Un protocole atypique en PMA : le cumul ovocytaire

Voici le témoignage et les explications de FORTUNA sur la technique du cumul ovocytaire. Encore assez peu pratiqué et donc peu connu.

 

Un protocole atypique en PMA : le cumul ovocytaire

En parcours PMA depuis près de deux ans, je fais partie de la grande famille des IO (Insuffisance Ovarienne pour les non-initiés) et je suis une mauvaise élève, ou plutôt une « mauvaise répondeuse » (à la stimulation). C’est ce qu’on m’a dit après ma première de tentative de fiv, échouée bien sûr, sinon je n’en serai pas là à vous parler du cumul ovocytaire.

Depuis cette sympathique annonce, j’ai cherché sans relâche tout ce qui pouvait être proposé aux Pmettes comme moi. Ainsi, après quelques heures passées sur le net, je suis tombée sur ce fameux protocole espagnol « New Hope », qui permet, grâce à la vitrification ovocytaire, de cumuler les ovocytes. Au passage, il faudrait que nous fassions un jour des courbes concernant le temps passé sur le net avant la PMA et à partir de l’entrée en PMA, ce serait assez drôle de voir comment la PMA = gros abonnement au net. Encouragée par mes trouvailles, je suis devenue une championne du monde de la vitrification, j’ai d’ailleurs participé à un colloque sur ce sujet avec les plus grands biologistes et gynécologues européens (dont le mien, il ne m’a pas vue, ouf !). J’étais dans l’auditoire ce coup-ci, mais la prochaine fois, qui sait… Bref, j’avais rédigé un compte-rendu suite à cette journée et, si ça vous intéresse, il est ici .

Si vous êtes une working girl et que vous n’avez pas le temps, ou si vous avez la flemme d’aller lire cet article, voici quelques éléments techniques importants. En France, la vitrification est autorisée depuis la loi de bioéthique de 2011. On peut vitrifier ovocytes et embryons mais les protocoles sont différents.

Définition de la vitrification : c’est la solidification d’une solution à très basse température, sans formation de cristaux de glace, qui permet une augmentation de la survie cellulaire. La congélation dure environ 1h30, alors que la vitrification dure moins de 2 secondes.

Mais revenons à nos moutons.

Comme son nom l’indique, l’objectif du cumul ovocytaire est de former un stock d’ovocytes et d’augmenter ainsi les chances de grossesse. Lors d’une fiv traditionnelle, on fait on subit une stimulation ovarienne, puis on fait on subit une ponction d’ovocytes en vue de la fécondation et puis on fait on apprécie le transfert d’embryons, si tant est qu’il y en ait. Au contraire, avec ce protocole, la fécondation et le transfert n’interviennent que bien plus tard. En effet, le cumul d’ovocytes est réalisé sur le long terme (c’est à dire sur plusieurs mois), en programmant deux ou trois cycles de stimulation/ponction au cours desquels les ovocytes sont récupérés et vitrifiés en attendant la fécondation.

De retour du colloque, j’avais pu échanger sur cette technique avec l’équipe médicale de mon centre et il se trouve que ce protocole de cumul ovocytaire avait déjà été mis en place chez eux depuis une année environ, j’ai donc pu en bénéficier. L’objectif espéré par mon gynécologue était de recueillir sept ou huit ovocytes au total.

Concernant le traitement, j’ai eu les mêmes les doses de stimulation que pour ma FIV précédente (cad des doses IMPRESSIONNANTES pour tenter de bousculer mes ovaires feignants : « eh oh, y’a quelqu’un là-dedans ? »). J’ai enchaîné deux cycles de stimulation/ponction et on a pu vitrifier quatre ovocytes matures (2+2). Après deux mois de repos bien mérité – enchaîner les deux premiers, waouh, ça décoiffe – on s’est lancés dans le troisième et dernier cycle de stimulation/ponction et avons récupéré un ovocyte frais mature (eh bien non, mon IO ne s’arrange pas !). Nous avons dé-vitrifié les quatre autres en parallèle. Le même jour, une fiv icsi a été réalisée sur quatre ovocytes (non, non, je ne me suis pas trompée dans mes calculs, je sais encore compter jusque-là mais un n’avait pas survécu à la dé-vitrification) et trois embryons ont été obtenus. Enfin, trois jours après, on m’a transféré deux « très jolis embryons » (dixit le labo), un provenant d’un ovocyte dé-vitrifié et un autre issu de l’ovocyte frais. Le troisième n’a malheureusement pas tenu (il devait être vitrifié au stade de blastocyste s’il arrivait jusque-là).

Il existe quelques variantes à ce protocole :

–       Seulement deux ponctions au lieu de trois si le stock d’ovocytes est suffisant au bout de deux.

–       Transfert effectué en différé, de façon à mieux préparer l’endomètre (mais dans ce cas, seuls des ovocytes dévitrifiés sont microinjectés et non pas des ovocytes frais).

Maintenant, voici, selon moi, la liste des avantages et inconvénients de ce protocole :

Les avantages du cumul ovocytaire :

–       il permet d’accumuler des ovocytes en cas de mauvaise réponse aux stimulations, pour augmenter les chances de grossesse

–       il permet d’accumuler des ovocytes de cohortes différentes et de réduire le risque « 0 embryon » lors de la fécondation

–       il ne compte que comme une seule tentative sécu (puisque la tentative est comptabilisée quand il y a le premier transfert)

–       il n’y a pas la pression du transfert au début du protocole

–       il n’y a pas de pression sur Monsieur pendant les premiers cycles de stimulation (le recueil se fait à la dernière ponction)

–       il permet de prévoir éventuellement un transfert différé, de façon à être mieux préparée pour accueillir l’embryon. En effet, le traitement pour un transfert seul prépare mieux l’endomètre (et surtout, on ne subit pas juste avant le transfert le traitement lourd de la stimulation, ni la ponction). Mais, dans le cas de ce transfert différé, on ne féconde que des ovocytes dé-vitrifiés (et non pas frais).

Les inconvénients :

–       le risque à la dévitrification des ovocytes (qu’ils ne résistent pas) et le sentiment de gâchis si cela arrive. Malgré tout, la vitrification d’un ovocyte est assez sûre car il n’a pas subi de transformation (alors que l’embryon, après une icsi, est fragilisé car sa membrane a été percée)

–       la fatigue qu’il engendre si on enchaîne les cycles rapidement (avec des doses de stimulation importantes, mais comme en fiv classique quand on est en IO)

–       le coût de la vitrification et de la dévitrification (actes non remboursés par la sécu, mais qui l’ont été par notre très bonne mutuelle)

–       la longueur du protocole (on aimerait bien faire un transfert plus vite !)

Vous l’aurez compris, c’est un protocole de longue haleine, où PATIENCE est le maître mot (comme souvent en PMA) et qui reste une possibilité offerte mais non pas une solution miraculeuse, puisque il ne soigne malheureusement pas l’IO. Dans mon cas, après trois ponctions et un protocole d’une durée totale de cinq mois, quatre ovocytes micro-injectés seulement, ce n’est pas énorme, mais c’est mieux que rien dira-t-on… Certes, nous ne sommes pas parvenus à la quantité totale d’ovocytes espérée (4 au lieu de 7-8), mais nous étions bien contents de s’en tenir là et de ne pas avoir à subir une quatrième ponction… Par contre, je ne sais pas pourquoi je n’ai pas bénéficié d’un transfert différé. Certaines femmes en cumul ovocytaire dans mon centre en bénéficient et je ne sais pas ce qui motive le choix de l’équipe médicale, ce sera une question à poser lors de mon prochain rendez-vous.

Je voudrais aussi préciser que, selon une étude (dont on a parlé au colloque), le taux de grossesse est identique à celle avec l’utilisation d’ovocytes frais et la survie ovocytaire après vitrification est de 85% (voire de 90% dans le cadre du don d’ovocytes, je suppose que ce chiffre est plus élevé grâce à l’âge des donneuses).

J’aimerais pouvoir vous dire que ce protocole de cumul ovocytaire a changé ma vie, mais ce n’est pas le cas. La date de ma prise de sang est tombée sur la journée de l’infertilité. Etait-ce juste une coïncidence ou bien un signe ? Dans tous les cas, le résultat est malheureusement négatif. Pourquoi ? Malformation génétique des embryons ? Endomètre pas ou peu accueillant ? On ne le saura jamais.

Et maintenant, que fait-on ? Nous avons rendez-vous avec le biologiste et mon gynécologue au cours du mois de juin pour en parler et envisager la suite. Je ne sais pas si nous aurons la force de repartir pour un nouveau cumul ovocytaire et le temps presse. Nous envisageons sérieusement de faire appel au don d’ovocytes.

A suivre…