Rencontre « Accepter une vie sans enfant » à Paris

Rencontre BAMP « Accepter une vie sans enfant »


Cette rencontre s’adresse aux personnes qui ont définitivement renoncé à être parents:

– après un parcours AMP infructueux
– parce que votre demande d’adoption n’a pas abouti ou parce que vous ne souhaitez pas recourir à l’adoption
Nous vous proposons de nous retrouver à Paris le samedi 20 octobre à partir de 10h30, pour échanger librement et exclusivement entre personnes vivant cette situation, pendant quelques heures et en petit comité, avec nos réferentes Clotilde et Sandrine
Pour vous inscrire, envoyez-nous un mail à vivresansenfant@gmail.com, en nous racontant en quelques lignes votre parcours

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Rencontre thématique à Nouméa 

On parle aussi d’infertilité au milieu du Pacifique !

Pour avril, Déborah propose une rencontre thématique, à Nouméa

le mardi 11 avril à 18h

Thème : « La gestion des échecs après les tentatives »

Inscriptions et/ou renseignements : collectifbampnoumea@gmail.com

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Pamela Tsigdinos « Les Oubliées de la PMA » – Interview du mois

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Voici une nouvelle interview bilingue réalisée pour BAMP, par LARA du blog Des compagnes pour la traversée du désert

Entrevue de Pamela Mahoney Tsigdinos, effectuée en anglais et traduite en français par Lara

Pamela Tsigdinos est une auteure américaine et blogueuse vivant en Californie. Elle est reconnue internationalement pour ses livres sur l’infertilité et ses discussions sur les challenges personnels et sociaux auxquels les couples doivent faire face lorsque les traitements n’aboutissent pas.

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Lara : Quelles sont, à ton avis, les différences entre vivre sans enfant en France et aux Etats-Unis? Différences culturelles ou sociales, par exemple en France le gouvernement paye 6 IAC et 4 FIVs mais une fois ces essais utilisés il est difficile de trouver un hôpital qui veuille continuer et ces couples doivent partir à l’étranger pour continuer leur parcours.

Pamela : Aux EU il n’y a rien de tel. L’assurance maladie est chère et seules les assurances dans 15 des 50 états couvrent les traitements de fertilité, ce qui signifie que beaucoup payent de leur poche, et c’est ce que j’ai fait.

L’infertilité, en plus d’être physiquement et psychologiquement difficile, aux EU peut devenir un gouffre financier. La vérité est qu’après 10 ans à essayer de tomber enceinte, je suis contente de ne pas avoir fini endettée, divorcée et cinglée. Mais il y a eu des moments où j’ai vraiment cru que cela allait m’arriver.

À cela se rajoutent les challenges culturels et sociaux. Aux EU on préfère les fins conventionnelles à la Disney “ils vécurent heureux et…”. La culture américaine célèbre les “gagnants” et il y a une pression pour “ne jamais baisser les bras”. En conséquence, il y a très peu d’aide aux infertiles qui arrêtent les traitements. Ils sont vus comme faibles.

Je ne connais que très peu la France (que j’ai visitée plusieurs fois en tant qu’étudiante et plus tard touriste). Les deux pays sont très bébé-centrés. La France me semble mieux préparée à aider les couples essayant de concevoir et me semble être plus encourageante dans l’expression des émotions. De l’extérieur le pays me semble plus ouvert à la complexité humaine.

Par contre j’imagine qu’en France — comme dans tant d’autre pays — il y a le même problème qu’aux EU: il n’y a pas d’étiquette, de langage ou de protocole social qui reconnaisse les nullipares involontaires.

Lara : En te souvenant de la période à laquelle tu as arrêté les traitements, qu’aurais-tu voulu savoir? En d’autres termes, que voudrais-tu dire à une femme sortant de son parcours d’infertilité sans enfant?

Pamela : L’infertilité n’est pas quelque chose qu’on oublie, il n’y a pas forcément un élément qui te fera tourner la page. Tu vas te mettre à l’accepter . Il y aura souvent des rappels de ce qui aurait pu être, mais la douleur va commencer à s’estomper. Sois douce avec toi-même et sache que le temps sera ton allié. Il y a tellement d’émotions qui remontent à la surface: dépression, colère, frustration, désespoir et tristesse entre autres. Tu remettras en question tes croyances, tes relations, qui tu es et qui tu pensais devenir.

Surtout, prends le temps d’exprimer le chagrin de tout ce que tu as perdu, fais honneur à tes émotions et laisse-les s’exprimer. Trouve un exutoire à travers l’écriture, la thérapie, le sport ou l’art. La seule manière de se débarrasser de son chagrin est de l’accepter, de s’y immerger. Tu vas devoir ressentir toute la douleur avant de pouvoir guérir. La guérison sera non-linéaire. Il y aura de bons et de mauvais jours, mais les bons jours finiront pas être plus nombreux que les mauvais.

Ne soit pas surprise si ton entourage ne comprend pas ce que tu traverses. Leurs commentaires bien intentionnés mais souvent ignorants peuvent te donner l’impression de mourir à petit feu. Comme c’est très difficile d’éduquer les gens alors qu’on souffre, donne à ta famille et à tes amis quelques blogs comme le mien à lire. Pardonne à celles et ceux qui te font souffrir sans le savoir. Tu vas comprendre des choses nouvelles et trouver une force intérieure que tu ne soupçonnais pas. Le bon côté de cette expérience est que tu vas développer un nouveau niveau de compassion et d’empathie qui va te servir toute la vie.

Le manque de contrôle te fera te sentir vulnérable et perdue. Tu peux contrer ce sentiment de vide en te concentrant à activement réinventer ta personne et ta vie. Fais-toi plaisir et donne-toi de petites récompenses. Reconnais le chemin parcouru et donne-toi de nouveaux buts. Souviens-toi qu’il y a beaucoup de chemins avec des façons nouvelles et inattendues de trouver un sens et de la valeur à la vie.

Lara : La “décision” d’arrêter les traitements, de ne pas commencer (ou continuer) un processus d’adoption est venue comment ? Graduellement, soudainement, et combien de temps cela a pris ?

Pamela : C’est lent. Tu as l’impression de chercher des indices pour résoudre un mystère. Chaque piste te mène à une nouvelle impasse. Aux E.U., en particulier, on ne t’empêche pas de continuer les traitements. Tant que tu as les sous et l’énergie de continuer, personne ne t’en empêche.

Ce manque de point final rend encore plus difficile le passage à autre chose et la création d’un nouveau chemin. Une lectrice de mon blog a fait cette analyse très fine sur la difficulté à accepter l’infertilité. Elle écrit: “L’infertilité de nos jours a deux aspects qui la rend très différente d’autres pertes — telles que le divorce ou la perte d’un proche. Premièrement ça n’arrive pas à un moment donné. Il n’y a pas d’évènement. Tu continues à essayer et puis un jour sans vraiment de raison, tu réalises que c’est fini. Ça rend le deuil difficile, et c’est difficile pour les autres de t’accompagner dans ce deuil. Deuxièmement, avec toutes ces technologies modernes et toutes ces possibilités, c’est à toi de décider quand tu vas décrocher. Ça te rend complice de ta perte. Peu importe ce qu’il se passe, ça aura été ton “choix” (d’arrêter les traitements, de ne pas adopter, etc.). Les autres peuvent penser “c’était son choix” ou alors “elle ne le voulait pas tant que ça”. Mais ça n’est pas un choix, pas plus que de refuser un acharnement thérapeutique en fin de vie n’est un choix de mourir.”

Ce scénario qui n’est pas noir ou blanc amène une difficulté supplémentaire pour une femme comme moi, qui n’avais pas d’explication à mon infertilité. J’aurais pu essayer un don d’ovocytes ou une mère porteuse, mais il n’y avait pas de garantie que cela aurait fonctionné.

Les avancées de la médecine en PMA sont à double tranchant. Elles ont aidé des centaines de milliers de couples à concevoir, mais elles ont aussi enflé les attentes des couples infertiles. Comme résultat, lorsque Dame Nature et la science arrivent à leurs limites, nous nous retrouvons à la fin d’un long et douloureux chemin sans le réconfort social qui accompagne d’autres aléas de la vie également difficiles.

En attendant que les idées reçues rattrapent la réalité — que les traitements sont loin d’être une garantie et sont difficiles financièrement, émotionnellement et physiquement parlant — certaines infertiles sont confrontées au difficile dilemme d’être perdantes lorsqu’elles essuient un nouvel échec de traitement et perdantes lorsqu’elles ne le tentent pas.

Quant à l’adoption, c’est également difficile financièrement, et émotionnellement et c’est encore une autre bataille. La plupart des couples en “infertilité inexpliquée”, comme nous, ont été éreintés socialement, financièrement et émotionnellement et ne peuvent plus se préparer à une autre bataille. L’âge est un autre facteur. J’avais 43 ans lorsque j’ai lâché mon rêve de grossesse, ce qui rendait le processus d’adoption plus difficile. On pourrait avoir une longue discussion sur le sujet, mais je préfère m’arrêter là.

Lara : Suite à cette “décision”, est-ce que ta vision de la vie a beaucoup changé ?

Pamela : Oui. Je suis devenue plus résiliente. Mais je n’allais pas toujours que de l’avant. Il y a eu des moments où je régressais, mais avec le temps je suis sortie des ténèbres et de l’incertitude. J’ai aussi découvert que j’étais plus forte que je ne le pensais. Après avoir fait le deuil, il m’a encore fallu du temps pour réaliser qu’en mettant de côté ces rêves, je n’avais pas “abandonné”. J’avais commencé quelque chose d’autre. La transformation et la ré-invention prennent du temps. Ma vie ne sera pas “ordinaire” mais elle peut devenir “extraordinaire”.

J’ai retrouvé paix et joie dans ma vie le jour où j’ai trouvé un mode d’expression. Rencontrer des gens qui m’ont comprise et validé mes émotions a été également important. S’ il y a un message que je veux laisser

 c’est celui-ci: la meilleure façon d’aider quelqu’un à accepter son infertilité c’est de “voir” et d’“entendre” les complexités de l’infertilité plutôt que de les minimiser ou de les rejeter. Une femme en Finlande m’a une fois écrit “Se sentir validée et entendue est une des meilleures choses sur terre”.

Lara : Quelle vision as-tu maintenant sur la maternité en général, est-ce que tu as compensé cette absence d’enfant d’une manière ou d’une autre?

Pamela : J’ai appris qu’il n’y a pas une seule manière d’être maternelle. Il y a un concept appelé “générativité”. C’est ce moment en tant qu’adulte où on développe ce sentiment de faire partie d’un plus grand tableau. En quelque sorte on rend à la société. Le psychologue Erik Erickson a montré que si un adulte ne ressent pas de générativité, il se sentira stagner.

Comme d’autres, j’ai découvert qu’il y a différentes manières de se sentir “générative” et utile, autrement qu’en ayant des enfants. Pour moi, c’est énergisant de construire un chemin qui aidera la prochaine génération. Mon activisme et mon écriture me remplit d’une satisfaction profonde. J’ai pu saisir l’occasion d’utiliser tout ce que j’avais appris. J’encourage les autres à faire de même — à multiplier la valeur de ce que vous avez appris en le partageant avec les autres.

Lara : Restez avec nous et n’hésitez pas à laisser des commentaires ou des questions car nous prévoyons une deuxième partie à cette entrevue!

Et allez voir ce dernier article de Pamela (que je n’ai pas le temps de traduire): https://www.slantnews.com/story/2015-09-30-heres-why-you-dont-have-to-be-mother-to-be-a-loving-woman

 

Pour rappel LARA nous avait proposé en mars 2015, l’interview de Klara, blogueuse Slovène qui était sortie de l’AMP sans enfant. Lire aussi l’interview de Birgitte sur la GPA en Inde, réalisée et proposée par Lara en mars 2014. Merci Lara pour ce boulot d’interview et de traduction.

 

ENGLISH:

Pamela Mahoney Tsigdinos is a US-author and blogger living in California. She is internationally recognized for her writing on living with infertility and discussing the personal and societal challenges couples face when infertility treatments don’t succeed.

Lara: What are, in your opinion, the differences between living childless in France versus the US? (for instance cultural ones or social ones depending on the country, for instance in France the government “offers” 6 IUIs and 4 IVFs but once you are done with that it’s very difficult to find a hospital that will take you).

Pamela: In the U.S. there are no government-sponsored fertility treatments or paid family leave. Health insurance is expensive and only 15 of 50 states require insurance coverage for fertility treatment, which means most pay directly, which I did.

So infertility, in addition to being physically and psychologically demanding in the U.S., is financially burdensome to treat. Truthfully, after 10 years of trying to get pregnant I’m amazed that I’m I didn’t end up in debt, divorced or insane. Though there were times I worried desperately about all three becoming reality.

Then you layer on the social/cultural challenges. In the U.S. there is a bias to the ‘conventional happily-ever-after’ Disney ending. American culture celebrates ‘winners’ and there is a cultural demand to ‘never give up.’ As a result, there’s a massive disconnect in this country in terms of supporting those with infertility who stop treatment. It’s considered weak.

I speak with limited knowledge about France (I’ve visited the country several times as a student and later as a tourist). Both countries are very child-centric. Generally speaking, France seems more supportive of those trying to become pregnant and seems to encourage more expression of emotions. From the outside, it appears more open to the complexities of the human experience.

I imagine, though, in France – as in many other parts of the world — there is the same problem we have here in the U.S.: there is no etiquette or language or social protocol to acknowledge those who are ‘involuntarily childless.’

L: Thinking back, when you stopped the treatments, what do you wish someone would have told you? (in other words what would you like to tell to a woman ending her infertility journey without a kid?)

P: Infertility is not something you ‘get over;’ there is no closure. Instead you will ‘come to terms’ with it. Reminders of what might have been will remain, but the pain will begin to subside. Be gentle with yourself and know that time will be your ally. There are so many emotions competing for your attention: depression, anger, frustration, hopelessness and sadness among others. You will also question your beliefs, your relationships and your sense of you are and who you expected to become.

Above all, take the time to grieve your losses and honor and release the emotions. Find an outlet through writing or counseling or exercise or art. The only way to get through grief is to experience it, immerse yourself in it. You are going to have to feel the hurt before you can heal. The recovery will be non-linear. There will be good and bad days, but the good ones eventually begin to outnumber the bad.

Don’t be surprised if people in your life don’t comprehend what you’re going through. Their well-meaning but often ignorant comments can feel like death by a thousand cuts. Since it’s very hard to educate while you’re in pain, point family and friends to blogs like this one to help them better understand you and your experience. Forgive those who don’t know that they are hurting you. You will tap into and find an inner strength. One of the silver linings to this experience is that that will develop a new level of compassion and empathy that will serve you for the rest of your life.

The lack of control will make you feel vulnerable and lost. Combat that sense of aimlessness by actively focusing on reinventing yourself and your life. Find small ways to reward yourself. Acknowledge your growth and set new goals. Remember there are many paths with new and unexpected ways to find meaning and value.

L: The “decision” of stopping treatments, not start (or continue) adoption and pursue a life without children, did it come gradually, and how long did it take?

P: It’s slow. You feel like you are searching for clues to deconstruct a mystery. Each one leads you to another blind alley. In the U.S., in particular, there is no clear ‘off ramp’ from pursuing treatments as long as you have money and the stamina to continue with medical intervention.

The lack of an end point is part of the problem in moving on and carving out a new path. A visitor to my blog had a very astute observation about why is it it is so hard to accept infertility. She wrote: “Infertility in this day and age has two features that make it unlike other losses – such as divorce or the death of a loved one. First, it does not happen at any specific time. There is no event. You just keep trying and then, somewhat arbitrarily, realize it’s over. This makes it hard to get to the grieving stage, and hard for others to grieve with you. Second, because of all the medical and legal technology out there, you have to decide when to ‘pull the plug’ on the project. This makes you complicit in your own loss. No matter what happens, it was your ‘choice’ (to stop treatment, not to adopt, whatever…) Others can look at you and just say, ‘well, she made her decision,’ or, ‘I guess she didn’t want it that much.’ But it’s not a choice, any more than refusing life-prolonging treatment under intolerable conditions is a choice.”

This ‘gray’ vs. ‘black and white’ scenario raises an added complexity for women like me without a clear cut pregnancy inhibitor. Hypothetically, I could have tried donor eggs or surrogacy but there was no guarantee that would have worked for us either.

Advanced reproductive medicine has been both a boon and curse. It has helped hundreds of thousands who need extra help to get pregnant, but it’s also created inflated expectations for those who can’t conceive. As a result, when Mother Nature and science find their limits we routinely find ourselves at the end of a long, painful road without the social safety net and support that accompanies other equally devastating life experiences.

Until conventional wisdom catches up with reality — that fertility treatment is far from a sure thing and is not without great financial, emotional and physical risk — those of us with conditions causing infertility are in the unenviable position of being damned when we fail treatment and damned if we don’t try it.

As for adoption it is equally costly, demanding and presents its own labyrinth. Most in my ‘unexplained infertility’ situation reach financial, emotional, and social exhaustion and are unprepared to suit up for another battle. Age is another factor. I was 43 by the time I gave up on my dream of getting pregnant, which made me less appealing to a birth mother seeking an adoptive parent. We could have another longer discussion on this topic, but I will leave it there.

L: Following this “decision” did your vision of life in general change a lot?

P: Yes. I became more resilient. There wasn’t always forward momentum. Sometimes I went backwards or sideways, but in time I pushed through the darkness and uncertainty. I also discovered I was stronger than I ever thought possible. After mourning my losses it took me more time to realize that in setting aside one set of dreams, I hadn’t ‘given up.’ I embraced something else. Transformation and reinvention take time. My life might not be ‘ordinary’ but it could be ‘extraordinary.’

Peace and joy returned to my life once I found my voice. Equally important, though, was having others validate and acknowledge all that I had lived with and through. If there’s one message I want to leave as my legacy is it it is this: the best way to help those struggling to come to terms with infertility is to be willing to ‘see’ and ‘hear’ about the complexities that infertility inflicts rather than to minimize or dismiss it. As a woman in Finland once wrote to me, “Feeling validated (and heard) is one of the greatest things on earth.”

L: What outlook do you have on maternity in general, did you compensate this absence of children one way or the other?

P: I’ve learned that there is more than one way to be maternal. There is a concept called “generativity.” It’s a time in adulthood when we develop a sense of being a part of the bigger picture. We give back to society in some way. Psychologist Erik Erikson brought to light that if an adult doesn’t get to experience generativity then they can experience stagnation.

Like others I’ve come to know I’ve discovered that there are other ways to feel ‘generative’ and relevant beyond having or raising children. For me there’s something energizing about turning over new stones and building a path that helps the next generation. My advocacy and writing fills me with profound satisfaction. I’ve seized the opportunity to apply all I’ve learned. I encourage others to do the same — multiply the value of what you learned by sharing it with others.

L: Stay tuned and feel free to contribute to the conversation as we are planning on a part II of this interview! And check out that perfectly timed new piece of Pamela: https://www.slantnews.com/story/2015-09-30-heres-why-you-dont-have-to-be-mother-to-be-a-loving-woman

Image d’un embryon en 3D, réelle chance d’amélioration des réussites en FIV ?

L’image d’un embryon en 3D permettra-t-elle une réelle amélioration des taux de réussite des FIV ou est-ce un « gadget » supplémentaire dans l’arsenal de visualisation du développement embryonnaire ? Les couples infertiles entre fébrilité et questionnement.

C’est l’effervescence sur la toile-PMA (oui parce qu’en dehors, je ne suis pas sûre que cela fasse le poids devant le reste de l’actualité) suite à l’annonce lundi, d’une nouvelle technique d’évaluation du développement embryonnaire. Essayons de faire le tour du sujet, pour une information complète des patients de l’assistance médicale à la procréation.

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Lors des 19ème FFER, la semaine dernière, nous avons pu entendre ce que disait Monsieur le Professeur Samir Hamamah (nous étions là grâce à lui, d’ailleurs). Sa présentation s’est faite dans le cadre d’un atelier intitulé « Controverses en AMP« , où un intervenant présentait un argumentaire POUR et un autre, un argumentaire CONTRE. Monsieur Hamamah a soutenu les arguments CONTRE le sujet suivant « La morphologie des embryons a-t-elle encore un intérêt ? » C’est dans ce cadre qu’il a présenté son projet de reconstitution en 3D de l’image d’un embryon.

Pour rappel, 85% des embryons obtenus suite à une FIV en France ne s’implantent pas, 2 FIV sur 3 se soldent par un échec (vous pouvez retrouver ces chiffres sur la dernière affiche BAMP), beaucoup d’embryons sont détruits car de mauvais pronostic.  Les chiffres ESHRE (European Society of Human Reproduction and Embryology) placent la France avant dernière en termes de taux de grossesses par ponction, ce qui n’est pas très glorieux. Un taux de succès qui stagne autour des 20% par tentatives. Certains médecins Français disent que ces chiffres ESHRE ne sont pas représentatifs de la réalité, car les calculs ne se font pas sur les mêmes bases et indicateurs d’un pays à l’autre.

L’objectif de l’équipe du CHRU de Montpellier est donc d’améliorer ces scores très négatifs, pour que les « patients passent le moins de temps possible dans le parcours d’AMP et obtiennent rapidement une grossesse viable« . L’objectif est donc pour les chercheurs (nous sommes dans l’expérimentation, même si un brevet a été déposé début juillet) d’améliorer avec une méthode non invasive la prédiction préimplantatoire de tel ou tel embryon, « il est inacceptable qu’en 2014, les couples Français soient victimes d’un manque de moyens et de techniques efficaces« . Monsieur le Professeur Hamamah d’ajouter que le principe du « on joue jusqu’à ce qu’on gagne, n’est pas une bonne stratégie« , les couples en ont assez d’accumuler les tentatives et les échecs en FIV.

En ce qui concerne l’étude et l’observation du développement embryonnaire, il existe différents techniques (nous n’allons pas rentrer dans le détail de toutes ces techniques ici, mais il y a l’étude morphologique sous le microscope, la cinétique filmé par le TIME LAPSE et les biomarqueurs). La dernière en date, dont nous vous avions parlé dans d’autres articles c’est l’embryoscope, (qui est le nom d’une marque, il existe donc d’autres marques pour ces incubateurs-photographes).

Le terme générique est le TIME LAPSE, c’est un incubateur, qui éclaire à intervalles réguliers les boites de pétris dans lesquelles se trouvent nos embryons, il prend une image, qui est ensuite montée pour obtenir un film du développement embryonnaire. Les étapes clés du développement sont donc « filmées » pour pouvoir évaluer le « meilleur » embryon au vu de son développement morpho-cinétique.  La question est donc de savoir s’il a fait la bonne division cellulaire au bon moment. Cela va être notamment un des critères de sélection. L’autre intérêt de l’utilisation du Times LAPSE c’est que les embryons restent au chaud, car il n’est pas besoin pour les observer de les sortir de l’incubateur pour les mettre sous un microscope.

L’intervenant qui défendait des arguments POUR continuer à « observer la morphologie des embryons, » nous a indiqué que les techniques d’observations avaient évoluées avec le développement des outils (microscopes avec différents grossissements, TIME LAPSE) Cela permet de visualiser les différentes phases de développements pour mieux VOIR certains éléments déterminants. Et ainsi de mieux évaluer les « CHANCES » d’implantation. L’observation permet la prédiction. Mais il faisait remarquer qu’il manque encore des études prospectives randomisées pour bien évaluer l’apport positif (obtention d’une grossesse) ou non de ces techniques d’observation.

Monsieur Hamamah, présentant les arguments CONTRE la poursuite d’une observation du développement morphologique, précise que pour lui le TIME LAPSE est sans doute nécessaire, mais qu’il faut continuer à penser à d’autres approches, qui soient plus efficaces. Il poursuit, un brin provocateur en nous disant que pour lui le TIME LAPSE est un « gadget », à environ 100 000 euros.

« Gadget » qui a ses limites, étant donné que les taux de succès par FIV (voir les chiffres cités plus haut) restent bas et que cet outil n’apporte pas d’explication sur les échecs d’implantation. Il  interpelle l’assemblée sur le fait qu’ils n’y a pas d’études montrant l’innocuité pour le développement cellulaire d’un éclairage à intervalles réguliers. Est-ce que l’exposition répétée des embryons à la lumière  peut en altérer le développement ? Il indique qu’il n’y a pour l’instant aucune étude comparative. Seulement 4 études sur les taux de grossesses obtenues suite à l’utilisation du TIME LAPSE et aucune études sur des grossesses ayant données un bébé vivant. Les modèles ne sont donc pour lui pas démontrés.

Son équipe travaille donc à rechercher de nouveaux biomarqueurs de la qualité des embryons qui ne soient pas invasifs. Ce sont les recherches OMICS (études du génome et séquençage).

Pour lui, la visualisation de l’embryon en 3 dimensions est idéale. Car la qualité de l’image est bien meilleure, il fait le parallèle avec les échographies en 3D qui permettent d’affiner les diagnostics sur le fœtus. Donc appliquer cette technique aux embryons permet de mieux voir les défauts ou pas, sans traumatiser les cellules. Une seule photo prise un peu avant le transfert et qui permettrait de modéliser ensuite en trois dimensions l’embryon pour décider de réimplanter, ou pas, tel ou tel embryon. Aucune précision n’a été donné sur le tarif de cet outil de modélisation.

Pour conclure, Monsieur Hamamah indique que pour lui les biomarqueurs (on vous en reparlera dans un autre article) sont aussi une autre voix d’avenir, complémentaire. Qu’il faut utiliser les techniques qui existent et EN MÊME TEMPS faire de la RECHERCHE. Coupler différentes techniques pour optimiser cette phase de la FIV permettant ainsi de ne transférer que les embryons ayant le développement le plus optimal, pour augmenter les taux de réussite.

Au moment du débat avec la salle certains de ses collègues lui ont rétorqué que l’EMBRYON 3D c’est aussi un « gadget ». En tout cas les médecins s’interrogent sur le sort des embryons qui sont gardés et ceux qui sont jetés. Certains médecins indiquent qu’à une époque, tous les embryons qui n’avaient pas la bonne morphologie étaient détruits car non congelables (pensait-on). Maintenant ils sont souvent laissés en culture prolongée et 40% arrivent au stade blastocyste, dont 20% seront finalement congelés et aboutiront à une grossesse (mais là je n’ai pas noté le taux). Comment savoir quel embryon est le meilleur  et surtout quel est celui qui pourrait aboutir à un bébé ? Monsieur Hamamah précise qu’il faut laisser leur chance à tous les embryons jusqu’à J5, pour évaluer leur développement.  « On veut le best Embryon pour les couples« .

Alors l’image en 3D de l’embryon, est certainement un outil supplémentaire et nouveau qui pourrait être utilisé pour optimiser les résultats des FIV en France, mais encore faut-il que les équipes puissent acheter l’outil (alors qu’ils viennent pour certains d’acheter un TIME LAPSE, ou qu’ils n’ont même pas l’argent pour le faire), que toutes les équipes soient convaincues de l’intérêt de ce nouvel outil. Que des études importantes puissent aussi montrer l’efficacité de cette technique, l’augmentation des taux de réussite des FIV avec naissance d’un enfant serait un critère irréfutable de l’efficacité de ce dispositif. En tout cas rien ne vous empêche d’en discuter avec vos médecins, un bon dialogue vaut mieux qu’un grand silence.

Pendant que j’écoutais, ces débats d’experts, je pensais à mes petits embryons, qualifiés par le médecin de « moches, pas au bon stade de développement pour des J5. Vous allez revenir pour une autre tentative, désolé. Vous allez partir sans payer, on attend la prise de sang dans 15 jours, mais je ne suis pas optimiste« . Mes moches embryons ont maintenant un peu plus de 2 ans…. Ce sujet du développement embryonnaire et de l’implantation que des « beaux » embryons est complexe, comme sont complexe les mystères de la procréation humaine. Y réfléchir et chercher à comprendre sont des points essentiels et peut-être arriverons-nous à sortir des critères imprécis comme « moches », « beaux », « chance ». Mais dans le même temps, si j’avais dis : « ah non pas des moches  ! » Et que j’ai refusé l’implantation de ces embryons… je n’aurais pas deux enfants formidables.

S’il est démontré que cet outil permet une réelle augmentation des taux de réussite des FIV (grossesses avec naissances viables) des patients Français, nous demandons qu’il soit mis en place dans tous les services AMP et sur tout le territoire. Pour éviter une AMP à plusieurs vitesses. Nous demandons l’égalité dans l’accès aux soins.

Si vous voulez voir les différents articles qui sont sortis lundi et mardi, ainsi que les vidéos sur l’embryon 3D, voici une liste de médias. Il y a de la répétition, mais c’est aussi intéressant de montrer comment est traité un même sujet par de multiples intervenants.

France 3 Languedoc Roussillon avec une vidéo

Sciences et Vie

Pourquoi Docteur

L’express

Midi Libre 2 vidéos

Atlantico 1 vidéo

Huffington Post

BFMTV

Doctissimo

ADDITIVERSE

L’indépendant

Europe1

Merci à toutes les adhérentes qui nous ont envoyé ces différents liens.

Lors des 3 jours de la FFER, Monsieur Hamamah a fait la présentation d’une autre nouveauté le WIN TEST pour évaluer la fenêtre optimale de réceptivité utérine. Cela fera l’objet d’un prochain article.

C’est quand le bonheur???

Avec mon chéri, nous nous sommes rencontrés il y a un peu plus de 8 ans et nous vivons ensemble depuis 5 ans. Très vite, nous nous sommes aperçus que nous avions beaucoup de choses en commun, la plus évidente est notre date de naissance. Pour la petite anecdote, nous sommes nés le même jour dans le même hôpital à seulement 4 heures d’intervalles. Nos mamans étaient probablement dans des chambres l’une à coté de l’autre, nous nous sommes même surement croisés alors que nous venions juste de naître. Nous étions donc faits pour nous rencontrer et vivre de beaux moments.

En janvier 2010 j’arrête ma pilule, un mois après je suis enceinte. Youpi !!! La vie est belle mais pour peu de temps. J’ai de fortes douleurs, je sens bien que quelque chose ne tourne pas rond. A la première écho faite en urgence, on m’annonce que je fais une GEU. A l’époque, je ne savais même pas que ça pouvait exister. Je me souviens encore des mots du gynéco « C’est foutu ». J’ai le droit à une injection de méthotrexate et je rentre chez moi. Trois jours plus tard je reviens aux urgences vers 21h00. Je fais une hémorragie. On me fait une cœlioscopie pour retirer l’embryon coincé dans ma trompe. Le lendemain, je sors sans explication sur ce qu’on m’a fait et je rentre à la maison. Un peu de soutien m’aurait fait beaucoup de bien à ce moment là.

Il nous a fallu un an pour être prêts à retenter. Nous sommes en avril 2011 lorsque j’arrête  de nouveau ma pilule. Un mois après, je suis à nouveau enceinte.

A la première écho, mon gynéco voit un « petit quelque chose » dans l’utérus. Il me donne une photo de l’écho.  Dès lors mes parents et beaux-parents sont au courant de la bonne nouvelle. Pendant deux jours nous sommes tous sur un petit nuage. Deux jours après, je refais une écho car j’ai de grosses douleurs, je refais une GEU. Je sais ce que c’est cette fois… Mon gynéco m’annonce qu’il est obligé de me retirer les deux trompes. Il ne veut pas prendre le risque que cela se reproduise. Le lendemain matin, je me fais opérer.

En septembre 2011, nous avons notre premier rendez-vous au CECOS. Le bilan est simple : super du côté de mon homme et moi, j’ai un puzzle incomplet, mais sachant que je suis tombée enceinte deux fois naturellement dès l’arrêt de la pilule, ça ne devrait pas être trop compliqué.

Hélas, rien n’est gagné en PMA. Je l’ai vite découvert.

Je fais une première FIV sans transfert en Février 2012. Pas grave, la prochaine sera la bonne. Nous recommençons en Octobre 2012. Deux embryons sont transférés. Je me dis que cette fois est la bonne mais non, la prise de sang est négative. J’ai eu beaucoup de mal à m’en remettre. C’est si dur d’y croire, d’espérer, de se battre et « d’échouer ».

Nous refaisons une FIV en avril 2013.  5 ovocytes fécondés, 1 seul blastocyste à transférer. Le labo me dit qu’il est plutôt de bonne qualité donc on y croit dur comme fer. Je fais ma prise de sang le 27 Avril… Négatif !!!

Et là on se dit que la vie est injuste, on a juste envie de tout claquer, tout arrêter, d’arrêter de se battre.

A chaque fois j’éprouve un sentiment d’échec et de culpabilité.  Je me sens coupable de ne pas pouvoir « donner » un enfant à mon chéri, un petit-enfant à mes parents et beaux-parents, un neveu ou une nièce à mes sœurs. Je veux tellement être maman.

Toutes les personnes qui ont des enfants me disent qu’on peut vivre sans enfant. Facile à dire quand on en a un.

Je n’en peux plus de voir cette petite chambre vide tous les jours.

Je n’en peux plus des maladresses des gens.

Je n’en peux plus de me dire que je ne saurai peut-être jamais ce que c’est d’être maman.

Je n’en peux plus de m’entendre dire : « Arrête d’y penser »

Je n’en peux plus de compter les jours avant le prochain rendez-vous au CECOS

Je me dis que la 3ème FIV sera celle qui va faire de nous des parents.

On va essayer de mettre toutes les chances de notre côté : acupuncture, hypnose, vacances…pour que le cauchemar prenne fin et que le rêve devienne réalité.

Je n’ai pas les talents d’écriture de beaucoup d’entre vous, mais je voulais juste vous faire par de notre histoire…

Merci.

Nicolas raconte

Mon parcours avec Irouwen, ou le point de vue d’un homme sur la PMA

Propos à pondérer par le résultat final…

La PMA vu par un homme, sujet qui semble intéresser beaucoup de blogueuses. Irouwen et moi avons déjà témoigné dans « Quand l’enfant se fait attendre » le documentaire passé sur France 4, mais la création du collectif BAMP semble relancer le besoin de témoignages. Voici le récit, forcément long, de notre parcours PMA, de notre rencontre à l’accouchement. Près de cinq années racontées en étant de « l’autre côté ».

Avec Irouwen on s’est rencontré un lendemain de Saint Valentin (déjà on avait raté le train et c’est peu de le dire, on verra plus tard). Nous avions 35-36 ans et un parcours sentimental pas très glorieux. Très vite on a parlé enfants, au pluriel car ça paraissait évident. Je me souviens de nos premières vacances où on avait passé l’après midi à deviser sur les prénoms qu’on allait leur donner. C’était dans les piscines naturelles après la descente du col de Bavella.

Dix mois après notre rencontre on s’installe ensemble et on déménage dans un autre département. Fini la région parisienne, j’y aurais passé 5 ans et elle aura eu raison de mon état psychique => FUIR au plus vite. Début des essais, naturels s’entend. Irouwen est pressée, un mauvais pressentiment, elle aurait voulu commencer dès notre rencontre, hystérique ? Un peu quand même, mais je suis têtu, elle est chouette cette nana, on s’entend bien, un peu fêlée, mais comme il faut. Les mois défilent et rien. Moi je ne m’inquiète pas, je crois que l’on ne peut pas ressentir cette angoisse de maternité insatisfaite, la chimie dans nos tête n’est définitivement pas la même. C’est ce qui est dur à comprendre, nous n’avons pas de cycle qui rythme notre vie, nous ne savons pas ce que vous ressentez tous les mois, on ne peut pas. Donc il faut en parler. Au début on s’en fout un peu, de toute façon ça ne changera rien. Ensuite, SON calendrier rentre en plein dans TA vie, va falloir s’y faire. Courbes de température,  re-comptage des jours… Et maintenant vos conversations vont changer de langage. On parle avec des acronymes divers et aussi abscons les uns que les autres, DPO, PMA, IAC, OATS… Madame s’est renseignée sur internet et pas toi, aiiie remise à niveau obligatoire (chez moi ça va prendre du temps). Il n’y a vraiment que ces imbéciles de français pour parler SMS à longueur de journée comme si c’était naturel pour tout le monde. Médecins, infirmières, laboratoires, sécurité sociale, comment voulez vous qu’on se comprenne ? Vous ne pouvez pas utiliser votre langue ? La PMA est un parcours difficile alors au moins tâchons de nous comprendre un minimum.

Au bout de quelques mois, Madame a du « retard », hystérie ambiante on pisse en cœur sur un truc en plastique, enfin  elle, parce que moi encore une fois je ne sers pas à grand chose. Test positif, rendez-vous, échographie, œuf clair. On n’y aura cru quelques jours. Moi je positive, elle se désespère. Elle commence a parlé d’œufs pourris, chez elle. Cela me semble un peu fort, l’estime de soi n’est pas sa tasse de thé, mais quand même. On arrive à 37-38 ans, on est d’accord pour consulter. Pour moi commence vraiment le parcours PMA maintenant. Le médecin nous dit que tout va bien et qu’il ne faut pas s’inquiéter. On va quand même faire des stimulations histoire de donner un coup de pouce au destin. Monsieur, content, Madame non. Elle veut du solide. Leur discussion a un peu basculé dans une langue étrangère, les fameux acronymes précités.  Messieurs à ce moment précis ne faite pas comme moi, ne laisser pas filer et dites STOP, exigez que l’on vous explique ces p…. d’acronymes au début. Après on s’y fait.

Début des stimulations, l’infirmière vient à la maison pour les injections, plusieurs cycles passent. A part des méchantes traces violacées puis jaunâtres, il ne se passe pas grand-chose. Votre vie de couple devient beaucoup moins glamour. « Aujourd’hui, essai bébé, t’as intérêt à assurer, pas question d’aller courir, ménage toi,  ma courbe de température esquisse une remontée, si ce n’est pas aujourd’hui, c’est demain ». Ton infime rôle dans cette histoire s’arrête là.  Livreur à domicile. C’est moins drôle que de l’écrire, je comprends qu’on ne puisse pas y arriver sur commande. La recette : l’humour noir et puis c’est ta chérie, quelque part elle t’attire, donc finalement on s’en est bien sorti. Mais toujours rien, on procède graduellement, on fait des examens. Je passe sur les examens féminins, le blog en est plein.

Spermogramme. Le mot fait peur et si c’était toi le fautif. Damned ! Des générations de super héros et de demi-dieux n’ont jamais eu à affronter cette épreuve moderne. Là, Mesdames c’est vous qui ne pouvez pas comprendre. Surtout quand toute ta vie d’enfant ton père a dit à la cantonade « on le garde pour faire un père » C’est dingue t’avais oublié ça et trente ans après ça revient. Bon là tu flippes à mort.  Au fait comment on fait ? Vu que tu sais comment çà sort, tu te dis que ça va être autre chose que la livraison à domicile de tout à l’heure. Ton esprit s’égare une seconde, euh y’a une infirmière ? Ta dulcinée est là ? Où, comment, combien ? La quantité te semble aussi critique que la qualité, faut assurer, monde macho, mâle dans toute sa splendeur, du velu, du torse bombé. C’est le verdict pour toi. Ta femme parle d’OATS, dis que ce n’est pas grave, qu’il faut savoir. Certes, il faut en avoir le cœur net. Donc la première fois c’est gratiné. On arrive au Cecos, me demandez pas ce que ça veut dire, dans ses petits souliers, évidemment toutes les secrétaires savent ce que tu viens faire et tu guettes une réaction de leur part. Mais elles sont pro, elles ont du en voir passer. Irouwen est beaucoup plus détendue, presque excitée, pour une fois que ce n’est pas elle qui va trinquer, c’est déjà ça… La dame vous dit que si ça se passe mal, Irouwen peut venir  avec moi. Moi fier, « non non, pas la peine ». Elle m’ouvre la porte du local et m’explique le protocole. Bien nettoyer le « bouzin », recueillir le sperme dans un flacon et le mettre dans le sas, appuyer sur la sonnette quand c’est fini. Si vous voulez il y a des revues là et elle s’en va. Depuis que je suis rentré dans le local,  je suis ébahi par l’immense poster de lingerie féminine au mur, poster qu’ils ont été récupérer dans l’abri bus du coin. Imaginez Mesdames que voir subitement David Beckham en slip vous fasse ovuler (je dis Beckham, mais j’y connais rien en foot, c’est juste que je l’ai vu en slip sur tout les murs  des villes en Italie une fois). Du coup je n’ai pas trop suivi ce qu’elle m’a dit, un peu scotché par la dame sur le mur.

Je vous épargne les détails suivants, juste quelques points. Primo ne pas faire trop vite, genre éjaculateur précoce. Secondo c’est pas large un tube échantillon, faut viser juste sous peine de passer pour un minable capable de faire quelques millilitres seulement. Et là, messieurs vous savez comme moi, que quand ça part, ben ce n’est pas de la frappe chirurgicale, faut corriger le tir parfois. Tertio, pas être trop long non plus car sinon effet inverse du primo. Bref bonjour le traquenard. Surtout que la dame sur le mur est toujours là et franchement elle me donnait pas envie. Et nous mesdames il faut qu’on ait envie sinon ça ne marche pas. Bon je gère le truc, mais en sortant tu passes quand  même pour un con, tu as l’impression que tout le monde te regardes. La plus intéressée dans l’histoire, c’est encore Irouwen  qui me demandera plein de détails. Promis la prochaine fois tu viens avec moi.

La première fois est la plus dure, après c’est simple, même dans un centre différent. Quoi que, psychologiquement, un spermogramme n’est pas un prélèvement pour une IAC ou une FIV, dans ce cas on a en tête que potentiellement tes enfants sont là dedans, dans ce tube. Et puis, messieurs, si vous pensez vous remettre à l’ouvrage une deuxième fois histoire de subjuguer la biologiste sur la quantité, je vous souhaite du courage.  A moins d’y passer la journée, les conditions et l’enjeu font que le résultat est pitoyable. Autre conseil, tenez vous prêt à un prélèvement impromptu en cas de rendez-vous dans un centre PMA (surtout à l’étranger où on ne vient pas tous les jours). En cas d’impondérable il se peut que l’on vous demande un effort dans le but de préparer des embryons congelés à transférer plus tard. Donc ayez des stocks, faite pas comme certain…j’en vois une qui rigole encore. Ce que j’ai pu remarquer aussi et que dans tous ces centres, hôpitaux, laboratoires en France ou à l’étranger, tous les couples sont là pour la même chose mais personne n’ose se parler. Pourtant on sait très bien ce que chacun vient y faire. Et oui messieurs quand on vous appelle dans la salle d’attente tout le monde sait ce que vous partez faire. Je crois que les centres pourraient faire un effort de discrétion sur ce sujet, surtout à la sortie du monsieur. Déjà qu’on  se sent pas très fier mais en plus être livré à la foule…

Cette notion de performance dans le prélèvement est une auto-pression, personne ne vous demande de faire telle ou telle quantité, ni dans un temps imparti. Simplement on se sent obligé, sans doute notre culture machiste. Il me revient en mémoire ce collègue africain, en république tchèque, qui tentait d’expliquer devant tout le monde, dans un anglais approximatif, que d’habitude il faisait beaucoup plus mais que là il en avait mis à côté. Sourire jaune de la secrétaire qui disait que ça suffisait comme ça, mais l’autre insistait, sans doute nos amis noirs ont une réputation encore plus terrible que la notre à tenir. Mais cette histoire m’a tenu jusqu’à l’accouchement des jumeaux, si cette andouille en avait réellement mis partout  et contaminé tout le centre ? La roseur des petits loups m’a vite rassuré, mais je vous jure que j’y ai pensé. J’insiste sur ce sujet car  il concerne les hommes, c’est l’unique chose dans laquelle nous sommes partie prenante, le reste n’est que de l’assistanat. Je ne crois pas voir lu de témoignage sur le recueil de sperme, nulle part sur vos blogs mesdames. Si le reste est de l’assistanat il n’en est pas moins fondamental.

Le spermogramme étant positif, la pression retombe sur Madame. A partir de maintenant on me fera bien comprendre que je suis un : « Inutile », « Monsieur, votre spermogramme ? Voyons voir, parfait, ok » Fini, on ne m’adressera plus la parole de l’entretien. Toujours. Je ne sais pas si à ce stade je dois me plaindre mais quand même, l’infertilité c’est le couple qui la vit et cela ne remet que plus de pression sur la conjointe. Vu que l’infertilité c’est 40% Monsieur, 40% Madame et 20% inexpliquée, qu’en est il dans les autres cas ? Je crois que visiblement c’est toujours Madame qui trinque, parce qu’en cas d’infertilité masculine et bien il n’y a rien à faire et c’est madame qui porte l’enfant. Cette constatation froide et implacable ne peut qu’isoler les hommes. C’est peut être aussi pour ça qu’ils réagissent moins, on ne peut rien faire, même pas se soigner et on nous le fait comprendre, on ne jouera aucun rôle physique, physiologique, mécanique.

Les stimulations plus ou moins intenses se poursuivent, iac, prises de sang, échecs, les mois défilent, toujours rien. On doit en être à deux ans et demi d’essai maintenant. Les gris-gris fleurissent, statues africaines, éléphants au pied du lit, photos de cucurbitacées au dessus. Visite chez le rebouteux, marabout, magnétiseur, ben oui le fameux « c’est dans votre tête Madame ». Il faut savoir tout encaisser, des fois que… Il faut savoir calmer ses angoisses, être dans l’action et ne pas laisser filer le temps. Avoir le sentiment de faire quelque chose. Même n’importe quoi, c’est la loterie de toute façon. Je précise aussi qu’on a déménagé et acheté une maison, qu’elle a eu plusieurs emplois différents… Que dalle.

Mais rien, 40 ans. Là, ça devient sérieux en plus de la claque que l’on se prend au passage des dizaines, le point de freinage est largement dépassé, va falloir prendre les vibreurs, voire le bac, pour négocier le virage suivant (même en vrac) et rester dans la course. On passe donc aux FIVs. D’un coup tout ne va plus bien, les médecins s’inquiètent. Première FIV, le protocole est nettement plus difficile pour elle. Depuis le temps elle se pique elle-même, mais le résultat est aussi désastreux pour la peau de son ventre, sans compter l’aspect psychologique. Il faut tenir, aller jusqu’au bout. Et bien non, l’échographie montre une mauvaise stimulation, pas d’ovocytes suffisamment mâtures on arrête tout sur le seuil de la porte.  Adieux et bon vent. Pas de déclenchement, pas de traitement, alors qu’elle vient de s’enfiler une dose de cheval d’hormones. Si ça va pas bien vous nous rappeler. Sympa. Dégage, « au suivant ».  Où est mon jerrycan d’essence que je foute le feu à ce centre…  Moi évidemment pour cette échographie de contrôle j’étais au boulot, donc je l’ai ramassé le soir à la maison, encore dans un état de délabrement avancé. L’échec de cette FIV est d’autant plus dur que cette solution nous semblait être le Graal,  après ces années au petit bonheur la chance.  La FIV était la porte de sortie, on mélange nos gamètes, on secoue le tout et hop on remet tout ça où il faut, scientifiquement, méthodiquement, posément. Fini l’à peu près. Et bien non. La FIV est aussi approximative que le reste et nos chers mécanos en blouse blanche tâtonnent tout pareil. Ce n’est pas gagné.

Du coup, on assiste aux réunions sur l’adoption. Alors là, la PMA c’est du pipi de chat en comparaison de la difficulté. Non seulement il n’y a pas d’enfants à adopter, mais on n’est pas prioritaire (pas mariés, trop vieux, pas un cas désespéré ( ?) ) . Et en plus, au moindre geste suspect, la moindre parole de travers, le moindre doute on vous retire l’agrément. C’est la guerre psychologique, j’ai ce que tu veux, j’en ai le pouvoir, je décide, tu es à ma merci. Bon de toute façon l’adoption ce n’est pas pour moi, traumatisé par une expérience malheureuse dans mon adolescence.

FIV2. Dans leur bonté magnanime, nous voilà reprogrammé 3-4 mois plus tard dans notre centre régional. Re-protocole, tension, stress, sentiment de jouer ses dernières cartes. Cette fois on va jusqu’à la ponction. Je sens bien qu’elle va dérouiller encore plus que d’habitude, mais elle y croit. On me la prend, on l’installe sur un lit direction, le bloc. Vous monsieur, « l’Inutile », restez dans le couloir, ne nous gênez pas. Par chance je trouve un siège de libre, heureusement, je vais y attendre 2 heures et demi sans aucune nouvelle. Juste eu le temps de la voir revenir de loin et qu’on l’installe dans une chambre à l’autre bout du couloir. Treize heures, je préviens la secrétaire que je vais chercher un sandwich au distributeur deux étages en bas. « Pas la peine », me dit-elle « vous allez pouvoir y aller ». Comment ? Aucun ovocyte suffisamment mature, depuis une heure et demi qu’on l’a mise dans la chambre, avec une collègue, elle pleure à chaudes larmes, sans que l’on ait daigné me prévenir. Si je ne m’étais pas levé, on n’y serait encore ? Ils attendaient quoi ? Vite mon jerrycan, bis. Les salauds, c’est vraiment des raclures, aucune pitié, aucune humanité, je suis dans un hôpital ou un camp de la mort ? Vite l’habiller, l’extraire de cette merde, froide, glaciale, clinique! Les heures suivantes auront été les pires de notre couple, je ne sais pas comment on a pu partir faire une balade en vélo.  On était vide, plus d’espoir.

Si un seul, mais plus le même : FIV-DO. C’est deux lettres changent tout, Don d’Ovocyte. Pas en France évidemment, trop simple, à l’étranger. Mais avant il faut faire le deuil de son patrimoine génétique. Pas simple, la filiation. Avant même de savoir où aller, il faut y réfléchir, heureusement les délais d’attente vous permettent de le faire. Vu l’état dans lequel nous sommes, le désespoir, avoir fait tout cela pour rien, trois ans d’essais. La question est la suivante, jusqu’où sommes-nous prêts à aller ? Honnêtement la question concerne surtout Irouwen, si elle dit non, j’accepte. Mais je sais déjà qu’elle est prête. C’est vrai que rester tous les deux auraient été durs. Mais je sais aussi que ça pourrait nous arriver et que cela arrivera à certains parmi vous malheureusement. Mélanger ses gamètes avec une inconnue ? Est-ce tromper sa femme ? Pour moi non. Le risque potentiel peut être important, psychologiquement pour les enfants. Nous sommes d’accord pour leur dire, ça nous semble évident, pourquoi leur mentir  sur une chose si importante. Si quelqu’un sait, ils sauront. Mes parents savent, vous savez, via son blog, donc ils sauront la vérité. Mais même si nous voulons tout leur dire, nous ne connaissons pas la donneuse et je ne vois pas comment avoir cette information. Secret, contrat. Dans ces instants de réflexion, il me revient à l’esprit ce que mon père (encore lui, mais on y pense forcément à sa famille dans ces moments) nous a montré un jour à ma sœur et moi. Une expérience rigolote qu’il a voulu nous faire quand on avait 6-7 ans. Expérience que son père (mon grand père) avait faite en son temps.  Dans le poulailler une poule couve (la nature est ainsi faite que ça leur prend à certaine, même sans coq, certaines ont plus l’instinct maternel que d’autre, ça vous rappelle quelque chose ?).  La poule ne fait rien d’autre que de couver toute la journée, dans son nichoir. Sans coq, elle peut attendre longtemps. Ses œufs resteront chauds et c’est tout. Ça peut durer des jours. La pauvre. Mon père achète alors au marché des œufs fécondés, pour lui subtiliser et échanger avec les siens non fécondés. Des œufs fécondés d’une autre, vous me suivez. Mais encore plus extrême,  pour l’expérience, des œufs de… canard. Le parallèle est osé sur ce blog PMA, mais a participé à ma démarche pour la FIV-DO. La poule couve, couve et miracle de la vie, les canetons éclosent. Et que croyez vous qu’elle fit, elle les éduqua, comme les siens. Cette poule dans le jardin suivie par une ribambelle de canetons était d’abord une farce de cul-terreux, mais elle deviendra plus de trente ans plus tard le fondement de l’acceptation de la FIV-DO. Si une poule dotée d’un instinct maternelle sur-développé  pouvait accepter cet illogisme et se comporter comme leur seule et unique mère. Si les canards suivaient cette mère, leur mère, alors pourquoi pas nous. Reste un problème. La nature est ainsi faite que l’instinct peut reprendre le dessus, par moment. Les canetons une fois plus âgés, s’approchent de la rivière, avec la poule. Et… se jettent à l’eau. Horreur pour la poule, complètement effrayée et paniquée, mais expérience absolument géniale pour les canards, dans leur élément. Je ne sais pas si il y a eu un déclic dans la tête de la poule ou des canards et puis de toute façon, chez les animaux la filiation est de très courte durée, ils oublient leur parents. Fin de l’expérience une fois les volatiles adultes quelques semaines plus tard, mélangés dans la basse cour, chacun vaque à ses occupations.

Et les humains ? Devons nous déontologiquement reproduire cette expérience ? La poule allait dépérir, sa volonté était inébranlable. Mon cerveau de scientifique fou ne va-t-il pas nous conduire vers l’abîme ? Je suis d’accord, Irouwen est d’accord, on part pour la FIV-DO. Où ? Combien ça coûte ? Grèce, Belgique, Espagne, République Tchèque ? Elle me parle de Brno. Je connais Brno, il y a un circuit, dans les années 80 le championnat du monde d’endurance y est allé, une Sauber-Mercedes noire pilotée par un français s’y était imposée. Probablement son poster devait être sur le mur de ma chambre. Un signe ? Nous sommes seuls, à part les prescriptions médicales et les messages francisés de la clinique on part vers l’inconnu. Sans aides, Irouwen a tout prévu, le parcours, les médicaments, on choisit l’itinéraire, les hôtels, les billets, passage par Vienne, visite de Prague. Comme des vacances sauf que… Près de 6 mois d’attente, une période de calme avant la tempête, réfléchir encore et encore aux conséquences. Nous sommes tendus mais sereins, innocents de ce qui va se passer. Arrivée à Brno! Promenade dans la ville avant le rendez-vous le lendemain pour le prélèvement et les derniers examens.  On est blanc ! Livide ! Horreur ! Qu’est ce qu’on fait là. Chaque jeune fille croisée dans la rue est disséquée de la tête au pied. Si c’était elle ? Malaise, commun. La fatigue du voyage, la tension, ces mois d’attente et le doute sur place. Heureusement pas longtemps, les tchèques sont supers gentils, agréables, bien élevés, citoyens, que des compliments à leur égard. Venant de France on a l’impression de vivre au tiers monde. Notre soi disant supériorité et belle condescendance  envers les pays de l’est n’a absolument aucune justification. C’est l’inverse. Ces gens sont bien plus civilisés que les sauvages que nous sommes. Belle leçon d’humanité. Notre premier voyage en République Tchèque se passe bien, très bien, belles découvertes, prise en charge à la clinique très simple et chaleureuse. La rencontre des gamètes, la croissance des embryons, le transfert, tout va bien. On fait le choix de transférer deux « poussières d’humanité » comme dit Irouwen. Retour par Vienne, Paris, etc… Trains, avions, tramway, métros, bus je ne sais comment la ménager au maximum, je porte ses valises, on s’égare un peu autour de l’aéroport de Vienne, on est bon pour une bonne marche à pied. On arrive même à temps pour voir l’arrivée du grand prix de Monaco 2011 à la maison.  Cette fois c’est bon, je sens que c’est le jackpot. Attendre deux semaines. Négatif. L’ouverture de cette enveloppe dans la voiture, en sortant du labo d’analyse, nous re-basculons dans l’enfer. Tout ça pour rien, rien. Que d’effort, près de 4 ans de traitement, de tentatives, d’essais, de gamelles et là encore, après un si long chemin. Pourtant on les a vus, nos poussières au microscope, on aurait pu les toucher presque. Presque. Mais jamais, avant de les avoir dans nos bras, on ne sera sûr d’avoir gagné, on verra plus tard l’enfer de la grossesse. En attendant retour à la case départ. On est tellement en  bas qu’on décide de témoigner, on répond favorablement à la journaliste pour un documentaire. C’est là que débute pour nous le reportage « Quand l’enfant se fait attendre ». Il nous faut un suivi plus sérieux, en France, plutôt  que de partir en free-lance, tous seuls, à l’étranger. Des spécialistes chez nous, impossible. Irouwen enchaine les rendez-vous sur Paris, parfois je peux venir, parfois c’est impossible. Les médecins parisiens trouvent un problème de thyroïde. Moi : « qu’est ce que ça vient faire là-dedans cette glande, on s’en fout ». Grave erreur, Irouwen est paralysée par cette découverte, qui expliquerait ces fatigues inexpliquées, ces chaleurs étranges. Moi je n’y crois pas, si on cherche on trouve forcément une maladie, les médecins sont là pour ça. Sauf que cela pourrait expliquer l’infertilité et surtout le traitement est incompatible avec le don d’ovocyte. Le point positif est que ces médecins, que l’on voit dans le reportage, sont bien plus à notre écoute et jamais auparavant on aura senti un suivi si bien effectué, qui va au fond des problèmes. Un d’eux voudra même que l’on retente une FIV classique. Je suis d’accord mais Irouwen est déjà passée à autre chose, assez perdu de temps, en comptant la grossesse on arrive à quarante deux ans, c’est vrai, ça fait peur. Sauf que, pour me soutenir, je me dis que ma grand-mère a accouché à 40 ans de mon oncle, en 1964.  On se réinscrit en République Tchèque, dès l’ouverture maudite de cette enveloppe on sait que l’on va y retourner, pas le choix. Mais il faut que sa thyroïde se tienne à carreau. Encore des examens pour elle, des prises de sang. Un léger mieux, on obtient une date, début novembre, on tente, c’est possible avec mon calendrier de travail.

Pendant ce temps le tournage continu, au début on se demande ce que l’on va dire, mais mis en confiance on raconte notre histoire. On sait que l’on est quatre couples mais aucune information sur eux. Ce tournage en fil rouge, nous permet de penser à autre chose d’évacuer ce stress, on peut hurler notre haine du système (mais ça sera plus ou moins coupé au montage). Contrôle de l’endomètre à Paris, quelques jours avant le départ, Ok. La veille elle veut en refaire un autre chez nous, sans rien me dire, catastrophe son épaisseur diminue. Effondrement de la belle. Mais pourquoi elle a fait ça, on s’en fout. On ne peut plus annuler, on décide que s’il n’y  pas de transfert au moins on congèlera des embryons et on reviendra plus tard. Vraiment on n’est pas verni. Sur place à Brno l’endomètre est revenu à son niveau, nos chouettes médecins locaux s’étant trompés dans la mesure… On repart donc comme prévu, c’est le passage où on se filme avec l’appareil photo dans le documentaire. Le jour du transfert, le médecin nous annonce qu’il n’est pas content. Pour être sur de se faire comprendre il nous le dit en français et en anglais, pas d’ambigüité pour moi, c’est mort. C’est une surprise car jusqu’ici tout allait bien, on découvre la mauvaise nouvelle dans son bureau. Il nous déclare tout de go :  « on va transférer tous les embryons (cinq je crois), vous ne payez pas, on refait un prélèvement de sperme et on vous fera venir la prochaine fois que pour le transfert, ce sera moins long que de passer une semaine ici ». « Vous ne payez pas », cette phrase en français sonne le glas de tous mes espoirs. Je balbutie, dans l’état de choc le plus total, que le transfert de deux ça va suffire, de tout façon rien ou deux fois rien c’est toujours rien. Y’en a qu’une qui garde le moral, devinez qui ? Irouwen, elle s’effondre pour sa thyroïde, pour l’endomètre etc… et là on lui dit que c’est mort, mais elle « on ne sait jamais ». C’est là que je dis que « si ça marche je ne sais pas ce que je ferai, mais ça m’étonnerait ». J’étais livide, j’ai erré dans la ville, en pleine nuit du premier novembre, je lui ai juste ramené à manger pendant qu’elle se reposait à l’hôtel. Il faisait froid et humide, je ne comprenais rien au langage des gens, j’étais à deux mille kilomètres de chez moi et en plus il allait encore falloir revenir. Je me souviens être passé devant un magasin de Légo et me dire que je n’étais pas prêt d’acheter une boite. Encore un échec. Retour en France, je crois qu’elle s’est débrouillée avec sa valise, je ne l’ai pas aidé cette fois, pas la peine, inutile de la ménager. Deux jours après je repars en Sicile pour le travail. Je sais déjà que je serai là-bas quand elle aura les résultats du laboratoire. J’ai peur, elle sera seule pour affronter l’échec (les journalistes étaient là mais je ne le savais pas). Deux jours avant, je lis de Catane sur son blog, qu’elle sent les poussières en elle. M…. elle délire totale, elle va se ramasser et je ne serai pas là. C’est l’enfer, j’ai peur pour elle. Je reviens dans trois jours, trop long, trop grave. Il n’y a aucune chance que cela fonctionne, le médecin était catégorique, on a rien payé, pour moi c’est évident. La suite vous la connaissez, car filmée en directe. Test positif, HALLUCINANT, c’est HALLUCINANT. En plein boulot avec les collègues, un d’eux me dit « c’est toi qui m’appelle ? » en me tendant son téléphone avec mon  nom sur l’écran. Je comprends en un instant que c’est Irouwen, le mien est éteint ça ne peut être qu’elle.  Panique ! Je ne peux pas la croire, je ne peux pas. Mais passé la seconde trois dixième d’euphorie, je lui dis de ne pas s’emballer, il reste neuf mois et on verra que j’avais raison de me méfier. Le lendemain soir elle me dit qu’elle est allée à Paris, qu’elle a fait une échographie. Quoi, déjà, c’est possible ? Deux, ils sont deux, les deux ont tenu, ils se sont accrochés, ces deux bidules merdiques dont seule leur mère a cru en leur potentiel. Ils sont là. Je ne comprends pas, je m’en veux, je veux quitter la Sicile tout de suite.

On ne saura jamais pourquoi et comment ils ont réussi alors que personne ne misait sur eux. Du coup on repense aux trois autres embryons, de qualité similaire, abandonnés à leur sort. Privé d’espoir, alors que peut être eux aussi… Mais pas le temps de s’apitoyer, la grossesse commence. On passe quinze jours tranquilles et l’horreur revient très vite. Pas de répit, jamais, pas avant juillet 2012 (on le saura plus tard), nous ne sommes qu’en novembre 2011. Saignements. Au début elle ne me dit rien, mais trop lourd a porter. Mon sang se glace, liquéfié de l’intérieur, la nausée, c’était trop beau, trop facile. Direction les urgences, livides, comme des zombies, attente épouvantable. L’échographie ne montre rien, ils sont toujours là, aucun problème. Alors quoi ? Qu’est ce qui se passe, les saignements se poursuivent, toujours, plus ou moins important. On a beau nous dire que ça arrive, la peur au ventre nous tenaille. Et puis c’est l’hémorragie, en pleine nuit début décembre, trois heure du matin, du sang partout, sur son pyjama, sur le lit. Elle pisse le sang, des morceaux comme du foie sortent de son ventre. C’est à vomir. Tout le monde pleure, c’est à se demander si elle va survivre, les bébés c’est foutu on le sait tous déjà, il faut sauver la mère je me dis. Retour aux urgences. Morts vivants.  L’interne est gentille, presque aussi inquiète que nous. Elle ne voit rien d’anormal, je craque, mes yeux explosent en larmes dans la salle d’échographie. La tension est insoutenable, les nerfs à vifs, vidé par l’enjeu. Les deux cœurs battent sans problème, on ne voit pas de décollement ou si peu. En tous cas pas de danger pour eux. Encore un mystère, un de plus, un miracle, comment est ce possible de perdre autant de sang et par où ? On ne comprendra jamais rien, juste continuer. Arrêts maladie, immobilisation, aucun relâchement possible, aucun espoir. Retour aux urgences entre deux échographies de contrôle selon les saignements et les douleurs. Et oui en plus, des douleurs apparaissent, pour faire simple. Entre temps on nous annonce : une fille et un garçon ? Terrible espoir, encore sept mois à tenir. Sept mois et les saignements et les douleurs,  les contractions qui perdurent. Vingt huit mars 2012, échographie de contrôle, les bébés ok, c’est bien un gars et une fille, mais le col de l’utérus inquiète le médecin. Trop court. « On vous garde madame ! » On passe de la PMA à la MAP, mêmes lettres mais dans un ordre différent. MAP Menace d’Accouchement Prématuré. Ça nous manquait tient. Irouwen est alitée dans un département spécial, on monitore ses contractions, les visages sont graves, personne ne nous rassure, au contraire. Le pédiatre annonce directe sans fioritures : « Moins de 24 semaines, on ne fait rien, on laisse faire la nature, 26 semaines très peu de chance de survie, 28 semaines on entre dans la zone grise, c’est jouable ». La peur d’échouer si près du but est insoutenable, la tension repart en flèche. « On ne fait rien » autrement dit, on vous regarde crever et si dans un mois vous êtes toujours là, on va pouvoir vous aider. Mais cette franchise, n’a rien de méchant, c’est une constatation froide est implacable. Encore plus impitoyable. Quatre semaines à tenir pour espérer atteindre la zone grise, elle, alitée avec des contractions régulières, tous les quart d’heure, voire moins. Deux mois d’hôpital du 28 mars au 26 mai 2012, des contractions tout le temps, des douleurs atroces qui l’empêchent de dormir. Ma fille lui défonce littéralement les côtes et bouge tout le temps. Son frère appuyant sur le col. Deux mois de visites journalières midi et soir pour moi, heureusement que l’on habite à 7-8 kilomètres de là. Le premier mois, la peur au ventre à chaque visite et puis on s’habitue, je m’habitue. Je la vois souffrir de plus en plus, s’énerver contre les infirmières qui se foutent des contractions qu’elle leur annonce. Mais elle tient, elle tiendra jusqu’au bout, dans un état physique épouvantable. Comment a-t-elle fait ? Elle n’avait pas le choix sans doute, mais quel courage, quelle torture. Entre parenthèse, une équipe de télévision (TMC je crois) viendra l’interviewer, par hasard, sur la MAP et les grossesses difficiles. Il était dit que cette histoire serait médiatisée, la fille du voisin nous reconnaissant au passage. Fin mai, aussi vite que l’on est rentré on nous sort, presque du jour au lendemain. Après ces semaines d’angoisse à ne pas savoir quoi faire d’autre que la garder immobile on nous met dehors. Nous, on s’était fait à l’idée de rester là jusqu’à l’accouchement, au moins en cas de coup dur on est déjà sur place. C’est toujours trop tôt, mais pas critique. Si ça doit venir ça viendra, il n’y a rien à faire pour l’empêcher. Rester au repos à la maison. Du coup pas de préparation à l’accouchement (ou si peu), pas de préparation des chambres des bébés, pas de shopping préventif, pas de grossesse  comme dans les livres. En fait des années de grossesse, presque cinq.

Retour à la maison, tranquille ? Vous rigolez, si les chances de survie augmente il faut quand même atteindre juillet pour être tranquille. Les contractions sont toujours là, toujours aussi fréquentes, mais en plus ses jambes gonflent, se remplissent d’eau, œdèmes, c’est épouvantable. Elle souffre de plus en plus, dort de moins en moins, mange à peine. Elle devient énorme, juste énorme. Maintenant que je vois les photos  je me dis que c’est impossible d’être aussi gonflé de partout. Et pourtant. Les dernières semaines elle agonise littéralement, je n’exagère pas, ce n’est plus qu’une plaie. On aurait envie de l’achever. Trente six semaines, « tenez bon, il faut tenir encore », elle ne peut plus marcher, mange un yaourt tous les deux jours, ne dort plus. C’est insupportable de la voir comme ça, comment se fait-il que l’on puisse souffrir autant au 21ème siècle.

Mardi  3  juillet, trente huit semaines sont dans deux jours, jeudi. La souffrance est à son comble, retour aux urgences, Irouwen pleure devant le médecin, épuisée, exténuée, à bout de force. Je me demande comment elle va pouvoir accoucher dans cet état. Par « pitié » le médecin donne son feu vert, on déclenche. Il est onze heures. Tentative par voie basse. Essayons. Dix huit heures on me rappelle, « il serait temps de revenir ». Ok, un quart d’heure plus tard je me présente à la maternité. « Un instant, on a eu un petit souci avec le cœur d’un des bébés qui s’est ralenti, votre femme est partie pour une césarienne, attendez dans sa chambre ». Bizarrement je n’étais guère inquiet, vu notre parcours, une césarienne c’est plus simple. Et effectivement pour Irouwen aussi ça a été le plus simple. Cinq minutes après on vient me chercher, les deux merveilles sont là, magnifiques, qu’ils sont beaux. Je ne vais plus les lâcher le temps que leur mère s’en remette. On la reverra vers vingt trois heures. Une autre aventure commence, mais beaucoup plus facile celle là, même avec des jumeaux.

J’ai aimé :

  • ·         Irouwen
  • ·         Lui faire des câlins
  • ·         Partir à l’aventure, comme si on partait vers la lune (en d’autres termes pas sûr d’y arriver, mais si…)
  • ·         Passer du statut Ivory à Silver sur ma carte de fidélité Air-France avec tous ces voyages à l’étranger
  • ·         Le résultat, au niveau de nos espérances
  • ·         Les liens qui nous unissent dorénavant, indélébiles

Je n’ai pas aimé :

  • ·         Son état de délabrement à chaque échec
  • ·         Etre seuls au monde avec elle, sans aides, ni assistance, alors que l’on sait qu’il va nous falloir de l’aide justement.
  • ·         Le premier prélèvement au Cecos
  • ·         Traverser le centre ville à pied, en pleine matinée de mai, avec un flacon d’urine à la main entre les deux laboratoires pour un autre prélèvement (évidemment arrivé sur place, l’échantillon ne sert à rien !!! Ca me semblait évident)
  • ·         Toutes ces piqures et traitements hormonaux, stimulations, blocages qu’elle a du subir
  • ·         Ce sentiment d’impuissance immense face à tant de souffrance chez elle
  • ·         Les acronymes à la c..
  • ·         Payer 2×100 euros pour la même consultation chez un escroc à Paris sous prétexte que j’étais assis à côté d’elle !!!
  • ·         Le sentiment de jouer à la loterie à chaque tentative, je déteste le jeu

Boule de Mousse raconte

Je me souviendrai toute ma vie de ce jour magique où enfin, on transférait dans mon utérus ces jolies cellules. Il m’aura fallu pour cela attendre beaucoup d’années, vivre un mariage puis un divorce, puis retomber amoureuse. J’aurai connu trois iac dans ma première vie, puis encore 4 dans ma seconde. Pour enfin connaitre ce bonheur à ma première FIV.

Pourtant, c’était loin d’être gagné : une réponse au traitement plus que médiocre, seulement 4 ovocytes de ponctionnés, deux qui survivront à la ponction, deux fécondés, et un seul mais parfait petit embryon qui se retrouva au creux de moi par ce joli jour de décembre 2012.

15 jours plus tard, on apprendrait la merveilleuse nouvelle : j’étais enceinte. Nous allions être parents. C’était la plus belle chose au monde. Enfin, la vie nous souriait. Finies les larmes, finies les galères, l’avenir nous appartenait. Mes taux augmentaient bien, tout était parfait … ou presque.

C’est avec beaucoup d’angoisse qu’à 5 semaines de grossesse pile poil, je me rendais chez mon gynécologue pour faire une première écho. Celle que l’on attend toutes avec beaucoup de fébrilité … celle où on est sensé voir clignoter le petit cœur.

Ce jour là, aussi je m’en souviendrai toute ma vie. L’expression du gynécologue, le ton de sa voix, le visage de mon chéri… A l’écho, on voyait bien un sac, on voyait bien aussi un petit embryon … mais point de cœur qui battait. A l’unisson, le mien s’arrêta aussi de battre. Le petit être qui avait élu domicile en moi avait cessé de se développer, silencieusement, sans que je le sache. Je n’aurai eu aucun symptôme de fausse-couche : ni saignement, ni douleur.

La douleur (morale) que je ressentis fut immense, je fus littéralement terrassée par ce qui nous arrivait et je ne comprenais rien à ce que ressentais. J’en avais pourtant connu des femmes qui avaient perdu un bébé. J’avais pourtant compati à leur chagrin, essayant d’imaginer ce qu’elles pouvaient ressentir … mais j’étais si loin, si loin, de la vérité. Je n’avais pas compris la douleur qui les habitait alors … Je l’avoue, c’est une douleur que je ne compris qu’en la vivant à mon tour… et ce fut vraiment terrible.

J’en avais connu des échecs… 12 ans d’infertilité ça marque. Une infertilité qu’aucun médecin n’a su expliquer, si ce n’est par une réserve ovarienne un peu en dessous de la norme : « mais rien qui ne puisse vous empêcher d’être enceinte Madame ». Oui, les échecs je les avais encaissés, un par un, courageusement, gardant espoir, toujours …

Mais, là, c’était autre chose. Ce n’était pas un échec… c’était une perte. Même s’il n’était pas bien gros, ce [futur] bébé existait bel et bien, tant dans mon esprit que dans mon corps. C’était notre avenir, c’était nos projets. Et puis surtout, c’était tant d’amour. Aussi petit qu’il était, on l’aimait déjà. C’était dingue à vivre d’ailleurs. Pour la première fois de ma vie, je me sentais « femme », pour la première de ma vie je me sentais « future mère », et déjà je le berçais de tout mon amour et c’était tellement facile.

Puis en ce jour funeste, il n’y plus rien. Plus de chambre à refaire, plus de projets, plus de biberons, plus de prénoms, plus de rire dans la maison, plus de bébé. Que le vide. Un immense vide.

Comble de l’ironie, je gardais mon petit sac en moi, 3 mois jour pour jour. Ayant pris le parti avec mon gynécologue d’éviter le curetage, mon corps servit de mausolée à ce petit être  pendant de longues semaines, bien trop longues semaines. 3 mois de véritable souffrance car ne pouvant pas « passer à autre chose », « faire mon deuil » et reprendre possession de mon corps.

Oui, deuil. Car il s’agissait bien de cela. Malgré ce que j’aurai entendu autour de moi : « c’était pas vraiment un bébé, juste quelques cellules », « si tu l’avais perdu plus tard, ça aurait été pire »… pour moi, j’avais perdu un petit être, pour moi, il était bien réel, pour moi, il avait une vie et une place, pour moi, c’était déjà mon enfant.

Vous dire que la solitude m’a habitée pendant ces longs mois serait un euphémisme. J’ai beaucoup pleuré, j’ai sombré. J’ai même cru que je ne m’en relèverai pas. Malgré l’amour, l’affection et le soutien de l’homme que j’aime, ce fut dur et douloureux. Et puis, le petit être partit.

Alors oui, on s’en remet. Mais non, on n’oublie pas. On avance, on vit, on revit. Mais il est toujours là et je l’appelle mon petit Casper. Parfois même, dans les moments noirs, je pleure encore sur lui, sur la vie que nous lui aurions donnée, sur le bonheur qu’il nous aurait procuré.

Dans 3 semaines, on repartira. On recommencera le traitement et forcément j’ai peur. Parce que même si mon gynécologue tire le « bon » de cette expérience, je ne sais pas à quoi m’attendre. Naïvement, j’avais toujours pensé qu’après toutes ces galères, une fois enceinte, tout irait bien. Maintenant, je sais que le danger est partout.

Bizarrement, je vous avouerai que j’ai passé trois merveilleuses semaines à me savoir future maman, à le savoir là au creux de moi, à nous savoir deux. Ce fut tellement intense et j’ai ressenti tant d’amour que malgré la peur, le chagrin qui m’habite encore un peu, je trépigne de pouvoir revivre ça [peut-être] et que cette fois [peut-être], la fin sera heureuse…

Pendant cette mauvaise période, j’ai essayé de comprendre ce que je ressentais et au gré de mon surfinage sur le net je suis tombée sur un article qui m’a réellement beaucoup aidée. En voici le lien : http://www.maieusthesie.com/nouveautes/article/fausse_couche.htm

J’espère que certain(es) pourront y trouver un peu de réconfort et surtout de compréhension.

En attendant, je vous souhaite à toutes et tous d’être épargnés par cette épreuve, ou de la revivre à nouveau.

Beaucoup de bonheur à vous.