Don de spermatozoïdes – Vidéos témoignages

Parce qu’il faut continuer à parler du manque de donneurs de gamètes en  France.

Parce que la campagne de communication de l’ABM, lancée fin 2014, suit son cours.

Parce que chacun d’entre nous peut être un vecteur d’informations et de communication autour des besoins en dons de gamètes féminines et masculines, qui persistent en France. Il faut communiquer sur ces besoins, sur l’infertilité, sur le désir de parentalité empêché par l’infertilité, la stérilité.

Aujourd’hui nous parlons du don de spermatozoïdes. Les adhérents de l’association collectif BAMP qui souhaitent recevoir les brochures de l’ABM sur le don de spermatozoïdes, peuvent nous les demander via l’adresse mail de l’association.

Si vous envisagez de pouvoir faire un don de spermatozoïdes, adressez-vous au cecos le plus proche de votre domicile.

 

Parcours du don de sperme

 

Pour qui et comment ? Un doc parle

 

Témoignage d’un Donneur

 

Annuaire des CECOS

Centre Téléphone
CECOS Alsace Mulhouse Tel : 0389646464
CECOS Alsace Strasbourg Tel : 0369553423Fax : 0369553424
CECOS Aquitaine Bordeaux Tel : 0556795431Fax : 0556796139
CECOS Auvergne Clermont-Ferrand Tel : 0473750231Fax : 0473750219
CECOS Basse-Normandie Caen Tel : 0231064506Fax : 0231064508
CECOS Bretagne Rennes Tel : 0299265911Fax : 0299265912
CECOS Centre Tours Tel : 0247474747Fax : 0247479217
CECOS Champagne-Ardennes Reims Tel : 0326788584Fax : 0326784145
CECOS Franche-Comté Bourgogne Besançon Tel : 0381218021Fax : 0381218668
CECOS Franche-Comté Bourgogne Dijon Tel : 0380295101Fax : 0380295116
CECOS Haute-Normandie Rouen Tel : 0232888225Fax : 0235982007
CECOS Languedoc-Roussillon Montpellier Tel : 04 67 33 62 99Fax : 0467335949
CECOS Lorraine Nancy Tel : 0383344309Fax : 0383344409
CECOS Midi-Pyrénées Toulouse Tel : 0567771050Fax : 0567771049
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CECOS Paris Cochin Tel : 0158413726Fax : 0158413744
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CECOS Paris Tenon Tel : 0156017801Fax : 0156017803
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CECOS Picardie Amiens Tel : 0322533675Fax : 0322533679
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Menace sur le programme Québecois de Procréation Assistée

ACIQ

Article en solidarité avec les couples infertiles Québecois et l’association qui les représente, de l’autre côté de l’Atlantique. L’ACIQ (Association des Couples Infertiles du Québec), défend depuis plusieurs années les droits des couples infertiles.

Dernièrement nos amis Québécois ont du se mobiliser contre la menace de modification dans le programme de procréation médicalement assisté. Ils souhaitent qu’il soit maintenu tel qu’il est depuis 2010, c’est à dire gratuité des services de Procréation Assistée (c’est ainsi qu’ils nomment ce que nous nommons AMP) pour tous. En effet, la province de Québec a obtenu la prise en charge par des fonds publics, de la Fécondation In Vitro en 2010. Trois cycles de Fiv étant financés par le système de couverture publique. Les autres provinces du Canada, ne prenant pas en charge, les traitements contre l’infertilité, les patients doivent payer intégralement les soins de Procréation Assistée. Ce système de sélection par l’argent élimine de fait un certains nombres de couples de l’accès aux soins, qui par manque de moyens financiers ne peuvent bénéficier d’une aide médicale pour traiter leur infertilité.

Le Québec est donc une exception positive au Canada, « En terme de Procréation Assistée nous faisions mieux qu’ailleurs au Canada, avec un système permettant à plus de monde d’accéder à la gratuité des soins de Procréation Assistée« . Sauf que cette exception positive, risque de disparaitre, avec le projet de loi n°20 qui a été discuté fin novembre à l’Assemblé Nationale de Québec. Projet de loi qui inquiète beaucoup les associations et les couples infertiles Québecois.

« Loi favorisant l’accès aux services de médecine de famille et de médecine spécialisée et modifiant diverses dispositions législatives en matière de procréation assistée« . Les points qui doivent être modifiés et qui sont source d’inquiétude pour les couples infertiles :

  • L’imposition d’une limite d’âge pour accéder aux soins de Procréation Assistée : à partir de 18 ans et jusqu’à 42 ans.
  • L’interdiction faite aux personnels soignant de diriger leurs patients vers des cliniques à l’étranger qui ne respecteraient pas les mêmes normes législatives qu’au Québec.
  • L’imposition d’une évaluation psychosociale pour certains couples, pour pouvoir accéder à la FIV (avec don de gamètes notamment).
  • Retrait des FIV de la couverture publique. Seules les inséminations continueraient à être financées par les fonds publics. Précisions : un seul cycle de FIV serait pris en charge jusqu’à 37 ans, puis éventuellement un deuxième entre 37 et 38 ans.
  • Interdire l’accès à la fiv à partir de 42 ans.
  • Exclusion des couples ayant déjà un enfant.
  • Lorsque la fertilité fait suite à un traitement contre le cancer, la gratuité serait maintenue.

Le but de ces restrictions, de ce retour en arrière, est simplement mathématique : Faire des Économies. Il a été évalué que l’application de ces dispositions feraient faire 50 millions de dollars d’économies par an à la province de Québec. Le système de remboursement mis en place en 2010 étant passé entre 2010 et 2012 de 16 millions de dollars à 80 millions de dollars.

Le point essentiel contre lequel les couples infertiles de Québec, représenté par l’ACIQ (Association des Couples Infertiles du Québec) se mobilisent est :

  • Le maintient des FIV dans le système de gratuité, permettant ainsi au plus grand nombre d’accéder à ce type de soin. Ils luttent contre la mise en place d’une discrimination financière dans l’accès aux soins.

Maintenir les seules inséminations artificielles couvertes par la gratuité, n’a pas de sens, car cela laisserait tout une partie des couples infertiles sur le bord du chemin médical. L’insémination n’est pas la solution médicale pour bons nombres de situations d’infertilité. La FIV est une technique plus efficace que les inséminations artificielles.

Un autre argument avancé par l’ACIQ c’est que cette technique (IA) ne permet pas de réduire les grossesse multiples génératrices de frais médicaux supplémentaires. Ce que fait pourtant la FIV, car depuis la mise en place de la gratuité des FIV, les taux de grossesses multiples sont passés de 27,2% à 3,8%. Les transferts uniques étant la règle au Québec (avec des exceptions en fonction de l’âge), les taux de grossesses multiples ont donc diminuées.

Le 13 décembre, une marche organisée par l’ACIQ a eu lieu, rassemblant environ 800 personnes.

Les médias locaux ne relayent pas cette information, ni cette mobilisation, peu de « personnalités » se mobilisent pour apporter leur soutien. L’infertilité ici comme là-bas ne mobilise pas les foules, c’est pourtant un problème social et de santé publique. Ici comme là-bas ceux qui s’expriment fortement, sont ceux qui sont contre la procréation assistée.

Ici en France, nous ne pouvons pas faire grand chose, pour faire bouger la situation Québécoise. Nous envoyons donc une toute petite vaguelette de soutien et d’espoir, par delà l’océan. En espérant que le projet de loi N°20 qui doit être étudié en 2015, soit revu dans le bon sens pour tous les couples infertiles Québécois.

Vous voulez afficher votre soutien aux couples infertiles Québécois, une couleur, le vert de l’espoir.

ICI via le #vagueespoir

 

Le projet de loi n°20 ici

La pétition pour soutenir la non application de ce projet de loi  ici Mais je pense que si l’on n’est pas Québecois ont ne peut pas signer. A Vérifier.

Le site de l’ACIQ

La page  Facebook de l’ACIQ

Le site de l’ACSI Association Canadienne de Sensibilisation à L’Infertilité

Le site Emotions In Vitro.com Magazine sur lequel vous trouverez beaucoup d’informations et de témoignages.

 

 

La procréation assistée vue par Claude Lévi-Strauss

Pour se prémunir des préjugés et des moralistes en tout genre qui en appellent à la suprématie de LEURS valeurs (comme s’ils en étaient les uniques dépositaires), de LEUR vision de la filiation (souvent réduite, par leur manque d’imagination, quant à la réalité du quotidien de leurs concitoyens), de LEUR évaluation du soi disant danger qui guette LA Famille (dont ils pensent avoir le monopole), relisons un peu les écrits de l’ethnologue Levi Strauss, qui s’est longuement penché sur les structures de la parenté et n’a pas manqué d’apporter une contribution éclairée de ses connaissances aux nouvelles façons de construire une famille par le biais de l’assistance médicale à la procréation.

Parce qu’aucune société ne détient la vérité, en tout lieu et en tout temps, et que seule la conscience collective d’une population informée et bienveillante doit primer sur les lobbyings de quelques uns qui n’ont que l’avantage de crier plus fort que les autres pour se faire entendre.

Voici un extrait des écrits de Claude Lévi-Strauss, repris dans un article du Nouvel Observateur du 11 mars 2013 suite à la publication d’un recueil d’articles inédits aux Éditions du Seuil.

La procréation assistée vue par Lévi-Strauss

Créé le 11-03-2013 à 16h10 – Mis à jour le 24-03-2013 à 09h39

Claude Lévi-Strauss (1908-2009), père tutélaire du structuralisme, était à la fois philosophe et ethnologue. (Sipa)

Claude Lévi-Strauss (1908-2009), père tutélaire du structuralisme, était à la fois philosophe et ethnologue. (Sipa)

On pousse les ethnologues sur la scène publique. Certains d’entre eux sont invités à siéger dans les commissions constituées pour donner aux gouvernements de divers pays un avis sur les nouvelles méthodes de procréation assistée. Car, devant les progrès de la science biologique, l’opinion vacille.

Plusieurs moyens d’avoir un enfant s’offrent aux couples dont un des membres ou les deux sont stériles: insémination artificielle, don d’ovule, prêt ou location d’utérus, fécondation in vitro avec des spermatozoïdes provenant du mari ou d’un autre homme, un ovule provenant de l’épouse ou d’une autre femme. Faut-il tout autoriser? Permettre certains procédés, en exclure d’autres? Mais alors, sur quels critères? Des situations juridiques inédites résultent, pour lesquelles les droits des pays européens n’ont pas de réponse prête.

Dans les sociétés contemporaines, l’idée que la filiation découle d’un lien biologique tend à l’emporter sur celle qui voit dans la filiation un lien social. Le droit anglais ignore même la notion de paternité sociale: le donneur de sperme pourrait légalement revendiquer l’enfant ou être tenu de pourvoir à ses besoins. En France, le Code Napoléon édicte que le mari de la mère est le père légal de l’enfant; il récuse donc la paternité biologique au seul profit de la paternité sociale: Pater id est quem nuptiae demonstrant; vieil adage qu’en France, pourtant, une loi de 1972 dément puisqu’elle autorise les actions en recherche de paternité. Du social ou du biologique, on ne sait plus quel lien prime l’autre. Quelles réponses donner alors aux problèmes posés par la procréation assistée où le père légal n’est plus le géniteur de l’enfant, et où la mère n’a pas fourni elle-même l’ovule ni peut-être l’utérus dans lequel se déroule la gestation?

Les enfants nés de telles manipulations pourront, selon les cas, avoir un père et une mère comme il est normal, ou bien une mère et deux pères, deux mères et un père, deux mères et deux pères, trois mères et un père, et même trois mères et deux pères si le géniteur n’est pas le même homme que le mari et si trois femmes sont appelées à collaborer: une donnant l’ovule, une autre prêtant son utérus, alors qu’une troisième sera la mère légale de l’enfant.

Quels seront les droits et les devoirs respectifs des parents sociaux et biologiques désormais dissociés? Comment devra trancher un tribunal si la prêteuse d’utérus livre un enfant mal formé et si le couple qui a fait appel à ses services le refuse? Ou, inversement, si une femme fécondée pour le compte d’une épouse stérile avec le sperme du mari se ravise et prétend garder l’enfant comme étant le sien? Faut-il tenir pour légitimes tous les désirs: celui d’une femme qui demande à être inséminée avec le sperme congelé de son mari défunt? Celui de deux femmes homosexuelles qui veulent avoir un enfant provenant d’un ovule de l’une d’elles, fécondé artificiellement par un donneur anonyme et implanté dans l’utérus de l’autre?

Le don de sperme ou d’ovule, le prêt d’utérus peuvent-ils faire l’objet d’un contrat à titre onéreux? Doivent-ils être anonymes, ou les parents sociaux, et éventuellement l’enfant lui-même, peuvent-ils connaître l’identité des auteurs biologiques? Aucune de ces interrogations n’est gratuite. […]

Les ethnologues sont seuls à n’être pas pris au dépourvu par ce genre de problèmes. Bien sûr, les sociétés qu’ils étudient ignorent les techniques modernes de fécondation in vitro, de prélèvement d’ovule ou d’embryon, de transfert, d’implantation et de congélation. Mais elles en ont imaginé des équivalents métaphoriques. Et comme elles croient en leur réalité, les implications psychologiques et juridiques sont les mêmes.

Ma collègue Françoise Héritier a montré que l’insémination avec donneur a un équivalent en Afrique chez les Samo du Burkina Faso. Mariée très jeune, chaque fillette doit, avant d’aller vivre chez son époux, avoir pendant un temps un amant officiel. Le moment venu, elle apportera à son mari l’enfant qu’elle aura eu de son amant, et qui sera considéré comme le premier-né de l’union légitime. De son côté, un homme peut prendre plusieurs épouses mais, si elles le quittent, il reste le père légal de tous les enfants qu’elles auront par la suite.

Dans d’autres populations africaines aussi, un mari quitté par son ou ses épouses a un droit de paternité sur les futurs enfants de celles-ci. Il lui suffit d’avoir avec elles, quand elles deviennent mères, le premier rapport sexuel post-partum; ce rapport détermine qui sera le père légal du prochain enfant. Un homme marié à une femme stérile peut ainsi, gratuitement ou contre paiement, obtenir d’une femme féconde qu’elle le désigne. En ce cas, le mari de la femme est donneur inséminateur, et la femme loue son ventre à un autre homme ou à un couple sans enfants. La question, brûlante en France, de savoir si le prêt d’utérus doit être gratuit ou s’il peut comporter une rémunération ne se pose pas en Afrique.

Les Nuer du Soudan assimilent la femme stérile à un homme; elle peut donc épouser une femme. Chez les Yoruba du Nigeria, les femmes riches s’achètent des épouses qu’elles mettent en ménage avec un homme. Quand naissent des enfants, la femme, «époux» légal, les revendique, ou bien elle les cède à leur géniteur contre paiement. Dans le premier cas, un couple formé de deux femmes, et qu’au sens littéral on peut donc appeler homosexuel, recourt à la procréation assistée pour avoir des enfants dont une des femmes sera le père légal, l’autre la mère biologique.

L’institution du lévirat, en vigueur chez les anciens Hébreux et répandue aujourd’hui encore dans le monde, permet, impose même parfois, que le frère cadet engendre au nom de son frère mort. On a là un équivalent de l’insémination post mortem; et plus nettement encore avec le mariage dit «fantôme» des Nuer du Soudan: si un homme mourait célibataire ou sans descendance, un parent proche pouvait prélever sur le bétail du défunt de quoi acheter une épouse. Il engendrait alors au nom du défunt un fils (qu’il considérait comme son neveu). […]

Dans tous ces exemples, le statut social de l’enfant se détermine en fonction du père légal, même si celui-ci est une femme. L’enfant n’en connaît pas moins l’identité de son géniteur. […] Il existe au Tibet des sociétés où plusieurs frères ont en commun une seule épouse. Tous les enfants sont attribués à l’aîné qu’ils appellent père. Ils appellent oncles les autres maris. On n’ignore pas les liens biologiques réels mais on leur accorde peu d’importance. Une situation symétrique prévalait en Amazonie chez les Tupi-Kawahib que j’ai connus il y a cinquante ans: un homme pouvait épouser plusieurs soeurs, ou une mère et sa fille née d’une union précédente; ces femmes élevaient ensemble leurs enfants sans guère se soucier, semblait-il, si tel ou tel enfant dont l’une d’elles s’occupait était le sien ou celui d’une autre épouse de son mari.

Le conflit entre parenté biologique et parenté sociale, qui embarrasse chez nous les juristes et les moralistes, n’existe donc pas dans les sociétés connues des ethnologues. Elles donnent la primauté au social sans que les deux aspects se heurtent dans l’idéologie du groupe ou dans la conscience de ses membres. On n’en conclura pas que notre société doit modeler sa conduite sur des exemples exotiques; mais ceux-ci peuvent au moins nous habituer à l’idée que les problèmes posés par la procréation assistée admettent un bon nombre de solutions différentes, dont aucune ne doit être tenue pour naturelle et allant de soi. […]

Au juriste et au moraliste impatients de légiférer, l’ethnologue prodigue donc des conseils de prudence. Il fait valoir que même les pratiques et les revendications qui choquent le plus l’opinion – procréation assistée permise aux femmes vierges, célibataires, veuves, ou bien aux couples homosexuels – ont leur équivalent dans d’autres sociétés qui ne s’en portent pas plus mal. La sagesse est sans doute de faire confiance à la logique interne des institutions de chaque société et de son système de valeurs pour créer les structures familiales qui se révéleront viables, éliminer celles qui engendreront des contradictions. L’usage seul peut démontrer ce qu’à la longue acceptera ou rejettera la conscience collective.

Claude Lévi-Strauss
(©Seuil)

Ce texte que «le Nouvel Observateur» a publié en avant-première ce 7 mars 2013 est extrait de «Nous sommes tous des cannibales», un recueil d’articles inédits en France de Claude Lévi-Strauss, dont la plupart ont paru dans «la Repubblica» entre 1989 et 2000.

Après «l’Anthropologie face aux problèmes du monde moderne» et «l’Autre Face de la lune. Ecrits sur le Japon», il s’agit du troisième volume de Claude Lévi-Strauss paru après sa mort dans la collection «La librairie du XXIe siècle», dirigée par Maurice Olender, au Seuil.

Que vous retrouverez sur leur site:

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20130311.OBS1499/la-procreation-assistee-vue-par-levi-strauss.html