« Les fivettes » d’Eleonora Mazzoni

Un roman sur la PMA qui se déroule en Italie où l’accès à la procréation médicalement assistée est différent de chez nous…

L’auteure nous rapporte la vie de Carla, son héroïne qui tente d’accéder à la maternité par tous les moyens…ou presque…

Carla est quasi quadra, rêve de maternité et communique avec Sénèque qu’elle étudie puisqu’elle est professeur à l’université (mais en pause)…

L’auteure nous éclaire sur le monde des « fivettes » : les salles d’attente, les forums sur Internet, les rencontres,…

À priori, tout le monde sera en mesure de s’identifier à Carla !

Ce roman se lit très bien et est différent d’un « vrai témoignage » même si l’auteure a également un parcours PMA.

Seule petite ombre au tableau (à titre personnel), les mots sont un peu crus et peuvent faire mal lorsqu’il est question du don d’ovocytes ! Rien de bien méchant mais cela pique un peu surtout quand on y a eu recours…

Pour vous procurer cet ouvrage, cliquez sur l’image

  • 220 pages
  • Editeur : Chèvre-feuille étoilée; Édition : Chèvre-feuille étoilée (2 mai 2018)

L’Inhabitée – Maia BRAMI

L'inhabitée    Cliquez ici pour vous procurer ce livre

Aujourd’hui nous vous présentons « L’INHABITEE », le dernier roman de Maia BRAMI. Roman qui va sortir le 26 février, aux Editions de l’Amandier. 136 pages

 

« Une jeune femme aspire de tout son être à donner la vie mais son utérus s’y refuse. En miroir, une autre jeune femme, sa sœur dépressive, ne tient plus à la vie et menace de se détruire mais le lien vital est plus fort et l’en empêche. La non-vie réfléchit la vie. Hors de toute dualité. Ici, la mort n’a pas son mot à dire, jamais. C’est la maternité qui parle. (…) Chez Maia Brami, le corps féminin, méticuleusement, crûment, opiniâtrement, par poussées d’authenticité à nu, enfante le réel précaire de l’origine, dépouillé de tout idéalisme, de tout intellectualisme, et presque, même, de tout filtre du langage, pour dévoiler l’endurance et la force de toute vie ». Extrait de la préface de Chantal Chawaf

 

Un roman poignant sur le désir d’enfant et la maternité interdite. Maïa Brami, sublime la douleur du manque pour donner naissance à un texte littéraire intense, intime et rare, résolument tourné vers la vie.

 

Ecrivain, photographe et animatrice d’ateliers d’écriture. Elle est l’auteur de plus d’une quinzaines de livres pour enfants et adultes. Son premier roman, Norma (éditions Folies d’encre) a reçu le Prix du festival du Premier Roman de Chambéry en 2007 En 2012, elle a organisé et mis en espace l’exposition « Dans le ventre des femmes » à la Galerie 59 Rivoli à Paris, inspirée de son anthologie éponyme. Sur le même sujet elle a publié un carnet de grossesse 9 mois pour moi (Aubanel), un recueil de poèmes Pour qu’il advienne (Caractères, 2010) et un monologue La vie refusée (Ixcéa, 2012). Derniers titres parus : Lettre au poète, Cocteau à Milly la Foret (Belin, 2014), Les princes charmants n’existent pas (Nathan, 2014).

maiabrami

BAMP a pu lire ce roman en avant première au mois de janvier. Roman d’une jeune femme, qui travaille depuis plusieurs années sur le thème de l’infertilité, de la maternité et de l’enfant qui n’arrive pas, puisque son premier livre sur ce sujet date de 2007 « 9 Mois par moi« , puis en 2010 un recueil de poèmes « Pour qu’il advienne« . En 2012 « La vie refusée » et « Dans le ventre des femmes » exposition d’œuvres d’artistes internationaux et anthologie. Et enfin en 2015 « L’Inhabitée« . Elle travaille la matière créative, malaxant les mots, les images, les sons pour déjouer le vide de sa matrice procréative.

 

Le point de vue de Virginie : « Je ne connaissais pas Maïa Brami, elle écrit pourtant sur le thème de l’infertilité, depuis plusieurs années. Ces premiers écrits sur le sujet sont sortis en 2010, alors que j’étais moi même en plein marasme d’infertilité, vide, en colère, mais à l’époque je ne les ai pas trouvé. J’ai lu ce livre en une soirée, hypnotisée par l’écriture ciselée, par les mots portés à l’épure de leurs sens. Écriture glaciale et chaude à la fois, comme les émotions éprouvées sur les chemins infertiles, comme le sang qui indique, cycles après cycles que OUI, c’est mort encore pour cette fois-ci. Les mots de Maïa BRAMI viennent dire un peu de la folie qu’éprouvent les femmes perdues dans leur désir de maternité. Associer, dissocier, espérer, désespérer. Comment continuer à vivre, à créer quand l’utérus reste désespérément vide, tentative après tentative, cycles après cycles ? De l’émotion, des sensations, du vécu, voilà ce qui se trouve dans le livre de Maïa BRAMI.  Nous perdons notre langage, car comment dire, comment décrire, les douleurs, les absences, l’intensité des émotions ? Maïa Brami y arrive. Elle met en mot, la folie du vide, la froideur et la violence de l’acte médical, la poésie de l’amour qui persiste malgré tout « ça » ou qui resurgit là où on ne s’y attend plus, trop tournée que nous sommes à guetter dans les moindres gouttes de notre vie, un autre surgissement, celui de l’enfant au creux de la matrice. Une belle écriture pour parler d’une situation laide et détestable : l’infertilité qui dure des années« .

 

 

Nous avons posé quelques questions à Maïa BRAMI : BAMP : Est-ce que votre besoin d’écrire sur l’infertilité, sur le désir de parentalité, sur l’absence de l’enfant est corrélé à votre parcours d’assistance médicale à la procréation ? Ou cela a-t-il d’origines plus lointaines encore ?

Maïa BRAMI : Oui, c’est corrélé à mon parcours personnel de femme confrontée à son infertilité.

BAMP : Vos premiers romans ne parlent pas d’infertilité. Ils sont quand même tournés vers l’enfance, les passages de l’enfance vers l’adolescence.

Maïa BRAMI :  Vous avez raison, d’ailleurs beaucoup sont destinés à un public jeunesse — enfants ou adolescents.

BAMP : C’est à partir de 2010 avec votre recueil de poèmes « POUR QU’IL ADVIENNE » que vous commencez à parler de ce manque, de cette absence.

Maïa BRAMI : Oui, mais déjà, en 2006, j’ai publié avec la dessinatrice Karine Daisay un carnet de grossesse à remplir, « 9 mois par moi » aux éditions Aubanel. Au départ, je l’avais imaginé pour moi.
BAMP : Est-ce que ce travail d’écriture est une nécessité vitale, suite aux échecs des tentatives d’assistances médicales à la procréation ?

Maïa BRAMI : Ma survie en dépendait. Imaginez le tableau : une femme empêchée de devenir mère et un écrivain qui n’arrive plus à écrire. Que me restait-il ? Un sursaut vital, c’est sans doute lui qui m’a remise à l’écriture et à la vie. Je me suis dit : redeviens fertile dans ta tête, peut-être que ton corps suivra.

 

BAMP : Comment réussissez-vous à trouver assez de concentration pour fournir « l’effort » d’écriture dans ces moments qui doivent être très douloureux ?

Maïa BRAMI : Mon recueil de poèmes « Pour qu’il advienne » est arrivé alors que j’étais dans le silence depuis au moins un an et demi, incapable d’entendre quoi que ce soit dans ma tête, incapable d’écrire. Soudain, des poèmes ont surgi comme une évidence. Je n’avais jamais connu cette sensation et cela ne m’est plus arrivé depuis. « L’inhabitée » s’est écrit sur neuf mois — sans que je le fasse exprès —, puis il y a eu plusieurs années de réécriture. A l’origine, conçu comme une enquête dont j’étais l’objet, je voulais le faire tenir comme un fil jusqu’à ce que cet enfant advienne, m’y accrocher de façon magique, tel un cordon ombilical de mots. Mais, pendant que j’écrivais, au fil de ma vie, des examens qui rythmaient les jours, les médecins ont fini par trouver la cause de mon infertilité, ce qui m’a orienté vers la PMA et un certain soulagement s’est fait sentir — Non, je ne subissais aucun blocage psychologique et oui, il y avait des solutions. En parallèle, j’ai compris que le roman que j’écrivais n’avait pas pour but de faire advenir cet enfant, mais de me remettre moi, Maïa, à la vie, de renaître, de m’assumer femme dans mon infertilité. Ce roman m’a sauvée.
J’ajouterai que les cycles de FIV ne m’ont jamais permis d’écrire. Le bouleversement chimique lié aux injections d’hormones atteignent mon cerveau et inhibent ma capacité créatrice. Je ne peux plus me concentrer, synthétiser, je perds mon orthographe etc. Un vrai bonheur ! Sous cette influence chimique, j’ai toujours eu l’impression de devenir quelqu’un d’autre. Ça fait pas mal réfléchir d’ailleurs : on se dit que, l’air de rien, les hormones ont une incidence certaine sur l’équilibre mental et la personnalité.
BAMP : Avez-vous eu des réticences ou des inquiétudes par rapport à votre « carrière », en publiant ces « histoires d’infertilités » sous votre nom d’auteur Jeunesse ?
Maïa BRAMI : Absolument pas. Maïa Brami n’est pas mon nom d’auteur jeunesse, mais mon vrai nom. Je suis écrivain, j’écris tantôt pour les petits, tantôt pour les grands. Il n’y a pour moi aucune différence.
BAMP : Vous inscrivez-vous dans une démarche militante ? Écrire sur l’infertilité, en faire de la littérature pour contribuer au changement des considérations encore négatives de cet « état » qu’est l’infertilité ?
Maïa BRAMI : Ma première démarche, pour ce roman, était celle de la survie et en tant qu’écrivain, de réussir à dire au mieux la vérité et la détresse liées à l’infertilité, dire le corps, le couple, l’amour. Dans un coin de ma tête, il y avait aussi l’ambition de parler d’un problème qu’on n’aborde pas en littérature, d’éclairer ce phénomène de société. Mon monologue « La vie refusée », écrit après, est lui, clairement militant, en ce qu’il dénonce la façon dont on considère le corps de la femme en PMA et la toute puissance de certains médecins, qui jouent tout de même avec le feu en se prenant pour dieu. C’est un texte qui s’interroge sur la place des femmes dans la société, les limites de la PMA et se demande jusqu’où doit-on aller pour avoir un enfant ?

BAMP : Pensez-vous avoir fait le tour du sujet, créativement parlant ?

Maïa BRAMI : J’en doute. Mon écriture se nourrit de ma vie. Et puis, la femme, son corps, sa sensualité, sont au cœur de mes préoccupations artistiques.
Merci d’avoir répondu à nos questions

Vous pourrez retrouver une autre  interview sur le site 1001 Fécondités, avec l’interview de Maïa BRAMI, réalisée par Estelle. Pour aller plus loin, nous vous présentons les autres livres écrits par Maia Brami, sur le thème du ventre vide, de la douleur de l’absence de l’enfant. Une « œuvre » qui s’élabore touche par touche, autour de textes et d’une exposition d’œuvres (en 2012)  sur le thème de l’infertilité. « L’INHABITEE » est donc le 5ème livre de Maïa BRAMI sur ce sujet.

 

la vie refusée_
« Je suis retournée dans la salle d’attente, la grande. Elle était presque vide. L’horloge marquait 11h. J’avais soif. Je me suis dirigée vers la fontaine et j’ai bu au moins quatre verres d’eau glacée. Je voulais me vider vite et rentrer chez moi. La douleur a commencé. J’ai couru dehors et j’ai appelé l’homme de ma vie, celui duquel la même semaine, j’avais transporté le sperme dans un thermos prêté par l’hôpital, un thermos rempli d’azote liquide. Ce que je n’avais pas compris au début, c’est qu’il me faudrait dans la même journée, une fois finies mes ablutions matinales avec les infirmières, prendre deux bus, puis une ligne de métro entière pour arriver à la clinique parisienne où il avait émis sa précieuse semence, attendre qu’on me prépare les paillettes et refaire le chemin inverse pour arriver avant 16h30 à l’hôpital, 16h30 dernier délai pour ne pas me retrouver dehors, porte du pavillon fermée, le thermos sur les bras. Je me souviendrai de cette journée. De la tête du chauffeur de bus qui refusait de me laisser monter me prenant pour une terroriste, que j’ai dû supplier car il n’y avait aucun autre moyen de transport pour quitter la non-zone, où même les taxis se perdent. Je me suis assise au fond.  » extrait de La vie refusée, collection « A bout portant », édition de L’Ixcéa, septembre 2012.

Cliquez ici pour vous procurer ce livre

pour qu'il advienne_
Avec Pour qu’il advienne, Maïa Brami signe son premier recueil de poèmes. Il s’inscrit dans la nouvelle collection « Arts en résonance » — qu’elle dirige — des éditions Caractères, qui propose de mettre en écho mots, images et musique. Les dessins abstraits de son grand-père, le peintre Emanuel Proweller — publiés ici pour la première fois —, dialoguent avec ses mots de poète, et répondent aux notes de la partition de Sarah Nemtsov, compositrice berlinoise, qui a mis en musique cinq des textes du recueil. Derrière ce titre en forme de prière, il y a une femme qui se débat avec son désir contrarié d’enfants et qui tente de dompter la souffrance, en cherchant à lâcher prise : « à ne plus espérer… pour qu’il advienne ».
9 mois_
Un livre à écrire mois après mois, au fil de la grossesse. Ce carnet d’écriture tout de couleurs et d’or sera, pendant plus de 9 mois, le refuge magique et inspirant de celle qui vit l’expérience unique de porter un enfant. On trouvera à l’intérieur toute une série de petites surprises : de nombreux emplacements photo et 60 coins autocollants à positionner où l’on veut ; une mini-enveloppe à messages secrets à ouvrir plus tard pour l’enfant ; une languette permettant de choisir un prénom parmi une centaine de prénoms du monde ; un majestueux dépliant or pour la Naissance ; un petit carnet  » Symboles et divination « , ainsi que mille et un secrets de beauté et grigris…

Cliquez ici pour vous procurer ce livre

Couverture Dans le ventre des femmes
Dans le ventre des femmes, qu’y a-t-il ? De textes en images, dans ce livre choral, 57 écrivains et artistes du monde entier font ricocher le mot « utérus » sur les tabous et les clichés pour approcher le mystère de la création. Ouvrir un dialogue inédit entre des écrivains et des artistes, hommes et femmes, toutes générations et nationalités confondues, faire résonner voix, formes et couleurs autour d’un mot, UTERUS, d’où jaillissent un tas de notions fondamentales : origine, identité, création, féminité, maternité…

Cliquez ici pour vous procurer ce livre

Le site de Maia BRAMI La page facebook de Maia BRAMI Vous pourrez retrouver une autre  interview sur le site 1001 Fécondités, avec l’interview de Maïa BRAMI, réalisée par Estelle début février.

 L’Inhabitée sortie le 26 février

L'inhabitée

Baby baby – Marianne GROVES

Aujourd’hui, nous souhaitons vous faire découvrir un livre que nous avons vraiment adoré : « BABY BABY » de Marianne GROVES. Livre qui est sorti au mois d’octobre 2014 aux éditions Intervalles.

baby baby
Cliquez ici pour obtenir ce livre

Une fois que vous l’avez entre les mains, vous ne pouvez plus le lâcher. Et c’est ensuite l’émotion qui vient vous chatouiller les glandes lacrymales, qui accélère votre cœur. Des émotions devrais-je dire, car Marianne GROVES écrit si bien ce qui occupe son corps et son esprit, pendant cette traversée vers l’autre monde : la parentalité. A la lecture de ce livre,  c’est vous qui êtes traversée par de multiples émotions.  La filiation dans le cadre d’un don de gamètes, qu’est-ce que c’est, comment cela se construit ? Devenir père alors qu’on est ni à l’origine du projet, ni celui qui a donné ces gamètes, comment cela advient  ?

« J’ai beaucoup aimé, le style qui s’en dégage, légèreté et profondeur.

Humour et Amour. Sensibilité et imagination qui nous font voir des petits signes que l’on croit recevoir de nos ancêtres. Signes qui nous aident à tenir face aux angoisses, à la peur éprouvées. Mais pas d’apitoiement. Un livre remplit d’énergie et d’auto-dérision. Un livre qui parle du chemin, certes personnel et particulier que nous faisons pour arriver jusqu’à nos enfants. Chemin qu’un homme fait aussi pour arriver à décider qu’il va être LE Père. Mais aussi chemin universel d’un désir de porter la vie, de la donner, grâce à cette invention médicale qu’est l’AMP.

 Les allers et retours entre ce qui se passe au plus profond de l’utérus de l’auteur, de sa tête et ce qui se passe dans la rue, dans sa vie professionnelle apportent une dimension vraiment intéressante au texte. Ouvrant le lecteur sur le contexte social des années 2012-2013, souvenez-vous ce n’est pas si loin. Éloignant le regard du seul nombril de l’auteur pour le tourner vers ce qui fait aussi la vie, même lorsque l’on est enceinte :  le boulot, les amis, les emmerdes. On sent la vie qui circulent dans son corps, dans les rues, c’est un livre riche, visuel.
 J’ai été ému par de nombreux passages, révolté par d’autres, comme la prise en charge de son accouchement notamment. » Virginie
 
 Les témoignages de personnes « publiques » Françaises sur leur infertilité et leur parcours d’AMP, étant quasi inexistants, cela n’aide pas les quidams de l’infertilité à se sentir soutenus et compris. Nous pensons que ce livre, qui raconte une histoire particulière, éclaire d’un angle très pertinent bons nombres d’autres histoires particulières qui ne s’expriment pas sur la scène publique.

 Un livre à lire et à faire lire sans modération !

Nous vous laissons découvrir les réponses que Marianne GROVES a donné à BAMP cette semaine.

« Je me fous des statistiques. Voir du pays, le redécouvrir, trouver des chemins. Inventer le mode d’emploi. Demander la lune. Retrouver la chronologie« .

BAMP :  Pouvez-vous vous présenter ?

Marianne GROVES : Je suis une veinarde. A 50 ans, je suis la jeune maman de deux merveilleuses petites personnes d’un an et demi chacune. Comme toutes les mamans de jumeaux, quel que soit leur âge, je suis la plus fatiguée et la plus heureuse du monde, et il me manque 24 heures par jour pour faire face à la totalité de ma nouvelle vie. A part ça, je suis aussi auteur, traductrice et metteur en scène.
BAMP : Pouvez-vous nous présenter votre parcours d’AMP ? D’ailleurs l’envisagez-vous comme un parcours ?
Marianne GROVES :  J’ai vécu ce chemin vers mes enfants comme une suite de parenthèses miraculeuses, et assez peu préméditées. Au terme d’un long parcours d’adoption ayant échoué, j’ai découvert avec stupéfaction (je ne le savais pas du tout!) que je pouvais devenir maman pour de bon, porter mes enfants, grâce à la PMA espagnole. J’ai avancé au jugé, comme une aveugle dans une piscine très profonde. Et rapidement, l’eau m’a portée… Pour moi, le M de PMA signifie Miracle.
BAMP : Vous considérez-vous comme une femme infertile ou comme une femme qui a « ratée » l’heure de sa fertilité ?
Marianne GROVES : Je n’étais pas infertile. J’ai effectivement raté l’heure, comme beaucoup de femmes de ma génération, je pense.
BAMP : Avant de recourir au double don de gamètes, avez-vous envisagé une autre technique d’AMP pour essayer d’avoir des enfants ?
Marianne GROVES : Je m’étais renseignée en France avant d’atteindre 42 ans et les réponses à mes questions m’avaient complètement découragée, à l’époque.
BAMP : Le double don de gamètes s’est-il imposé de suite comme la solution pour vous ? Où avez-vous du y réfléchir, soumise aux doutes et aux enjeux de cette configuration procréative particulière ?
Marianne GROVES : J’ai non seulement beaucoup réfléchi avant d’agir, mais également traité le sujet au cours de ma psychanalyse. Pour prendre la responsabilité de mettre au monde des enfants au destin aussi exceptionnel, je me suis dit que la moindre des politesses était de leur balayer un petit coin de terrain bien propre, afin de préparer leur atterrissage…
BAMP : Alors « folle » ou « héroïne des temps moderne » ? Avez-vous définitivement choisi votre définition ?
Marianne GROVES : Un an et demi plus tard, la définition s’est extrêmement simplifiée. Maman. Ça résume tout.
BAMP :  Qu’elle a été ou qu’elles ont été les motivations pour l’écriture de ce livre ?
Marianne GROVES : L’envie de raconter leur histoire à mes enfants, et de leur faire gagner du temps, plus tard, lorsqu’ils devront traiter leur propre réalité, sachant que l’être humain n’a aucun souvenir avant l’âge de 3 ans environ et que leur mère ne sera pas éternelle…

BAMP : Combien de temps avez-vous travaillé à l’écriture, quand l’avez-vous écrit ?
Marianne GROVES : J’ai écrit au fur et à mesure de ma grossesse. A l’approche du terme je me suis contentée de prendre des notes sur ce qui me tombait sous la main, iphone ou petit carnet. Quelques semaines après la naissance des enfants, j’ai trouvé l’énergie de terminer le récit à partir de mes notes. J’ai passé beaucoup de temps sur cette écriture, par plaisir pur de le faire.
BAMP : Pourquoi avoir éprouvé le besoin de l’écrire puis de le partager avec d’autres personnes ?
Marianne GROVES : Au départ, je souhaitais juste obtenir l’avis d’Armand, le fondateur des éditions Intervalles, dont je respecte beaucoup le travail et avec qui nous avons œuvré à la publication de plusieurs ouvrages anglo-saxons. Armand avait poliment et élégamment pris beaucoup de gants en acceptant de me lire (tu sais, je ne suis pas une femme, je n’ai pas d’enfant, je ne sais pas si je me sentirai concerné, mais je te lirai avec plaisir). Trois jours plus tard, il m’a rappelée. Il n’avait pas lâché le livre de la nuit et souhaitait le publier, même si le sujet était assez éloigné de sa ligne éditoriale habituelle. J’ai l’habitude de croire la vie lorsqu’elle semble décider pour moi. C’est ce que j’ai fait, une fois de plus.
BAMP :  Quel type de lectorat souhaitez-vous toucher ou imaginez-vous pouvoir toucher ?
Marianne GROVES : J’ai reçu récemment un témoignage très touchant, celui d’une jeune femme qui me disait qu’elle avait retrouvé le courage de se battre et de vivre en me lisant. Je ne sais pas quels problèmes elle devait affronter, mais c’est exactement ce à quoi je voudrais que ce livre serve. Si je peux donner envie à d’autres personnes de croire en leurs rêves, quels qu’ils soient, j’aurai l’impression de rendre un peu à la vie le cadeau qu’elle m’a fait en m’offrant la naissance de mes deux enfants.

 
BAMP : Avez-vous des retours de lecteurs (infertiles/ fertiles)? Comment ont-ils réagi à votre témoignage ?
Marianne GROVES : Je n’ai pas encore reçu de témoignage en ce sens.
BAMP : Avez-vous prévu une promotion « grand public » pour votre livre ?
Marianne GROVES : Notre attachée de presse relance sans relâche les journalistes, qui s’acharnent pour l’instant à ne pas nous lire…
BAMP : Est-ce une forme de témoignage en hommage à la modernité reproductive que plus en plus de gens sont amenés à vivre ?

Marianne GROVES : C’est un hommage à la modernité tout court. Je suis heureuse de vivre au 21eme siècle, même si les temps de la planète ne sont pas spécialement roses.
BAMP :  Avez-vous conscience que votre livre a toutes les chances de devenir une référence pour beaucoup de couples infertiles, du fait des différents thèmes en lien avec l’infertilité qu’il aborde : double dons de gamètes, l’âge auquel votre grossesse s’est déroulée, témoignage sans honte et sans tabou.
Marianne GROVES : Mon histoire n’est qu’un cas particulier parmi tant d’autres, et elle ne peut certainement pas avoir valeur de référence. Mais encore une fois, si elle peut donner envie de rêver et d’oser vivre sa vie, dans le respect des enfants à naître, tant mieux !
BAMP : Les témoignages sur le recours au double don de gamètes étant quasiment inexistant dans la sphère publique, avez-vous conscience que vous levez un tabou avec ce livre ?
Marianne GROVES : Honnêtement, non, pour moi le seul tabou tragique, c’est le mensonge et l’ignorance.
BAMP :  Finalement, votre livre n’est-il pas, quand même, à votre corps défendant une réponse aux mouvements contestataires (anti-pma) qui ont marqué les mois de votre parcours d’AMP puis de grossesse ?
Marianne GROVES : J’ai été stupéfaite de suivre tout ça, de voir avec quel acharnement de braves mères de famille allaient piétiner dans le froid pour hurler contre les bébés des autres… Je ne sais pas à quoi touche ce sujet mais il est clairement épineux. La lignée, la descendance, l’ascendance, la race, le sang… Il me semble tout de même que la science moderne va balayer tranquillement un certain nombre de faux-sens sur tous ces sujets.
BAMP : Votre livre aborde les questions, en quelques évocations légères, que vous vous êtes posée vis à vis du recours au don de gamètes. Est-ce parce que vous n’avez pas souhaité en dire plus, où n’y avait-il rien de plus à en dire ?
Marianne GROVES : Ce livre est dédié, et destiné, à mes enfants. J’ai souhaité partager avec eux ce qui nous concernait, tous les trois, puis tous les quatre lorsque leur papa s’est joint à nous. Mais je ne rentre pas plus avant dans une réflexion théorique, pour laquelle je ne me sens pas spécialement compétente…

BAMP : Dans votre livre vous posez quelques questions sur l’impact du double dons de gamètes, est-ce que la naissance de vos enfants a changé votre façon d’envisager ces questions ?
Marianne GROVES : La naissance de mes enfants a quasiment tout effacé, à dire vrai. Lorsque le livre a été publié, je l’ai repris pour le parcourir rapidement, et je me suis félicitée de l’avoir écrit: j’en avais déjà quasiment oublié la moité! Un an et demi plus tard, je vis pleinement ma vie de famille, et c’était bien le but de la manœuvre. Les questions « techniques », si j’ose dire, ont été reléguées au second plan dès le premier biberon à donner, la première couche à changer, le premier sourire échangé… L’amour reste le premier, et le seul, paramètre fondamental.
BAMP : Beaucoup de couples s’interrogent du point de vue des enfants nés grâce à un don de gamètes, comment leur parler de leurs histoires particulières, comment vont-ils vivre cette histoire ? Est-ce que c’est un point qui vous a posé question ?
Marianne GROVES : Bien sûr. Je pense qu’en devenant adulte, chacun d’entre nous doit affronter, un jour ou l’autre, sa propre histoire. Celle de mes enfants est particulière, et je ferai en sorte qu’ils la connaissent en temps et en heure, lorsqu’ils seront prêts et en feront la demande. Mais encore une fois, le paramètre fondamental est l’amour qu’ils auront reçu. Un être qui a été aimé est armé pour encaisser sa propre différence. J’en ai la conviction intime. Et la différence, au fond, c’est le lot de tout un chacun… C’est même le propre de l’homme! La conscience, par contre, est une autre affaire. Je considère que leur papa et moi aurons le devoir de proposer à nos enfants de grandir vers une pleine conscience d’eux-mêmes.
BAMP : Est-ce que la question du double don, qui vous a permis d’avoir vos deux enfants, est un aspect de leur vie dont vous allez parler avec eux ? L’avez-vous déjà fait ? Si oui sous quelle forme ?
Marianne GROVES : Je leur ai raconté toute la vérité sur leur conception quelques jours après leur naissance, alors qu’ils étaient encore de tout petits bébés. Et j’ai écrit ce livre pour que mon récit perdure et reste intact, à leur disposition, lorsqu’ils le souhaiteront, plus tard. En attendant, ce qui prime aujourd’hui dans nos vies est le lien d’une puissance exceptionnelle qui unit nos deux petits garçons à leur papa et à moi. Nous sommes devenus une famille, unique, et parfaitement banale, au fond !
BAMP : Dans l’interview diffusée sur you tube, vous présentez votre parcours comme extraordinaire, plein de joie et de bonheur, alors que souvent les parcours d’assistance médicale à la procréation sont un véritable calvaire, est-ce vraiment la réalité de ce que vous avez vécu ?
Marianne GROVES :  Je raconte les choses comme je les ai vécues. Les choses ont marché du premier coup pour moi, je n’ai donc pas du tout vécu de calvaire. Je connais des cas autour de moi, en effet, de femmes traumatisées par des échecs successifs. Moi, j’ai eu la chance de vivre tout ça comme un énorme miracle, sans doute entretenu par un travail mental et psychologique en parallèle.
BAMP :  Vous évoquez aussi, la part de l’homme, de votre homme, dans cette histoire. Son positionnement vis à vis des enfants à naître, son cheminement dans sa décision de devenir père. C’est un sujet essentiel qu’il nous semble intéressant de développer : qu’éprouvent les hommes face au recours au double don de gamètes ? Qu’est-ce qu’être père dans ce contexte particulier ? Pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Peut-il nous en dire plus ?
Marianne GROVES : Non… Mon homme est un taiseux et il ne s’exprimera pas, je le crains. Et je ne peux pas non plus m’exprimer pour lui. La seule chose dont je peux témoigner, c’est que nos deux fils sont ses fils, à jamais et pour toujours, et que le lien qui les unit est beau à pleurer. Vous savez, ce sont les bébés qui font tout le boulot. Dès leur naissance, je dirais même dès leur conception, en fait, ces deux petits magiciens sont devenus, instantanément, la chair de sa chair. Il se damnerait pour eux, et eux pour lui. Il y a donc beaucoup plus, en matière d’amour filial, que l’ADN…

 Merci beaucoup pour vos réponses Marianne, réponses qui sont à l’image de votre livre, belles et libres.

La page facebook de BABY BABY le livre

Les éditions Intervalles la page BABY BABY

Editions intervalles

CLINIQUE – Martine BATANIAN

Comme nous vous l’avons dis la semaine dernière, beaucoup de livres parlant de l’infertilité sont sortis cette année. Nous allons donc vous présenter chaque semaine un de ces livres qui racontent l’infertilité du point de vue des personnes qui le vivent dans leur chair. Aujourd’hui nous vous parlons d’un petit livre sorti au début de l’année 2014 au Québec.

Clinique – de Martine Batanian
Publié par les éditions Marchand de feuilles en 2014. Québec

Se procurer ce livre

Le point de vue d’Octobre, membre de l’association BAMP
« Clinique est un roman. 
Parce que la narratrice s’appelle Soline, et non Martine Batanian. 
Parce que certains personnages, situations et lieux sont fictifs.
 
Mais Clinique est aussi un témoignage.
Parce que Martine Batanian y relate sa « propre quête de maternité ».
Une quête de maternité qui n’aboutira pas.
 
La souffrance, la colère, l’impuissance, l’incompréhension et la maladresse de l’entourage : tout y est. Mais ce petit livre (125 pages) ne se résume pas à cette liste d’émotions négatives. Loin de là. Il est avant tout d’une grande beauté : 
Par petites touches, Soline raconte son quotidien d’infertile, témoigne du regard que les autres portent sur elle (sa soeur, sa grand-mère, son bibliothécaire). 
Par petits chapitres, Martine Batanian construit un roman dont l’écriture est à la fois simple, terriblement juste et très poétique. 
Un livre véritablement marquant.
 
Bonne lecture ! « 

Le point de vue d’Irouwen, membre du bureau BAMP

J’ai lu ce livre d’une traite, le jour où je l’ai reçu par la poste. Juste avant je l’avais regardé sous toutes ces coutures, je l’avais humé. Il est beau à voir, une belle couverture intrigante, du papier épais, beige. Quels sont les mots qui font ce livre ? Il est petit, court, mais il procure des émotions très fortes. J’ai pleuré en le dévorant, pleuré car très émue par la justesse et la violence des situations vécues par cette femme infertile. Ressentir si fortement l’impact de l’infertilité, sur les petits moments de la vie, j’ai été porté par les mots et le style de Martine Batanian.

Une très belle écriture pour raconter avec poésie, la dureté d’un désir de maternité qui n’aboutit pas malgré l’aide de la médecine procréative. C’est terriblement dur et doux à la fois, car porté par une prose précise, tranchante. Comment raconter la nécessité de vivre malgré cette absence et ce ventre qui reste désespérément vide ? Martine BATANIAN écrit si bien le moment où la glace risque de se fendre juste au moment ou peut-être on essayait de survivre à ce vide, en profitant d’un moment de la vie. Mais comment faire l’effort de profiter de la vie, quand la vie même ne veut pas venir pousser dans son ventre.

Un très beau livre à mettre entre toutes les mains.

Premier roman de l'Ottavienne d'adoption Martine Batanian, Clinique a des... (Étienne Ranger, Le Droit)

Pour plus d’infos vous pouvez retrouver une interview de Martine BATANIAN ici

Si vous voulez commander ce livre, voici le site  des éditions Marchand de feuilles

Ou ici:

Se procurer ce livre

Aujourd’hui, 17 septembre, BAMP aux 19ème FFER, vous pourrez trouver ce livre sur le stand BAMP ! Présenter les témoignages des patientes et patients aux médecins.