Et si manger rendait infertile ?

Les Etats Généraux de l’Alimentation débutent aujourd’hui et vont se tenir jusqu’au mois d’octobre.

Oui d’accord, mais quel est le lien avec l’infertilité, me direz-vous ?

Le lien est simple et direct, car 80 % des pesticides, des perturbateurs endocriniens sont ingérés via l’eau et les aliments de notre quotidien. Vous avez sans doute vu aussi les derniers reportages, dont nous avions mis les liens sur la page Facebook BAMP, qui parlaient de l’impact de l’alimentation sur notre santé globale et sur notre fertilité en particulier. Les recommandations alimentaires pour les couples cherchant à avoir des enfants, se trouvent partout : « manger des noix, messieurs, pour des spermatozoïdes de compétition« , « buvez moins de café pour des ovocytes au top« . Mais ce qui compte surtout c’est la qualité des nutriments contenus dans notre alimentation et l’absence des produits pouvant affecter négativement la qualité de nos gamètes. Et l’alimentation industrielle, non biologique joue un rôle dans l’augmentation des maladies chroniques : obésité, diabète, cancer, la fertilité est également touchée par les effets de notre alimentation moderne;

L’impact est direct sur la santé des adultes en âge de procréer, mais surtout sur les fœtus car la période est sensible, voir ici les infographies du R.E.S.

Le Réseau Santé Environnement, dont votre association COLLECTIF BAMP est membre et au Conseil d’Administration, participe à ces Etats Généraux, pour notamment défendre la nécessité d’une prise en compte et la mise en œuvre d’une politique de SANTE ENVIRONNEMENTALE  « Le lien entre alimentation et santé n’est plus à démontrer. La question de la santé des travailleurs agricoles, des riverains et des consommateurs finaux ne doit plus être un sujet tabou. » C.F. le communiqué de presse du 19 juillet 2017

Depuis la création de notre association COLLECTIF BAMP, ces questions de l’impact des dégradations de l’environnement sur la fertilité, dont l’alimentation est un point essentiel, sont au cœur du projet de l’association (voir notre manifeste). Ces états généraux, sont donc une situation qui peut permettre, si tous les acteurs arrivent à dépasser leurs divergences, d’inscrire la santé environnementale comme un nouveau projet de société, essentiel.

 

Communiqué de presse des associations concernées par ces états généraux

Etats Généraux de l’Alimentation 
Les organisations de la société civile interpellent le président de la République sur les conditions et enjeux des débats

Paris-le 19/07/17 : À la veille de l’ouverture des États Généraux de l’Alimentation, 39organisations de la société civile saluent l’initiative d’Emmanuel Macron d’ouvrir le débat sur les questions de l’alimentation et de l’agriculture. Elles rappellent néanmoins que certaines priorités essentielles manquent pour l’instant à l’appel afin d’assurer le succès de cette initiative. Le président de la République doit les prendre en compte et les annoncer dès le lancement des États Généraux ce jeudi 20 juillet. 

Engager une phase de négociations politiques
Tout d’abord, il faut clarifier la finalité de ces États Généraux. Au-delà des deux phases d’ateliers thématiques, il convient de prévoir et d’annoncer dès le lancement la tenue d’une phase 3 de négociations politiques. Cette phase permettra d’arbitrer sur les sujets transversaux et les dissensus issus des différents ateliers. Cette troisième phase doit également viser à donner une cohérence aux politiques publiques aussi bien entre politiques sectorielles qu’entre les différentes échelles (nationale – européenne – internationale). Nous ne pouvons en effet pas réorienter la politique alimentaire en France sans prendre en compte ses impacts sur les autres pays (du sud en particulier) et sans une refondation de la Politique agricole commune.

Intégrer des enjeux cruciaux, absents des débats
De plus, certains sujets sont pour l’instant absents des ateliers. Il est urgent d’y intégrer : 
–          La santé environnementale. Le lien entre alimentation et santé n’est plus à démontrer. La question de la santé des travailleurs agricoles, des riverains et des consommateurs finaux ne doit plus être un sujet tabou.
–          L’adaptation aux changements climatiques, phénomène majeur auquel fait déjà face la profession agricole, et qui devrait être un enjeu structurant de ces États Généraux s’il s’agit bien de préparer l’avenir.
–          La fiscalité agricole et les droits sociaux des paysans. La politique fiscale oriente fortement le mode de développement des fermes. De plus, le droit au revenu paysan est une priorité.
–          La préservation et la répartition équilibrée du foncier qui est pourtant une thématique incontournable, étant à la base du processus de production agricole et garantissant le renouvellement des générations. 
–          La préservation de l’environnement marin, de ses ressources halieutiques et le développement d’une pêche durable. 
–          La démocratie agricole et alimentaire. L’ouverture des décisions agricoles, alimentaires et territoriales aux citoyens et à la société civile organisée permettra de jeter les bases d’un modèle agricole réellement soutenu par la société.

Assurer la mobilisation citoyenne
Enfin, nos organisations rappellent que la consultation publique, organisée dans le cadre des États Généraux de l’Alimentation, doit permettre une participation large du public. Or, pour l’instant, ces consultations sont prévues en plein été et à la rentrée, un phasage qui rend difficile leur organisation et la participation du grand public. En particulier,  les objectifs et le traitement de cette consultation, encore inconnus, devraient être précisés demain.

L’ensemble de ces éléments doit être pris en compte dans les derniers arbitrages concernant l’organisation des États Généraux de l’alimentation afin de garantir leur ambition, leur succès et la mobilisation des citoyens.

Organisations signataires
ActionAid France, Action contre la faim, Agir pour l’Environnement, Association française des diététiciens et des nutritionnistes, Amis de la Terre, ATTAC, BLOOM, CCFD Terre solidaire, CIWF France, Club Experts Nutrition et Alimentation, Coordination SUD, Crid, FADEAR – Réseau de l’agriculture paysanne, Fermes d’avenir, Filière paysanne, Fédération artisans du monde, Fédération des Associations pour le Développement de l’Emploi Agricole et Rural, Foodwatch France, FNAB, France Nature Environnement, Fondation pour la Nature et l’Homme, Générations Futures, Greenpeace France, Miramap, Mouvement de l’agriculture bio-dynamique, Plateforme de la Petite Pêche Artisanale Française, Plate-forme pour le commerce équitable, Oxfam France, Réseau Action climat, Réseau CIVAM, Réseau Cocagne, Réseau environnement santé, SOL alternatives agroécologiques et solidaires, Terre de Liens, Terre et Humanisme, TFT France, Union nationale de l’apiculture française, WECF France, WWF France

Greffe d’utérus le point de vue de Caroline Eliacheff – France Culture

L’utérus n’a pas d’âge ! publié le 15 octobre 2014, sur le site de France Culture.Accueil La femme qui a donné son utérus à la jeune maman suédoise a 61 ans. Texte de Caroline ELIACHEFF, Docteur en médecine et titulaire d’un diplôme d’études spécialisées en psychiatrie infantile, elle est psychanalyste depuis 1974. Elle est présidente de l’association La Cause des Bébés. Elle tient une chronique hebdomadaire sur France Culture. Un point de vue vraiment intéressant sur cette réussite exceptionnelle, qui vient interroger les progrès de la médecine, le don d’organe, et qui ouvre surtout pour de nombreuses femmes et couples des perspectives procréatives nouvelles. Deux équipes françaises vont bientôt pouvoir travailler sur ces greffes d’utérus. Au CHU de Limoges et à l’hôpital Foch. Je vous laisse découvrir ces propos tout à fait intéressants, de Madame Eliacheff. Cela fait vraiment du bien d’entendre des discours si clairs et intelligents. Merci, Madame.

Vous avez appris, comme moi qu’une Suédoise ayant bénéficié d’une greffe d’utérus vient de donner naissance  à un garçon, certes prématuré mais qui se porte bien. Jusqu’à présent, les femmes qui pour une raison d’ordre congénital, fonctionnel ou après un accident étaient dépourvues d’utérus, n’avaient aucune chance d’avoir un enfant, sauf par gestation pour autrui qui, elle, pose des problèmes éthiques qui ne sont pas prêts d’être résolus si tant est qu’ils puissent l’être. Il s’agit donc d’une excellente nouvelle à prendre avec précaution car, à ce stade, on parle encore d’exploit. Mais lorsque Christian Barnard a réalisé la première transplantation cardiaque en 1967, qui aurait pensé que tous les pays développés possèderaient des centres de greffe cardiaque ?

On pourrait aussi croire que les indications de greffe d’utérus sont rares. Dans le Lancet, la revue scientifique qui rapporte cette naissance, on  lit que rien qu’en Angleterre, 12.000 femmes seraient concernées. Actuellement,  23.000 enfants naissent chaque année en France grâce à la procréation médicalement assistée toutes techniques confondues.   La greffe d’utérus a des points communs et des différences d’avec les autres greffes. À la différence du rein, du foie ou du cœur, l’utérus n’est pas un organe vital. Mais on greffe aussi depuis peu de temps des organes non vitaux visant à améliorer une vie amputée d’une main ou d’un visage.

Selon l’organe à greffer,  le donneur peut être vivant ou décédé : pour le cœur, la main ou le visage on n’a pas le choix car on ne peut pas les prélever sur une personne vivante.  Pour le rein, le foie et la moelle osseuse, on a le choix car un donneur compatible et en bonne santé peut vivre avec un seul rein, tandis que le foie et la moelle osseuse se reconstituent. Pour accepter ces transplantations entre vivants proches du receveur, et seulement dans ces cas, nous avons renoncé à un principe, celui de  l’anonymat du donneur. Pour l’utérus, on a le choix : il peut être prélevé sur une personne vivante qui ne serait donc pas anonyme ou une personne décédée. Chaque solution a des avantages et des inconvénients. L’ablation de l’utérus n’est pas sans risque pour la donneuse. Pour la receveuse, le prélèvement sur une personne décédée peut être plus large mais on peut imaginer qu’il ne soit pas simple de recevoir un organe destiné à  donner la vie d’une personne décédée anonyme.

Jusqu’à présent, l’équipe suédoise a mené ses recherches avec des donneuses vivantes. En France, l’équipe de Pascal Piver et Tristan Gauthier du CHU de Limoges étudie les prélèvements chez des femmes en état de mort cérébrale ; celle de Jean Marc Ayoubi et René Frydman de l’hopital Foch n’exclut aucune piste y compris celle, inattendue, de transsexuelles qui sont également prises en charge dans cet hôpital : une étude menée par Léa Karpel auprès de celles ayant accompli leur transition montre qu’elles ne seraient pas opposées à un don d’utérus. Sous réserve d’être compatibles, les donneuses vivantes sont potentiellement nombreuses. Qui sont-elles ? Toutes les femmes ménopausées qu’elles fassent ou non partie de la famille de la receveuse.

L’utérus a ceci de particulier qu’il n’a pas d’âge. Ce sont les ovaires qui vieillissent. À ce jour, les amies, les mères, les tantes ont permis à une dizaine de jeunes femmes suédoises de bénéficier d’une transplantation d’utérus. On ne sait encore évidemment rien des représentations et de la nature des liens entre la donneuse, la receveuse et l’enfant qui aura pu venir au monde. Ils seront probablement autres que ce que l’on sait du vécu et des liens entre une mère porteuse non anonyme ou une donneuse d’ovocyte anonyme et la mère de l’enfant. La donneuse d’utérus a un statut de tiers qu’on ne connaissait pas jusqu’à présent: elle n’intervient ni dans la conception, ni dans la filiation, ni dans le développement intra-utérin de l’enfant. Pour celui-ci, conçu avec les gamètes de ses parents et porté par sa mère, les choses se présentent plus simplement que lorsqu’il est bénéficie  des gamètes d’un tiers ou qu’il est porté par une autre femme. Grâce aux progrès des traitements immunosuppresseurs, les greffes sont mieux tolérées. Le traitement est lourd, non dépourvu d’effets secondaires qui obligent parfois à l’interrompre et le rejet n’est jamais exclu. Une greffe éphémère due au rejet est donc un échec.

La greffe d’utérus a la particularité, si tout se passe bien, d’être conçue d’emblée comme une greffe éphémère : après avoir eu un voire deux enfants, l’utérus greffé pourra être retiré et la femme n’aura plus besoin de traitement. Il est paradoxal de penser qu’un traitement immunosuppresseur soit nécessaire pour accepter un utérus greffé tandis que la femme n’a besoin d’aucun traitement pour accepter l’hôte étranger qu’est son enfant. On peut aussi rêver : je ne sais pas si vous vous souvenez de la comédie  de Jacques Demy L’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune, sorti en 1973. On y voyait Marcello Mastroianni, époux de Catherine Deneuve, pris de nausées et de vertiges, consulter un médecin interprété par Micheline Presle. Un peu déconcertée, elle  lui annonçait qu’il attendait un enfant. Nul ne sait si le poète qu’était Jacques Demy anticipait ce qui un jour deviendra peut-être une réalité.   A écouter ici sur le site de France Culture,

Journées de Techniques Avancées en Gynécologie, Janvier 2014

Les XXIX° JTA (1) se dérouleront

du jeudi 16 au Lundi 20 Janvier 2014 en Guadeloupe

Les sujets abordés lors de ces journées sont des plus intéressants comme :

– L’AMP de demain :

– Les micro ARNs : nouvels acteurs dans la régulation de la folliculogénèse,

– L’apport de la vitrification embryonnaire dans l’efficience d’une FIV

– Vers des test concomitants pour le choix embryonnaire et le meilleur moment pour le replacement

Nouvelles stratégies en AMP :

– AMH et réponse ovarienne : Adaptation des doses ?

– Freeze all : pour qui ?  pourquoi ? quand et comment.

– omics et stimulations ciblées

Tentative de FIV a la lumière de la vitrification :

– Don d’ovocyte asynchrone: quel bénéfice pour le couple ?

-Feu vert pour la recherche sur l’embryon en France ,

  -Pourquoi y-t-il encore de centres de FIV en France qui ne pratiquent pas la vitrification?

– Endometriose et FIV 2014 

Manière d’évaluer le taux de succès dans un centre FIV (qui a été le sujet de l’été)

voici le programme complet en ligne : ici

Programme en pdf c’est : ici

La totalité des interventions font l’objet d’article complet , de la même facture que tout article adresse a une revue scientifique.

 
 
 
 
(1) Les journées de Techniques avancées.

Congélation ultra-rapide versus Congélation lente.

Congélation « lente » ou congélation ultra-rapide, autrement appelée vitrification ? Avons nous tous accès à la dernière technologie qui permet d’abîmer le moins possible nos embryons si difficilement obtenus ? sommes nous tous égaux face à l’accès au progrès des techniques d’AMP?

Voici un article de Christophe SIFER sur le sujet:

Congélation ultra-rapide versus congélation lente : techniques et résultats

Depuis fin 2010, après expertise de la littérature faisant état à la fois de la supériorité de cette méthode en termes de survie des embryons et de son innocuité pour les enfants nés, l’Agence de Biomédecine a validé la vitrification embryonnaire comme amélioration technique de la congélation lente (CL).

De plus, en 2011, la révision de la loi de bioéthique a autorisé en France le recours à la vitrification des ovocytes dans un cadre restreint à l’Assistance Médicale à la Procréation (AMP) ainsi qu’à la préservation de la fertilité des patientes soumises à un traitement stérilisant.

Le but de ce travail est donc d’effectuer une revue bibliographique comparant les données disponibles dans la littérature quant à l’efficacité de la vitrification et de la CL concernant l’embryon et l’ovocyte.

Comparaison des principes et méthodes de congélation :

Le principe de la congélation, que ce soit pour l’ovocyte ou l’embryon repose sur le passage de l’eau intra et extra cellulaire de l’état de phase liquide à l’état solide en utilisant des agents moléculaires dits cryoprotecteurs (CPs). Le rôle majeur de ces CPs sera de se substituer à l’eau intracellulaire (CPs pénétrants) en créant un gradient osmotique à l’aide d’un sucre non pénétrant (en général, le sucrose). Les différences techniques entre la CL et la vitrification.

Brièvement, la CL des embryons repose sur une descente lente en température de 20°C à – 30°C après exposition longue à des concentrations faibles et croissantes en CPs (protocole le plus fréquent : 1,5M propane 1-2 diol, sucrose 0,1M ; -2°C/minute de 20°C à -7°C, cristallisation induite (seeding), -0,3°C/minute de -7°C à -30°C puis plongée dans l’azote liquide). Le même protocole de CL a longtemps été utilisé pour les ovocytes mais une augmentation de la concentration en sucrose à 0,2 ou 0,3M a montré sa supériorité (Gook and Edgar. 2007). Dans tous les cas, la CL utilise un support fermé évitant le contact direct entre l’échantillon et l’azote liquide. La CL du fait des concentrations faibles en CPs induit un passage de l’eau en phase cristalline.

La cristallisation aléatoire de l’eau dans l’échantillon congelé est principalement responsable du phénomène de lyse partielle ou totale de l’ovocyte ou embryon congelé, observée au décours de la décongélation et va définir les paramètres qualifiant l’efficacité biologique de la procédure de congélation, à savoir principalement : le taux de survie intacte (TSI) (% d’ovocytes et/ou embryons ayant résisté totalement), le taux de survie (TS) (%d’embryons dont au moins 50% des blastomères ont résisté).

La vitrification (ovocytaire et embryonnaire) consiste en une exposition très brève de l’échantillon à une concentration élevée en CPs (protocole le plus fréquent (dit de Kitazato) : exposition de l’échantillon aux CPs (DMSO, Ethylène Glycol) (i) à 7, 5%/7,5% v/v jusqu’à équilibration pendant quelques minutes puis (ii) aux concentrations » vitrifiantes » de 15%/15% v/v associées à 0,5M de sucrose pendant moins d’une minute, temps de dépôt d’un micro volume (0,1 µl) contenant l’échantillon sur son support inclus, avant plongée dans l’azote liquide.

A ce stade, la descente en température de 20°C à – 196°C, de toute façon ultra rapide, dépend du type de supports utilisés. En effet, selon que l’on utilise des systèmes dits ouverts (contact direct de l’échantillon avec l’azote liquide) ou fermés (absence de contact direct avec l’azote liquide), la vitesse de descente en température sera de – 20 000°C/minute et de –2 500°C/minute, respectivement.

Cette notion a son importance. En effet, plus la vitesse de refroidissement est rapide et plus on évite le réarrangement moléculaire de l’eau, en l’occurrence la formation de cristaux de glace. Ce passage « prolongé » à la phase cristalline pourrait influer sur l’efficacité de la procédure de vitrification en termes de survie de l’échantillon congelé, et notamment pour l’ovocyte, cellule thermosensible par excellence et très riche en eau.

Efficacité comparé de la CL et de la vitrification concernant les embryons :

Il est démontré que l’aptitude d’un embryon à s’implanter lors de son transfert intra-utérin et après avoir subi le processus de congélation/décongélation se résume à sa survie et ainsi, plus il a survécu de façon intact, plus ces chances sont bonnes (Edgar et al., 2007). L’efficacité biologique de la congélation embryonnaire par CL versus vitrification a été étudiée et il a été montré qu’à la fois le TS et le TSI étaient améliorés significativement en faveur de la vitrification et ce, à tous les stades du développement embryonnaire.

En effet, une méta analyse récente montre qu’aux stades précoces (Jours (J) 2 ou 3), le TS était respectivement de 84% après CL et 98% après vitrification (Loutradi et al.,2008). Cette différence était significative (p=0.0002). La même étude montrait une différence encore plus importante (75 vs. 90% ; p3 (à J2) et >6 (à J3) blastomères et <30% de fragmentation cytoplasmique (dépourvus de blastomères multinucléés). Les étapes de congélation et décongélation ont été effectuées en utilisant les kits Irvine et les paillettes CryoBioSystem en suivant les instructions des fabricants. Les données obtenues ont été comparées à une série rétrospective de 189 cycles de décongélation après CL effectuées de Janvier à Octobre 2010 en utilisant les kits Medicult. Seuls les rangs 1 et 2 de décongélation embryonnaire ont été inclus.

Le critère de jugement principal était les TS et TSI. Le critère de jugement secondaire était le taux de grossesse clinique, défini comme la présence d’un sac gestationnel intra-utérin avec activité cardiaque.

Au total, 87 et 412 embryons ont été décongelés après vitrification (1.50 +/- 0.63 par décongélation) et CL (2.18 +/- 1.35), respectivement (p=0.0002). Nous avons observé une différence hautement significative respectivement des TS et TSI après décongélation des embryons vitrifiés lorsque comparé aux embryons décongelés issus d’une CL (98.3 +/- 13.1% vs. 77.3 +/- 32.0%, p<10-4 ; 88.2 +/- 28.3% vs. 47.7 +/- 41.4%, p<10-4). Par ailleurs, le taux de grossesses par cycle de décongélation embryonnaire était respectivement de 32.7% (19/58) et 18.5% (35/189) (p=0.03) en faveur du groupe des embryons décongelés après vitrification. Nous avons également fait état de la première naissance française par cette technique (Sifer et al., 2011).

Efficacité comparé de la CL et de la vitrification concernant les ovocytes :

La problématique de la congélation de l’ovocyte est liée à sa forte teneur en eau, ce qui rend cette cellule très sensible aux variations de température. Ainsi, pratiquement toutes les données disponibles comparent les issues biologique et clinique des ovocytes frais avec celles des ovocytes ayant subi la vitrification en système ouvert, système permettant en théorie de minimiser le temps de passage à la phase cristalline. Une issue comparable des ovocytes frais ou vitrifiés a été rapportée dans plusieurs études prospectives randomisées, que ce soit pour le modèle du don d’ovocyte (Cobo et al. 2008 ; Cobo et al., 2010) ou les ovocytes vitrifiés au décours d’un programme d’AMP intraconjugal (Rienzi et al., 2010). Pour ces études, le TSI des ovocytes vitrifiés en système ouvert était supérieur à 95% et leur mise en fécondation par ICSI aboutissait aux mêmes résultats que ceux obtenu avec les ovocytes frais, en termes de taux : de fécondation, de clivage, de développement en embryons de belle qualité, de grossesse et d’implantation.

La conclusion des auteurs est ainsi que la vitrification des ovocytes en système ouvert aboutit non seulement à un excellent taux de survie des ovocytes congelé mais aussi que ses « compétences » ne sont pas altérées par cette procédure. A l’inverse, une étude prospective longitudinale, incluant les résultats de 234 cycles de FIV/ICSI cumulés avec ceux de 256 cycles de décongélation d’ovocytes congelés par CL avec 0.3M de sucrose, a montré un TSI de 72.8% (Magli et al., 2010). De plus, les auteurs décrivent une altération de l’issue biologique des ovocytes ayant survécu après ICSI avec notamment une qualité embryonnaire et une capacité de développement jusqu’au stade blastocyste significativement diminuée lorsque comparée avec les ovocytes frais. Les auteurs concluent ainsi à une perte de la compétence biologique des ovocytes congelés par CL.

De façon très intéressante, une étude très récente a comparé en utilisant la même méthodologie longitudinale l’efficacité de la vitrification des ovocytes par les systèmes « ouvert » et « fermé ». Ainsi, les issues biologiques de 48 et 49 cycles frais ont été comparées à celles de 51 et 53 cycles de décongélations utilisant un système ouvert (Cryotop) et fermé (Cryotip), respectivement (Paffoni et al., 2011). Les auteurs confirment une issue biologique comparable des ovocytes vitrifiés avec un système ouvert par rapport aux ovocytes frais. Cependant, ils décrivent une diminution significative des taux de fécondation, de clivage et d’obtention d’embryons de belle qualité concernant le recours à une vitrification en système fermé.

Les résultats comparés de l’issue biologique des ovocytes vitrifiés en système ouvert ou système fermé montrent que le TSI est nettement supérieur pour les ovocytes vitrifiés en système ouvert (82.8%) comparé au recours au système fermé (57.9% ; p=0.001). De plus, le taux de fécondation et la qualité embryonnaire obtenu à partir des ovocytes ayant survécu avec le système ouvert sont significativement plus élevés que ceux observés pour les ovocytes survivants au système fermé (Paffoni et al., 2011).

Ainsi, la vitrification des ovocytes en système ouvert semble montrer sa supériorité lorsque comparé à la fois à la CL ou à la vitrification en système fermé. Cependant, ce type de vitrification expose à un risque septique de contamination virale et/ou bactérienne puisque le contact est direct avec l’azote liquide ayant servi à vitrifier.

Ce type de risque est difficile à documenter et s’appuie essentiellement sur le principe de précaution, d’ailleurs extrêmement codifié en France depuis l’affaire du sang contaminé. Ainsi, seul le système fermé est autorisé en France malgré la supériorité attendue du système ouvert. Une possibilité de sécuriser en terme de risque septique le contact direct de l’échantillon à congeler avec l’azote liquide serait peut être de le stériliser par action de rayons ultra violets, comme une étude récente l’a d’ailleurs rapporté (Parmegiani et al., 2011)

Conclusions :

La vitrification embryonnaire, enfin autorisée en France, est un réel progrès dans nos centres d’AMP. En effet, la littérature démontre une nette amélioration de la survie des embryons congelés par cette méthode lorsque comparée à la CL. Ainsi, les embryons congelés sont disponibles à un taux nettement plus élevé qu’après CL pour un transfert intra utérin ultérieur, compte tenu d’une survie approchant les 100%. Elle autorise par conséquent la diminution significative du nombre d’embryons à transférer à chaque cycle, à la fois pour le transfert des embryons frais et celui des embryons congelés, puisque le praticien sait que le risque de perdre des embryons de la cohorte obtenue est proche de zéro.
Ce processus de vitrification embryonnaire modifie ainsi l’ensemble de la prise en charge des patients en AMP par une augmentation des chances de grossesses cumulées et par la réduction du risque de grossesse multiples, et sans risque surajouté pour les enfants nés grâce à cette technique (Wennerholm et al., 2009 ; Wiklands et al., 2010).

La vitrification ovocytaire est assurément un progrès qui révolutionnera nos pratiques, tout en posant de nombreuses questions. Sa supériorité, comparée à la CL, a été démontrée pour le système ouvert même si cette démonstration manque encore de puissance et là aussi, sans risque surajouté pour les enfants nés après congélation ovocytaire (Wennerholm et al., 2009). L’efficacité de la vitrification ovocytaire utilisant un système fermé reste à évaluer sur des séries plus importantes. L’enjeu est d’importance car cette technique offre de multiples applications notamment dans le cadre de la préservation de la fertilité des femmes soumises à des traitements stérilisants, de l’organisation du don d’ovocyte en France.
Elle pose également les questions toutes nouvelles de la place de la congélation embryonnaire à l’avenir et de la préservation de la fertilité dite de convenance, sur lesquelles la société française via la loi de bioéthique de 2011 s’est déterminée, à savoir en faisant tout pour réduire la congélation embryonnaire et en interdisant, pour l’instant, la préservation de fertilité de convenance.

Affaire à suivre….

Cette étude nous démontre par ces résultats et conclusions que la vitrification est une avancée spectaculaire tant pour les embryons que pour les ovocytes.

Cependant, il est encore regrettable que la vitrification ne soit pas encore en place dans toute les PMA en France.

Le même auteur fera une présentation sur « L’apport de la vitrification embryonnaire dans l’efficience d’une FIV » lors des prochaines JTA en Janvier 2014. 

L’article et ses Références bibliographiques sont ici sur le site des JTA (www.lesjta.com)