Préservation de la fertilité – discriminations et réalité française

Aujourd’hui, nous donnons la parole à J. au sujet de la préservation de la fertilité. Entre manque d’information, discriminations et souffrances, elle nous dévoile un morceau de son parcours de femme pour préserver sa fertilité, dans l’espoir d’avoir un jour des enfants. La révision de la loi de bioéthique va devoir statuer sur la préservation hors contexte d’infertilité. Pour rappel BAMP, demande que toutes les femmes qui le souhaitent puissent accéder à une information et un bilan de fertilité et à une préservation de leur fertilité (si elles le souhaitent). La pétition que nous avions lancée il y a 5 mois, lors de la publication de l’avis du CCNE est toujours active, vous pouvez la signer ici. Pour que cette situation change en 2018 !

Laissons J. répondre à nos questions

Est-ce que tu peux te présenter ?
J’ai 38 ans, je suis parisienne, je travaille dans le secteur des ressources humaines, et je suis célibataire.

Avant de t’engager dans un processus de préservation de ta fertilité, avais-tu déjà pensé /envie d’avoir des enfants un jour ?
J’ai toujours voulu avoir des enfants. Je n’ai malheureusement pas encore rencontré la bonne personne.

Cette préservation, elle représente quoi pour toi ? Un potentiel enfant ? Une assurance fertilité ? Un acte réalisé sous les pressions qui pèsent sur les femmes ?
J’ai voulu congeler mes ovocytes afin de préserver ma fertilité et de pouvoir ainsi un jour fonder une famille, mon rêve depuis toujours.

Est-ce que tu a pris la pilule ? Combien de temps ou depuis combien d’années ?
J’ai pris la pilule pendant 20 ans. Je l’ai arrêtée cet été quand j’ai décidé de m’engager dans ce processus de préservation de la fertilité.

Est-ce que tu es suivi par un gynécologue ?
J’étais suivie par une gynécologue oui, mais elle ne m’a pas vraiment soutenue dans mon projet, probablement à cause de la loi française qui réserve la PMA aux seuls couples hétérosexuels et exclut ainsi les femmes célibataires. Alors j’ai essayé d’en changer, mais ce n’est pas facile de trouver un ou une gynécologue qui accepte de soutenir les femmes célibataires dans ce projet.

As-tu déjà reçu une information sur la fragilité de la fertilité féminine et sa « courte » durée ?
Je déplore le manque d’information sur la fertilité. Je n’ai pas été informée sur la chute de la fertilité après 35 ans, le seul discours qu’on m’a tenu était qu’on faisait des enfants de plus en plus tard de nos jours, et qu’il ne fallait pas que je m’inquiète.

Quand as-tu pris conscience/ décidé d’aller faire vitrifier tes ovocytes ?
A 35 ans j’ai commencé à réfléchir à ce sujet sérieusement, j’ai vu sur internet qu’on pouvait faire congeler ses ovocytes à l’étranger. J’en ai parlé à ma gynécologue qui m’a écrit le nom de la clinique qu’elle connaissait en Espagne tout en me disant que le peu de femmes qu’elle avait suivies dans ce processus avaient plutôt 38 – 39 ans, ce qui m’a dissuadée de m’engager dans cette démarche à ce moment-là, croyant que j’avais encore le temps.

Qu’est-ce qui t’as décidé à passer le pas ? Informations grand public ? Information via un médecin ? Autres ?
A 38 ans j’ai repensé à la phrase de ma gynécologue (l’âge moyen de 38 – 39 ans), je me suis dit qu’il était temps, que je n’avais toujours par rencontré la bonne personne pour fonder une famille et qu’il fallait que je préserve ma fertilité pour pouvoir fonder une famille un jour.

Cette décision a-t-elle été difficile à prendre ou pas ? Si oui, qu’est-ce qui a été le plus dur ?
Cette décision a été difficile à prendre car c’était le plan B, celui qu’on active quand on n’a pas réussi à faire ce qu’on voulait vraiment faire, à savoir fonder une famille à temps, comme toutes mes autres amies. Tout a été dur, l’énergie et le temps que ça demande, les fonds que ça exige, la peur de devoir se piquer dans le ventre avec toutes ces hormones et ne pas supporter leurs effets indésirables, la peur de l’échec, l’horrible nouvelle de ma très basse réserve ovarienne suite au bilan hormonal, et le pire, le fait de ne pas être soutenue et d’être discriminée par l’Etat français et tout le système de santé qui en dépend.

Est-ce que tu as été accompagné par un gynécologue en France dans cette démarche ?
Ma gynécologue a accepté de me faire les ordonnances pour le bilan hormonal, et ensuite les ordonnances pour les contrôles de suivi pendant le traitement hormonal, mais a par contre refusé de me prescrire le traitement hormonal (1400 euros à ma charge). A la suite de mon bilan hormonal, quand j’ai reçu les résultats de l’AMH et de la FSH (taux permettant d’évaluer la réserve ovarienne), et que j’ai compris que j’avais de gros problèmes de fertilité, elle ne m’a pas reçu en rdv, on a juste échangé 5 minutes au téléphone. Avec du recul aujourd’hui je ne comprends pas pourquoi elle ne m’a pas reçue en rdv au vu de ces résultats catastrophiques. Je suis en insuffisance ovarienne précoce, et j’ai dû le découvrir en lisant des forums, des articles scientifiques, et en consultant après coup deux autres gynécologues, consultations qui m’ont été très difficiles à obtenir vu que je suis célibataire.

Est-ce que tu as été accompagné par ta famille ? Tes ami-es ? Autres ?
Je suis partie en Espagne avec une amie, ça a été très difficile de trouver une personne capable de me suivre à l’étranger. En effet, c’est une procédure comme toutes les procédures de PMA qui suivent le cycle de la femme et donc on ne peut pas prévoir le voyage plus de 48 heures avant. Je n’en ai pas parlé à ma famille, je n’ai pas osé.

Avant de partir, est-ce qu’un bilan de fertilité t’a-t-il été proposé ?
Oui, j’ai fait un bilan complet un mois avant de partir, voir mes réponses plus haut.

Comment s’est passé l’aspect médical de ton protocole de stimulation en vue de la préservation ?
Le traitement hormonal s’est bien passé car une amie infirmière a accepté de me montrer comment faire les piqures la première fois. J’étais terrorisée à l’idée de devoir me piquer mais sa présence m’a vraiment apaisée. J’ai réussi à trouver un laboratoire d’analyse et un laboratoire de radiologie assez proches de mon travail pour mon suivi. Les radiologues étaient très disponibles pour ces examens, ayant des créneaux réservés tous les matins pour les échographies pelviennes. Après coup j’ai réalisé que le suivi échographique était peut-être un peu rapide, la radiologue ayant vu 7 follicules alors qu’à la ponction on m’a ensuite assuré qu’il n’y en avait que 5 et que la radiologue avait dû se tromper.

Comment s’est passé l’aspect social pendant ton protocole de stimulation en vue de la préservation ?
Mes deux chefs à mon travail ont été compréhensives, elles m’ont laissé arriver un peu plus tard que d’habitude un matin sur deux pendant toute la période de stimulation. Je pense que j’ai réussi à construire une relation de confiance avec elle et c’est ce qui explique que j’ai pu gérer mon emploi du temps à mon rythme. Par contre lors de mon départ pour la ponction, j’ai dû prendre des jours de congés personnels car je ne me sentais pas capable d’annoncer aux gérants de mon entreprise que j’allais suivre une intervention de PMA, même si je savais que j’avais le droit à des jours selon la loi française.

Dans quel pays es-tu partie ?
Je suis partie en Espagne, à Barcelone.

Pourquoi ?
C’est la clinique dont m’avais parlé ma gynécologue, et c’est celle qui avait l’air la plus sérieuse, la plus avancée médicalement. Je n’avais pas trouvé d’études sérieuses comparant les cliniques donc j’ai suivi mon instinct, je ne sais pas si j’ai bien fait, de toute façon quand on a pas de droits en France on fait comme on peut ailleurs, et parfois ce n’est pas le meilleur choix mais on ne le réalise qu’après.

En partant à l’étranger pour réaliser cet acte médical, n’avais-tu pas l’impression de marcher sur les pas des femmes qui dans les années précédant la loi Veil sur le droit à l’avortement, passaient les frontières françaises pour aller avorter ?
Je n’ai pas pensé à la loi Veil, mais une chose est sûre j’étais extrêmement triste, triste de me dire que j’étais discriminée dans le pays que j’avais autant chéri par le passé. Ayant eu la chance de vivre et d’étudier dans plusieurs pays dans le monde pendant 7 ans, j’ai pu comparer les systèmes politiques et les systèmes de santé, et j’étais persuadée que la France était un pays libre et social, et donc en accord avec mes valeurs. C’est avec effroi que j’ai pu lire les textes sur la PMA réservant l’accès aux droits aux couples hétérosexuels uniquement, et que j’ai pu constater que je n’y avais pas droit, malgré mon insuffisance ovarienne, que j’étais exclue : pas d’ordonnance pour les médicaments, pas de rende- vous chez le gynécologue si je ne venais pas avec mon conjoint etc…

Combien as-tu dépensé pour cet acte à Barcelone ?
Toutes mes économies, 3500 euros. Je n’ai plus rien en banque, c’est très difficile.

Ta tentative récente a échoué, car un seul follicule sur ce cycle. Comment as-tu réagi aux deux mauvaises nouvelles arrivées en même temps : pas de préservation possible et une possible insuffisance ovarienne ?
C’était très dur. J’avais été mal informée. Si j’avais le droit à la PMA en France j’aurais pu demander un deuxième avis facilement, et on m’aurait peut-être dit que j’étais en insuffisance ovarienne et que cela ne servait plus à rien de préserver ma fertilité. Mais je n’ai pas eu de 2ème avis et j’ai réalisé que j’avais été faire cette procédure pour rien.

Que vas-tu faire ? Dans quel état psycho-social te trouves tu, au retour de cette tentative échouée ?
Je ne vais pas bien. J’ai vu une psychologue spécialiste de la fertilité pour un rdv de 45 minutes samedi dernier. Je n’ai pas les moyens de la voir régulièrement, mais ça m’a fait du bien.

Comment as-tu reçu l’avis du CCNE (comité consultatif national d’éthique) qui est contre la préservation de la fertilité qu’ils nomment « sociétale » ?
Je suis choquée, surtout qu’il contredit l’avis de l’Académie de Médecine émit quelques jours plus tôt, le rapport de l’Académie de médecine de juin dernier est très bien écrit et je ne reprendrai pas ses arguments il vaut mieux le lire ( ICI) mais c’est une évidence que la préservation de la fertilité est une procédure à la fois nécessaire et juste, aussi bien pour les femmes célibataires que pour les milliers de couples qui partent à l’étranger pour faire appel au don d’ovocyte car la France n’est pas en mesure de répondre à leurs problèmes d’infertilité. L’avis du CCNE et est en désaccord avec presque toutes les pratiques européennes, la France devrait se poser des questions si elle fait figure d’exception, nous ne sommes plus au 19eme siècle.

Pense-tu que la préservation de la fertilité doit être rendue possible pour toutes les femmes qui le souhaitent ?
Je pense que le plus important c’est d’informer la population. Ce n’est pas normal qu’il y ait des panneaux « mangez 5 fruits et légumes » partout et qu’il n’y ait en comparaison presque rien sur les problèmes de fertilité. Cela s’appelle la prévention dans le domaine de la santé publique et cela devrait être une priorité : informer. Le rapport de l’Académie de Médecine le dit clairement « Le premier devoir éthique est en effet d’informer les femmes de l’influence de l’âge sur leur fécondité naturelle, ce que trop d’entre elles ignorent ». Par ailleurs je pense que le plus important c’est de vivre avec son temps, la France devrait prendre en considération le vieillissement de la population et le fait que les femmes font des enfants de plus en plus tard, et agir en conséquence. Enfin, je suis outrée que la France discrimine les femmes célibataires en ce qui concerne la PMA (et toutes autres discriminations bien sûr).

As-tu l’impression que cet échec et tout ce que cela implique, bouleverse totalement ta vie actuelle, remet en question ta vie passée et oblitère ta vie future ?
Je ne sais pas, je suis perdue car c’est une annonce très dure que d’être en insuffisance ovarienne précoce et de ne pas pouvoir avoir d’enfants de soi, et ceci de surcroit dans un pays où l’on est discriminée parce qu’on est seule.

Est-ce que tu as un message particulier à faire passer aux personnes qui vont réviser la loi de bioéthique et voter ou pas des changements importants pour la vie de nombreuses femmes ?
Comme je le disais plus haut : Informer, vivre avec son temps, et ne pas discriminer.

Qu’est-ce qui est le plus douloureux pour toi aujourd’hui ? Le traitement et la ponction ? Les représentations sociales de la préservation ? L’interdiction posée par la loi française ? L’incertitude vis à vis d’une possible grossesse avec tes ovocytes ?
Tout est dur, mais le plus dur c’est d’être discriminée, comment est-ce possible que je vive et travaille dans un pays qui m’exclut ? Je suis doublement seule, seule car célibataire, et seule car pas soutenue par mon propre pays.

Si l’information t’avais été donné au bon moment, penses-tu que tu y aurais été sensible ?
Oui, bien sûr ! Qui ne sait pas aujourd’hui qu’il faut manger 5 fruits et légumes par jour ? C’est de la prévention et la prévention c’est pour tous les spécialistes de santé publique l’intervention la plus cout-efficace (mon ancien métier était spécialiste de santé publique d’où mes connaissances dans le domaine). C’est le devoir de la France d’informer sur un sujet aussi essentiel que la fertilité.

Penses-tu que tu cela aurais changé ta vie ? De quelle manière ?
Je ne sais pas. J’aurais surement congelé mes ovocytes plus tôt. Ou j’aurais fait une enfant seule à l’aide de l’IAD. Maintenant c’est trop tard.

Que faudrait-il faire pour que l’information des jeunes générations soit possible ?
Informer, informer, informer. Il y a mille façons, par l’éducation, par la presse, ce n’est pas mon métier, mais la France en est capable, je me répète mais tant pis : 5 fruits et légumes, ça on a su faire, alors pourquoi pas informer sur un sujet qui concerne la moitié de la population française ?

 

Merci J.

 

En France bien que la loi autorise la préservation de la fertilité, depuis toujours pour les hommes (qui veulent faire une vasectomie) et depuis 1986 pour les femmes dans le cadre de la FIV, nous constatons quotidiennement depuis la création de notre association que dans la réalité quotidienne des femmes en France cette information et l’accès à cette préservation ne se fait pas. Le dernier rapport de l’INCA et de l’agence de la biomédecine sur la préservation dans le cadre du cancer, qui est l’indication première, ne se fait pas. Ce qui est vraiment problématique.

En 2014, la première loi de bioéthique fixe un cadre pour la préservation de la fertilité : L’article L. 2141-11 du Code de la Santé Publique stipule que : «Toute personne peut bénéficier du recueil et de la
conservation de ses gamètes ou de son tissu germinal lorsqu’une prise en charge médicale est susceptible d’altérer sa fertilité, ou lorsque sa fertilité risque d’être prématurément altérée« . Le texte ne précise pas spécifiquement ce qui « est susceptible d’altérer sa fertilité ».

Les traitements gonadotoxiques (pour traiter un cancer), les insuffisances ovariennes précoces (mais si les bilans de fertilités ne sont pas fait comment savoir que nous sommes en IOP ?, l’endométriose (mais si vous connaissez des femmes atteintes d’endométriose à qui ont à préconiser une préservation de la fertilité par ponction ovocytaire, j’aimerais bien les rencontre.

Les donneuses d’ovocytes peuvent, si elles « produisent » assez d’ovocyte (+ de 5), conserver pour elle-même. Mais dans l’état actuel de la loi, elles ne pourront utiliser leur gamètes conserver que dans le cadre d’une AMP en couple hétérosexuel)

Le dernier rapport conjoint de l’INCA et de l’Agence de la biomédecine précise que  17200 personnes DEVRAIENT POUVOIR bénéficier d’une information sur la préservation de leur fertilité avant un traitement contre le cancer.  Le rapport précise même : « l’accès à la préservation de la fertilité n’est actuellement pas effectif pour l’ensemble des personnes concernées« . La marge de progrès est énorme, surtout lorsque l’on sait l’augmentation des cas de cancers.

Il y a donc URGENCE à mieux INFORMER sur la fragilité et la courte durée de la fertilité féminine, les femmes et les gynécologues qui les prennent en charge.

Il y a urgence à PROPOSER des bilans de fertilité aux femmes qui le souhaiteraient.

Il y a urgence à ce que la loi de bioéthique soit MODIFIEE pour être plus cohérente avec la santé reproductive des femmes, avec leur liberté de faire des choix éclairés en ce qui concerne leur fertilité.

 

Venez signer la pétition BAMP sur ce sujet, venez rejoindre l’association engagée dans ce combat pour les droits des femmes

L’autoconservation des ovocytes un droit féministe ?

Il est impressionnant de voir que la pétition demandant que Simone Veil, puisse reposer au Panthéon, accumule plus de 200 000 signatures en quelques jours. Il y a même plus d’une dizaine d’autres pétitions qui ont été lancés sur cette même demande !

Une évidence, si la famille Veil est d’accord, de mettre à l’honneur cette femme qui a permis à de nombreuses femmes de pouvoir bénéficier d’un droit à décider de leur fertilité, à bénéficier d’un soin lorsqu’elles ne souhaitent pas poursuivre une grossesse. Une avancée obtenue, il y a 43 ans seulement !

Simone Veil est morte, elle va rentrer au Panthéon. Pourtant les combats pour que les femmes puissent avoir le droit de décider de leur fertilité ne sont pas terminés.

L’avis du CCNE sur l’autoconservation des ovocytes en est un, qui n’est pas encore gagné, si nous ne nous mobilisons pas.

Comme nous l’avons écrit dans notre précédent article sur ce sujet, notre association se mobilise depuis sa création pour ce droit, en allant sensibiliser les politiques, en témoignant auprès des journalistes, en diffusant son Manifeste, en lançant une pétition pour tenter de montrer que de nombreuses personnes (les hommes aussi peuvent signer pour un droit accordé aux femmes !) souhaitent que le droit à l’autoconservation soit possible pour toutes les femmes qui en éprouveraient le besoin, sans avoir besoin de s’expatrier à l’étranger……….comme le faisaient les femmes avant le vote de la loi Veil, pour aller avorter à l’étranger.

MAIS…….il est impressionnant de voir, que la pétition que nous avons lancé (en vérifiant avant qu’il n’y en ai déjà pas une sur le même thème), n’a à ce jour reçu que 177 signatures……… ah, ah, ah, ah c’est drôle et c’est inquiétant à la fois. Peut-être que ce droit n’intéresse personne ? Pourtant, nous recevons des messages de femmes qui aimeraient pouvoir le faire, pourtant nous femmes infertiles aurions aimé pouvoir en bénéficier. Peut-être que les « gens » considèrent que c’est acquis, mais tant qu’une loi ne l’a pas inscrit en tant que droit…….ce n’est pas gagné.

Est-ce que Simone Veil, l’aurait signé ? On ne peux pas le savoir, mais par contre, on peut se mobiliser pour que d’autres personnes bien vivantes elles, puissent le faire. A moins que les droits féministes, soient eux aussi enterrés au Panthéon avec cette figure tutélaire ?

Merci de signer et partager cette pétition.

https://www.change.org/p/pour-l-autoconservation-des-ovocytes?recruiter=661610540&utm_source=share_petition&utm_medium=twitter&utm_campaign=share_twitter_responsive

 

Si vous voulez aller plus loin sur la question FEMINISTE

 

 

On nous prend pour des quiches ? Avis du CCNE, sur l’autoconservation des ovocytes

Il nous semble important de revenir sur la question de l’autoconservation ovocytaires, qui n’a pas obtenu la bénédiction du CCNE. Alors qu’il indique que « Le déclin de la fertilité est une déficience pathologique », pourquoi ne pas donner un avis favorable sur une des possibilités offertes, par les progrès de la science, pour y remédier justement ?

A la lecture de cet avis, je m’attendais à des arguments de haute volée, les sages du CCNE, ayant pris le temps de la REFLEXION éthique, de l’ANALYSE éthique et de l’ECRITURE éthique. Mais finalement, après avoir lu dans le détail, les 78 pages de l’avis n°126 (15 juin 2017) intitulé « Avis du CCNE sur les demandes sociétales de recours à l’assistance médicale à la procréation (AMP) », et plus précisément en ce qui concerne l’autoconservation des ovocytes, l’impression générale qui en ressort, c’est un manque d’envergure intellectuelle tant sur l’analyse que sur les propositions.

C’est aussi une vision un peu obsolète de ce que sont les femmes qui est proposé dans ce texte. Sur leurs capacités d’analyse, sur la place qu’elles occupent dans la société actuelle, dans le travail. Un paternalisme dégoulinant de bons sentiments à l’encontre des femmes qu’il faudrait protéger d’elles-mêmes, et du monde du travail et a qui, il est conseillé de penser à faire des enfants plus tôt. Proposition certes évidente biologiquement parlant, mais qui en termes de communication efficace, risque de résonner dans le vide aux oreilles des femmes de 2017.

Ce qui est aussi très surprenant et redondant à plusieurs endroits du texte, ce sont tout un tas de Lapalissades qui loin d’éclairer le lecteur, le laisse dans un état dubitatif, quand il se dit qu’il est en train de lire un texte écrit par de « grands intellectuels » comme l’a souligné Monsieur DELFRAISSY (président du CCNE) mardi soir sur France Inter. Par exemple pour expliquer la « disjonction entre la personne et les éléments de son corps » dans le prélèvement d’ovocytes on nous annonce (page 5). que : «Les ovocytes prélevés « jeunes » seraient intégrés après leur fécondation dans un corps qui aurait vieilli »……..Marty McFly sort du CCNE !

Les membres du CCNE nous parlent du souci éthique que pose la disjonction entre le corps, la procréation et la filiation, avec l’AMP et encore plus avec le don de gamètes. Justement faire vitrifier ses ovocytes, permet de résoudre cet aspect en faisant correspondre la procréation « génétique » avec la filiation, puisque la femme utiliserait ses ovocytes et non ceux d’une donneuse.

Pour le CCNE, cette potentielle vitrification serait non pas une « assurance, mais une pseudo assurance »…..puisque l’autoconservation obligera à une procédure de FIV, oui, c’est encore une fois une évidence qui est énoncée et qui semble nous prendre pour des idiotes, qui pensions qu’une fois nos ovocytes congelés, il suffisait de les gober pour voir arriver une grossesse !

L’argument suivant, que vous pourrez trouver page 11, est encore plus surprenant. L’auteur nous indique qu‘une « FIV-ICSI avec ses propre ovocytes conservés, dont le succès peut être estimé comme ne dépassant pas 60-70% », c’est un taux de réussite énorme, si on le compare aux taux de réussite des FIV (en situation d’infertilité) qui tournent en moyenne entre 20 à 25%. Donc si l’on suit leur logique, il vaut mieux faire des FIV dont les taux de réussite sont mauvais plutôt que de profiter des 60 à 70 % de taux de réussite dans le cadre d’une FIV avec ces ovocytes autoconservés.

Autoconservation à des fins de «précaution» pourquoi utiliser ce terme ? Pour nous, personnes infertiles, stériles, faire vitrifier ses ovocytes, c’est de la prévention, un acte médical pour prévenir « le déclin de la fertilité » en tant que « déficience pathologique ». Préserver plutôt que d’accumuler des échecs 10 ou 15 ans après ! Pourquoi d’un côté dire OUI, il y a déclin et déficience et de l’autre dire, non à la proposition de préserver ?

Est-ce par manque de connaissances sur ce sujet ? Il est important de noter que les associations de femmes, ou les associations de personnes infertiles, stériles n’ont pas été auditionnées par les « Sages » du CCNE. Ce n’est pas faute de les avoir sollicités et ce depuis 2013.

Pour paraphraser un célèbre « magazine plus féminin du cerveau que du capiton » et pour résumer l’argumentaire du CCNE sur l’autoconservation : « On nous prend pour des quiches ! ». Justement, une des grandes idées de cet avis, c’est de préconiser comme moyen d’information, le recours aux magazines féminins qui en prennent quand même pour leur grade au passage : « certains ayant tendance à présenter de manière très positive les grossesses tardives sans informer sur l’augmentation des risques ».

Mais ce qui est le plus affligeant, rien ou si peu sur la nécessité, comme nous le demandons dans notre manifeste, sur la mise en place d’une VRAIE POLITIQUE d’information, de sensibilisation, de prévention, sur la fertilité humaine, sur l’infertilité, en direction des jeunes femmes et des jeunes hommes (propositions numéros 1, 2, 3, 5, 6, 7 du manifeste BAMP), qui s’appuierait sur les médecins généralistes, les gynécologues de villes, les médecins et infirmiers scolaires et universitaires, et sur les associations qui ne semblent ne pas exister pour les « sages » du CCNE (ni auditionnées, ni envisagées comme actrices dans l’information des femmes).

Le CCNE avance l’argument de l’autonomie des femmes à décider et à faire des choix. Là on applaudit, donnons la parole aux femmes, faisons confiance en leur intelligence, en leur capacité à faire des choix éclairés. Mais finalement, le CCNE nous dit que les femmes doivent renoncer, réfléchir, faire des enfants plus tôt, prendre conscience que la « maternité ne s’assimile pas, à un renoncement professionnel, social et personnel ». On le sait bien, les femmes vivent dans un monde parallèle, hors sol du reste de la société, donc rien ne s’imposent à elles du fait des autres, de l’organisation du travail, de la répartition des tâches et des rôles socio-économiques et reproductifs. Cette phrase que vous pouvez trouver en bas de la page 15 , aurait été plus en phase avec la réalité du monde du travail, rédigée ainsi : « afin que la maternité ne s’assimile pas, POUR LES ENTREPRISES, à un renoncement professionnel, social et personnel ». Or, là le CCNE fait porter encore un fois, toute la responsabilité de cette situation aux femmes, pauvres cruches qui pensent que la maternité les éloigne du monde du travail et qui donc repoussent leur maternité pour ne pas s’exclurent.

Dans sa conclusion le CCNE tente de justifier son refus, avec le résumé des arguments CONTRE et POUR :
POUR l’autoconservation :
· « L’autonomie des femmes » pourrait s’exercer. Pas trop tôt ! Merci.
· Nécessite une information sur les contraintes, les risques de l’autoconservation et les taux de réussite de l’AMP. L’information c’est toujours bien, nécessaire sur les réalités de l’AMP, libre ensuite à chacun d’en faire ce qu’il souhaite dans ses choix de vie.
· Permet de « repenser l’organisation vie privée / vie professionnelle ». C’est une chose qu’il faudrait vraiment que la société, le monde du travail repensent justement.
· « Fait porter le poids financier de cette vitrification sur les femmes » et non sur la sécurité sociale. Donc pas de problème de sous-sous, sauf peut-être pour les femmes qui n’auraient pas les moyens ? Et celles qui découvriraient, qu’elles sont infertiles, voir stériles ? Il semblerait que les « sages » n’aient pas réfléchis à cela.

CONTRE l’autoconservation :
· Le « risque des grossesse tardives »…………mais une information éclairée existe déjà, il faut certes l’intensifier. De plus, les femmes n’ont pas attendu la vitrification pour faire des bébés plus tard !
· Le « risque des pressions socio-professionnelles »……..Elles existent déjà de façon importantes pour pleins d’autres raisons qui ne sont pas QUE du fait des femmes, loin de là.
· Le « bénéfice de la méthode face aux moyens engagés »………Donc il vaut mieux attendre plus tard et accumuler des tentatives de FIV, sans succès ? Quid aussi des femmes fertiles, qui vivent avec un homme infertile ou stérile ?

Etrangement, de notre point de vue, même les arguments soi-disant CONTRE, ne tiennent pas la route de la logique et de la réflexion sur le thème de la prévention versus recours à l’AMP plus tard. Et pourtant, le CCNE termine page 17 sur : « Compte tenu de ces éléments, la proposition d’autoconservation ovocytaire à toutes les femmes jeunes qui le demandent, en vue d’une hypothétique utilisation ultérieure, paraît difficile à défendre ». Voilà, mesdames vous pouvez rentrer chez vous, les « sages » ont conclu.

Peut-être que si les «sages» du CCNE avait demandé leur avis aux personnes infertiles, stériles, aux femmes qui n’ayant pas pu conserver leur ovocytes à un âge où ils auraient été performants, ont accumulés des tentatives de FIV, des échecs, des remises en questions personnelles, sociales, un engagement parfois par dépit dans une FIV avec don d’ovocytes. Ils auraient pu être éclairé autrement sur la nécessité d’autoriser l’autoconservation des ovocytes aux femmes qui en éprouvent le besoin ?

Il y a une nécessité à repenser la fertilité et son corollaire l’infertilité dans le contexte actuel où les pollutions environnementales perturbent de plus en plus nos fertilités, où l’organisation sociale du travail impose un rythme de vie qui influe directement sur la vie privée des personnes, où les structures familiales et reproductives bougent. Il faut situer cette question de l’autoconservation des ovocytes et du recours à l’AMP si besoin, dans une pensées complexe, qui semble avoir fait défaut aux sages du CCNE.

Au passage nous vous rappelons que les hommes sont autorisés à conserver leurs spermatozoïdes lorsqu’ils font le choix de réaliser une vasectomie et ce depuis des lustres. Est-ce qu’on leur demande s’ils ont bien conscience « de la dissociation immédiate entre leur personne et des éléments de leur corps » (page 10), avant de signer l’ordonnance préconisant la préservation de leurs spermatozoïdes ?

L’Académie de Médecine, au contraire du CCNE et le Conseil National des Gynécologues et Obstétriciens Français se sont prononcés favorablement pour cette autoconservation ovocytaire, récemment pour le premier et depuis plusieurs années pour le deuxième.

Il faut souligner que cet avis contient aussi un texte des « sages » qui se sont prononcés POUR l’autoconservation des ovocytes. Pages 47 et 48, « Autoconservation ovocytaire : position ouvrant la possibilité d’une autoconservation ovocytaire chez les femmes au -delà de 35 ans ». On tique sur l’âge proposé pour cette autoconservation, quand les spécialistes indiquent que l’âge optimal pour réaliser cette autoconservation se situe entre 25 et 35 ans, qu’au-delà, les gamètes commencent généralement leur déclin.

Nous vous invitons aussi à relire les textes que nous avons déjà écrits sur le sujet de la préservation de la fertilité et l’autoconservation des ovocytes hors contexte d’infertilité.

Nous vous invitons aussi à signer notre pétition sur la base du Manifeste « 48 propositions pour améliorer la prise en charge de l’infertilité et de l’AMP en France ». Vous pouvez aussi rejoindre l’association dans ses actions de sensibilisation et d’information en direction des députés, sénateurs et de notre nouveau gouvernement.
Si le gouvernement décide de faire passer ces changements dans le cadre d’ordonnances, le temps est compté. S’il envisage que ce sujet soit traité dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique, les débats autour de la révision commencerons fin 2017 pour un vote de la loi en 2018. Dans tous les cas, le temps est compté pour faire grandir notre mobilisation.

Voici d’ailleurs une pétition que nous venons de lancer sur POUR l’autoconservation des ovocytes et pour la préservation de la fertilité ! A signer et à partager largement ! https://www.change.org/p/emmanuel-macron-pour-l-autoconservation-des-ovocytes-965d83a9-6d84-46fd-b271-9b9bf7f750c1?recruiter=661610540&utm_source=share_petition&utm_medium=copylink&utm_campaign=share_petition

Si vous voulez lire l’avis dans son intégralité, c’est ici