L’AMH seule suffit-elle à récuser une femme en AMP ?

Intervenant au sein de la Clinique de la Muette, Le professeur François Olivennes ne se contente pas de traiter les couples qui le consultent mais produit des articles qui sont publiés dans la presse universitaire et professionnelle, à l’attention de ses collègues. Cette fois-ci, il s’intéresse à l’hormone anti-mullérienne (AMH), dont le dosage permet d’estimer, confronté à d’autres dosages hormonaux, la réserve ovarienne.

L’article, que vous pouvez trouver ici sur le site des JTA, a été publié en 2013.

L’AMH seule suffit-elle à récuser une femme en AMP ?

Introduction :

L’AMH est une hormone glycoproteïque, sécrétée par les cellules de la granulosa des follicules antraux et pré-antraux. Son rôle dans l’ovaire semble limité à l’inhibition des stades précoces de la croissance folliculaire (Themmen et Al, 2005).

La mesure de l’AMH a été récemment proposée comme marqueur de la réserve folliculaire et de ce fait pourrait être utilisée pour prédire la réponse ovarienne à la stimulation par gonadotrophine (Seifer et al, 2002 ; Van Rooij et al, 2002, Fanchin et al, 2003 ; Eldar-Geva et al, 2005, Tremellen et al, 2005, La Marca et al 2007).

L’AMH est mesurable dans le sérum à partir de l’âge de 4 ans et constitue un marqueur de la réserve folliculaire qui diminue avec l’âge pour devenir indétectable à la ménopause. La mesure de l’AMH peut donc être utilisée pour dépister les insuffisances ovariennes (Lee et al 1996 ; Robertson et al, 2008). Une forte corrélation existant entre le taux d’AMH et le comptage des follicules antraux a été démontrée dans plusieurs publications. Les variations du taux de l’AMH entre les différents cycles et au cours d’un même cycle semblent très limitées et il semble possible de mesurer l’AMH à n’importe quel moment du cycle (Fanchin et al, 2005 ; La Marca et Al, 2006).

Seifer et al (2002) ont publié la première étude rapportant la capacité de l’AMH à prédire la réponse ovarienne. De nombreuses études ont comparée la mesure de l’AMH aux autres marqueurs de la réponse ovarienne : l’âge, le volume ovarien, la FSH à J3, l’estradiol à J3, l’inhibine à J3 et le compte de follicules antraux (voir revue par La Marca et al 2010). Les études concluent que l’AMH est aussi performante que le compte de follicules antraux (Broer at al, 2008). Ceci permettrait de s’affranchir des variations inter-opérateurs et des difficultés de mesure des follicules antraux (Broekmans et al, 2009)

Il existe une importante corrélation entre la réponse ovarienne et les chances de grossesses en AMP (Klinkert et al, 2005). Si les études concluent que chez les femmes jeunes (75%) et à une bonne spécificité (>85%). Cependant, si il s’agit de pouvoir récuser une patiente sur la base de son taux d’AMH, il faut mettre l’accent plus sur la spécificité que sur la sensibilité.

Se rajoute aux différences entre les études le fait que la technique de mesure reste manuelle et donc théoriquement sujette à variation, ce qui compliquent la définition d’une valeur seuil. La perspective prochaine de dosages automatisés permettra de régler ces problèmes.

Les données actuelles semblent donc montrer que l’AMH permet clairement de prédire l’intensité de la réponse ovarienne et la probabilité d’annulation du cycle. Un intérêt supplémentaire réside dans le fait que l’AMH semble pouvoir être mesurée à n’importe quel moment du cycle.

Concernant la prédiction du taux de grossesse qui constitue a priori le principal critère pouvant conduire a récuser des patients, les résultats sont plus controversés comme avec la plupart des marqueurs de réserve ovarienne (FSH, Estradiol, compte de follicule antraux). Des études ont trouvé une corrélation entre l’AMH et la qualité ovocytaire (Hazout et al, 2004 ; Fanchin et al, 2007, Lekamge et al, 2007) ou avec la qualité embryonnaire (Silberstein et al, 2006). D’autres n’ont trouvé aucune corrélation ni avec la qualité ovocytaire ni embryonnaire (Le Fong et al, 2008).

La plupart des études ayant analysé directement la capacité de l’AMH a prédire le taux de grossesse n’ont pas retrouvé de corrélation (Eldar Geva et al, 2005 ; Elgindy et al, 2008, Nelson et al, 2007, Broer et al, 2009). Dans une étude analysant les taux cumulés de grossesse, Kini et al, concluent que l’AMH n’est pas un bon marqueur prédictif avec un test de corrélation à 0,60 (AUC en courbe ROC).

Dans un article récent, Weghofer et al (2011) ont rapporté des taux d’accouchement de 14% chez 70 femmes de moins de 42 ans ayant une AMH < 0,4ng/ml . Dans les données accumulées par le laboratoire d’Eylau sur les FIV ou ICSI réalisées, des grossesses évolutives sont observées même pour des AMH très basses (< 0,5) et un taux d’accouchement de 14% a été obtenu (résultats non publiés).

Dans ces conditions il semble que l’AMH soit un bon indicateur de la réponse ovarienne, mais qu’il soit difficile de récuser une patiente sur la seule valeur de l’AMH. Cependant il semble clair que l’association d’un âge supérieur à 38 ans et d’une AMH très basse soit associé à des taux de grossesse très bas, car à cet âge la réponse ovarienne est un très fort marqueur des chances de grossesse.

François Olivennes
Centre de FIV Eylau La Muette

(Source lesjta.com)