Notre long parcours en PMA, toujours en attente de son petit miracle.

Attention très long parcours 4 ans ½,8 IAD, 1 FIV sans transfert, 2 TEC, 1 MIV avec transfert de 2 brybrys, 1 TEC négatif et un prochain à venir.

Fonder une famille aussi loin que je m’en souvienne j’en ai toujours eu envie. Assez jeune, je me rends compte que je suis lesbienne  ce qui ne remet pas du tout en question mon désir d’enfant, la seule question ( du moins c’est ce que je crois à l’époque) est comment faire ?

Au début de ma vingtaine , j’ai des problèmes de règles, irrégulières, absentes pendant plusieurs mois, je ne m’inquiète pas plus que ça mais finit par consulter tardivement. Je profite de la vie, fait un doctorat et me crois fertile.

Excepté les frottis, je passe peu de temps chez le gynéco mais vers 28 ans, j’ai droit à ma première écho endovaginale ( la première d’une longue série…) qui m’annonce que je suis OPK, ma première question est «  pourrais-je avoir des enfants ? », réponse « oui , bien sûr ».

C’était il y a 11 ans, je ne m’inquiète donc pas, google n’est pas présent dans les foyers comme aujourd’hui, je continue ma vie.

A cet âge je rencontre ma chérie, elle à 42 ans et pas de désir d’enfants, nous prenons notre temps, nous nous découvrons, je m’assume mieux. Après un épisode difficile pour moi lié au surmenage de mon travail de thèse et aux sollicitations publiques, j’ai un petit passage à vide qui me fait comprendre que dois prendre soin de moi… Pause.

Le temps passe, ma chérie commence à se faire à l’idée de fonder une famille avec moi, nous pensons à une insémination artisanale, à l’époque l’idée que l’enfant ait un père nous parait une bonne idée, mais nous ne souhaitons pas prendre un inconnu sur le net.Mes amis (hétéros) fondent leur famille, leur demander est compliqué. Une proposition spontanée se fait mais le père à beaucoup d’exigence, il exclut ma chérie, souhaite que nous déménagions en Normandie et fait partie de de ce qui monte sur les grues pour  réclamer leurs droits, il a déjà un enfant en coparentalité et ça se passe mal, après réflexions nous refusons;

PMA épisode 1 : Bruxelles

Nous sommes en 2008 , je commence à être active sur les forums comme « homo et parents » et les « enfants d’arc en ciel », je récolte des infos sur les hôpitaux , cliniques, plusieurs couples évoquent que leur médecin a refusé de leur prescrire les médicaments, de les suivre dans leur projet car la PMA n’est pas autorisé aux lesbiennes en France. Je commence à voir les obstacles mais j’y crois plus que tout, je veux ma famille avec ma chérie.

Je téléphone en juin à 2 hôpitaux l’UZ ( Bruxelles) et la Citadelle à liège, le premier me demande d’envoyer une lettre de motivation et ne me donne pas de rendez-vous, l’autre me propose un rendez-vous pour le 7 octobre avec le psy, puis le médecin.

Quelques semaines plus tard l’UZ nous répond et nous fixe  un rendez-vous le 7 octobre également, il faut faire  un choix que je laisse à ma chérie afin qu’elle se sente vraiment prise en compte dans le projet, mais nous ne sommes pas d’accord je l’écoute quand même ce sera Bruxelles. Ce qui a motivé son choix, nous avons des amies qui ont eu leurs 2 enfants  via ce centre. Moi je préférais Liège car j’y ai passé un 3ème cycle d’étude et que c’est une ville très humaine.

Le RDV ne se passe pas très bien, le médecin n’est pas homophile, il ne regarde pas ma chérie, ne s’adresse qu’ à moi et me dit que je suis vieille pour une grossesse (34 ans), que je suis OPK (là je comprends enfin que ce n’est pas anodin), que j’ai surement des adhérences en raison de mon appendicite et je repars avec une batterie d’examens (hystérosalpingographie une horreur), hystéroscopie (la routine maintenant) , écho, sérologie, etc et du Cloclo à prendre pendant 3 mois avant d’espérer une réponse de mes ovaires. Ce rendez-vous m’attriste, notre désir d’enfant ne compte pas, je suis une vieille machine qui veut procréer, ma chérie ne sent pas reconnue dans son rôle. Voici notre entrée dans la PMA.

De retour, il y a la peur que notre gygy refuse de nous prescrire les examens, les médocs. Notre gygy est une dame assez âgée et très respectueuse des lois. Surprise, elle accepte, nous donne des adresses pour les examens car à l’époque je suis convaincue que je ne peux pas faire mes examens n’importe  où, qu’on va me tomber dessus et que je fais quelque choses d’illégale. Du coup, je fais tout dans le privé ça me coûte une fortune et des heures de trajets. Mais à l’époque je suis contente de pouvoir faire les examens.

Ma généraliste entre en scène et me fait une demande de 100%, j’ai peur que ça éveille les soupçons, je suis presque parano. Ça nous aide un peu car l’addition est lourde.

Cloclo agit doucement, écho mensuelle et j’ai le feu vert pour une insémination en avril 2009, résultat positif, nous sommes aux anges, je fais une allergie à l’Utro, ma gygy m’autorise à le diminuer mais mon taux est faible et nous ne savons pas qu’il annonce une fausse couche (13-38-8).

C’est dur mais j’y crois, moi la vieille machine j’ai été enceinte dès la première fois. J’enchaine les 5 autres IAD sans l’ombre d’un positif dans des conditions parfois douteuses, l’hôpital qui oublie de rappeler et finalement me dit de venir après la bataille pour le transfert ! Élève infirmière qui change de cathéter en plein transfert…

Entre temps notre médecin est partie dirigé une clinique en Arabie saoudite , j’ai un nouveau médecin que je n’ai jamais vu !

Je dois passer en FIV, nous prévoyons un RDV téléphonique , ma chérie pose sa journée, le médecin n’appellera jamais !

Entre temps, le cloclo m’a engendré des polypes.

Au revoir l’UZ

PMA épisode 2 : San Sébastien ( Espagne)

Je me renseigne sur cette clinique à travers les forums, les avis sont qu’elle est efficace mais ne s’encombre pas, c’est stim pour tout le monde ce qui donne dans mes connaissance, 2 réductions embryonnaires, et les tarifs sont très élevés. Mais je veux toujours que nous fondions notre famille et à l’époque je pense pouvoir tout endurer.

Échanges compliqués avec le médecin qui ne parle pas français, j’ai des bases d’espagnole. En tous les cas , il n’ y pas de délais , tout est rapide, je suis ravie… On nous demande si nous voulons retenter une IAD (ils en font 2 , le jour J et le lendemain ) ou passer en FIV ? Nous retentons l’IAD, nous souvenant de l’éphémère positif. Je découvre les piqures, joie, la piqure de déclenchement faite dans le train ( bonheur).

Première hyperstim , je vais à l’hôpital en France, et le toubib me dit que c’est bon signe, l’infirmière qui vient me piquer avec l’anti coagulant m’appelle : « la future maman », j’ y crois à fond. C’est négatif et je déguste avec l’hyperstim, ventre gonflé, difficulté à respirer. J’en veux à toux ceux qui m’ont fait croire que j’étais enceinte, sur l’arrêt de travail le médecin avait même mis : « en rapport avec la grossesse » !

Pause…

Aout 2010, nous louons un studio à la frontière espagnole pour nos « vacances » et faisons le trajet tous le jours pour des Pds pas remboursées, je suis en FIV avec des doses élevées par rapport  à mon OPK, les médecins  me font des échos et PDS et se contentent de me dire que je réagis bien. Finalement, ils me diront que je peux tout arrêter car je réagis trop bien et que transférer serait dangereux. J’ai droit à une ponction sous AG, 36 follicules, et une hyperstim niveau 2,5, je ne peux plus marcher, mon ventre est énorme, j’ai mal, je n’avale rien, je dois reprendre le boulot la semaine suivante !

16 embryons au total seulement, 2 TEV c’est tout, pas de positif. Un corps en souffrance et un moral bas.

Adios donostia.

PMA épisode 3 : Libramont ( Belgique)

Petit hôpital charmant, jeune docteur sympa, je repars pour une batterie d’examen, on voit une psy, on nous accepte dans le programme mais elle pense que la FIV est trop risquée, elle propose une Maturation In vitro pour éviter l’hyperstim… Mais le protocole de la MIV n’est pas encore mis en place chez eux , elle me prescrit Metform…

Un an de discussion sympa et elle nous  dirige vers … la Citadelle Liège et me donne un nom. J’ai l’impression de tout recommencer…

PMA épisode 4 : Liège

je fais un forcing au téléphone et j’obtiens  un RDV assez rapide, nous pouvons commencer rapidement. Juste un problème avec le sperme qui est resté à Libramont, ma chérie gère  ça de main de maitre. On repart PDS, écho et mon médecin à un accident où une maladie on nous dit qu’elle est «  out » pour quelques temps. On rebondit sur le médecin en chef, le MIV a lieu en avril 2012, j’y crois c’est négatif, je fais un TEC en octobre : négatif.

Épisode dépressif réactionnel, qu’on ne me parle plus de PMA (pour l’instant).

40 ans qui arrive en décembre et un TEC pour la rentrée. En attendant on se soigne , on s’aime et on part en vacances.

Financièrement ce projet est un gouffre financier, psychologique, physique. Mais mon temps est compté alors je continue en faisant des grandes pauses comme cette année  où mon dernier TEC date de novembre 2012.

Si la PMA était autorisée aux lesbiennes j’aurais peut être eu plus de chances, être suivi par une même équipe, éviter d’y passer par deux fois, casser mon livret A et les économies de ma chérie alors que nous cotisons à la sécurité sociale française.

J’espère qu’elle sera légalisée pour la nouvelle génération

LOCKSIE

Impatiente75 – Cryptozoospermie

Après de belles années d’amour, chéri et moi décidons de sauter le pas, et de nous marier en 2010….  Puis, d’avoir un bébé… Il est prêt, je suis prête comme jamais… Cet enfant, j’ai mis longtemps à le désirer vraiment mais c’est à ce moment là un désir profond, viscéral…  J’ai 32 ans…

Je ne prends plus la pilule depuis un bail déjà… Mais étant réglée à la minute prêt, je ne me posais pas de question, puisque nous faisions attention jusque là…(oui, je sais, un peu coconne la fille)

A partir de ce moment là, je surveille mes cycles comme le lait sur le feu… Je commence à planifier nos rapports, en tous cas pendant les périodes d’ovulation…. Rien… Rien de rien de rien…. J’en parle à mon gynéco de ville… Il rigole… Me dit que le temps moyen pour tomber enceinte, c’est environ 12 mois… Que je ne dois pas m’inquiéter. Qu’il y a peu de chance que j’ai un problème (il n’évoque pas une seconde la possibilité d’une cause masculine).

Fin 2011, soit un an et demi après le mariage, je suis triste comme les pierres…. Je m’isole, je me sens mal.. Je fuis les enfants, les parents.. Je ne supporte plus les discussions de mes collègues mamans au boulot. Je me sens exclue. Je me sens incomplète…

C’est une dépression, voilà c’est dit.. Je me sens coupable. Je pleure toutes les larmes de mon corps à chaque cycle…

Je retourne voir mon gynéco et décide de ne pas quitter le cabinet sans avoir des examens de prescrits.  Il me demande alors, si rien en début d’année de contacter un centre PMA qu’il connaît bien, puisqu’il y a travaillé (ah bon??? ben merde alors)

Je n’attends pas, vais en novembre et me déplace au rdv seule… Personne ne m’a dit que mon conjoint devait être présent (rien de noter sur la convoc non plus).. De plus mon gynéco m’avait dit qu’on commencerait par moi (avec le recul pourquoi?). Je suis reçue par une médecin.. froide, désagréable. Je me fais littéralement engueuler car mon mari n’est pas là… Je subis un interrogatoire… Encore mieux une interro puisqu’on me demande si je sais ce qu’est une ovulation, comment ça se passe, quels sont les moments propices pour concevoir… Je ressors de là avec une tonne d’ordonnances, et des explications légères sur le pourquoi… Sans oublier un petit livret informatif… Le premier contact avec la PMA est froid, rude, décevant… Pas une once d’écoute…

Je me sens vexée, humiliée, inquiète….

Nous partons en voyage de noces à l’Ile Maurice en janvier 2012… Nous vivons 10 jours incroyables… Je suis en pleine ovulation pendant mon séjour… Mais toujours rien.

Je commence donc dès mon retour une partie des examens. Prise de sang ok… Echo ok… Hormone ok…. AMH ok… J’attends un peu pour l’hystérosalpingographie,…

Chéri traîne un peu des pieds pour le spemo…  Mais y va quand même… Et là, catastrophe… Un mot tout bizarre.. Cryptozoospermie… Gniééééé?? Voilà ce que je trouve sur le net :

Cryptozoospermie :

    • Crypto = caché ;
    • La cryptozoospermie est définie par l’absence de spermatozoïdes observé à l’examen microscopique direct d’une goutte de sperme mais à l’opposé de l’azoospermie, une recherche approfondie permet d’en retrouver quelques uns (moins de 100 000 spermatozoïdes dans la totalité de l’éjaculât).
    • La cryptozoospermie est sévère quand le nombre de spermatozoïdes est inférieur à 10 000 spermatozoïdes dans l’éjaculât

Je googlise comme une folle… Je contacte le centre d’examen. Ils ne font que me redire la même chose. Pour confirmer le diagnostic, il faudra un nouveau spermogramme…  Impossible pour eux de faire la spermoculture avec aussi peu…

Pas de rdv dans le centre avant 3 mois, et pas d’explications autres possibles, même par tél….

Je recontacte mon gynéco. Je perçois qu’il ne souhaite pas vraiment me répondre, que je dois voir ça avec le centre… Quand j’évoque le délai, il en semble désolé et me donne les coordonnées d’un de ses confrère, un ponte de la PMA. Comme il est dans le privé, les rdv sont plus rapides.

Je le contacte de suite, et un rdv est pris pour un mois et demi après, c’est déjà mieux.

Professeur miracles n’est pas un chaleureux, c’est vrai, mais il va droit au but, pose des questions précises et prescrit des examens complémentaires pour chéri, dont le caryotype, et une écho des testicules.

Si tout est ok, on peut envisager une Fiv avant l’été…  Pas besoin d’IAC, pour lui c’est une perte de temps. Je retiens mes larmes et m’effondre dans les bras de chéri. Je commence à réaliser que nous avons plus de chance de gagner au loto que de concevoir naturellement.

L’écho révèle une varicocèle de grade II / III. Le nouveau spermo confirme le diagnostic de départ, mais le nouveau labo où on le fait réalise quand même la spermoculture… On a une cinquantaine de zozos en tout,  100% atypiques… Et dont la plupart sont morts.

Le sol s’effondre un peu plus sous nos pieds. Chéri encaisse comme il peut, moi aussi. On se serre les coudes…

Professeur miracles veut une embolisation de la varicocèle avant la FIV. Pour lui, ça ne peut pas détériorer la situation, au pire, cela restera pareil, au mieux, on gagnera en qualité et quantité. Comme il considère mon terrain comme très bon,  il veut faire un protocole court, et assez léger pour éviter les risques d’hyperstimulation. La fiv pourrait donc avoir lieu en octobre ou novembre. Ça me paraît loin, mais bon, ça fait déjà un moment qu’on attend….

Je maintiens en parallèle le rdv au centre PMA de l’hôpital. Pour avoir un second avis. Pour me laisser le choix peut être aussi… Là bas, on ne parle pas embolisation… Et on me propose un protocole long, le centre n’étant pas habitué au protocole court, même s’ils conviennent que ça serait pas mal pour moi.  Par contre, la Fiv pourrait se dérouler fin juin / courant juillet.

Avec chéri, on réfléchit donc… Et on choisit professeur miracles. Pour tenter de gagner en quantité et qualité, ne pas faire une tentative dans le vide (sachant que le centre public n’évoque pas la ponction testiculaire si rien au spermo le jour J). Et puis aussi pour le protocole qui est moins lourd pour moi…

L’embolisation a lieu la 20 juillet 2012… Un nouveau spermo est réalisé 70 jours plus tard. Et miracle, on a gagné sur tous les plans… En qualité (97% d’atypies au lieu de 100%), en mobilité, en nombre (chéri est un jeune millionnaire).  Nous nous payons le luxe de faire un test de fragmentation de l’ADN/décondensation de la chromatine. Tout va bien. Professeur miracles vote pour une Fiv Icsi.

Je mets chéri sous Concepti*o, comme moi, bataille pour alléger les soirées et consommation d’alcool ainsi que le tabac, lutte pour enlever le téléphone portable de sa poche…De mon côté, je vois mon osthéo, voit un acupuncteur spécialisé PMA grâce à une copinaute, me prépare au traitement et à la ponction avec le CD d’auto hypnose.

Le traitement commence  le 19 octobre 2012…. Avec une ponction le 05 novembre. 12 ovocytes prélevés. 9 mûrs, tous micro-injectés. Et au final, après un coup de flippe (1 embryon au bout de 24h, même Professeur miracle est « déçu », mais il y croit), 4 embryons dont un qui se montre très beau, et vivace. C’est celui là qui me sera transféré à J3, à notre demande… Et c’est ce même embryon, devenu fœtus, qui fait des bonds dans mon bidon aujourd’hui.

Une Fiv Icisi, un bébé prévu pour début août. Nous sommes conscients de notre chance, et vivons pleinement notre bonheur.

Ce que je retiendrai au final de ce « petit parcours » en PMA, c’est :

*Le manque d’empathie rencontré… Cette impression d’être un chiffre, un cas…

*La non prise au sérieux des couples en attente d’enfants (si je n’avais pas harcelé mon gynéco, on en serait peut être encore au même point).

*Le manque d’information, de suivi, lorsque les couples sont confrontés à des résultats incompréhensibles (et non, on a pas tous fait médecine). On a cru devenir chèvres…

*La difficulté pour les couples à prendre les bonnes décisions…Il s’agit de faire confiance à des inconnus. Personnellement, je ne peux que conseiller de prendre au moins deux avis…

*La différence de traitement public / privé (délai, tarifs, prise en charge….)

La PMA n’est pas mise entre parenthèse, même si nous sommes en pause… Nous savons tous les deux, que si nous voulons un deuxième bébé, il ne faudra pas traîner car je ne suis plus toute jeune (36 ans dans 6 mois… A entendre la science, mais ovaires sont en train de se transformer en pruneaux) et nous n’avons aucune certitude pour les gamètes de chéri (on  a pu faire 3 paillettes au cas où).

J’espère que mon « témoignage » pourra en aider certaines.

LAETY raconte

Bonjour Collectif B-AMP!!

Voici mon témoignage, et merci encore pour ce partage, on se sent vraiment moins seule!

J’ai 20 ans (aujourd’hui j’en ai 32)  quand les problèmes commencent…on est au mois d’aout 2001, j’ai pris 9kilos en un peu plus d’un mois, je n’ai pas mes règles depuis 2 mois et pas de chéri à l’époque. Direction le médecin, et prise de sang à faire. Résultats : mes taux d’hormones sont « hors normes » !! Il me dirige vers le service endocrinologie du CHU de BR… Une journée d’hospitalisation à faire des examens, prise de sang, injections, re-prise de sang, échographie…je ressors avec des bras de « toxico » comme disait ma sœur !! Quinze jours plus tard convocation par le chef de service pour les résultats, je suis OPK (Ovaires Poly Kystiques) et « il y a 2 chances sur 3 Mademoiselle que vous n’ayez pas d’enfant ou alors ce sera difficile ». Il me met sous pilule pour essayer de diminuer mes kystes et me demande de reprendre rendez vous dans 1 an. La claque !! J’ai 20 ans, l’envie d’avoir des enfants jeune, je viens de vivre des mois difficiles après la crise cardiaque de mon père, tout s’effondre…Mais j’ai des amis formidables, je passe une année à faire la fête, j’en oublie un peu le diagnostique.

 

Et puis en décembre 2002, je rencontre quelqu’un avec qui tout est évident, je ne lui cache pas mon « problème ». Il n’est pas inquiet plus que çà. Dès que nous nous sommes installés ensemble, en juillet 2003, j’ai voulu avoir un bébé mais lui n’était pas prêt. En même temps, j’ai 22 ans, lui 21, je viens de déménager à 1200 km de chez moi, je n’ai pas de boulot, il a raison ce n’est pas le bon moment.

 

Finalement je trouve du boulot, tout se passe bien, ce bébé me trotte à nouveau dans la tête, et les paroles de ce médecin résonnent régulièrement, mais je n’y crois ps plus que çà. Après avoir fait mes preuves, j’ai une promotion et mon conjoint aussi. C’est le moment d’arrêter la pilule pour moi. Nous ne nous prenons pas la tête, nous ne nous fixons pas de date, çà viendra quand çà viendra. Mais au bout d’un peu plus d’un an d’essais, j’en parle à mon médecin. Il me prescrit des prises de sang pour vérifier mes taux d’hormones. Résultats : ma thyroïde déconne et mes hormones font la fête !!! Je passe une échographie, les kystes sont toujours là…mais pas d’opération en vue. Direction l’endocrinologue, pour essayer de régler ce problème thyroïde, et mes dosage hormonaux. Il est froid, désagréable, mais il parait que c’est un « bon », alors je l’écoute et fais ce qu’il demande. 1 mois plus tard, je le revois avec les résultats des examens, et là il me dit tout naturellement, quand je lui fais part de mon envie d’avoir un bébé rapidement, « ce n’est pas la peine de vous entêter, vous n’en aurez pas ». Je sors du cabinet, complètement anéanti, abasourdi par ce que je viens d’entendre, je marche un peu pour rejoindre ma voiture complètement amorphe, et là je m’effondre. Je pleure comme je n’ai jamais pleuré, je suis incapable de conduire, il me faut plus d’une heure avant de reprendre mes esprits. J’appelle mon conjoint, qui essaie de me réconforter comme il peut mais rien n’y fait. Le lendemain au bureau je craque devant mes collègues, je suis à fleur de peau, et çà va durer quelques semaines. Je me sens vide, inutile, nulle, je fais une légère dépression. Pendant des semaines, je me suis répétée, pourquoi moi, pourquoi est ce que toutes mes amies y arrivent sans problèmes, qu’est ce que j’ai fait pour mériter çà. De son côté, chéri lui ne s’inquiète pas plus que çà, il me dit que nous avons le temps.

 

Après ma dépression, mon médecin me dit qu’il n’y croit pas au diagnostique de l’endocrino, surtout après les retours qu’il a eu de nombreuses patientes, beaucoup se plaignent qu’il est froid, sans tact, peu humain et me propose de me faire faire des examens plus approfondis avant de m’adresser au centre de PMA de NI… Je commence donc les examens, nous sommes en novembre 2006. Et puis après les premières prises de sang et échographie, j’ai peur des résultats, c’est l’époque de Noël, je suis en pleine période de doute, et j’arrête tout. Je me réfugie dans le travail, je comble ce vide, ce manque par le travail, et çà va durer presque 5 ans.

 

Pendant ces années, tout le monde autour de nous a des enfants si facilement, que çà amplifie mon sentiment de ne servir à rien, mais je le garde pour moi. Je me rends compte à cette époque que la difficulté à avoir des enfants est un sujet tabou. Personne n’ose en parler, alors que moi çà ne me pose pas de problème. Je me rappelle du malaise d’un de nos couples d’amis à qui on venait d’annoncer la naissance d’une petite fille chez des amis communs. Naturellement nous leur avons demandé s’ils en voulaient, et là on a eu le droit par Monsieur à « on vient d’acheter un chien c’est pareil », et puis Madame, a eu l’air triste. Du coup j’ai « lâché la bombe » ! Et les langues se sont déliées, avec ce même ressenti du tabou et de l’incompréhension des proches, de la famille et les mêmes phrases entendues et répétées « vous y pensez trop, vous avez le temps, faites d’autres projets, … » et celles répétées à soi-même « je suis nulle, je ne sers à rien, pourquoi moi, je ne suis même pas capable d’avoir un bébé, je ne serai jamais une vraie femme… ».

 

Etre heureuse pour nos amis qui avaient leur premier, voir deuxième ou troisième enfant a toujours été facile après quelques semaines de tristesse. J’évitais de voir mes amies enceintes, mais malheureusement ce n’était pas toujours possible. Mais il y en a certaines qui ont été formidables, notamment une, qui m’a toujours « privilégiée » lors de nos moments ensemble. Elle me répétait que je serai une super maman, qu’elle le voyait quand j’étais avec ses filles, c’était son baromètre. Elle me les a toujours mises dans les bras dès mon arrivée chez elle pour enlever ce sentiment que si je n’avais pas d’enfant c’est que je ne devais pas être faite pour çà car je me le suis répétée pendant longtemps. Je peux même dire que pendant un temps j’ai « oublié » cette envie d’enfant. Je l’ai rangé dans un coin de ma tête, je vivais pour le travail, j’ai comblé ce vide, ce manque, cette envie, cette colère (parce que oui j’étais en colère contre moi) par mon boulot, je travaillais plus de 12h par jour (une aubaine pour mon patron !), je sortais beaucoup, je me faisais plaisir sans compter, et çà me convenait. Enfin c’est ce que j’ai pensé pendant ces années. Et pourtant paradoxalement, quand nous avons acheté notre maison, un chambre est restée « vide », je n’avais pas envie de la décorer, et aujourd’hui elle l’est encore sauf que j’ai des idées !!

 

Et puis en 2010, j’ai fait une rencontre amicale qui a commencé à remuer toutes ces choses enfouis, je commençais à en reparler, même à évoquer l’adoption. J’ai même cru à un moment que j’étais enceinte, j’ai ressenti un bonheur immense de me dire que peut être que, et puis non. Et en janvier 2011, mon père a fait un mois de coma, après une intervention chirurgicale, il a faillit y rester. Il a fallut prendre bon nombre de décisions à sa place, notamment celle de le faire vivre. Et quand j’ai vu avec quel acharnement il se battait pour vivre, pour revenir à la vie, j’ai eu le déclic. Ces moments où j’ai eu peur de le perdre, d’isolement pour ne pas sombrer et puis les quelques heures passées à ses côtés à lui parler pour le stimuler, ont eu raison de tous mes doutes, de mes peurs et surtout ont fait revenir l’envie d’être maman.

 

J’ai un mis plus d’un an à évacuer ce traumatisme qu’a été le coma de mon père, et puis en aout 2012, ma décision était prise, j’allais tout faire pour y arriver. J’ai commencé par demander à quitter mon poste, chose acceptée par mon boss à condition d’attendre février 2013 car une de mes collègues était en congé maternité après des années de combat elle aussi. Je ne me sentais pas de mener ce projet en même temps que mon boulot. J’avais besoin de temps, de calme et surtout de moins de stress.

 
J’ai pris rendez vous avec la PMA de NI…, et là surprise, c’est long pour avoir un rendez-vous mais je suis patiente !! Je rencontre le docteur T… en novembre, je passe les premiers examens avec succès, tout va bien pour moi, même l’hystérosalpingographie, qui est comme dit Hellia, une torture et pourtant je n’ai absolument rien. Arrive l’épreuve du spermogramme, que nous appréhendions, car si pour moi tout va bien, c’est que Monsieur a un petit souci. Eh ben non !!!

 J’ai commencé à voir un psychothérapeute en mars, pour mettre toutes les chances de mon côté, et j’ai revu le docteur T… en avril (quand je vous dis que c’est long !), pour elle tout va bien, sauf ma thyroïde qui refait des siennes alors que depuis 4 ans je ne prends plus rien. Elle me demande de prendre rendez vous avec un endocrinologue pour la stabiliser au plus vite, que chéri refasse un spermogramme de contrôle, que nous passions le test de Huhner et m’annonce qu’une insémination peut être programmée en juillet. Je suis sur un nuage, oublié tous les mauvais moments et les 5 étages montés en courant pour ne pas être en retard !!!

Malheureusement les dernières analyses ont montré que ma thyroïde débloque complètement, il semblerait que mon hypophyse ne fonctionne pas correctement. Mon insémination va devoir être reportée car les rendez-vous avec les endocrinologues sont difficile à obtenir, ce sera donc en août ou en septembre au mieux. Je vois une nouvelle endocrinologue demain, je croise les doigts, mais je suis sereine.

Aujourd’hui, je me sens bien, mais j’ai encore des doutes, et surtout de la colère envers moi-même de ne pas être allée au bout des premiers examens, çà m’aurait évité tout ce temps perdu, et en même temps, je me dis que c’est peut être mieux ainsi, que nous avons une situation stable, et que je vais avoir la chance de profiter de ce bébé tant attendu quand il sera là chose que je n’envisageais pas il y a quelques années. Pour moi il était inconcevable de m’arrêter de travailler pour avoir des enfants, c’était ma carrière avant tout, alors qu’aujourd’hui je m’en sens capable de mettre tout çà de côté et d’en profiter.

Désolée d’avoir été aussi longue mais çà fait du bien de vider son sac!

A bientôt

Laety30