L’autoconservation des ovocytes un droit féministe ?

Il est impressionnant de voir que la pétition demandant que Simone Veil, puisse reposer au Panthéon, accumule plus de 200 000 signatures en quelques jours. Il y a même plus d’une dizaine d’autres pétitions qui ont été lancés sur cette même demande !

Une évidence, si la famille Veil est d’accord, de mettre à l’honneur cette femme qui a permis à de nombreuses femmes de pouvoir bénéficier d’un droit à décider de leur fertilité, à bénéficier d’un soin lorsqu’elles ne souhaitent pas poursuivre une grossesse. Une avancée obtenue, il y a 43 ans seulement !

Simone Veil est morte, elle va rentrer au Panthéon. Pourtant les combats pour que les femmes puissent avoir le droit de décider de leur fertilité ne sont pas terminés.

L’avis du CCNE sur l’autoconservation des ovocytes en est un, qui n’est pas encore gagné, si nous ne nous mobilisons pas.

Comme nous l’avons écrit dans notre précédent article sur ce sujet, notre association se mobilise depuis sa création pour ce droit, en allant sensibiliser les politiques, en témoignant auprès des journalistes, en diffusant son Manifeste, en lançant une pétition pour tenter de montrer que de nombreuses personnes (les hommes aussi peuvent signer pour un droit accordé aux femmes !) souhaitent que le droit à l’autoconservation soit possible pour toutes les femmes qui en éprouveraient le besoin, sans avoir besoin de s’expatrier à l’étranger……….comme le faisaient les femmes avant le vote de la loi Veil, pour aller avorter à l’étranger.

MAIS…….il est impressionnant de voir, que la pétition que nous avons lancé (en vérifiant avant qu’il n’y en ai déjà pas une sur le même thème), n’a à ce jour reçu que 177 signatures……… ah, ah, ah, ah c’est drôle et c’est inquiétant à la fois. Peut-être que ce droit n’intéresse personne ? Pourtant, nous recevons des messages de femmes qui aimeraient pouvoir le faire, pourtant nous femmes infertiles aurions aimé pouvoir en bénéficier. Peut-être que les « gens » considèrent que c’est acquis, mais tant qu’une loi ne l’a pas inscrit en tant que droit…….ce n’est pas gagné.

Est-ce que Simone Veil, l’aurait signé ? On ne peux pas le savoir, mais par contre, on peut se mobiliser pour que d’autres personnes bien vivantes elles, puissent le faire. A moins que les droits féministes, soient eux aussi enterrés au Panthéon avec cette figure tutélaire ?

Merci de signer et partager cette pétition.

https://www.change.org/p/pour-l-autoconservation-des-ovocytes?recruiter=661610540&utm_source=share_petition&utm_medium=twitter&utm_campaign=share_twitter_responsive

 

Si vous voulez aller plus loin sur la question FEMINISTE

 

 

L’interview du mois: Lucile Hertzog, sociologue, AMP/Emploi

Voici une nouvelle interview du mois, qui aborde un sujet qui a déjà fait l’objet de plusieurs articles sur le blog du collectif BAMP : l’articulation souvent difficile entre protocole d’Assistance Médicale à la Procréation et l’emploi des femmes. Lucile Hertzog, sociologue doctorante réalise sa thèse sur ce sujet qui préoccupe beaucoup de femmes et de couples. Le manifeste du collectif BAMP dans ses propositions n°32, 33 et 34 demande une évolution législative et sociale permettant d’améliorer l’articulation A.M.P. et activité professionnelle, nous interpellons les députés sur ce point lors de nos rendez-vous.

Madame Hertzog, vous êtes doctorante en sociologie au CERReV (Centre d’Étude et de Recherche sur les Risques et les Vulnérabilités), pouvez-nous nous expliquer sur quoi travaillent les sociologues de ce laboratoire ?

Il s’agit d’une équipe pluridisciplinaire de chercheurs en sociologie, anthropologie et psychologie qui ont pour point commun de réfléchir sur ce qui accroît la vulnérabilité dans nos sociétés contemporaines, tant dans le domaine de la santé, des conditions environnementales, politiques et institutionnelles.

Quels sont les motifs qui vous ont donné envie de faire un travail de recherche autour de l’articulation entre le travail des femmes et la procréation médicalement assistée ?

Les trente ans d’Amandine, premier « bébé éprouvette » en France, ont jeté récemment encore un éclairage médiatique sur les succès de l’assistance médicale à la procréation, et ont été l’occasion d’exposer ce qu’il est désormais convenu d’appeler « le parcours du combattant » des couples infertiles pris en charge médicalement.

Il m’a paru intéressant de mettre au jour la réelle nature de ce « combat » pour les patientes des services d’AMP. Les médias ont en effet toujours tendance à insister sur les cas les plus extrêmes, sensationnels alors que le quotidien « ordinaire » des patientes devant articuler vie professionnelle et engagement dans un parcours d’AMP relève, en lui-même, d’une véritable gageure. Et les femmes se sentent la plupart du temps bien seules face au corps médical et à leur employeur pour gérer tout à la fois leur protocole médical et leur vie professionnelle.

Certaines se trouvent même dans des situations particulièrement délicates : les absences et retards répétés les mettent en danger professionnellement alors qu’elles n’ont pas toujours envie de dévoiler leur parcours médicalisé qui les renvoie à une réalité intime difficilement partageable dans un univers professionnel exigeant d’elles performance et disponibilité.

Depuis l’arrêt du 26 février 2008 de la Cour de Justice des Communautés Européennes (CJCE) faisant jurisprudence pour l’ensemble des Etats membres, une travailleuse subissant un traitement de FIV peut se prévaloir, en cas de licenciement abusif, de la protection contre la discrimination fondée sur le sexe selon la directive 76-207 du 9 février 1976 relative à l’égalité de traitement entre les sexes concernant l’accès à l’emploi, la formation professionnelle et les conditions de travail. L’article 5, paragraphe 1, est ici essentiel en ce qu’il prévoit « l’application du principe de l’égalité de traitement en ce qui concerne les conditions de travail, y compris les conditions de licenciement, implique que soient assurées aux hommes et aux femmes les mêmes conditions, sans discrimination fondée sur le sexe ». La CJCE limite cependant la portée de son arrêt en prévoyant deux conditions : la directive 76-207 s’oppose au licenciement d’une travailleuse qui se trouve à un stade avancé d’un traitement de fécondation in vitro, à savoir entre la ponction folliculaire et le transfert des embryons, pour autant qu’il est démontré que le licenciement est fondé essentiellement sur le fait que l’intéressée a subi un tel traitement.

Ce récent cadre juridique offre, à tout le moins, une protection possible. Mais encore faut-il avoir l’énergie de défendre ses droits quand la fatigue des traitements, l’épuisement inhérent aux efforts pour articuler calendrier productif et calendrier reproductif, et la vulnérabilité résultant d’une réalisation de soi doublement fragilisée dissuadent la plupart des femmes qui choisissent de mettre tous leurs efforts dans leur parcours d’AMP.

Mettre au jour les tensions inhérentes à ces tentatives de procréation médicalement assistées pour les femmes dans leur vie professionnelle est donc ce qui a motivé mon travail.

Depuis quand travaillez-vous sur ce sujet ?

J’ai commencé mon doctorat en 2010.

A qui vont être adressés vos travaux, vos conclusions, vos préconisations ?

Il s’agit d’une recherche doctorale menée dans un cadre universitaire. C’est, me semble-t-il, ce qui en fait sa force. Elle n’a été commanditée ni par des gynécologues, ni par des laboratoires pharmaceutiques, ni par des « usagers » des services hospitaliers. Elle s’adresse donc prioritairement à la communauté des chercheur-e-s en sociologie du genre, de la santé. Mais il est évident que je chercherai à transmettre mes conclusions aux services d’AMP qui ont accepté de collaborer à cette étude afin de leur faire prendre conscience des tensions professionnelles vécues par leurs patientes. Peut-être l’organisation des services d’AMP deviendra-t-elle plus souple…

Quels sont les premiers constats que vous avez faits suite à vos recherches ?

Vous trouverez sur ce lien, un article accessible en ligne paru dans la revue Raison Publique. Ce sont là les premiers résultats que je peux pour l’instant communiquer.

Est-ce que ce sujet ou un autre approchant ont déjà été l’objet de travaux de recherches en sociologie ? Dans d’autres domaines ?

Il y a plusieurs chercheur-e-s en démographie, sociologie, anthropologie qui travaillent sur les nouvelles techniques de reproduction (Laurence Tain, Ilana Löwy, Virginie Rozée, Magali Mazuy, Irène Théry, Dominique Mehl, Doris Bonnet, Véronique Duschesne,…).

Les recherches féministes se sont, elles, toujours montrées soucieuses de réfléchir sur le carrefour entre vie productive et reproductive, et sur ce que les nouvelles techniques de reproduction pouvaient représenter pour la liberté des femmes : affranchissement des normes procréatives ou nouvelle assignation au devoir de procréation ?

Mes travaux s’appuient donc nécessairement sur ces questionnement qui ont déjà eu lieu pour se concentrer spécifiquement sur ce qu’implique le surgissement d’une réalité intime relative au corps féminin, aux normes procréatives et à la biomédicalisation dans le monde du travail. Comment les salariées qui se retrouvent seules au cœur d’une imbrication de rapports de pouvoir, face au corps médical et face à leur employeur peuvent-elles « bricoler » pour dévoiler ou occulter ce qui, potentiellement, les met en danger dans l’univers du travail ? Voilà l’originalité de mon questionnement.

Comment vos pairs reçoivent-ils vos travaux ?

Ce n’est pas à moi de répondre à cette question !

Quand avez-vous prévu de présenter vos travaux ?

Fixer la date de sa soutenance de thèse avant que la thèse ne soit écrite relève d’un véritable défi dans lequel je n’ose m’aventurer ! Mais je vous tiendrai au courant en temps voulu.

Pour faire un pont entre le monde professionnel et le monde de la santé, pensez-vous adresser les résultats de vos travaux aux professionnels de l’assistance médicale à la procréation ?

Je serai nécessairement amenée à présenter le bilan de mes travaux aux différents centres d’AMP qui ont accepté de collaborer à mon travail de recherche, la Polyclinique du Cotentin, le CHU de Caen, le CHU d’Angers et l’hôpital Béclère de Clamart. D’ores et déjà, certains interlocuteurs, biologistes ou médecins, se sont montrés préoccupés par la situation des patientes de leur service.

Quels impacts pensez-vous qu’ils puissent avoir auprès des professionnels de la santé ?

J’espère bien sûr que plus de souplesse dans l’organisation des services hospitaliers sera envisagée.

Est-ce que vous pensez faire des propositions juridiques, sociales pour améliorer la situation des femmes confrontées à la double gestion d’un parcours professionnel et d’un parcours de procréation médicalement assisté ? Si oui, à qui seront-elles adressées ?

Je chercherai à communiquer les résultats de mes travaux en espérant, là encore, que la parole d’un doctorant ait un poids.

Pensez-vous que ce sujet soit pris au sérieux par les politiques (ministère de la Santé, du Travail, des Droits des femmes), les institutions (sécurité sociales, mutuelles, etc.), les employeurs ?

Je ne pense pas que les institutions médicales et politiques aient réellement conscience de ce qu’implique pour les femmes de tels parcours d’AMP. Ou peut-être la société est-elle habituée à ce que les femmes, soit disant prêtes à tout pour devenir mères, sacrifient leur vie publique et professionnelle.

Pensez-vous que vos travaux puissent enclencher une réelle évolution au niveau d’une reconnaissance par le droit du travail d’un besoin spécifique non couvert, pour les personnes travaillant tout en étant dans un parcours d’ A.M.P. ?

Ce serait souhaitable.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières pour le recueil des témoignages ?

Peu de femmes se montrent prêtes à témoigner de cette réalité intime qu’est l’infertilité de leur couple. Voilà qui n’est guère surprenant si l’on pense au regard social qui est encore porté, dans nos sociétés contemporaines, sur l’infertilité. Mais n’étant pas engagée dans une démarche quantitative, j’ai réussi à faire varier suffisamment les situations professionnelles de mes enquêtées pour arriver à des conclusions tenables.

Avez-vous rencontré des employeurs pour les interroger sur ce sujet ?

Non. J’ai délibérément limité mon travail à l’épreuve que constitue, pour les femmes, l’épineuse articulation entre vie professionnelle et parcours d’AMP. J’ai toutefois été sollicitée pour intervenir au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) dans le cadre d’une journée d’étude organisée par des étudiants en Ressources Humaines. L’occasion m’a donc été donnée de pouvoir confronter mes analyses à celles de futurs DRH.

Avez-vous envisagé l’impact que peuvent avoir vos conclusions sur les personnes concernées ?

Je reste régulièrement en contact avec certaines de mes enquêtées à qui je transmets certains résultats de ma recherche, notamment mes articles. La restitution de mes résultats aux personnes directement concernées me semble être le retour minimal à celles qui m’ont donné de leur temps pour témoigner de leur quotidien de patiente des services d’AMP.

Comment avez-vous eu connaissance de l’existence du collectif BAMP ?

En tant que chercheure, je suis régulièrement amenée à suivre l’actualité des publications, journées d’étude…relatives à l’AMP et c’est ainsi que j’ai découvert le collectif BAMP ! sur internet.

Souhaitez-vous devenir membre du collectif BAMP, ou soutenir la cause du collectif ?

J’ai découvert votre collectif sur Internet et suis, depuis, son évolution régulièrement. Je ne peux que soutenir la cause que défend Bamp ! et suis admirative du travail que vous avez fourni en si peu de temps. Je soutiens donc votre action.

Êtes-vous, vous-même ou votre entourage, concernés personnellement par le sujet de l’infertilité ?

Chacun connaît dans son entourage familial ou amical des personnes concernées par l’infertilité.

Merci Madame Hertzog d’avoir répondu à nos questions. Nous invitons les lecteurs à aller lire l’article que vous avez déjà publié sur ce sujet très intéressant de l’articulation entre une activité professionnelle et un parcours d’assistance médicale à la procréation. C’est ici