Interview d’une donneuse d’ovocytes ayant deux enfants

Nous avons rencontré, cet automne, M.-L. qui a donné ses ovocytes et qui est maman de deux enfants.
Peut-être que son témoignage vous aidera à sauter le pas ?
Faites un peu connaissance avec elle…

Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour, je m’appelle M.-L., j’ai 33 ans et je vis en couple.
Mon compagnon et moi avons la chance d’être les parents de deux enfants âgés d’1 et 3 ans. J’ai fait un don d’ovocytes cet automne.

Comment avez-vous eu connaissance de la possibilité de faire un don d’ovocytes ?

Durant ma seconde grossesse, en allant faire ma prise de sang mensuelle dans mon laboratoire d’analyses médicales, mes yeux sont par hasard tombés sur la brochure éditée par l’Agence de Biomédecine avec cette fabuleuse accroche : « Les plus beaux cadeaux ne sont pas forcément les plus gros. »
Je donne mon sang et mes plaquettes, je suis inscrite sur le registre français du don de moelle osseuse… Bref, ces quelques mots ont immédiatement trouvé une résonance en moi.

Qu’est-ce qui a déclenché chez vous l’envie de faire ce type de don ?

Il n’y a pas eu de déclencheur à proprement parler. À l’heure actuelle, on a tous dans notre entourage des couples rencontrant des difficultés (plus ou moins insurmontables) dans leur souhait de fonder une famille, et on est donc tous davantage sensibilisés à ce sujet qu’auparavant.
À titre personnel, je me souviens d’une conversation avec des proches ayant entamé un parcours de PMA, et de la détresse dans laquelle ils étaient. J’avais alors pensé que si je pouvais reprendre à mon compte ne serait-ce qu’une infime partie de leur souffrance morale ou physique pour leur permettre de souffler dans ce quotidien hyper médicalisé et rythmé par les RDV, examens, prises de sang, piqûres et autres réjouissances, je l’aurais fait.
Alors, quand j’ai eu sous les yeux cette brochure de l’Agence de Biomédecine faisant la promotion du don de gamètes, je me suis dit que je détenais là un moyen concret et à ma modeste mesure d’aider un ou deux couples à fonder une famille, ou tout du moins à retrouver un peu d’espoir.

Un ovocyte qu’est-ce que cela représente pour vous ? Envisagez-vous ce que cela peut représenter pour un couple qui attend un don d’ovocyte pour être parent ?

La science et la médecine ont la possibilité de réussir là où la nature a mystérieusement échoué. Pour cela, tout un protocole se met en branle, en s’appuyant sur des techniques éprouvées et des professionnels aguerris. L’ovocyte, c’est le maillon manquant.
Faire un enfant, c’est peindre une œuvre à quatre mains. Moi, j’ai donné la toile vierge.

Envisagez-vous de faire un don pour faire monter sur la liste d’attente un couple que vous connaissez ou simplement pour faire un don ? Quelle situation préfériez-vous ; connaitre et aider un couple en particulier ou ne rien savoir de l’aboutissement de votre démarche ?

Par le biais de groupes sur Facebook, j’aurai eu la possibilité d’être mise en relation avec un couple à la recherche d’une marraine. Mais j’ai décidé de rester totalement indépendante dans ma démarche, car en me renseignant sur le fonctionnement du système de parrainage, j’ai compris que le couple choisi allait avancer sur la liste d’attente au détriment d’autres couples en attente, et cela me semblait profondément injuste et incompatible avec mon état d’esprit.
De manière plus générale, je ne comprends pas trop l’instauration de ce système de parrainage. J’imagine qu’il doit parfois être difficile pour les couples en PMA de parler ouvertement de leurs problèmes d’infertilité, alors de là à devoir rameuter tout son entourage, les collègues, les connaissances, les copines des copines, et j’en passe, pour trouver une donneuse prête à les parrainer… Je trouve que cela rajoute de la cruauté à des situations déjà infiniment tristes.

Que pensez-vous du fait que le don de gamètes (comme le don de sang) soit altruiste (sans rémunération) ?

Je pense qu’une rémunération est à exclure, car ce serait la porte ouverte à tous les abus.
On ne m’a informée que tardivement du fait que je pouvais garder tous les justificatifs pour être remboursée (carburant, frais de parking, etc.). Mais honnêtement, je n’ai pas pris le temps de m’occuper de ça, malgré le fait que j’habite à une cinquantaine de kilomètres du CECOS et donc que les frais engagés n’étaient pas neutres.
Et de toute façon, cela comprend tellement plus que les simples facturettes que j’aurais pu présenter ! Mon compagnon qui chamboule tout son planning en dernière minute pour pouvoir m’emmener au CECOS le jour de la ponction (dont la date n’est connue qu’en dernière minute), la gymnastique pour pouvoir faire garder les enfants, les nombreux appels à la Sécurité Sociale/au labo/à la pharmacie qui pataugent un peu en terme de prise en charge et se renvoient la balle, les désagréments post-ponction plus difficiles à gérer quand vous avez deux enfants en bas âge et pas de possibilité d’obtenir un arrêt maladie (lol), etc.
Autant de paramètres non quantifiables qui, à mon sens, mériteraient peut-être une compensation financière symbolique. Ce n’est pas le don qu’il faut rémunérer, ce sont les désagréments connexes au don qu’il faudrait compenser.

Pensez-vous être bien informé sur l’aspect médical, sur les risques liés à la stimulation et à la ponction ?

J’ai été parfaitement prise en charge et entourée par toute l’équipe médicale qui s’est montrée très ouverte à mes questions et y a répondu en toute franchise (hors domaine confidentiel, bien entendu), et ce dès ma première prise de contact, et jusqu’aux jours qui ont suivi la ponction.
Moi qui suis de nature anxieuse, je n’ai à aucun moment été submergée par le stress ou l’angoisse, tout simplement car je sentais autour de moi toute la maîtrise du corps médical, dans un protocole qui m’a semblé extrêmement bien rôdé.

Avez-vous eu besoin d’échanger avec d’autres femmes en parcours de don d’ovocyte (donneuses et/ou receveuses) pour prendre la décision de donner ?

Non, tout simplement car ma décision était prise dès la lecture de la brochure de l’Agence de Biomédecine ! Il est vrai que j’ai pris contact avec un groupe de donneuses sur Facebook, que j’ai très rapidement arrêté de suivre. Dans le domaine médical, Internet a toujours les mêmes travers : des témoignages sanglants et alarmistes, des réponses données par des personnes mal informées… L’équipe médicale du CECOS a été présente à toutes les étapes de mon don, de la réflexion jusqu’au jour J, en me fournissant toutes les réponses dont j’avais besoin et en faisant montre d’une grande honnêteté. Donc, encore une fois, j’ai préféré rester indépendante dans ma démarche.

Que pensez-vous de la loi actuelle en Franc qui prône l’anonymat des donneurs et donneuses de gamètes ? Du point de vue de la donneuse et du point de vue de l’enfant à naître.

Cela a été un critère essentiel pour moi. J’ai ma famille, mes enfants, et je ne voulais pas qu’un jour notre équilibre familial puisse être chamboulé car un jeune homme ou une jeune femme viendrait sonner à ma porte (peu importent ses intentions).
Ce don d’ovocytes n’a engagé que moi et mon compagnon et, même si je compte en parler à mes enfants le jour où ils seront en âge de comprendre, je n’aurais pas voulu que ma démarche ait un jour des répercussions sur eux et sur leur perception de notre structure familiale.
Du point de vue de l’enfant à naître, je ne pense pas que la volonté de connaitre la donneuse puisse s’apparenter à la volonté d’un enfant adopté de connaître ses parents biologiques, dans le sens où celle-ci est souvent motivée par l’envie de connaître sa vie d’avant, les circonstances de sa naissance, les raisons de son abandon, etc.
Dès lors, je pense qu’il est du devoir des parents d’expliquer à l’enfant à naître que même si une partie de son patrimoine génétique relèvera toujours du mystère, l’essentiel à retenir est que son histoire aura été intégralement écrite par ses deux parents, dès son premier jour de vie utérine.

Si la loi, changeait en introduisant par exemple la possibilité d’un don semi-anonyme, l’enfant pouvant accéder s’il le souhaite à sa majorité à des informations non identifiantes sur la donneuse (année de naissance, couleur des yeux, des cheveux), feriez-vous quand même un don ou pas ? Expliquez votre réponse
Idem, si la loi changeait en permettant aux enfants nés grâce à un don d’ovocyte d’accéder à leur majorité à des informations identifiantes (nom, adresse, profession) sur la donneuse, feriez-vous quand même ce don ? Pouvez-vous expliciter votre réponse ?

Oui, j’aurais tout de même fait mon don si de telles informations non identifiantes pouvaient être divulguées, dans la mesure où ça ne remettrait pas en question mon anonymat et où cela permettrait peut-être à l’enfant à naître d’imaginer plus concrètement les circonstances de sa conception.
Par contre, pour les raisons évoquées précédemment, la divulgation éventuelle d’informations identifiantes aurait été un critère rédhibitoire pour moi et j’aurais renoncé à procéder au don.

Au nom de toute l’équipe de BAMP!, merci M.-L. pour ce témoignage sur le don d’ovocytes

Si vous souhaitez donner vos ovocytes, prenez contact avec le Cecos de votre région.

Don de sperme, Don d’ovocytes : quoi de neuf en 2016 ?

L’association AMPHORE, organise le 19 novembre 2016 à Nantes, une matinée débat sur le don de gamètes. L’association AMPHORE avec qui nous sommes en relations étroites depuis la création de BAMP, travaille depuis de très nombreuses années (15 ans) auprès des couples infertiles, pour les accompagner et les soutenir, via des permanences téléphoniques, des rencontres entre patients et l’organisation de table-ronde sur des sujets variés.

Virginie et Caroline, pour BAMP sont invitées à faire une présentation des actions de l’association sur le don de gamètes et pour une présentation de leurs expériences personnelles sur le don de gamètes (nos enfants respectifs étant nés grâces à un don d’ovocytes pour l’une et à un don de sperme pour l’autre).

L’association AMPHORE, association très dynamique, vient de renouveler sont fonctionnement en ce qui concerne les permanences téléphoniques et les rencontres entre patients.  Elle poursuit aussi l’organisation de tables-rondes informatives, ouvertes à tous sur des sujets en lien avec l’infertilité. Vous pouvez apprécier leur nouveau site.

« Table ronde autour du « Don d’ovocytes », une psychologue clinicienne, une gynécologue ainsi que l’association BAMP seront présents pour répondre à vos questions sur le sujet.

Inscriptions obligatoires par mail:amphore@amphore.fr.

La participation est gratuite pour les adhérents et 5€ pour les couples non adhérents.
N’hésitez pas à nous contacter pour plus d’informations.« 

Donc n’hésitez pas, si vous voulez rencontrer des représentantes de l’association COLLECTIF BAMP, si vous voulez participer à cette table-ronde, nous vous attendons le 19 novembre à Nantes.

Exposer l’infertilité, l’AMP, la stérilité……..

TRACES
L’infertilité laisse des traces

Dans le cadre du congrès FFER 2016 (Fédération Français d’Etudes de la Reproduction) qui commence le mercredi 21 septembre, jusqu’au 23 septembre à Paris, BAMP expose l’infertilité du point de vue des patients et des personnes infertiles, stériles. Trois jours d’exposition à la maison de la Chimie, pour parler aux équipes médicales, aux soignants de l’AMP.

Ce projet créatif, participatif et évolutif d’expositions d’œuvres réalisées par des personnes confrontées à l’infertilité, la stérilité, en parcours d’Assistance Médicale à la Procréation ou non, est portée par l’association collectif BAMP ! Avec Ludivine GUINET, Art-Thérapeute, nous travaillons sur ce projet  depuis deux ans, trois expositions ont déjà été réalisées en 2015 et 2016. Aujourd’hui, nous souhaitons le porter plus loin, le faire grandir encore. Vous pouvez aussi y contribuer, en proposant des œuvres que vous souhaiteriez voir dans de prochaines expositions.

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Ces œuvres : photos, peintures, collages, textes, objets sont autant de supports pour dire les émotions exacerbées, les espoirs, les peurs, les rêves, les attentes, les souffrances, les échecs, les doutes, les joies, le désir d’enfant contrarié, la vie sans enfant, le rapport au couple, au corps, à l’autre, au vide, à cet absent tant désiré, à l’intimité dévastée. Elles donnent à voir l’invisible, l’impalpable et tentent de transmettre des messages à ceux qui les regardent.

J’ai imaginé cette exposition après avoir traversée les affres d’un parcours d’infertilité. La photographie, mes photos m’ont permis de garder la tête hors de l’eau, de ne pas sombrer totalement dans les méandres des souffrances de l’enfant qui ne vient pas. Je ne pouvais pas procréer, mais je pouvais encore créer. J’ai tenté de trouver encore de la poésie, du rêve, du beau dans le monde qui m’entourait. J’ai cherché des signes, des réponses, des espoirs autour de moi. Je l’ai photographié pour dire avec des images, ce que je ne pouvais pas dire avec des mots.

Lorsque j’ai créé l’association COLLECTIF BAMP, une phrase était en exergue sur le blog de l’association : Tribune pour des infertilités fertiles ! Dès le départ, nous avions imaginé rendre plus visible les parcours de vie des personnes infertiles via une semaine de sensibilisation sur l’infertilité dont l’exposition d’œuvres, serait le fil rouge pour montrer et dire : « Voilà nos histoires, voilà nos corps, nos espérances, nos souffrances, nos chemins ».

En 2015, lors de la première semaine de sensibilisation sur l’infertilité, organisée à Caen nous avons exposé les œuvres pendant une semaine dans le hall du CHU, puis pendant trois mois à la maison des associations de Caen. Les œuvres ont interpellé, les passants se sont arrêtés, nous ont posé des questions, les ont photographiés, ont été émus devant un texte ou une photo. Des langues se sont déliées, des souvenirs ont été évoqué, des émotions se sont exprimées… En 2016, nous avons renouvelé l’expérience, de nouveau à Caen, ainsi que dans le hall du CHU d’Angers.

Dans ce projet, il est indéniable qu’un processus cathartique, (selon Aristote et Freud) soit à l’œuvre tant pour le créateur que pour le spectateur qu’il soit « infertile » ou pas. Exposer, s’exposer permet aux personnes qui souffrent de l’infertilité de s’exprimer, de sortir de leur isolement, parfois de leur honte, de mettre à distance des moments de vie difficiles tout en sensibilisant le grand public, aux problématiques médicales, sociales, intimes liées à l’infertilité et à la stérilité.

Cette exposition unique en France, s’agrandit au fils du temps avec les ajouts de nouvelles créations. Un livre est également en préparation pour garder une TRACE papier de ce projet qui souhaite éclairer sous un angle nouveau, ce thème, encore, trop souvent tabou et/ou sujet à polémiques.

Témoigner, Informer et Agir tel est le projet de notre association de patients de l’A.M.P. et de personnes infertiles, stériles ; cette exposition y participe grandement. En espérant que vous y trouviez du sens, comme elle donne du sens à nos histoires de vie.

Virginie RIO, co-fondatrice de l’association COLLECTIF BAMP !

31 août 2016


De la galerie virtuelle à l’exposition réelle

Traces autour de l’infertilité

L’infertilité, quelle qu’en soit l’issue, laisse des traces : traces sur le corps, traces sur l’esprit, traces sur le couple, traces sur le projet de vie, traces dans la vie émotionnelle, dans la relation aux autres, au monde… Traces invisibles souvent, traces fertiles aussi.

Lorsque Virginie RIO m’a fait part de son projet d’exposition à l’occasion de la semaine de sensibilisation sur l’infertilité, il m’a semblé intéressant en tant qu’art-thérapeute de réfléchir à un dispositif bien particulier pour pouvoir permettre à chacun de participer à distance tout en lui proposant un cadre, un temps et un espace privilégié et sécurisé pour son cheminement dans la création.

J’avais remarqué que beaucoup de personnes osaient se dévoiler plus facilement sur la toile à travers les blogs anonymement aussi il m’a semblé intéressant de créer à cette occasion une galerie virtuelle : la Galerie WEB-EXPO « TRACES », une plateforme sécurisée pouvant accueillir toutes les créations quel que soit le support (dessin, phrases, textes, citations, schéma, photos, vidéos…).

Aucun prérequis artistique n’est nécessaire pour participer, l’objectif étant avant tout de laisser une trace de son infertilité. Les personnes me faisaient parvenir leur création pour que je puisse les agencer dans la galerie virtuelle et me confiaient aussi parfois leur doute car être infertile est une très grande souffrance.

Je l’ai pour ma part expérimenté et vécu avec des années de doute et de reconstruction pour trouver mon chemin dans ce parcours qui peut parfois avoir des allures de labyrinthe.

Cette galerie virtuelle étant l’occasion de mettre en avant tous ces talents réunis et de montrer la richesse et la force de chacun d’entre nous face à l’infertilité. Exprimer créativement sur l’infertilité, c’est aussi une autre manière de sensibiliser.

Au tout départ, la participation a été assez timide car les gens n’osaient pas dévoiler leur part d’intimité même sous couvert d’anonymat, il a fallu les rassurer pour que petit à petit la galerie s’étoffe.

En tant qu’art-thérapeute et adhérente BAMP, je suis heureuse de constater que ce projet est allé au-delà de mes espérances comme si enfin il y avait une forme de reconnaissance de cette maladie si invisible aux yeux des autres. Aujourd’hui, la galerie virtuelle est devenue bien réelle et est sortie de l’ombre pour qu’enfin nos TRACES autour de l’INFERTILITE soient visibles et en pleine lumière.

De ces créations sont nées des échanges et des rencontres, les participants (féminin majoritairement) m’ont confié quel bienfait cela leur avait apporté de pouvoir déposer une trace de leur vécu : « ces initiatives me sont d’un grand soutien pour me donner le courage de parler librement et sans tabous, de la thématique de l’infertilité et tout ce que cela implique dans mon quotidien […] J‘avais pris ces photos de notre parcours et je me demandais à quoi elles serviraient plus tard, ce projet créatif m’a « libérée » de ce vécu pour donner du sens à ces clichés. »

  Ludivine GUINET, Art-thérapeute

www.parchemine.fr