Innovation technique pour mieux évaluer la viabilité d’un embryon ?

MErck

Les couples infertiles vont mal, mais l’industrie pharmaceutique qui les « traite » va bien ! Nous déplorons l’augmentation de l’infertilité, mais les labos eux se « frottent » les mains car ils voient leurs chiffres d’affaires augmenter. Cela leur permet de faire de la recherche, de proposer des solutions plus efficaces, des médicaments mieux tolérés, de penser et produire des techniques innovantes pour améliorer les prises en charges médicales des couples infertiles. Mais est-ce que les couples infertiles Français bénéficient de ces innovations proposés par les laboratoires comme Merck-Serono ?

La semaine passée, ce dernier qui produit notamment  le GONAL-F,  (mise sur le marché Européen en 1995) a présenté différents dispositifs techniques censés améliorer les résultats des FIV.

« Gonal-f* réalise plus de 600 millions d’euros de chiffre d’affaires par an et représente
18% du chiffre d’affaires de la firme en France, a souligné Pierre-Henry Longeray,
président de Merck Serono France, lors de la conférence de presse. C’est le
deuxième produit le plus important du laboratoire sur le territoire, après
l’anticancéreux Erbitux* (cétuximab), a-t-il noté. »

Faut-il s’en réjouir ? Que faisons-nous pour réduire les causes de l’augmentation de l’infertilité ? Notamment la qualité de notre environnement qui en se dégradant entraine une hausse des situations d’infertilité.

« Outre Gonal-f*, il commercialise Luveris* (lutropine alfa),
Cetrotide* (acétate de cétrorélix), Ovitrelle* (choriogonadotropine alfa), Pergoveris*
(follitropine alfa et lutropine alfa) et Crinone* 80 mg/g (gel de progestérone).« 

« Le laboratoire souligne qu’il est le « seul au monde à proposer une offre complète de
médicaments destinés à traiter les troubles de la fertilité à chaque étape du cycle
reproductif ainsi que des versions recombinantes des trois hormones clés du
traitement de l’infertilité ». 

Un monopole qui donne le vertige, vous ne trouvez pas ?

Merck-Serono leader mondial des troubles de fertilité, communique sur son nouveau produit : EEVA nom d’un dispositif technique (premier produit de leur nouvelle activité « Fertility technologies ») qui doit permettre de mieux « prédire » et de façon plus précoce la viabilité des embryons.

Eeva

Eeva autorisée en France depuis le mois d’avril, c’est en fait une boite de pétri spécifique, un microscope dédié (placé à l’intérieur de l’incubateur) qui va prendre une image toutes les cinq minutes pendant trois jours et surtout un logiciel permettant d’analyser les images prises du développement embryonnaire et de « prédire » grâce à l’analyse croisée de différentes paramètres (biologiques, morphologiques, cinétiques, etc), les capacités de développement ultérieur de tel ou tel embryon, sa capacité à s’implanter. Ce test doit permettre de décider sur des éléments plus objectifs que « l’oeil » du biologiste, quels sont les embryons à transférer.

Il s’agit d’un « test non invasif complémentaire aux évaluations morphologiques
traditionnelles effectuées en laboratoire par des embryologistes », souligne la firme.
Il a été évalué dans une étude clinique prospective multicentrique, publiée dans
Fertility and Sterility en 2013.

En tout cas les déclarations de la société pourraient convaincre les plus récalcitrants des couples infertiles, avec l’augmentation impressionnante des taux de prédiction positive de la viabilité des embryons.

« Cette étude de cohorte a montré que le test Eeva*
permettait de prédire sur des embryons à J3 la formation des blastocystes (J5-J6)
avec une spécificité de 85%. Le taux de faux positifs est passé de 48% à 15% avec ce
test par rapport à la méthode traditionnelle de sélection des embryons basée sur la
morphologie, et la valeur prédictive positive est passée de 34% à 55%, indique le
laboratoire. »

Les quelques jours entre la ponction et le potentiel transfert, sont une étape très stressante pour nombre de couples infertiles : allons-nous avoir des embryons ? Vont-ils bien se développer ? Est-ce que nous allons pouvoir en transférer ? Vont-ils donner une grossesse ?  Car nous sommes encore bien trop nombreux à faire une, deux, voir trois, quatre (et plus) tentatives (FIV et TEC confondus) avant qu’ENFIN un embryon s’accroche (hors de toutes autres pathologies liées à la qualité des gamètes ou à la réceptivité utérine). Juste parce qu’il est difficile pour les équipes de « choisir » l’embryon J2 ou J5 qui aurait le plus de « chance » de s’implanter et de bien se développer. De nombreuses équipes de recherches publiques et privées s’activent pour mieux comprendre les mystères de l’embryon. Merck-Serono apporte un nouvel outil pour tenter de répondre à ces questions.

« Merck Serono va également lancer une étude européenne, incluant des centres
français, sur 1.500 patientes, baptisée TILE, afin de vérifier et confirmer l’intérêt de ce
test ».

Vous allez peut-être vous voir proposé d’intégrer cette étude, à suivre.

« Eeva* est déjà bien implanté en Espagne, où il a été lancé en septembre 2014, et
quelques centres britanniques en sont également équipés, a indiqué à l’APM Lucile Chantegrelet, directrice de la franchise fertilité de Merck Serono, lors de la conférence
de presse. Il commence à s’installer en Italie et en Allemagne, où il a été lancé en
début d’année. Aucun centre français n’est encore équipé, a-t-elle ajouté. »

Nous doutons et regrettons qu’ils puissent s’équiper un jour (sauf si le tarif n’est pas trop élevé). Peut-être que le fait de participer à l’étude TILE permet d’accéder à ce dispositif à moindre coût ? Est-ce que le matériel Eeva est prêté, loué aux équipes Françaises intégrant l’étude ? Est-ce que Merck-Serono installe ces équipes pour que ces derniers gères la technologie Eeva, sans que les équipes Françaises puissent s’en approcher ? Informations que nous aimerions connaitre pour mieux comprendre à quelles sauce nos embryons seront « analysés ».

De plus, Merck-Serono envisage dans un avenir proche, de « lancer, trois nouvelles innovations techniques« . 

GERI  semble le produit le plus prometteur, car il va combiner un incubateur avec système « TIME LAPS », comme il en existe déjà via l’embryoscope (produit par une firme concurrente dont nous vous avions déjà parlé dans un précédent article) avec son système de test prédictif Eeva. L’innovation résidera dans la possibilité d’accueillir dans cet incubateur six boites de pétri, de six couples différents avec six microscopes, un pour chacune des boites de pétri ; limitant ainsi les interactions néfastes (ouvertures des portes, manipulations à l’extérieur, perte de la température constante). Pour rappel dans une boite de pétri, vous avez plusieurs embryons d’un même couple.

Les équipes d’amp françaises ont déjà bien du mal à investir dans des incubateurs avec système TIME LAPS (voir cet article), ce que nous regrettons. En effet très peu d’équipes (trois ou quatre en 2014) en France possèdent ce système, pourtant utilisé dans d’autres pays avec succès. Ce n’est pas demain la veille qu’elles vont pouvoir investir dans cette nouvelle technologie Eeva, qui doit bien couter un petit peu plus cher (à moins que…mais nous n’avons pas d’information sur le prix du système Eeva). Pourtant, nous aimerions vraiment que les taux de réussite des FIV réalisées en France augmentent. Permettant ainsi aux couples de passer moins de temps dans les parcours d’AMP, de moins s’épuiser face à l’accumulation des échecs, de faire faire des économies à la sécurité sociale.

 Les autres nouveautés du laboratoire Merck-Serono sont :

« Gems* est un nouveau milieu de culture dont le marquage CE est attendu pour
l’automne, a-t-elle noté.
Gavi* est « le premier instrument de vitrification au monde à être automatisé », note la
firme. Il permet une standardisation et une homogénéisation de la vitrification
embryonnaire, avec échanges de fluides et scellement automatiques, a précisé la
responsable.
La firme lancera par ailleurs son gel de progestérone Crinone* en septembre en
France. Le produit est disponible depuis de nombreuses années dans d’autres pays,
mais pas encore dans l’Hexagone pour des « histoires d’AMM [autorisation de mise sur
le marché] et de procédures réglementaires », a-t-elle déclaré à l’APM. Il ne sera pas
remboursé, a-t-elle précisé. »

 

N.B. : Le manifeste de l’association COLLECTIF BAMP, réclame une augmentation des moyens mis à dispositions des équipes AMP Françaises pour qu’elles puissent offrir à leurs patients des technologies plus performantes.

 

Sources : Redaction APMNEWS.COM 25 juin 2015

Image d’un embryon en 3D, réelle chance d’amélioration des réussites en FIV ?

L’image d’un embryon en 3D permettra-t-elle une réelle amélioration des taux de réussite des FIV ou est-ce un « gadget » supplémentaire dans l’arsenal de visualisation du développement embryonnaire ? Les couples infertiles entre fébrilité et questionnement.

C’est l’effervescence sur la toile-PMA (oui parce qu’en dehors, je ne suis pas sûre que cela fasse le poids devant le reste de l’actualité) suite à l’annonce lundi, d’une nouvelle technique d’évaluation du développement embryonnaire. Essayons de faire le tour du sujet, pour une information complète des patients de l’assistance médicale à la procréation.

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Lors des 19ème FFER, la semaine dernière, nous avons pu entendre ce que disait Monsieur le Professeur Samir Hamamah (nous étions là grâce à lui, d’ailleurs). Sa présentation s’est faite dans le cadre d’un atelier intitulé « Controverses en AMP« , où un intervenant présentait un argumentaire POUR et un autre, un argumentaire CONTRE. Monsieur Hamamah a soutenu les arguments CONTRE le sujet suivant « La morphologie des embryons a-t-elle encore un intérêt ? » C’est dans ce cadre qu’il a présenté son projet de reconstitution en 3D de l’image d’un embryon.

Pour rappel, 85% des embryons obtenus suite à une FIV en France ne s’implantent pas, 2 FIV sur 3 se soldent par un échec (vous pouvez retrouver ces chiffres sur la dernière affiche BAMP), beaucoup d’embryons sont détruits car de mauvais pronostic.  Les chiffres ESHRE (European Society of Human Reproduction and Embryology) placent la France avant dernière en termes de taux de grossesses par ponction, ce qui n’est pas très glorieux. Un taux de succès qui stagne autour des 20% par tentatives. Certains médecins Français disent que ces chiffres ESHRE ne sont pas représentatifs de la réalité, car les calculs ne se font pas sur les mêmes bases et indicateurs d’un pays à l’autre.

L’objectif de l’équipe du CHRU de Montpellier est donc d’améliorer ces scores très négatifs, pour que les « patients passent le moins de temps possible dans le parcours d’AMP et obtiennent rapidement une grossesse viable« . L’objectif est donc pour les chercheurs (nous sommes dans l’expérimentation, même si un brevet a été déposé début juillet) d’améliorer avec une méthode non invasive la prédiction préimplantatoire de tel ou tel embryon, « il est inacceptable qu’en 2014, les couples Français soient victimes d’un manque de moyens et de techniques efficaces« . Monsieur le Professeur Hamamah d’ajouter que le principe du « on joue jusqu’à ce qu’on gagne, n’est pas une bonne stratégie« , les couples en ont assez d’accumuler les tentatives et les échecs en FIV.

En ce qui concerne l’étude et l’observation du développement embryonnaire, il existe différents techniques (nous n’allons pas rentrer dans le détail de toutes ces techniques ici, mais il y a l’étude morphologique sous le microscope, la cinétique filmé par le TIME LAPSE et les biomarqueurs). La dernière en date, dont nous vous avions parlé dans d’autres articles c’est l’embryoscope, (qui est le nom d’une marque, il existe donc d’autres marques pour ces incubateurs-photographes).

Le terme générique est le TIME LAPSE, c’est un incubateur, qui éclaire à intervalles réguliers les boites de pétris dans lesquelles se trouvent nos embryons, il prend une image, qui est ensuite montée pour obtenir un film du développement embryonnaire. Les étapes clés du développement sont donc « filmées » pour pouvoir évaluer le « meilleur » embryon au vu de son développement morpho-cinétique.  La question est donc de savoir s’il a fait la bonne division cellulaire au bon moment. Cela va être notamment un des critères de sélection. L’autre intérêt de l’utilisation du Times LAPSE c’est que les embryons restent au chaud, car il n’est pas besoin pour les observer de les sortir de l’incubateur pour les mettre sous un microscope.

L’intervenant qui défendait des arguments POUR continuer à « observer la morphologie des embryons, » nous a indiqué que les techniques d’observations avaient évoluées avec le développement des outils (microscopes avec différents grossissements, TIME LAPSE) Cela permet de visualiser les différentes phases de développements pour mieux VOIR certains éléments déterminants. Et ainsi de mieux évaluer les « CHANCES » d’implantation. L’observation permet la prédiction. Mais il faisait remarquer qu’il manque encore des études prospectives randomisées pour bien évaluer l’apport positif (obtention d’une grossesse) ou non de ces techniques d’observation.

Monsieur Hamamah, présentant les arguments CONTRE la poursuite d’une observation du développement morphologique, précise que pour lui le TIME LAPSE est sans doute nécessaire, mais qu’il faut continuer à penser à d’autres approches, qui soient plus efficaces. Il poursuit, un brin provocateur en nous disant que pour lui le TIME LAPSE est un « gadget », à environ 100 000 euros.

« Gadget » qui a ses limites, étant donné que les taux de succès par FIV (voir les chiffres cités plus haut) restent bas et que cet outil n’apporte pas d’explication sur les échecs d’implantation. Il  interpelle l’assemblée sur le fait qu’ils n’y a pas d’études montrant l’innocuité pour le développement cellulaire d’un éclairage à intervalles réguliers. Est-ce que l’exposition répétée des embryons à la lumière  peut en altérer le développement ? Il indique qu’il n’y a pour l’instant aucune étude comparative. Seulement 4 études sur les taux de grossesses obtenues suite à l’utilisation du TIME LAPSE et aucune études sur des grossesses ayant données un bébé vivant. Les modèles ne sont donc pour lui pas démontrés.

Son équipe travaille donc à rechercher de nouveaux biomarqueurs de la qualité des embryons qui ne soient pas invasifs. Ce sont les recherches OMICS (études du génome et séquençage).

Pour lui, la visualisation de l’embryon en 3 dimensions est idéale. Car la qualité de l’image est bien meilleure, il fait le parallèle avec les échographies en 3D qui permettent d’affiner les diagnostics sur le fœtus. Donc appliquer cette technique aux embryons permet de mieux voir les défauts ou pas, sans traumatiser les cellules. Une seule photo prise un peu avant le transfert et qui permettrait de modéliser ensuite en trois dimensions l’embryon pour décider de réimplanter, ou pas, tel ou tel embryon. Aucune précision n’a été donné sur le tarif de cet outil de modélisation.

Pour conclure, Monsieur Hamamah indique que pour lui les biomarqueurs (on vous en reparlera dans un autre article) sont aussi une autre voix d’avenir, complémentaire. Qu’il faut utiliser les techniques qui existent et EN MÊME TEMPS faire de la RECHERCHE. Coupler différentes techniques pour optimiser cette phase de la FIV permettant ainsi de ne transférer que les embryons ayant le développement le plus optimal, pour augmenter les taux de réussite.

Au moment du débat avec la salle certains de ses collègues lui ont rétorqué que l’EMBRYON 3D c’est aussi un « gadget ». En tout cas les médecins s’interrogent sur le sort des embryons qui sont gardés et ceux qui sont jetés. Certains médecins indiquent qu’à une époque, tous les embryons qui n’avaient pas la bonne morphologie étaient détruits car non congelables (pensait-on). Maintenant ils sont souvent laissés en culture prolongée et 40% arrivent au stade blastocyste, dont 20% seront finalement congelés et aboutiront à une grossesse (mais là je n’ai pas noté le taux). Comment savoir quel embryon est le meilleur  et surtout quel est celui qui pourrait aboutir à un bébé ? Monsieur Hamamah précise qu’il faut laisser leur chance à tous les embryons jusqu’à J5, pour évaluer leur développement.  « On veut le best Embryon pour les couples« .

Alors l’image en 3D de l’embryon, est certainement un outil supplémentaire et nouveau qui pourrait être utilisé pour optimiser les résultats des FIV en France, mais encore faut-il que les équipes puissent acheter l’outil (alors qu’ils viennent pour certains d’acheter un TIME LAPSE, ou qu’ils n’ont même pas l’argent pour le faire), que toutes les équipes soient convaincues de l’intérêt de ce nouvel outil. Que des études importantes puissent aussi montrer l’efficacité de cette technique, l’augmentation des taux de réussite des FIV avec naissance d’un enfant serait un critère irréfutable de l’efficacité de ce dispositif. En tout cas rien ne vous empêche d’en discuter avec vos médecins, un bon dialogue vaut mieux qu’un grand silence.

Pendant que j’écoutais, ces débats d’experts, je pensais à mes petits embryons, qualifiés par le médecin de « moches, pas au bon stade de développement pour des J5. Vous allez revenir pour une autre tentative, désolé. Vous allez partir sans payer, on attend la prise de sang dans 15 jours, mais je ne suis pas optimiste« . Mes moches embryons ont maintenant un peu plus de 2 ans…. Ce sujet du développement embryonnaire et de l’implantation que des « beaux » embryons est complexe, comme sont complexe les mystères de la procréation humaine. Y réfléchir et chercher à comprendre sont des points essentiels et peut-être arriverons-nous à sortir des critères imprécis comme « moches », « beaux », « chance ». Mais dans le même temps, si j’avais dis : « ah non pas des moches  ! » Et que j’ai refusé l’implantation de ces embryons… je n’aurais pas deux enfants formidables.

S’il est démontré que cet outil permet une réelle augmentation des taux de réussite des FIV (grossesses avec naissances viables) des patients Français, nous demandons qu’il soit mis en place dans tous les services AMP et sur tout le territoire. Pour éviter une AMP à plusieurs vitesses. Nous demandons l’égalité dans l’accès aux soins.

Si vous voulez voir les différents articles qui sont sortis lundi et mardi, ainsi que les vidéos sur l’embryon 3D, voici une liste de médias. Il y a de la répétition, mais c’est aussi intéressant de montrer comment est traité un même sujet par de multiples intervenants.

France 3 Languedoc Roussillon avec une vidéo

Sciences et Vie

Pourquoi Docteur

L’express

Midi Libre 2 vidéos

Atlantico 1 vidéo

Huffington Post

BFMTV

Doctissimo

ADDITIVERSE

L’indépendant

Europe1

Merci à toutes les adhérentes qui nous ont envoyé ces différents liens.

Lors des 3 jours de la FFER, Monsieur Hamamah a fait la présentation d’une autre nouveauté le WIN TEST pour évaluer la fenêtre optimale de réceptivité utérine. Cela fera l’objet d’un prochain article.

Don d’ovocytes vitrifiés : premières naissances en France (Sciences et avenir, 06/09/2013)

Nous vous avions déjà parlé de ces premières naissances suite à la vitrification d’embryons, puis à la vitrification des ovocytes issus de la femme du couple. Cette fois, l’article s’intéresse à la vitrification d’ovocytes issus du don, et à ses avantages (pas de necessité de synchroniser les cycles donneuse/receveuse notamment).

Don d’ovocytes vitrifiés : premières naissances en France

Erwan Lecomte

Publié le 06-09-2013 à 10h26

De nouvelles techniques de cryoconservation rapide permettent de mieux planifier les activités liées au don d’ovocytes.

Lilou et Bastien, nés en juillet et août 2013, au CHRU de Montpellier sont chacun issus d’un ovocyte (la cellule précurseur de l’ovule) ayant subi un traitement particulier : la vitrification. Cette technique qui permet la conservation à long terme des ovocytes est utilisée depuis peu en France. Les premières naissances issues d’ovocytes vitrifiés ne remontent en effet qu’à mars 2012.

La nouveauté dans double naissance de Lilou et Bastien (et de quelques autres enfants, voir encadré en bas de l’article) est que non seulement ils sont nés d’un ovocyte vitrifié, mais en plus cet ovocyte a été donné à la future mère par une autre femme. Une première en France qui constitue un pas de plus vers une plus grande égalité entre hommes et femmes.

Le sperme se congèle et se conserve plus facilement que les ovocytes

Auparavant les hommes avaient un net avantage sur les femmes en matière de maîtrise de leur parentalité. En effet, avant de pratiquer une vasectomie (stérilisation définitive), les hommes peuvent bénéficier d’une congélation du sperme à des fins de conservation en vue d’une fécondation ultérieure, grâce à des techniques de congélation « lentes ».

Ainsi, dans le cadre de la préservation de la fertilité masculine, et avant un traitement potentiellement stérilisant, il est possible pour un homme de faire conserver ses gamètes (cellules sexuelles), par exemple avant un traitement médical susceptible de réduire sa fertilité.

Cette possibilité permet même des choix plus extrêmes. Ainsi, selon une étude des Nations Unies, en Amérique du Nord environ 13% des hommes opteraient ainsi pour la vasectomie.

 

Une étude des Nations Unies sur les méthodes de contraception fait état d’un nombre important de vasectomies en Amérique du Nord.

 

En revanche, la congélation des ovocytes se heurtait jusqu’à présent à des contraintes techniques. « En particulier le maintient de la structure d’un ovocyte, du fait de sa grande taille est extrêmement délicat » explique explique le professeur Samir Hamamah, chef du service de biologie de la reproduction au CHRU de Montpellier. En effet, …

LA SUITE ICI.

Deux enfants nés d’un don d’ovocytes vitrifiés au CHU de Montpellier (Le Figaro, 05/09/13)

Un article rédigé par Guillaume Mollaret pour le Figaro nous informe des 1ere naissances cet été de bébés nés d’un don d’ovocyte vitrifié.

Une grande première en France, un vrai progrès par la technique de congélation ultra rapide qui permet à la fois une décongélation avec moins de dégâts et un confort pour la donneuse et la receveuse qui n’ont pas à synchroniser leurs cycles respectifs. De plus, la vraie nouveauté c’est la pratique de la congélation d’ovocyte et non pas d’embryon, et qui permet donc le transfert d’un embryon frais à chaque fois et non d’un embryon congelé/décongelé!

Deux enfants nés d’un don d’ovocytes vitrifiés

Par figaro iconGuillaume Mollaret – le 05/09/2013
Ces naissances, une première, ont eu lieu cet été au CHU de Montpellier

Cet été, le service de gynécologie-obstétrique du centre hospitalier universitaire de Montpellier a réalisé une première en donnant naissance à deux ­enfants issus d’ovocytes vitrifiés après un don.

«L’avantage de cette technique est qu’elle permet une meilleure programmation des tentatives de fécondation in vitro en fonction des besoins des couples receveurs, maximisant leur chance d’obtenir une grossesse», précise le Pr Hamamah, chef du département de biologie de la reproduction au CHU. À la différence des techniques précédentes où l’ovocyte est congelé très lentement, lors de la vitrification, les gamètes sont plongés directement dans l’azote liquide.

«La vitrification d’ovocytes issus d’un don permet une préservation totale de l’anonymat de la donneuse. Le couple receveur d’ovocytes ne risque pas de la croiser dans les couloirs de l’hôpital», résume le Pr Samir Hamamah. Plus efficace que les autres techniques, la vitrification apporte d’après ce dernier une garantie éthique supplémentaire au don d’ovocytes.

Cette pratique demeure largement méconnue et en déficit par rapport à la demande dans l’Hexagone. À tel point que le professeur languedocien n’hésite pas à conseiller aux couples de se rendre en Espagne, où le don d’ovocytes est rémunéré et donc plus répandu.

«Plus de confort à la donneuse»

La nouveauté est bien que l’ovocyte est issu d’un don car cette technique de conservation, très récente en France, avait déjà connu des succès par le passé. Elle existe par exemple au ­Japon depuis 1999 et dans l’Hexagone depuis 2012. Un retard français lié à une interdiction levée en 2011 par la révision des lois bioéthiques.

148 ovocytes matures issus d’un don ont ainsi été recueillis par l’hôpital de Montpellier. «La vitrification permet plus de confort à la donneuse qui peut….LA SUITE est ICI sur le site internet du FIgaro.

Le rajeunissement ovarien : illusion ou réalité ?

Voici un article de J. Kadoch qui traite de « rajeunissement ovarien » et de l’introduction de la DHEA dans la stratégie thérapeutique.

Le rajeunissement ovarien : illusion ou réalité ?

Il est d’usage de considérer que la fonction ovarienne des femmes diminue avec l’âge. Cela signifie que les chances qu’à une femme de concevoir déclinent en vieillissant et que, même plusieurs années avant qu’elle n’entre en ménopause complète, elle expérimente une ménopause fonctionnelle, période où la fonction reproductrice ovarienne est inadéquate.

Ainsi, la fertilité pour la femme moyenne diminue lentement jusqu’à environ 37-38 ans, puis ce déclin s’accélère.
Après 40 ans, la conception spontanée, de même que la grossesse issue d’un traitement de l’infertilité, devient difficile.
Après 42 ans, la grossesse devient presque impossible et après 43 ans, elle est de l’ordre du miracle. Après âge de 45 ans, les grossesses issues de traitements de procréation assistée utilisant les propres ovocytes de la femme et menant à une naissance vivante, restent anecdotiques.

Cette baisse de la fertilité féminine liée à l’âge a été attribuée au fait que les femmes sont nées avec un nombre défini d’ovocytes et qu’à partir de la naissance, le nombre d’ovocytes restants dans l’ovaire décline en permanence. En outre, le matériel génétique de ces ovocytes se modifie en vieillissant, et ainsi, les erreurs deviennent plus fréquentes au cours de la ségrégation des allèles qui a lieu au cours de la maturation ovocytaire. Il en résulte une augmentation du nombre d’anomalies chromosomiques ovocytaires et par conséquent, embryonnaires. Comme la nature fait bien les choses, une grande majorité de ces embryons anormaux ne s’implanteront pas et, par conséquent, taux d’implantation par embryon et, bien sûr, les taux de grossesse, diminuent.

Deux dogmes médicaux et physiologiques ont été à la base de la croyance professionnelle qu’il n’y avait rien à faire pour retarder ou mieux corriger ​​ce processus de vieillissement de l’ovaire féminin. Le premier dogme considère que les femmes naissent avec un nombre d’ovocytes qui diminuera inéluctablement au cours de la vie. Ce dogme a été remis en cause lorsqu’une équipe de la Harvard Medical School de Boston, a démontré chez la souris de façon assez convaincante que le nombre d’ovocytes pouvait augmenter après la naissance.

 

Le second dogme largement répandu, soutient qu’en vieillissant, la femme réponde de moins en moins à la stimulation ovarienne et produit donc moins d’ovocytes (et d’embryons) et que ce processus est irréversible. L’équipe de Gleisher et Barad de New York ont démontré que ce second dogme pouvait aussi être révisé.

L’histoire particulière de cette patiente que Gleisher aime raconter mérite d’être soulignée. Il s’agit d’une femme de près de 43 ans qui consultait pour une fécondation in vitro (FIV) dans le but de préserver sa fertilité. Elle en a été semble t’il fortement déconseillée. En dépit des conseils éclairés de son médecin, la patiente a insisté pour bénéficier d’un cycle de FIV qui ne produit qu’un seul œuf puis un embryon. Malgré ce résultat décevant mais non moins inattendu, l’équipe médicale acquiesça à sa demande de poursuivre les traitements. Comme par magie, la patiente répondit de mieux en mieux de cycle en cycle.

Au terme de 9 cycles de FIV consécutifs, l’équipe médicale pu constater qu’à chaque cycle, elle produisait de plus en plus d’ovocytes et des embryons d’une qualité grandissante facilitant la cryoconservation. À partir du huitième cycle, les doses de stimulation ont été réduites car la réponse au traitement était telle qu’un risque d’hyperstimulation était non négligeable. Au total, la patiente a pu cryoconserver un total de 66 embryons, en considérant qu’elle a produit au cours des deux derniers cycles une moyenne de 18 ovocytes qui ont permis de cryoconserver une moyenne de 13,5 embryons.

La patiente avoua au cours de son sixième cycle avoir tenté de trouver sur internet, après le résultat décevant de sa première tentative, des recettes qui permettraient d’améliorer la réponse ovarienne. Ainsi, elle décida de combiner, sans prévenir l’équipe traitante, dès la deuxième tentative de FIV, l’acupuncture et l’administration déhydroépiandrostérone (DHEA) considéré comme un supplément alimentaire aux États-Unis et donc en vente libre.

Cette observation anecdotique, secondaire à une automédication de la patiente a le mérite d’être l’illustration clinique de la théorie du rajeunissement ovarien.

 

Depuis, l’équipe de Gleisher a démontré les différents effets bénéfiques que pourrait avoir la DHEA sur la fonction reproductrice :

– Amélioration du nombre d’ovocyte / d’embryon
– Amélioration qualité des ovocytes / des embryons
– Amélioration taux de grossesse spontanée
– Amélioration taux de grossesse en FIV
– Réduction du délai de conception
– Amélioration taux cumulatif de grossesse

L’autre avenue thérapeutique actuellement étudiées dans le but d’obtenir un rajeunissement ovarien est celle de l’ubiquinol (Coenzyme Q10). Mais là encore, on peut déplorer que l’essentiel des publications scientifiques sur ce sujet provienne d’une seule équipe, celle de Robert Casper de Toronto.

 Jacques Kadoch, Pierre Lehmann

Cette étude porteuse d’espoir aux femmes dites « mures » en PMA ( 37 ans et au delà de 40 ans) mériterait une attention et recherches supplémentaires.

En effet , nous savons que trop bien que les avis sont très largement partagées sur la DHEA.

Pour ma part, en ayant pris, 3 mois plein de DHEA j’ai pu constater une amélioration sur la quantité tant que sur la qualité, car 4 embryons ont pu être congelés pour la première fois au bout de 4 FIV ICSI (bis).

Source : www: lesjta.com, avec l’article et les références biblio ici.

Possibilité de banques d’ovocytes grâce à la vitrification

L’article suivant à été publié par le Professeur Barrière, sur la congélation des ovocytes et les raisons pour lesquelles cela permet d’envisager l’établissement de banques d’ovocytes.

L’article se trouve ici sur le site des JTA.

Celle-ci, a été techniquement longue à stabiliser et à fiabiliser, les évolutions techniques se sont étalées sur plus de 20 ans.

Dès lors que ce pas, a été acquis, des réflexions techniques, sociologiques et philosophiques se sont ouvertes à propos des utilisations possibles de la congélation ovocytaire et donnent lieu à des débats importants, tant chez les professionnels de l’AMP que dans la société.

Les réponses actuellement apportées varient selon les pays et correspondent aux sensibilités politiques et des populations.

* Aspects techniques :

L’essentiel des données bibliographiques majeures reposent sur les travaux de deux équipes européennes.
Ceux de Laura Rienzi de Rome ont été développés au moment où les équipes italiennes n’étaient pas autorisées à inséminer plus de trois ovocytes de mars 2004 à mai 2009.

Les travaux d’Ana Cobo au sein du groupe IVI en Espagne ont été justifiés par une pratique importante du don d’ovocyte. A fin octobre 2011, les différents centres IVI ont vitrifié plus de 97000 ovocytes (A Cobo, communication personnelle).

Une étude prospective randomisée chez des couples en ICSI a comparé le devenir d’ovocytes de la même patiente soit inséminés lors du recueil, soit vitrifiés et décongelés ultérieurement si les ovocytes frais n’avaient pas permis l’obtention de la grossesse attendue.

Le taux de survie des ovocytes a été de 96.8% et le taux de fécondation et le développement embryonnaire n’étaient pas différents entre les ovocytes frais et vitrifiés.
Le taux de grossesse évolutive après vitrification était satisfaisant à 30% par cycle.

L’efficacité de la méthode sera validée sur une série plus large qui analysera le taux cumulatif de grossesses après transferts frais puis un ou deux cycles de décongélation d’ovocytes vitrifiés .

Seul l’âge de la femme influence négativement les résultats.

L’efficience de la vitrification embryonnaire dans un programme de don d’ovocytes a été prouvée dans une étude randomisée et contrôlée sur 300 transferts issus d’ovocytes frais versus 300 transferts issus d’ovocytes préalablement vitrifiés .

La vitrification a pu être jugée plus efficace que la congélation lente vis à vis du taux de survie après décongélation, de l’intégrité du DNA, de l’analyse du fuseau mitotique malgré l’absence d’alignement plus fréquent entre le fuseau méiotique et le globule polaire.

* Aspects de la sécurité sanitaire :

La majorité des équipe ont obtenu de meilleurs résultats en vitrification avec des systèmes ouverts qui exposent directement le matériel biologique vitrifié à l’azote liquide.

L’obtention d’azote liquide stérile reste actuellement expérimental. Afin de ne pas maintenir un contact direct avec l’azote liquide, un stockage dans la vapeurs d’azote a été proposé et validé.

Cependant une étude a été conduite concernant des ovocytes et embryons vitrifiés provenant de patientes séropositives : 6 pour l’HIV, 11 pour l’hépatite C, 6 pour l’hépatite B et une patiente co-infectée B et C. Aucune séquence virale n’a pu être observée dans les liquides folliculaires, les milieux de culture et l’azote liquide utilisé pour la vitrification.

Dans cette étude, les matériels de vitrification étaient ouverts .

Il n’a par ailleurs pas été décrit de contamination croisée par les méthodes de décongélation tant en médecine humaine qu’en médecine vétérinaire.

* Application cliniques :

Une revue générale confirme l’efficience de la vitrification ovocytaire pour l’utilisation d’une banque de dons d’ovocytes. Elle recense 1051 cycles de dons à IVI et 168 cycles à Atlanta. Les taux de grossesse par transfert sont respectivement de 55.4% et 56.5%

Cinq études randomisées et contrôlées ont été reprises dans une méta-analyse. Elles incluent 4282 ovocytes vitrifiés, 361 ovocytes congelés en congélation lente et 3524 ovocytes frais. Les taux de survie, de fécondation et le développement embryonnaire apparaissent meilleurs après vitrification qu’après congélation lente.

* Applications en cancérologie et préservation de la fertilité :

La vitrification ovocytaire permet d’ouvrir un nouveau champ de la préservation de la fertilité, notamment pour les femmes non en couple.

Elle permet pour les couples mariés de conserver des gamètes plutôt que des embryons. Cela réduit les conséquences éthiques de la situation, notamment en cas de séparation du couple ou décès de l’un d’entre eux. Elle ne fige pas la situation conjugale où le lien entre les deux partenaires pourrait se limiter à l’existence d’embryons communs.

Cette méthode nécessitera de disposer d’un relatif temps oncologique avant les traitements stérilisants afin de conduire la procédure de stimulation et de recueil. Le prélèvement d’ovocytes immatures sans stimulation est théoriquement possible mais se heurte aux limites techniques et probablement épigénétiques de la maturation in vitro.

* Applications sociales :

Dès 2004, une compagnie nord américaine (Extended Fertility) a proposé la conservation d’ovocytes des femmes jeunes afin de pouvoir retarder ou mettre en place plus tardivement leur projet parental.

Les questions éthiques soulevées sont nombreuses et différents concepts sont avancés : responsabilité, choix individuel, autonomie de la personne soignée, principe de bienfaisance.

A l’inverse, on souligne l’absence de validation définitive de la méthode, le grand nombre d’ovocytes nécessaires à l’obtention d’une naissance (mais les chiffres disponibles concernent pour la plupart une population plus âgée et infertile). On soulignera aussi un excès de techniques médicales dans la procréation et des actions contraires à l’ethnologie habituelle de la reproduction. La naissance d’espoirs potentiellement injustifiés est probable et les risques augmentés des grossesses tardives sont certains.

Une éducation médicale plus efficace pourraient être une alternative à la demande de grossesses tardives.

Certains auteurs interrogent à juste titre le rêve d’immortalité et sur l’évolution du projet parental des couples appartenant souvent aux classes sociales et éducatives élevées. Le fait de repousser le projet parental pourrait être l’expression d’une relative immaturité à devenir parents. Une partie des couples et de la population générale manifeste une confiance excessive tant dans les possibilités de grossesses naturelles que dans l’efficience de l’AMP.

* Conclusion :

L’apport technologique de la congélation et la vitrification ovocytaire permet de faciliter la gestion du don d’ovocytes en créant des banques d’ovocytes permettant de dissocier les cycles de dons des cycles des femmes receveuses. Cette technologie ouvre par ailleurs un champ de préservation de la fertilité pour les femmes bénéficiant d’un traitement stérilisant mais aussi pour des souhaits personnels de différer leur parentalité. Une modélisation concernant l’efficience de trois cycles de congélation à l’âge de 35 ans permettrait un taux de naissance vivante à 45 ans de 84.2%, tandis qu’une attitude expectative donnerait 51.2% et la mise en place de la FIV à 40 ans 63.5% (16).

Le débat ne fait que commencer et les décisions des soignants, de la société et des politiques feront l’objet de très probables vives discussions dans les années à venir.

Paul BARRIERE – Sophie MIRALLIE – Thomas FREOUR.
CHU NANTES
Source : Les JTA

La vitrification des embryons est une nouvelle technique de congélation ultra-rapide qui garantit un taux de survie de 9 embryons sur 10. Cette méthode permet plus de TEC et donc redonne de l’espoir à des couples pour qui les fécondations in-vitro étaient jusque là un échec.

Une vidéo en date du 16 janvier 2012:

http://videos.tf1.fr/jt-20h/2012/la-vitrification-un-espoir-pour-la-fecondation-in-vitro-6936713.html

Congélation ultra-rapide versus Congélation lente.

Congélation « lente » ou congélation ultra-rapide, autrement appelée vitrification ? Avons nous tous accès à la dernière technologie qui permet d’abîmer le moins possible nos embryons si difficilement obtenus ? sommes nous tous égaux face à l’accès au progrès des techniques d’AMP?

Voici un article de Christophe SIFER sur le sujet:

Congélation ultra-rapide versus congélation lente : techniques et résultats

Depuis fin 2010, après expertise de la littérature faisant état à la fois de la supériorité de cette méthode en termes de survie des embryons et de son innocuité pour les enfants nés, l’Agence de Biomédecine a validé la vitrification embryonnaire comme amélioration technique de la congélation lente (CL).

De plus, en 2011, la révision de la loi de bioéthique a autorisé en France le recours à la vitrification des ovocytes dans un cadre restreint à l’Assistance Médicale à la Procréation (AMP) ainsi qu’à la préservation de la fertilité des patientes soumises à un traitement stérilisant.

Le but de ce travail est donc d’effectuer une revue bibliographique comparant les données disponibles dans la littérature quant à l’efficacité de la vitrification et de la CL concernant l’embryon et l’ovocyte.

Comparaison des principes et méthodes de congélation :

Le principe de la congélation, que ce soit pour l’ovocyte ou l’embryon repose sur le passage de l’eau intra et extra cellulaire de l’état de phase liquide à l’état solide en utilisant des agents moléculaires dits cryoprotecteurs (CPs). Le rôle majeur de ces CPs sera de se substituer à l’eau intracellulaire (CPs pénétrants) en créant un gradient osmotique à l’aide d’un sucre non pénétrant (en général, le sucrose). Les différences techniques entre la CL et la vitrification.

Brièvement, la CL des embryons repose sur une descente lente en température de 20°C à – 30°C après exposition longue à des concentrations faibles et croissantes en CPs (protocole le plus fréquent : 1,5M propane 1-2 diol, sucrose 0,1M ; -2°C/minute de 20°C à -7°C, cristallisation induite (seeding), -0,3°C/minute de -7°C à -30°C puis plongée dans l’azote liquide). Le même protocole de CL a longtemps été utilisé pour les ovocytes mais une augmentation de la concentration en sucrose à 0,2 ou 0,3M a montré sa supériorité (Gook and Edgar. 2007). Dans tous les cas, la CL utilise un support fermé évitant le contact direct entre l’échantillon et l’azote liquide. La CL du fait des concentrations faibles en CPs induit un passage de l’eau en phase cristalline.

La cristallisation aléatoire de l’eau dans l’échantillon congelé est principalement responsable du phénomène de lyse partielle ou totale de l’ovocyte ou embryon congelé, observée au décours de la décongélation et va définir les paramètres qualifiant l’efficacité biologique de la procédure de congélation, à savoir principalement : le taux de survie intacte (TSI) (% d’ovocytes et/ou embryons ayant résisté totalement), le taux de survie (TS) (%d’embryons dont au moins 50% des blastomères ont résisté).

La vitrification (ovocytaire et embryonnaire) consiste en une exposition très brève de l’échantillon à une concentration élevée en CPs (protocole le plus fréquent (dit de Kitazato) : exposition de l’échantillon aux CPs (DMSO, Ethylène Glycol) (i) à 7, 5%/7,5% v/v jusqu’à équilibration pendant quelques minutes puis (ii) aux concentrations » vitrifiantes » de 15%/15% v/v associées à 0,5M de sucrose pendant moins d’une minute, temps de dépôt d’un micro volume (0,1 µl) contenant l’échantillon sur son support inclus, avant plongée dans l’azote liquide.

A ce stade, la descente en température de 20°C à – 196°C, de toute façon ultra rapide, dépend du type de supports utilisés. En effet, selon que l’on utilise des systèmes dits ouverts (contact direct de l’échantillon avec l’azote liquide) ou fermés (absence de contact direct avec l’azote liquide), la vitesse de descente en température sera de – 20 000°C/minute et de –2 500°C/minute, respectivement.

Cette notion a son importance. En effet, plus la vitesse de refroidissement est rapide et plus on évite le réarrangement moléculaire de l’eau, en l’occurrence la formation de cristaux de glace. Ce passage « prolongé » à la phase cristalline pourrait influer sur l’efficacité de la procédure de vitrification en termes de survie de l’échantillon congelé, et notamment pour l’ovocyte, cellule thermosensible par excellence et très riche en eau.

Efficacité comparé de la CL et de la vitrification concernant les embryons :

Il est démontré que l’aptitude d’un embryon à s’implanter lors de son transfert intra-utérin et après avoir subi le processus de congélation/décongélation se résume à sa survie et ainsi, plus il a survécu de façon intact, plus ces chances sont bonnes (Edgar et al., 2007). L’efficacité biologique de la congélation embryonnaire par CL versus vitrification a été étudiée et il a été montré qu’à la fois le TS et le TSI étaient améliorés significativement en faveur de la vitrification et ce, à tous les stades du développement embryonnaire.

En effet, une méta analyse récente montre qu’aux stades précoces (Jours (J) 2 ou 3), le TS était respectivement de 84% après CL et 98% après vitrification (Loutradi et al.,2008). Cette différence était significative (p=0.0002). La même étude montrait une différence encore plus importante (75 vs. 90% ; p3 (à J2) et >6 (à J3) blastomères et <30% de fragmentation cytoplasmique (dépourvus de blastomères multinucléés). Les étapes de congélation et décongélation ont été effectuées en utilisant les kits Irvine et les paillettes CryoBioSystem en suivant les instructions des fabricants. Les données obtenues ont été comparées à une série rétrospective de 189 cycles de décongélation après CL effectuées de Janvier à Octobre 2010 en utilisant les kits Medicult. Seuls les rangs 1 et 2 de décongélation embryonnaire ont été inclus.

Le critère de jugement principal était les TS et TSI. Le critère de jugement secondaire était le taux de grossesse clinique, défini comme la présence d’un sac gestationnel intra-utérin avec activité cardiaque.

Au total, 87 et 412 embryons ont été décongelés après vitrification (1.50 +/- 0.63 par décongélation) et CL (2.18 +/- 1.35), respectivement (p=0.0002). Nous avons observé une différence hautement significative respectivement des TS et TSI après décongélation des embryons vitrifiés lorsque comparé aux embryons décongelés issus d’une CL (98.3 +/- 13.1% vs. 77.3 +/- 32.0%, p<10-4 ; 88.2 +/- 28.3% vs. 47.7 +/- 41.4%, p<10-4). Par ailleurs, le taux de grossesses par cycle de décongélation embryonnaire était respectivement de 32.7% (19/58) et 18.5% (35/189) (p=0.03) en faveur du groupe des embryons décongelés après vitrification. Nous avons également fait état de la première naissance française par cette technique (Sifer et al., 2011).

Efficacité comparé de la CL et de la vitrification concernant les ovocytes :

La problématique de la congélation de l’ovocyte est liée à sa forte teneur en eau, ce qui rend cette cellule très sensible aux variations de température. Ainsi, pratiquement toutes les données disponibles comparent les issues biologique et clinique des ovocytes frais avec celles des ovocytes ayant subi la vitrification en système ouvert, système permettant en théorie de minimiser le temps de passage à la phase cristalline. Une issue comparable des ovocytes frais ou vitrifiés a été rapportée dans plusieurs études prospectives randomisées, que ce soit pour le modèle du don d’ovocyte (Cobo et al. 2008 ; Cobo et al., 2010) ou les ovocytes vitrifiés au décours d’un programme d’AMP intraconjugal (Rienzi et al., 2010). Pour ces études, le TSI des ovocytes vitrifiés en système ouvert était supérieur à 95% et leur mise en fécondation par ICSI aboutissait aux mêmes résultats que ceux obtenu avec les ovocytes frais, en termes de taux : de fécondation, de clivage, de développement en embryons de belle qualité, de grossesse et d’implantation.

La conclusion des auteurs est ainsi que la vitrification des ovocytes en système ouvert aboutit non seulement à un excellent taux de survie des ovocytes congelé mais aussi que ses « compétences » ne sont pas altérées par cette procédure. A l’inverse, une étude prospective longitudinale, incluant les résultats de 234 cycles de FIV/ICSI cumulés avec ceux de 256 cycles de décongélation d’ovocytes congelés par CL avec 0.3M de sucrose, a montré un TSI de 72.8% (Magli et al., 2010). De plus, les auteurs décrivent une altération de l’issue biologique des ovocytes ayant survécu après ICSI avec notamment une qualité embryonnaire et une capacité de développement jusqu’au stade blastocyste significativement diminuée lorsque comparée avec les ovocytes frais. Les auteurs concluent ainsi à une perte de la compétence biologique des ovocytes congelés par CL.

De façon très intéressante, une étude très récente a comparé en utilisant la même méthodologie longitudinale l’efficacité de la vitrification des ovocytes par les systèmes « ouvert » et « fermé ». Ainsi, les issues biologiques de 48 et 49 cycles frais ont été comparées à celles de 51 et 53 cycles de décongélations utilisant un système ouvert (Cryotop) et fermé (Cryotip), respectivement (Paffoni et al., 2011). Les auteurs confirment une issue biologique comparable des ovocytes vitrifiés avec un système ouvert par rapport aux ovocytes frais. Cependant, ils décrivent une diminution significative des taux de fécondation, de clivage et d’obtention d’embryons de belle qualité concernant le recours à une vitrification en système fermé.

Les résultats comparés de l’issue biologique des ovocytes vitrifiés en système ouvert ou système fermé montrent que le TSI est nettement supérieur pour les ovocytes vitrifiés en système ouvert (82.8%) comparé au recours au système fermé (57.9% ; p=0.001). De plus, le taux de fécondation et la qualité embryonnaire obtenu à partir des ovocytes ayant survécu avec le système ouvert sont significativement plus élevés que ceux observés pour les ovocytes survivants au système fermé (Paffoni et al., 2011).

Ainsi, la vitrification des ovocytes en système ouvert semble montrer sa supériorité lorsque comparé à la fois à la CL ou à la vitrification en système fermé. Cependant, ce type de vitrification expose à un risque septique de contamination virale et/ou bactérienne puisque le contact est direct avec l’azote liquide ayant servi à vitrifier.

Ce type de risque est difficile à documenter et s’appuie essentiellement sur le principe de précaution, d’ailleurs extrêmement codifié en France depuis l’affaire du sang contaminé. Ainsi, seul le système fermé est autorisé en France malgré la supériorité attendue du système ouvert. Une possibilité de sécuriser en terme de risque septique le contact direct de l’échantillon à congeler avec l’azote liquide serait peut être de le stériliser par action de rayons ultra violets, comme une étude récente l’a d’ailleurs rapporté (Parmegiani et al., 2011)

Conclusions :

La vitrification embryonnaire, enfin autorisée en France, est un réel progrès dans nos centres d’AMP. En effet, la littérature démontre une nette amélioration de la survie des embryons congelés par cette méthode lorsque comparée à la CL. Ainsi, les embryons congelés sont disponibles à un taux nettement plus élevé qu’après CL pour un transfert intra utérin ultérieur, compte tenu d’une survie approchant les 100%. Elle autorise par conséquent la diminution significative du nombre d’embryons à transférer à chaque cycle, à la fois pour le transfert des embryons frais et celui des embryons congelés, puisque le praticien sait que le risque de perdre des embryons de la cohorte obtenue est proche de zéro.
Ce processus de vitrification embryonnaire modifie ainsi l’ensemble de la prise en charge des patients en AMP par une augmentation des chances de grossesses cumulées et par la réduction du risque de grossesse multiples, et sans risque surajouté pour les enfants nés grâce à cette technique (Wennerholm et al., 2009 ; Wiklands et al., 2010).

La vitrification ovocytaire est assurément un progrès qui révolutionnera nos pratiques, tout en posant de nombreuses questions. Sa supériorité, comparée à la CL, a été démontrée pour le système ouvert même si cette démonstration manque encore de puissance et là aussi, sans risque surajouté pour les enfants nés après congélation ovocytaire (Wennerholm et al., 2009). L’efficacité de la vitrification ovocytaire utilisant un système fermé reste à évaluer sur des séries plus importantes. L’enjeu est d’importance car cette technique offre de multiples applications notamment dans le cadre de la préservation de la fertilité des femmes soumises à des traitements stérilisants, de l’organisation du don d’ovocyte en France.
Elle pose également les questions toutes nouvelles de la place de la congélation embryonnaire à l’avenir et de la préservation de la fertilité dite de convenance, sur lesquelles la société française via la loi de bioéthique de 2011 s’est déterminée, à savoir en faisant tout pour réduire la congélation embryonnaire et en interdisant, pour l’instant, la préservation de fertilité de convenance.

Affaire à suivre….

Cette étude nous démontre par ces résultats et conclusions que la vitrification est une avancée spectaculaire tant pour les embryons que pour les ovocytes.

Cependant, il est encore regrettable que la vitrification ne soit pas encore en place dans toute les PMA en France.

Le même auteur fera une présentation sur « L’apport de la vitrification embryonnaire dans l’efficience d’une FIV » lors des prochaines JTA en Janvier 2014. 

L’article et ses Références bibliographiques sont ici sur le site des JTA (www.lesjta.com)