Image d’un embryon en 3D, réelle chance d’amélioration des réussites en FIV ?

L’image d’un embryon en 3D permettra-t-elle une réelle amélioration des taux de réussite des FIV ou est-ce un « gadget » supplémentaire dans l’arsenal de visualisation du développement embryonnaire ? Les couples infertiles entre fébrilité et questionnement.

C’est l’effervescence sur la toile-PMA (oui parce qu’en dehors, je ne suis pas sûre que cela fasse le poids devant le reste de l’actualité) suite à l’annonce lundi, d’une nouvelle technique d’évaluation du développement embryonnaire. Essayons de faire le tour du sujet, pour une information complète des patients de l’assistance médicale à la procréation.

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Lors des 19ème FFER, la semaine dernière, nous avons pu entendre ce que disait Monsieur le Professeur Samir Hamamah (nous étions là grâce à lui, d’ailleurs). Sa présentation s’est faite dans le cadre d’un atelier intitulé « Controverses en AMP« , où un intervenant présentait un argumentaire POUR et un autre, un argumentaire CONTRE. Monsieur Hamamah a soutenu les arguments CONTRE le sujet suivant « La morphologie des embryons a-t-elle encore un intérêt ? » C’est dans ce cadre qu’il a présenté son projet de reconstitution en 3D de l’image d’un embryon.

Pour rappel, 85% des embryons obtenus suite à une FIV en France ne s’implantent pas, 2 FIV sur 3 se soldent par un échec (vous pouvez retrouver ces chiffres sur la dernière affiche BAMP), beaucoup d’embryons sont détruits car de mauvais pronostic.  Les chiffres ESHRE (European Society of Human Reproduction and Embryology) placent la France avant dernière en termes de taux de grossesses par ponction, ce qui n’est pas très glorieux. Un taux de succès qui stagne autour des 20% par tentatives. Certains médecins Français disent que ces chiffres ESHRE ne sont pas représentatifs de la réalité, car les calculs ne se font pas sur les mêmes bases et indicateurs d’un pays à l’autre.

L’objectif de l’équipe du CHRU de Montpellier est donc d’améliorer ces scores très négatifs, pour que les « patients passent le moins de temps possible dans le parcours d’AMP et obtiennent rapidement une grossesse viable« . L’objectif est donc pour les chercheurs (nous sommes dans l’expérimentation, même si un brevet a été déposé début juillet) d’améliorer avec une méthode non invasive la prédiction préimplantatoire de tel ou tel embryon, « il est inacceptable qu’en 2014, les couples Français soient victimes d’un manque de moyens et de techniques efficaces« . Monsieur le Professeur Hamamah d’ajouter que le principe du « on joue jusqu’à ce qu’on gagne, n’est pas une bonne stratégie« , les couples en ont assez d’accumuler les tentatives et les échecs en FIV.

En ce qui concerne l’étude et l’observation du développement embryonnaire, il existe différents techniques (nous n’allons pas rentrer dans le détail de toutes ces techniques ici, mais il y a l’étude morphologique sous le microscope, la cinétique filmé par le TIME LAPSE et les biomarqueurs). La dernière en date, dont nous vous avions parlé dans d’autres articles c’est l’embryoscope, (qui est le nom d’une marque, il existe donc d’autres marques pour ces incubateurs-photographes).

Le terme générique est le TIME LAPSE, c’est un incubateur, qui éclaire à intervalles réguliers les boites de pétris dans lesquelles se trouvent nos embryons, il prend une image, qui est ensuite montée pour obtenir un film du développement embryonnaire. Les étapes clés du développement sont donc « filmées » pour pouvoir évaluer le « meilleur » embryon au vu de son développement morpho-cinétique.  La question est donc de savoir s’il a fait la bonne division cellulaire au bon moment. Cela va être notamment un des critères de sélection. L’autre intérêt de l’utilisation du Times LAPSE c’est que les embryons restent au chaud, car il n’est pas besoin pour les observer de les sortir de l’incubateur pour les mettre sous un microscope.

L’intervenant qui défendait des arguments POUR continuer à « observer la morphologie des embryons, » nous a indiqué que les techniques d’observations avaient évoluées avec le développement des outils (microscopes avec différents grossissements, TIME LAPSE) Cela permet de visualiser les différentes phases de développements pour mieux VOIR certains éléments déterminants. Et ainsi de mieux évaluer les « CHANCES » d’implantation. L’observation permet la prédiction. Mais il faisait remarquer qu’il manque encore des études prospectives randomisées pour bien évaluer l’apport positif (obtention d’une grossesse) ou non de ces techniques d’observation.

Monsieur Hamamah, présentant les arguments CONTRE la poursuite d’une observation du développement morphologique, précise que pour lui le TIME LAPSE est sans doute nécessaire, mais qu’il faut continuer à penser à d’autres approches, qui soient plus efficaces. Il poursuit, un brin provocateur en nous disant que pour lui le TIME LAPSE est un « gadget », à environ 100 000 euros.

« Gadget » qui a ses limites, étant donné que les taux de succès par FIV (voir les chiffres cités plus haut) restent bas et que cet outil n’apporte pas d’explication sur les échecs d’implantation. Il  interpelle l’assemblée sur le fait qu’ils n’y a pas d’études montrant l’innocuité pour le développement cellulaire d’un éclairage à intervalles réguliers. Est-ce que l’exposition répétée des embryons à la lumière  peut en altérer le développement ? Il indique qu’il n’y a pour l’instant aucune étude comparative. Seulement 4 études sur les taux de grossesses obtenues suite à l’utilisation du TIME LAPSE et aucune études sur des grossesses ayant données un bébé vivant. Les modèles ne sont donc pour lui pas démontrés.

Son équipe travaille donc à rechercher de nouveaux biomarqueurs de la qualité des embryons qui ne soient pas invasifs. Ce sont les recherches OMICS (études du génome et séquençage).

Pour lui, la visualisation de l’embryon en 3 dimensions est idéale. Car la qualité de l’image est bien meilleure, il fait le parallèle avec les échographies en 3D qui permettent d’affiner les diagnostics sur le fœtus. Donc appliquer cette technique aux embryons permet de mieux voir les défauts ou pas, sans traumatiser les cellules. Une seule photo prise un peu avant le transfert et qui permettrait de modéliser ensuite en trois dimensions l’embryon pour décider de réimplanter, ou pas, tel ou tel embryon. Aucune précision n’a été donné sur le tarif de cet outil de modélisation.

Pour conclure, Monsieur Hamamah indique que pour lui les biomarqueurs (on vous en reparlera dans un autre article) sont aussi une autre voix d’avenir, complémentaire. Qu’il faut utiliser les techniques qui existent et EN MÊME TEMPS faire de la RECHERCHE. Coupler différentes techniques pour optimiser cette phase de la FIV permettant ainsi de ne transférer que les embryons ayant le développement le plus optimal, pour augmenter les taux de réussite.

Au moment du débat avec la salle certains de ses collègues lui ont rétorqué que l’EMBRYON 3D c’est aussi un « gadget ». En tout cas les médecins s’interrogent sur le sort des embryons qui sont gardés et ceux qui sont jetés. Certains médecins indiquent qu’à une époque, tous les embryons qui n’avaient pas la bonne morphologie étaient détruits car non congelables (pensait-on). Maintenant ils sont souvent laissés en culture prolongée et 40% arrivent au stade blastocyste, dont 20% seront finalement congelés et aboutiront à une grossesse (mais là je n’ai pas noté le taux). Comment savoir quel embryon est le meilleur  et surtout quel est celui qui pourrait aboutir à un bébé ? Monsieur Hamamah précise qu’il faut laisser leur chance à tous les embryons jusqu’à J5, pour évaluer leur développement.  « On veut le best Embryon pour les couples« .

Alors l’image en 3D de l’embryon, est certainement un outil supplémentaire et nouveau qui pourrait être utilisé pour optimiser les résultats des FIV en France, mais encore faut-il que les équipes puissent acheter l’outil (alors qu’ils viennent pour certains d’acheter un TIME LAPSE, ou qu’ils n’ont même pas l’argent pour le faire), que toutes les équipes soient convaincues de l’intérêt de ce nouvel outil. Que des études importantes puissent aussi montrer l’efficacité de cette technique, l’augmentation des taux de réussite des FIV avec naissance d’un enfant serait un critère irréfutable de l’efficacité de ce dispositif. En tout cas rien ne vous empêche d’en discuter avec vos médecins, un bon dialogue vaut mieux qu’un grand silence.

Pendant que j’écoutais, ces débats d’experts, je pensais à mes petits embryons, qualifiés par le médecin de « moches, pas au bon stade de développement pour des J5. Vous allez revenir pour une autre tentative, désolé. Vous allez partir sans payer, on attend la prise de sang dans 15 jours, mais je ne suis pas optimiste« . Mes moches embryons ont maintenant un peu plus de 2 ans…. Ce sujet du développement embryonnaire et de l’implantation que des « beaux » embryons est complexe, comme sont complexe les mystères de la procréation humaine. Y réfléchir et chercher à comprendre sont des points essentiels et peut-être arriverons-nous à sortir des critères imprécis comme « moches », « beaux », « chance ». Mais dans le même temps, si j’avais dis : « ah non pas des moches  ! » Et que j’ai refusé l’implantation de ces embryons… je n’aurais pas deux enfants formidables.

S’il est démontré que cet outil permet une réelle augmentation des taux de réussite des FIV (grossesses avec naissances viables) des patients Français, nous demandons qu’il soit mis en place dans tous les services AMP et sur tout le territoire. Pour éviter une AMP à plusieurs vitesses. Nous demandons l’égalité dans l’accès aux soins.

Si vous voulez voir les différents articles qui sont sortis lundi et mardi, ainsi que les vidéos sur l’embryon 3D, voici une liste de médias. Il y a de la répétition, mais c’est aussi intéressant de montrer comment est traité un même sujet par de multiples intervenants.

France 3 Languedoc Roussillon avec une vidéo

Sciences et Vie

Pourquoi Docteur

L’express

Midi Libre 2 vidéos

Atlantico 1 vidéo

Huffington Post

BFMTV

Doctissimo

ADDITIVERSE

L’indépendant

Europe1

Merci à toutes les adhérentes qui nous ont envoyé ces différents liens.

Lors des 3 jours de la FFER, Monsieur Hamamah a fait la présentation d’une autre nouveauté le WIN TEST pour évaluer la fenêtre optimale de réceptivité utérine. Cela fera l’objet d’un prochain article.

Myomes et infertilité : indications thérapeutiques

Mais tout d’abord, un peu de vocabulaire pour faciliter la compréhension: les myomes utérins sont des tumeurs bénignes qui se développent dans la musculature de l’utérus. Ils sont souvent connus sous le nom de fibrome. En colonisant l’utérus, ils peuvent empêcher l’embryon de s’implanter correctement,, voire de s’implanter tout court. 

L’article qui suit, écrit par Philippe MERVIEL et une équipe de chercheurs,  est à lire .

Myomes et infertilité

En 2011, Somigliana rapportait une étude sur les taux de grossesse en FIV en cas de myome interstitiel sans empreinte sur la cavité utérine. Cette étude prospective concernait 240 femmes, 120 avec myome et 120 sans, ajustées sur l’âge et le nombre de cycle de FIV. Les femmes avec myomes (de 10 à 50 mm de diamètre) étaient explorées par 3 médecins (variabilité intra et extra-observateur < 20%) en échographie et hystérosonographie, avec exclusion des myomes avec empreinte cavitaire ou ceux qui avaient plus de 50% de leur diamètre en sous-séreux. Lorsque plusieurs myomes interstitiels co-existaient, le diamètre du plus gros myome était retenu. La stimulation ovarienne a consisté en un protocole long agoniste de la GnRH + FSH/hMG avec les conditions habituelles de déclenchement, de culture embryonnaire et de transfert. Dans 61 cas (51%) le myome interstitiel était isolé, alors qu’il y en avait 2 (18% des cas), 3 (18%), 4 (9%) et 5 (4%) chez les autres femmes.

Dans 40 cas (33%), le ou les myomes interstitiels présentaient d’une composante sous-séreuse < 50% de leur diamètre. Le diamètre moyen du myome interstitiel était de 22 +/- 10 mm avec une médiane de 19 mm (15-27). Le risque relatif en cas de myome, ajusté sur l’IMC, l’indication, les cycles annulés et le nombre d’embryons transférés, est de 1,40 (IC95% [0,72-2,75]) pour le taux de grossesse et de 1,53 (IC95% [0,73-3,23]) pour le taux de naissance vivante par cycle débuté. De même les taux de fausse-couche spontanée sont de 21% versus 27% (p : 0,74) que la femme ait ou non un myome interstitiel.

Les auteurs ont étudié l’impact d’un myome purement interstitiel ou interstitiel et sous-séreux (< 50% du diamètre), d’un myome interstitiel isolé ou de 2 ou plus, d’un myome interstitiel de < 20 mm par rapport à ≥ 20 mm : il n’existe aucune différence significative selon ces situations.

Six méta-analyses depuis 2001 se sont penchées sur l’impact des myomes interstitiels sur la fertilité, avec des résultats divergents. Pritts (2001) et Donnez (2002) n’avaient pas retrouvé d’impact de ces myomes sur la fertilité, alors que Benecke (2005), Somigliana (2007), Pritts (2009) et Sunkara en 2010 montraient un effet négatif des myomes interstitiels sur les chances de grossesse. Cette dernière méta-analyse incluait 19 études et rapportait un risque relatif de grossesse et de naissance vivante en présence d’un myome interstitiel de 0,85 (IC95% [0,77-0,94], p : 0,002) et de 0,79 (IC95% [0,7-0,88], p 4-6 cm) aient un impact sur la fertilité et que leur exérèse améliore celle-ci. Cependant, la limite de toutes ces études est l’âge de la femme lors de l’analyse des résultats, car on sait que cette pathologie survient plus fréquemment chez les femmes après 38 ans, à une période où d’autres éléments comme la qualité ovocytaire ou l’âge du conjoint peut intervenir dans les chances de grossesse.

Résumé :

Si les myomes sous-muqueux sont responsables d’infertilité, et leur exérèse souhaitable, la question des myomes interstitiels sans participation dans la cavité utérine reste d’actualité. Il apparaît néanmoins que des myomes interstitiels de plus de 5 cm doivent être opérés, afin d’améliorer l’implantation embryonnaire. Ceux-ci peuvent être traites par coelioscopie (si 4 cm. Il est évident que la taille du myome doit être prise en considération si l’on pense que le myome interstitiel perturbe la vascularisation myométriale, sous-endométriale et endométriale et interfère donc avec la grossesse par ce biais.

 

Les interventions lors des JTA font l’objet d’articles complets. Articles qui sont très intéressants à lire. Vous trouverez sur le site de Journées Techniques Avancées, une liste avec de très nombreux articles écrits par des médecins, des chercheurs. 

Source : lesjta.com

Congélation ultra-rapide versus Congélation lente.

Congélation « lente » ou congélation ultra-rapide, autrement appelée vitrification ? Avons nous tous accès à la dernière technologie qui permet d’abîmer le moins possible nos embryons si difficilement obtenus ? sommes nous tous égaux face à l’accès au progrès des techniques d’AMP?

Voici un article de Christophe SIFER sur le sujet:

Congélation ultra-rapide versus congélation lente : techniques et résultats

Depuis fin 2010, après expertise de la littérature faisant état à la fois de la supériorité de cette méthode en termes de survie des embryons et de son innocuité pour les enfants nés, l’Agence de Biomédecine a validé la vitrification embryonnaire comme amélioration technique de la congélation lente (CL).

De plus, en 2011, la révision de la loi de bioéthique a autorisé en France le recours à la vitrification des ovocytes dans un cadre restreint à l’Assistance Médicale à la Procréation (AMP) ainsi qu’à la préservation de la fertilité des patientes soumises à un traitement stérilisant.

Le but de ce travail est donc d’effectuer une revue bibliographique comparant les données disponibles dans la littérature quant à l’efficacité de la vitrification et de la CL concernant l’embryon et l’ovocyte.

Comparaison des principes et méthodes de congélation :

Le principe de la congélation, que ce soit pour l’ovocyte ou l’embryon repose sur le passage de l’eau intra et extra cellulaire de l’état de phase liquide à l’état solide en utilisant des agents moléculaires dits cryoprotecteurs (CPs). Le rôle majeur de ces CPs sera de se substituer à l’eau intracellulaire (CPs pénétrants) en créant un gradient osmotique à l’aide d’un sucre non pénétrant (en général, le sucrose). Les différences techniques entre la CL et la vitrification.

Brièvement, la CL des embryons repose sur une descente lente en température de 20°C à – 30°C après exposition longue à des concentrations faibles et croissantes en CPs (protocole le plus fréquent : 1,5M propane 1-2 diol, sucrose 0,1M ; -2°C/minute de 20°C à -7°C, cristallisation induite (seeding), -0,3°C/minute de -7°C à -30°C puis plongée dans l’azote liquide). Le même protocole de CL a longtemps été utilisé pour les ovocytes mais une augmentation de la concentration en sucrose à 0,2 ou 0,3M a montré sa supériorité (Gook and Edgar. 2007). Dans tous les cas, la CL utilise un support fermé évitant le contact direct entre l’échantillon et l’azote liquide. La CL du fait des concentrations faibles en CPs induit un passage de l’eau en phase cristalline.

La cristallisation aléatoire de l’eau dans l’échantillon congelé est principalement responsable du phénomène de lyse partielle ou totale de l’ovocyte ou embryon congelé, observée au décours de la décongélation et va définir les paramètres qualifiant l’efficacité biologique de la procédure de congélation, à savoir principalement : le taux de survie intacte (TSI) (% d’ovocytes et/ou embryons ayant résisté totalement), le taux de survie (TS) (%d’embryons dont au moins 50% des blastomères ont résisté).

La vitrification (ovocytaire et embryonnaire) consiste en une exposition très brève de l’échantillon à une concentration élevée en CPs (protocole le plus fréquent (dit de Kitazato) : exposition de l’échantillon aux CPs (DMSO, Ethylène Glycol) (i) à 7, 5%/7,5% v/v jusqu’à équilibration pendant quelques minutes puis (ii) aux concentrations » vitrifiantes » de 15%/15% v/v associées à 0,5M de sucrose pendant moins d’une minute, temps de dépôt d’un micro volume (0,1 µl) contenant l’échantillon sur son support inclus, avant plongée dans l’azote liquide.

A ce stade, la descente en température de 20°C à – 196°C, de toute façon ultra rapide, dépend du type de supports utilisés. En effet, selon que l’on utilise des systèmes dits ouverts (contact direct de l’échantillon avec l’azote liquide) ou fermés (absence de contact direct avec l’azote liquide), la vitesse de descente en température sera de – 20 000°C/minute et de –2 500°C/minute, respectivement.

Cette notion a son importance. En effet, plus la vitesse de refroidissement est rapide et plus on évite le réarrangement moléculaire de l’eau, en l’occurrence la formation de cristaux de glace. Ce passage « prolongé » à la phase cristalline pourrait influer sur l’efficacité de la procédure de vitrification en termes de survie de l’échantillon congelé, et notamment pour l’ovocyte, cellule thermosensible par excellence et très riche en eau.

Efficacité comparé de la CL et de la vitrification concernant les embryons :

Il est démontré que l’aptitude d’un embryon à s’implanter lors de son transfert intra-utérin et après avoir subi le processus de congélation/décongélation se résume à sa survie et ainsi, plus il a survécu de façon intact, plus ces chances sont bonnes (Edgar et al., 2007). L’efficacité biologique de la congélation embryonnaire par CL versus vitrification a été étudiée et il a été montré qu’à la fois le TS et le TSI étaient améliorés significativement en faveur de la vitrification et ce, à tous les stades du développement embryonnaire.

En effet, une méta analyse récente montre qu’aux stades précoces (Jours (J) 2 ou 3), le TS était respectivement de 84% après CL et 98% après vitrification (Loutradi et al.,2008). Cette différence était significative (p=0.0002). La même étude montrait une différence encore plus importante (75 vs. 90% ; p3 (à J2) et >6 (à J3) blastomères et <30% de fragmentation cytoplasmique (dépourvus de blastomères multinucléés). Les étapes de congélation et décongélation ont été effectuées en utilisant les kits Irvine et les paillettes CryoBioSystem en suivant les instructions des fabricants. Les données obtenues ont été comparées à une série rétrospective de 189 cycles de décongélation après CL effectuées de Janvier à Octobre 2010 en utilisant les kits Medicult. Seuls les rangs 1 et 2 de décongélation embryonnaire ont été inclus.

Le critère de jugement principal était les TS et TSI. Le critère de jugement secondaire était le taux de grossesse clinique, défini comme la présence d’un sac gestationnel intra-utérin avec activité cardiaque.

Au total, 87 et 412 embryons ont été décongelés après vitrification (1.50 +/- 0.63 par décongélation) et CL (2.18 +/- 1.35), respectivement (p=0.0002). Nous avons observé une différence hautement significative respectivement des TS et TSI après décongélation des embryons vitrifiés lorsque comparé aux embryons décongelés issus d’une CL (98.3 +/- 13.1% vs. 77.3 +/- 32.0%, p<10-4 ; 88.2 +/- 28.3% vs. 47.7 +/- 41.4%, p<10-4). Par ailleurs, le taux de grossesses par cycle de décongélation embryonnaire était respectivement de 32.7% (19/58) et 18.5% (35/189) (p=0.03) en faveur du groupe des embryons décongelés après vitrification. Nous avons également fait état de la première naissance française par cette technique (Sifer et al., 2011).

Efficacité comparé de la CL et de la vitrification concernant les ovocytes :

La problématique de la congélation de l’ovocyte est liée à sa forte teneur en eau, ce qui rend cette cellule très sensible aux variations de température. Ainsi, pratiquement toutes les données disponibles comparent les issues biologique et clinique des ovocytes frais avec celles des ovocytes ayant subi la vitrification en système ouvert, système permettant en théorie de minimiser le temps de passage à la phase cristalline. Une issue comparable des ovocytes frais ou vitrifiés a été rapportée dans plusieurs études prospectives randomisées, que ce soit pour le modèle du don d’ovocyte (Cobo et al. 2008 ; Cobo et al., 2010) ou les ovocytes vitrifiés au décours d’un programme d’AMP intraconjugal (Rienzi et al., 2010). Pour ces études, le TSI des ovocytes vitrifiés en système ouvert était supérieur à 95% et leur mise en fécondation par ICSI aboutissait aux mêmes résultats que ceux obtenu avec les ovocytes frais, en termes de taux : de fécondation, de clivage, de développement en embryons de belle qualité, de grossesse et d’implantation.

La conclusion des auteurs est ainsi que la vitrification des ovocytes en système ouvert aboutit non seulement à un excellent taux de survie des ovocytes congelé mais aussi que ses « compétences » ne sont pas altérées par cette procédure. A l’inverse, une étude prospective longitudinale, incluant les résultats de 234 cycles de FIV/ICSI cumulés avec ceux de 256 cycles de décongélation d’ovocytes congelés par CL avec 0.3M de sucrose, a montré un TSI de 72.8% (Magli et al., 2010). De plus, les auteurs décrivent une altération de l’issue biologique des ovocytes ayant survécu après ICSI avec notamment une qualité embryonnaire et une capacité de développement jusqu’au stade blastocyste significativement diminuée lorsque comparée avec les ovocytes frais. Les auteurs concluent ainsi à une perte de la compétence biologique des ovocytes congelés par CL.

De façon très intéressante, une étude très récente a comparé en utilisant la même méthodologie longitudinale l’efficacité de la vitrification des ovocytes par les systèmes « ouvert » et « fermé ». Ainsi, les issues biologiques de 48 et 49 cycles frais ont été comparées à celles de 51 et 53 cycles de décongélations utilisant un système ouvert (Cryotop) et fermé (Cryotip), respectivement (Paffoni et al., 2011). Les auteurs confirment une issue biologique comparable des ovocytes vitrifiés avec un système ouvert par rapport aux ovocytes frais. Cependant, ils décrivent une diminution significative des taux de fécondation, de clivage et d’obtention d’embryons de belle qualité concernant le recours à une vitrification en système fermé.

Les résultats comparés de l’issue biologique des ovocytes vitrifiés en système ouvert ou système fermé montrent que le TSI est nettement supérieur pour les ovocytes vitrifiés en système ouvert (82.8%) comparé au recours au système fermé (57.9% ; p=0.001). De plus, le taux de fécondation et la qualité embryonnaire obtenu à partir des ovocytes ayant survécu avec le système ouvert sont significativement plus élevés que ceux observés pour les ovocytes survivants au système fermé (Paffoni et al., 2011).

Ainsi, la vitrification des ovocytes en système ouvert semble montrer sa supériorité lorsque comparé à la fois à la CL ou à la vitrification en système fermé. Cependant, ce type de vitrification expose à un risque septique de contamination virale et/ou bactérienne puisque le contact est direct avec l’azote liquide ayant servi à vitrifier.

Ce type de risque est difficile à documenter et s’appuie essentiellement sur le principe de précaution, d’ailleurs extrêmement codifié en France depuis l’affaire du sang contaminé. Ainsi, seul le système fermé est autorisé en France malgré la supériorité attendue du système ouvert. Une possibilité de sécuriser en terme de risque septique le contact direct de l’échantillon à congeler avec l’azote liquide serait peut être de le stériliser par action de rayons ultra violets, comme une étude récente l’a d’ailleurs rapporté (Parmegiani et al., 2011)

Conclusions :

La vitrification embryonnaire, enfin autorisée en France, est un réel progrès dans nos centres d’AMP. En effet, la littérature démontre une nette amélioration de la survie des embryons congelés par cette méthode lorsque comparée à la CL. Ainsi, les embryons congelés sont disponibles à un taux nettement plus élevé qu’après CL pour un transfert intra utérin ultérieur, compte tenu d’une survie approchant les 100%. Elle autorise par conséquent la diminution significative du nombre d’embryons à transférer à chaque cycle, à la fois pour le transfert des embryons frais et celui des embryons congelés, puisque le praticien sait que le risque de perdre des embryons de la cohorte obtenue est proche de zéro.
Ce processus de vitrification embryonnaire modifie ainsi l’ensemble de la prise en charge des patients en AMP par une augmentation des chances de grossesses cumulées et par la réduction du risque de grossesse multiples, et sans risque surajouté pour les enfants nés grâce à cette technique (Wennerholm et al., 2009 ; Wiklands et al., 2010).

La vitrification ovocytaire est assurément un progrès qui révolutionnera nos pratiques, tout en posant de nombreuses questions. Sa supériorité, comparée à la CL, a été démontrée pour le système ouvert même si cette démonstration manque encore de puissance et là aussi, sans risque surajouté pour les enfants nés après congélation ovocytaire (Wennerholm et al., 2009). L’efficacité de la vitrification ovocytaire utilisant un système fermé reste à évaluer sur des séries plus importantes. L’enjeu est d’importance car cette technique offre de multiples applications notamment dans le cadre de la préservation de la fertilité des femmes soumises à des traitements stérilisants, de l’organisation du don d’ovocyte en France.
Elle pose également les questions toutes nouvelles de la place de la congélation embryonnaire à l’avenir et de la préservation de la fertilité dite de convenance, sur lesquelles la société française via la loi de bioéthique de 2011 s’est déterminée, à savoir en faisant tout pour réduire la congélation embryonnaire et en interdisant, pour l’instant, la préservation de fertilité de convenance.

Affaire à suivre….

Cette étude nous démontre par ces résultats et conclusions que la vitrification est une avancée spectaculaire tant pour les embryons que pour les ovocytes.

Cependant, il est encore regrettable que la vitrification ne soit pas encore en place dans toute les PMA en France.

Le même auteur fera une présentation sur « L’apport de la vitrification embryonnaire dans l’efficience d’une FIV » lors des prochaines JTA en Janvier 2014. 

L’article et ses Références bibliographiques sont ici sur le site des JTA (www.lesjta.com)