envie de faire ce type de don ?

Il n’y a pas eu de déclencheur à proprement parler. À l’heure actuelle, on a tous dans notre entourage des couples rencontrant des difficultés (plus ou moins insurmontables) dans leur souhait de fonder une famille, et on est donc tous davantage sensibilisés à ce sujet qu’auparavant.
À titre personnel, je me souviens d’une conversation avec des proches ayant entamé un parcours de PMA, et de la détresse dans laquelle ils étaient. J’avais alors pensé que si je pouvais reprendre à mon compte ne serait-ce qu’une infime partie de leur souffrance morale ou physique pour leur permettre de souffler dans ce quotidien hyper médicalisé et rythmé par les RDV, examens, prises de sang, piqûres et autres réjouissances, je l’aurais fait.
Alors, quand j’ai eu sous les yeux cette brochure de l’Agence de Biomédecine faisant la promotion du don de gamètes, je me suis dit que je détenais là un moyen concret et à ma modeste mesure d’aider un ou deux couples à fonder une famille, ou tout du moins à retrouver un peu d’espoir.

Un ovocyte qu’est-ce que cela représente pour vous ? Envisagez-vous ce que cela peut représenter pour un couple qui attend un don d’ovocyte pour être parent ?

La science et la médecine ont la possibilité de réussir là où la nature a mystérieusement échoué. Pour cela, tout un protocole se met en branle, en s’appuyant sur des techniques éprouvées et des professionnels aguerris. L’ovocyte, c’est le maillon manquant.
Faire un enfant, c’est peindre une œuvre à quatre mains. Moi, j’ai donné la toile vierge.

Envisagez-vous de faire un don pour faire monter sur la liste d’attente un couple que vous connaissez ou simplement pour faire un don ? Quelle situation préfériez-vous ; connaitre et aider un couple en particulier ou ne rien savoir de l’aboutissement de votre démarche ?

Par le biais de groupes sur Facebook, j’aurai eu la possibilité d’être mise en relation avec un couple à la recherche d’une marraine. Mais j’ai décidé de rester totalement indépendante dans ma démarche, car en me renseignant sur le fonctionnement du système de parrainage, j’ai compris que le couple choisi allait avancer sur la liste d’attente au détriment d’autres couples en attente, et cela me semblait profondément injuste et incompatible avec mon état d’esprit.
De manière plus générale, je ne comprends pas trop l’instauration de ce système de parrainage. J’imagine qu’il doit parfois être difficile pour les couples en PMA de parler ouvertement de leurs problèmes d’infertilité, alors de là à devoir rameuter tout son entourage, les collègues, les connaissances, les copines des copines, et j’en passe, pour trouver une donneuse prête à les parrainer… Je trouve que cela rajoute de la cruauté à des situations déjà infiniment tristes.

Que pensez-vous du fait que le don de gamètes (comme le don de sang) soit altruiste (sans rémunération) ?

Je pense qu’une rémunération est à exclure, car ce serait la porte ouverte à tous les abus.
On ne m’a informée que tardivement du fait que je pouvais garder tous les justificatifs pour être remboursée (carburant, frais de parking, etc.). Mais honnêtement, je n’ai pas pris le temps de m’occuper de ça, malgré le fait que j’habite à une cinquantaine de kilomètres du CECOS et donc que les frais engagés n’étaient pas neutres.
Et de toute façon, cela comprend tellement plus que les simples facturettes que j’aurais pu présenter ! Mon compagnon qui chamboule tout son planning en dernière minute pour pouvoir m’emmener au CECOS le jour de la ponction (dont la date n’est connue qu’en dernière minute), la gymnastique pour pouvoir faire garder les enfants, les nombreux appels à la Sécurité Sociale/au labo/à la pharmacie qui pataugent un peu en terme de prise en charge et se renvoient la balle, les désagréments post-ponction plus difficiles à gérer quand vous avez deux enfants en bas âge et pas de possibilité d’obtenir un arrêt maladie (lol), etc.
Autant de paramètres non quantifiables qui, à mon sens, mériteraient peut-être une compensation financière symbolique. Ce n’est pas le don qu’il faut rémunérer, ce sont les désagréments connexes au don qu’il faudrait compenser.

Pensez-vous être bien informé sur l’aspect médical, sur les risques liés à la stimulation et à la ponction ?

J’ai été parfaitement prise en charge et entourée par toute l’équipe médicale qui s’est montrée très ouverte à mes questions et y a répondu en toute franchise (hors domaine confidentiel, bien entendu), et ce dès ma première prise de contact, et jusqu’aux jours qui ont suivi la ponction.
Moi qui suis de nature anxieuse, je n’ai à aucun moment été submergée par le stress ou l’angoisse, tout simplement car je sentais autour de moi toute la maîtrise du corps médical, dans un protocole qui m’a semblé extrêmement bien rôdé.

Avez-vous eu besoin d’échanger avec d’autres femmes en parcours de don d’ovocyte (donneuses et/ou receveuses) pour prendre la décision de donner ?

Non, tout simplement car ma décision était prise dès la lecture de la brochure de l’Agence de Biomédecine ! Il est vrai que j’ai pris contact avec un groupe de donneuses sur Facebook, que j’ai très rapidement arrêté de suivre. Dans le domaine médical, Internet a toujours les mêmes travers : des témoignages sanglants et alarmistes, des réponses données par des personnes mal informées… L’équipe médicale du CECOS a été présente à toutes les étapes de mon don, de la réflexion jusqu’au jour J, en me fournissant toutes les réponses dont j’avais besoin et en faisant montre d’une grande honnêteté. Donc, encore une fois, j’ai préféré rester indépendante dans ma démarche.

Que pensez-vous de la loi actuelle en Franc qui prône l’anonymat des donneurs et donneuses de gamètes ? Du point de vue de la donneuse et du point de vue de l’enfant à naître.

Cela a été un critère essentiel pour moi. J’ai ma famille, mes enfants, et je ne voulais pas qu’un jour notre équilibre familial puisse être chamboulé car un jeune homme ou une jeune femme viendrait sonner à ma porte (peu importent ses intentions).
Ce don d’ovocytes n’a engagé que moi et mon compagnon et, même si je compte en parler à mes enfants le jour où ils seront en âge de comprendre, je n’aurais pas voulu que ma démarche ait un jour des répercussions sur eux et sur leur perception de notre structure familiale.
Du point de vue de l’enfant à naître, je ne pense pas que la volonté de connaitre la donneuse puisse s’apparenter à la volonté d’un enfant adopté de connaître ses parents biologiques, dans le sens où celle-ci est souvent motivée par l’envie de connaître sa vie d’avant, les circonstances de sa naissance, les raisons de son abandon, etc.
Dès lors, je pense qu’il est du devoir des parents d’expliquer à l’enfant à naître que même si une partie de son patrimoine génétique relèvera toujours du mystère, l’essentiel à retenir est que son histoire aura été intégralement écrite par ses deux parents, dès son premier jour de vie utérine.

Si la loi, changeait en introduisant par exemple la possibilité d’un don semi-anonyme, l’enfant pouvant accéder s’il le souhaite à sa majorité à des informations non identifiantes sur la donneuse (année de naissance, couleur des yeux, des cheveux), feriez-vous quand même un don ou pas ? Expliquez votre réponse
Idem, si la loi changeait en permettant aux enfants nés grâce à un don d’ovocyte d’accéder à leur majorité à des informations identifiantes (nom, adresse, profession) sur la donneuse, feriez-vous quand même ce don ? Pouvez-vous expliciter votre réponse ?

Oui, j’aurais tout de même fait mon don si de telles informations non identifiantes pouvaient être divulguées, dans la mesure où ça ne remettrait pas en question mon anonymat et où cela permettrait peut-être à l’enfant à naître d’imaginer plus concrètement les circonstances de sa conception.
Par contre, pour les raisons évoquées précédemment, la divulgation éventuelle d’informations identifiantes aurait été un critère rédhibitoire pour moi et j’aurais renoncé à procéder au don.

Au nom de toute l’équipe de BAMP!, merci M.-L. pour ce témoignage sur le don d’ovocytes

Si vous souhaitez donner vos ovocytes, prenez contact avec le Cecos de votre région.

Dans 2 mois, début de la 2ème édition de la SSI

OVOLEIL 2016 signaturePour la deuxième année consécutive, l’association COLLECTIF BAMP organise une Semaine de Sensibilisation sur l’Infertilité.
Du 25 au 30 avril 2016 à Caen
Les 29 et 30 avril à Angers
Le 30 avril à Grenoble, Toulouse, Clermont-Ferrand, Limoges, Marseille, Lille, Metz, Mulhouse
Et en BELGIQUE aussi, grâce à la mobilisation du groupe PMA-Belgique !

Une semaine pour Témoigner, Informer et Agir sur différents sujets en lien avec l’infertilité et l’Assistance Médicale à la Procréation, organisée par les membres de l’association COLLECTIF BAMP !

Pour la deuxième année consécutive, le Professeur René Frydman nous fait l’honneur de participer une nouvelle fois à cette semaine, pour une conférence le jeudi 28 avril 2016 à Caen.

En partenariat avec le Cecos et l’équipe AMP du CHU, ainsi que la ville de Caen.

Avec la participation du service communication de l’agence de biomédecine.

A Caen vous pourrez pendant une semaine rencontrer des adhérents de l’association COLLECTIF BAMP, ainsi que des représentants de l’association ENDOFRANCE (partenaire pour la deuxième année).

Trois tables rondes sont prévues pendant la semaine :  Les gamètes en questions, Soins et Accompagnement des couples infertiles, L’infertilité objet médical et social ? Comme l’année dernière elles vont rassembler, des professionnels de l’AMP, des chercheurs en sciences sociales, des patients et des personnes infertiles.

Le samedi 30 avril, conférence sur POLLUANTS ET REPRODUCTION par Monsieur Gilles-Eric SERALINI chercheur au CRIIGEN.

Le samedi après-midi venez échanger sur les médecines alternatives dans l’accompagnement des patients en parcours d’AMP, avec des praticiennes Normandes en acupuncture, hypnose, ostéopathie, sophrologie.

Le samedi soir, venez assister à la lecture d’une pièce de théâtre, sur l’infertilité : « Terre d’espérance » de Sandrine Le Mevel – Hussenet, mise en scène de Jérémy Colas.

A Caen et Angers, des œuvres (peintures, photos, textes)  réalisées par les patients vont être exposées.

A Angers, retrouvez Audrey MALFIONE co-auteur du « Guide des couples infertiles » pour une rencontre-dédicace.

Venez participer à un Thé BAMP et à une rencontre sur le thème de : L’impact des parcours PMA sur le quotidien du patient ? Quelles aides peuvent être apportées ?

Des thés BAMP seront réalisés dans différentes villes par les adhérents de l’association.

Parler d’infertilité autrement c’est possible et nécessaire

Faire entendre les voix des personnes infertiles

 

D’ici là, nous vous proposons d’écouter ou ré-écouter les sons de la 1ère édition  :

  • Le montage sonore réalisé par Laetitia Peyre lors de la première journée de la SSI 2015
  • Ainsi que l’interview de Ludovic et Virginie, sur la radio TSF98

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Retrouvez le programme complet, les différents intervenants et les renseignements pratiques dans nos prochaines publications.

Si vous souhaitez participer sous une forme ou sous une autre à cet événement, prenez contact avec le bureau de l’association via collectif@bamp.fr

ACCUEIL D’EMBRYONS – TÉMOIGNAGE et informations

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L’accueil d’embryon, mais qu’est-ce que c’est ?

Vous êtes un couple qui a fait des FIV, ces FIV pour les plus « chanceux« , ont donné « beaucoup » plus d’embryons que vous ne pouviez en utiliser pour votre projet bébé en cours. Ces embryons qui ne seront jamais « utilisés » pour un autre projet bébé du couple en question, sont conservés dans les cuves des centres d’AMP à moins 190°. Que faire de ces embryons dit « surnuméraires« , la loi vous propose plusieurs solutions :

– les détruire

– les donner à la science pour la recherche

– les conserver encore pour un potentiel nouveau projet bébé

les donner à un autre couple, pour qu’il puisse eux aussi devenir parents = C’est le don et l’accueil d’embryon.

La France interdit le double don, comme cela se pratique à l’étranger (loi bioéthique 2011 = dit qu’il faut au moins les gamètes d’un des deux membres du couple pour faire une FIV, ce qui empêche le double-don = un ovocyte et un spermatozoïde de donneur et donneuse), mais elle autorise le don et l’accueil d’embryons (issu d’une FIV d’un couple).

Don et Accueil d’embryons sont encadrés par la loi de bioéthique de 2011, respect des trois principes : volontariat, gratuité, anonymat.

En 2013, en France le DON et l’ACCUEIL d’EMBRYONS cela représente ça (chiffres de l’ABM) :
  • 18 centres (sur un peu plus d’une centaine)  sont actifs en ce qui concerne le don et l’accueil d’embryons
  • 2004 première naissance d’un bébé suite à un accueil d’embryon,
  • depuis 150 enfants sont nés grâce à cette technique.
  • 201 tentatives de transfert d’embryons vitrifiés ont été réalisé en 2013 sur les 140 519 tentatives d’AMP
  • 191 845 (c’est ENORME !) embryons sont conservés en France en 2013 dont 12 914 qui sont proposés pour l’accueil d’embryon
  • Transfert Embryon Vitrifié dans le cadre d’un don/accueil d’embryon représente 0,2% des enfants nés suite à une technique d’AMP
  • Taux d’implantation après un TEV AccueilEmbryon = 13,2%
  • 49 grossesses obtenues après TEV dans le cadre de l’accueil d’embryon
  • 42 accouchements et 44 enfants nés vivants.
  • Taux de grossesse après un TEV = 24,4%
  • Taux de grossesses évolutives après un TEV = 21,4%
  • Taux d’accouchement après TEV = 20,9%
  • 122 couples donneurs de plus en 2013,
  • 170 couples ont donné (enfin ce sont les équipes médicales d’AMP qui organisent cela) des embryons à des couples receveurs
  • 150 nouveaux couples receveurs en 2013 et
  • 170 couples ont bénéficié d’un TEV A.E.
QUI peut bénéficier d’un Accueil d’Embryon ? :
  • Si les deux membres du couple sont stériles,
  • S’il y a un risque de transmission de maladie génétique,
  • Si les tentatives d’AMP habituelles sont impossible ou ont échoué.

La loi impose un certain nombre de démarches administratives et médicales :

  • Signer un consentement pour une AMP avec tiers donneur devant le président du TGI, qui permet d’établir un lien de filiation avec le ou les enfants.
  • Obtenir du président du TGI l’autorisation d’accueil d’embryon délivrée par le TGI
  • Rendez-vous avec l’équipe médicale pour mettre en place l’accueil d’embryon

Après les chiffres, nous vous proposons le témoignage d’Annmy sous la forme d’une interview.

BAMP : Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?
Annmy : Bonjour, j’ai bientôt 35 ans, je travaille depuis un peu plus de 10 ans dans l’éducation nationale, mariée depuis bientôt 7 ans (en avril) et en essai bébé depuis également 7 ans. Je vis dans une maison à la campagne avec mon mari et nous rêvons depuis tout ce temps qu’un ou plusieurs enfants viennent agrandir notre foyer.

 

BAMP : Pouvez-vous nous résumer votre parcours d’AMP ?
Annmy : Oui, bien sûr…
*avril 2009 : mariage et début des essais « bébé »
*mai 2010 : découverte de l’azoospermie…
*octobre 2010 : origine de l’azoospermie : délétion du chromosome Y sur la zone A donc pas de biopsie ; inscription au cecos en vue des Insémination Avec tiers Donneur (IAD)…
janv. 2012 à avril 2013 : 6 IAD négatives
19 juillet 2013 : hystéroscopie : ok
23 juillet 2013 : rdv gynécologue AMP : ok pour débuter la FIV aux prochaines règles
4 sept 2013 : J15 : ponction 20 ovocytes ;
14 embryons à J2 ; 5 blasto à J5
9 sept. 2013 : J20 : transfert de 1 blasto
21 sept. 2013 : taux à 408 (++)

17 oct. 2013 : 1ère écho : notre embryon s’est divisé en 2 = grossesse gémellaire
8 nov.2013 : écho à 11 SA : grossesse arrêtée
9 nov.2013 : aspiration curetage…
4 déc. 2013 : rdv gynécologue PMA, tout est ok pour la suite…
14 fév. 2014 : J1, c’est parti pour Transfert d’Embryon Vitrifiés (TEV) numéro 1
10 mars : transfert 1 blasto
25 mars : ++ taux à 303
4 avril : FC à 4 SG
22 avril 2014 : pds pour caryotype pour Fausse Couche à répétition : léger soucis qui montre des chromosomes en mosaïque
25 juillet 2014 : cœlioscopie+drilling+hystéroscopie : RAS
22 sept. 2014 : transfert 1 blasto : négatif
27 nov. 2014 : transfert 2 blasto : négatif
février 2015 : FIV-ICSI-D2 : zéro blasto, pas de transfert.
Avril 2015 : FIV-ICSI-D2 bis : zéro blasto, pas de transfert !
Juillet 2015 : FIV-ICSI-D2 ter : aucun embryon à J2
Aout 2015 : bilan avec la gynécologue : ovocytes de mauvaise qualité mais rien ne nous empêche de faire une FIV-Don à nouveau plus tard.
Après 3 FIV sans transfert, je lui demande alors les infos pour un accueil d’embryons

 
BAMP : Pourquoi avez-vous décidé de vous tourner vers l’accueil d’embryons ?
Annmy : Nous avons d’abord essayé le bébé « couette » à deux pendant un an puis on a appris l’azoospermie de monsieur, nous nous sommes alors tournés vers le don de sperme mais toutes les tentatives ont échoué jusque-là. Petit à petit, on perd espoir et on se dit qu’il faut trouver une autre solution.
Je savais que cette possibilité existait puisque les embryons surnuméraires en FIV sont proposés à d’autres couples, c’était marqué sur la feuille qu’on nous avait remise lors de la FIV1 quand on a eu 5 blasto. J’en ai donc parlé lors du bilan avec la gynécologue qui nous a expliqué que ce n’était pas eux qui s’en occupaient et elle nous a donné directement le nom de la biologiste à contacter au Cecos.

 

 

BAMP : Est-ce que cette décision a été « simple » à prendre ? Avez-vous été aidé dans la réflexion en amont de votre décision ?
Annmy : Pour nous, étant d’abord passé par un don de sperme, cette décision a été « simple » à prendre, se dire que des fois il ne faut pas s’acharner. Non, nous n’avons pas été aidés dans notre décision puisque c’est moi qui ai demandé à la gynécologue si un don d’embryon était possible dans notre cas.

 

 

BAMP : Qu’est-ce qui a été le plus interrogé : vous, en tant que couple et qu’individu face à ce projet ? Le devenir de vos futurs enfants ? Votre entourage face à ce projet et face à vos futurs enfants ? Autre chose ?
Annmy : Lors du rendez-vous avec la psychologue, nous avons parlé de ces différents éléments : nous lui avons parlé de notre parcours depuis tant d’années, du don de sperme et maintenant de l’accueil d’embryons. Nous parlons régulièrement du futur enfant qui sera là un jour au sein de notre couple. A qui ressemblera-t-il ? Comment réagira-t-il ? Alors on se dit que ce sera la surprise mais qu’il faudra lui expliquer dès tout petit comment et de quelle façon il est arrivé parmi nous.

Notre entourage nous soutient et sera content peu importe la manière dont nous avons notre enfant. Ils sont au courant mais ne comprennent pas forcément tout ce qui se passe en PMA ; au point que certains membres de la famille espère encore un miracle malgré une azoospermie confirmée chez monsieur.
Perso, ce qui peut faire peur dans ce projet, c’est la réaction de notre enfant à l’âge de l’adolescence voire plus tard à l’âge adulte. En effet, en cas d’adoption, un enfant a la possibilité de rechercher ses origines mais dans notre cas, ce ne sera pas possible sauf en cas de grave maladie.

 

 

BAMP : Est-ce qu’une prise en charge psychologique spécifique est proposée tout au long du parcours par votre centre d’AMP ?
Annmy : Une psychologue est présente dans notre centre AMP et on peut la contacter en cas de besoin. Là, on a dû passer par un autre centre PMA qui dépend du Cecos et pareil, la nouvelle psychologue que l’on a vue nous a dit qu’elle était prête à nous revoir si besoin… Sinon, pas de prise en charge particulière par rapport à notre parcours.

 

 

BAMP :  Trouvez-vous que l’accueil d’embryon soit encore un sujet tabou, même dans la sphère de l’AMP et des personnes infertiles ?
Annmy : Je ne sais pas si l’on peut considérer cela comme un sujet tabou mais plutôt comme quelque chose dont on ne parle pas du tout. Ainsi, on ne sait pas qui peut être pris en charge, dans quel cadre ? Je n’aurais pas été au courant que les embryons surnuméraires pouvaient être proposés à d’autres couples, je ne pense pas que la gynécologue nous aurait proposé cette option là…

 

BAMP : Comment gérez-vous l’attente et la longueur des démarches après un déjà si long parcours d’AMP ?
Annmy : Mon travail qui me plait beaucoup m’aide à patienter même s’il faut encore s’absenter pour les différents examens à faire avant de pouvoir bénéficier d’un transfert d’embryon. Les différents examens à faire aident aussi à avancer et à patienter même si bien sûr, il n’y a pas un jour où je ne pense pas à ce parcours semé d’embuches depuis bien longtemps !

 

 

BAMP : Avez-vous envisagé de vous tourner vers l’étranger pour bénéficier d’un double don, plus rapidement ?
Annmy : Oui, bien sûr… mais pour nous, la limite reste en France, nous avons du mal avec l’idée de payer pour faire un enfant et faire des allers-retours à l’étranger ; tout ça pour des examens médicaux, des transferts.

 

 

BAMP : Avez-vous eu besoin de partager vos questionnements avec des couples dans la même démarche que vous ? Si oui, comment les avez-vous rencontrés ?
Annmy : Oui, j’ai cherché sur le net sur les différents forums, blogs… malheureusement à ce jour, je n’ai trouvé qu’une seule personne avec qui échanger sur un forum, elle a tenté 2 transferts qui se sont avérés négatifs et s’est ensuite tournée vers l’étranger. Si vous connaissez des personnes dans mon cas, je serai ravie d’échanger avec elles par mail ou autres moyens…annmy10@hotmail.fr

 
BAMP : Trouvez-vous que l’information des personnes en parcours d’AMP soit suffisante concernant le don et l’accueil d’embryon ?

Annmy : -concernant le don d’embryon, la gynécologue en a parlé lors de la réunion d’infos FIV et c’est ensuite noté sur la feuille que l’on reçoit au bout d’un an de conservation de nos embryons (à l’époque j’avais 3 blasto au frais)
-concernant l’accueil d’embryon, on sait que ça existe mais on en entend pas beaucoup parler.
On voit régulièrement les plaquettes d’info sur le don d’ovocytes ou le don de sperme dans les salles d’attente en PMA mais c’est tout, dommage qu’il n’y a pas de plaquettes sur le don et l’accueil d’embryon.
D’ailleurs, j’en ai commandé pour en mettre dans les salles d’attente, si ça peut aider…

 
BAMP : Pouvez-vous nous donner deux-trois mots pour résumer ce parcours de l’accueil d’embryon que vous êtes en train de vivre ?
Annmy : Pour moi, c’est un parcours encore long même si au bout l’espoir est là…

 

 

Merci Annmy pour ce témoignage

 

Concernant les démarches médicales et juridiques réalisées par Annmy et son mari :
Nous avons d’abord vu la biologiste et  la gynécologue qui nous ont posé des questions sur les maladies dans nos deux familles. Qui a prit nos caractéristiques physiques à tous les deux, couleurs de peau, des yeux, cheveux, si on était ok pour un enfant avec d’autres caractéristiques… La biologiste a fait aussi un arbre généalogique ; tout ça ne nous a pas surpris car on est passé par le même principe pour le don de sperme et ensuite on a vu la psychologue : entretien qui s’est bien passé, elle a vu qu’on avait beaucoup de recul sur la situation, nous a demandé si nos familles étaient au courant, si on le dirait plus tard à l’enfant…
 
Nous avons du passer par le tribunal : le Cecos nous avait remis une feuille signée par la gynéco comme quoi nous avons reçu une information complète sur l’accueil d’embryons et que nous répondions aux critères de prise en charge, en même temps, on a eu directement la date de prise de rendez vous au tribunal.
J’ai d’ailleurs fait un article là dessus sur mon blog : https://nousetunmininous.wordpress.com/2016/01/19/aujourdhui-cetait-visite-au-tribunal/
 
Pour le rdv au tribunal ; on a du faire 3 lettres « de motivation » : une chacun, plus une pour le couple (j’ai mis plus de détails sur le blog).
 
Le rendez est assez rapide et on signe une ordonnance + un recueil de consentement ; si besoin des articles de loi ou autres, je peux vous les faire parvenir.
 
On est passé devant la juge du tribunal pour enfants même si elle estimait que c’était pas forcément son travail !
 
La suite maintenant ce sont les différents examens à faire : échographie mammaire, prélèvement vaginal, hystéroscopie + biopsie de l’endomètre ; tout est programmé ; il n’y a plus qu’à patienter.
 
Nous aurons droit à 2 transferts de 2 embryons mais ça, c’est à voir car on était pas « chaud » pour en transférer deux.

 

 

 

Si vous souhaitez des informations, ou commander des brochures sur l’ACCUEIL D’EMBRYON rendez-vous sur le site de l’Agence de Biomédecine.

Si vous souhaitez échanger avec Annmy, vous pouvez la joindre par mail annmy10@hotmail.fr et retrouver son blog ici.

Le don et l’accueil d’embryon dans le code de la santé publique, c’est par ici