Participez à une étude sociologique sur la parentalité

Sage-femme à la maternité des Bluets à Paris, je mène actuellement une thèse de sociologie à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales sous la direction d’Irène Théry sur l’enfantement dans trois contextes spécifiques : le don d’ovocyte, les couples de femmes et la gestation pour autrui. En effet, l’hypothèse de départ de ce travail est qu’il n’existe pas une mais plusieurs façons de devenir parent, selon que l’on est une femme qui reçoit un don d’ovocyte, que l’on devient mère grâce à sa compagne qui porte son enfant, ou bien encore lorsqu’une femme porte l’enfant d’autrui (que ce soit pour un couple d’homme ou pour une femme qui ne peut pas porter son enfant). Ces diverses possibilités, loin d’être problématiques, sont selon nous une réelle chance, et la nécessité de faire avancer la recherche dans ce domaine est cruciale afin de dépassionner les débats et de faire émerger l’expérience des personnes plutôt que les discours idéologiques déconnectés de la réalité concrète.
Ce que l’on appelle en anthropologie le « travail de parenté » passe par différents gestes, paroles, actes, qui permettent de donner un sens et de désigner les parents de l’enfant, et qui permettent aussi de reconnaître celui-ci comme l’enfant des personnes qui ont souhaité sa naissance. On ne pourrait donc ni réduire la filiation au simple lien génétique (dans le cas du don d’ovocyte), ni au fait d’avoir accouché de l’enfant (dans les couples de femmes, ou pour les « mères porteuses »).

Mon étude consiste d’une part à mener des entretiens avec les parents qui ont eu recours à une technique de PMA dans l’un des trois cas (don d’ovocyte, couple de femmes, GPA), et d’autre part avec les professionnels en contact avec ces couples. Cette recherche se donne pour principal objectif de donner la parole aux personnes directement concernées par ces grands sujets de société, trop souvent traités sans prendre en compte l’expérience de celles et ceux qui sont devenus parents grâce à l’assistance médicale à la procréation et au don, ni celle des professionnels qui les ont accompagnés.

Dans ce cadre, je suis à la recherche de personnes qui accepteraient de partager leur expérience du don d’ovocyte au cours d’un entretien sociologique d’une durée d’environ une heure, entretien qui sera entièrement anonymisé et qui portera essentiellement sur le temps de la grossesse et l’accouchement.

Si vous (ou votre compagne) êtes enceinte ou avez accouché suite à un don d’ovocyte et que vous souhaitez participer à cette recherche, ou que vous connaissez des personnes susceptibles d’être intéressées, merci de me contacter à l’adresse h.malmanche@ehess.fr.

« L’engagement s’est déplacé du mariage vers la filiation »

Irène Théry répond aux questions d’une journaliste du Monde. Comme toujours, les propos sont intelligents, argumentés, inscrits dans l’histoire de l’évolution de la famille. Elle donne des éléments d’analyse des évolutions sociétales, des représentations de la famille, de la filiation, de la manière de faire des enfants au XXIème siècle. Très intéressant à lire. Prochaine étape lire le livre. Mais déjà lisez cette interview.

I.Théry.Couv.

La loi sur le mariage pour tous oblige à cesser de confondre parents et géniteurs. Les politiques doivent accompagner cette évolution des mentalités, souligne la sociologue Irène THERY.

Au terme d’une année marquée par des défilés de La Manif pour tous contre la supposée « familiphobie » de la gauche, entretien avec Irène Théry, sociologue, auteure, avec la juriste Anne-Marie Leroyer, d’un rapport commandé par le gouvernement intitulé Filiation, origines, parentalité, publié en septembre  2014 chez Odile Jacob. Elle revient sur les mutations traversées par la famille. 

Entretien

Propos recueillis par Gaëlle Dupont

Dans les enquêtes d’opinion, la famille arrive en tête des valeurs préférées des Français. Dans le même temps, on n’a jamais autant parlé de crise des valeurs familiales. Comment l’expliquez-vous?

Dire que les valeurs se perdent, c’est ne pas comprendre le changement du monde dans lequel nous vivons. Il n’y a pas moins de valeurs mais d’autres valeurs. Mais ce qui apparaît est bien plus difficile à voir que ce qui disparaît ! C’est pour les mettre en avant que notre rapport a pour sous-titre « le droit face aux  nouvelles valeurs de responsabilité générationnelle ». Avoir moins d’enfants, ce n’est pas un signe d’égoïsme, c’est vouloir assurer à chacun de bonnes conditions d’éducation. Ne pas se marier, ce n’est pas un refus de s’engager mais une autre façon d’affronter le défi du temps qui passe, dès lors que l’idéal du couple inclut la possibilité de rompre. L’engagement « quoi qu’il arrive » s’est déplacé du mariage vers la filiation. C’est sur elle que nous avons reporté tout notre besoin de sécurité et tout notre idéal d’indissolubilité et d’inconditionnalité.

Pour une partie de l’opinion, la famille est une institution immuable qu’il faut préserver. Vous montrez au contraire qu’elle subit d’importantes métamorphoses.

La place du mariage l’illustre parfaitement. C’est seulement avec la Révolution française que triomphe le droit de choisir librement son conjoint. Le mariage civil devient alors le socle de la seule famille reconnue. Une grossesse hors mariage signifiait pour les femmes la honte, et pour l’enfant ne pas avoir de père : les « bâtards » étaient de véritables parias sociaux. Des centaines de milliers de femmes du XIXe siècle se sont retrouvées enceintes d’enfants qui ont été marqués du sceau de l’infamie, acculées à l’abandon ou à l’infanticide. Ce monde d’hier a disparu sans même que l’on s’en rende compte. Le fait de se marier ou non est devenu une question de conscience personnelle : c’est là le cœur de la mutation contemporaine de la famille.

Quels ont été les ferments principaux de ces bouleversements ?

Le moteur majeur, c’est l’avènement de l’égalité des sexes comme une valeur cardinale de la démocratie. Les révolutions du XVIIIe  siècle, qui ont banni la hiérarchie des individus au nom de l’égalité et de la liberté, l’avaient conservée uniquement entre les femmes et les hommes. La hiérarchie, c’est l’idée que tout le monde ne peut pas être à la même place. Aux hommes la politique, la guerre, l’entreprise, la science, l’art ; aux femmes la maison, les enfants, les personnes âgées et l’art de recevoir. Dans cette conception, le mariage était une institution de la société globale qui, couple après couple, avait pour fonction majeure de faire le lien entre le monde masculin, public et politique, et le monde féminin, privé et domestique.

Pour lire l’article dans son intégralité, c’est par ici Via le site de NSAE (Nous Sommes Aussi l’Eglise) ce n’est pas du prosélytisme. Juste qu’ils donnent l’article dans son intégralité.

Pour ceux qui auraient un abonnement Au Monde, c’est par là

« PMA, du «ni vu ni connu» à la responsabilité » Tribune d’Irène THERY (Libération, 10/04/2014)

Ou quand le terme PMA fait l’objet d’attaques de toute part,

Victime d’amalgames, de faux procès, de ceux qui n’y connaissent rien et ne souhaitent qu’une raison d’exposer leur haine de l’autre, du différent,

Quand la PMA devient le bouc émissaire, que ça simple mention cloue au pilori

Quand certains; j’ose espérer à la marge, parlent plus fort que la majorité silencieuse,  et stigmatisent

Se rendent ils comptent que derrières ces sigles se cachent des centaines de milliers de couples en souffrances, des millions de proches impuissants face à cet enfer de l’infertilité ?

Une tribune, posée, argumentée, qui pointe les failles de la « bio-éthique » à la Française. Il n’est pas nécessaire d’être à 100% d’accord avec son auteur, la sociologue Irène THERY, pour comprendre les failles du système, ses conséquences, approuver la nécessite d’un débat, d’un repositionnement de celui.

L’article est ICI, n’hésitez pas à diffuser et commenter, que ce ne soit plus les mêmes qui toujours s’expriment….