Téléphone portable et altération de la qualité du sperme, c’est prouvé …

 

 

De plus en plus d’études mentionnent les ondes transportées par les téléphones portables comme ayant un impact délétère sur la qualité du sperme, et qui semblent être une cause parmi d’autres acteurs environnementaux d’infertilité masculine.

Plusieurs articles, ICI, ICI et ICI, ont repris les résultats d’une méta-analyse d’études portant sur le sujet. Il s’agissait de regrouper les résultats de diverses études, afin que la nombre de variables et le nombre d’individus concernés soient suffisamment importants pour être significatifs.

Au vu des seuils d'(in)fertilité, la baisse de qualité du sperme identifiée peut suffire à faire basculer un homme à la frontière de la fourchette basse de l’infertilité dans celle ci. L’impact du téléphone portable rangé dans la poche du pantalon n’est donc pas à exclure, notamment en ce qui concerne l’un des 3 paramètres mesurés lors des spermogramme : l’aspect morphologique.

Le résumé de l’étude en anglais est ICI.

 

Bilans actualisés de l’Infertilité

Bilans actualisés de l’Infertilité

(2011)

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Mahrianne, membre  BAMP nous a proposé un article  complet quant aux examens à réalisés en AMP,  des conseils pratiques, des explications quant aux examens et  leurs importances.

Je vous propose en complément, un article suite à une intervention de :

Ph. Merviel, E. Lourdel, R. Cabry, M. Brzakowski, V. Boulard, F. Brasseur, A. Devaux, H. Copin, Centre d’AMP, Pôle Femme-Mère-Enfant, CHU Amiens

lors des journées JTA datant de 2011, sur ce même sujet.

Il est intéressant de voir l’avis médical,  sachant que nous ne sommes pas égaux sur les examens réalisés dans le parcours AMP, et qu’une liste d’examens, propre à tous les centres devraient être établie, afin d’éviter des erreurs et surtout de perdre notre temps si précieux ….. mais cela pourrait être une question de coût envers la société ?

  • Le bilan de base d’une infertilité comprend
  1. le dosage de la FSH, de l’œstradiol, de la LH et de la prolactine
  2. une hystérosalpingographie
  3. un test de migration-survie des spermatozoïdes
  4. un test post-coïtal de Hühner
  • Le bilan secondaire d’une infertilité comprend
  1. une hystéroscopie
  2. un test de migration-survie des spermatozoïdes
  3. une hystérosalpingographie
  4. un caryotype des deux membres du couple

Résumé :

Le bilan initial d’une infertilité (2 ans de rapports sexuels réguliers sans contraception) peut être pratiqué après 6 mois à 2 ans d’essai et doit comprendre cinq examens : le bilan hormonal féminin (FSH, œstradiol, LH et prolactine), l’hystérosalpingographie, l’échographie pelvienne (avec compte des follicules antraux), le spermogramme-spermocytogramme et spermoculture et le test post-coïtal de Hühner.

Ces examens permettent déjà d’avoir le plus souvent une orientation diagnostique et thérapeutique. Ce n’est que secondairement que seront pratiqués des examens plus spécifiques (AMH chez la femme, test de migration-survie des spermatozoïdes chez l’homme, par exemple). Il faut insister sur le fait qu’aucun traitement ne doit être prescrit sans la réalisation du bilan de base au minimum.

  Introduction :

L’infertilité est l’absence de grossesse après deux ans de rapports sexuels réguliers, sans contraception. On distingue l’infertilité primaire lorsqu’il n’y a jamais eu de conception antérieure, par rapport à l’infertilité secondaire lorsqu’il y a déjà eu grossesse antérieurement, même non évolutive (fausse-couche spontanée ou FCS, grossesse extra-utérine ou GEU). On estime qu’en France 16% des couples consultent au moins une fois pour infertilité (60.000 par an) et qu’un peu plus de 40% entament effectivement un traitement.

L’ancienneté de l’infertilité doit être précisée d’emblée, car elle constitue un facteur pronostique important :

  • En effet dans l’espèce humaine, en l’absence de toute anomalie, les chances de grossesse par cycle (fécondabilité) sont à 25 ans (pour la femme) de 24%, à 35 ans de 12% et à 42 ans de 6% (avec à ces deux derniers âges 30 et 50% de FCS au décours).
  • A 25 ans, si une femme a des rapports sexuels réguliers en l’absence de toute anomalie, ses chances de conception seront de 60% au bout de 6 mois, de 80% au bout d’un an et de 90% au bout de 2 ans. Si la femme a 35 ans, ses chances sont diminuées par 2 et par 4 si elle a 42 ans.
  • Pour Schwartz [1], la fécondabilité en fonction de la durée d’infertilité est chez les couples fertiles de 16% après 6 mois, de 8% après 2 ans et 4% après 5 ans d’infécondité. Inversement, le pourcentage de couples stériles est respectivement de 11, 52 et 89%.
  • En combinant les taux de succès de l’AMP avec les données disponibles sur la fécondabilité, la mortalité fœtale et la stérilité, Blondel [2] évalue les chances de succès d’un couple cherchant à avoir un enfant selon l’âge de la femme au départ :
  • sur 100 femmes cherchant à concevoir à partir de 30 ans, 91 auront un enfant dans les 4 ans sans recourir à l’AMP, 3 y parviendront ensuite grâce à l’AMP et les 6 autres resteront sans enfant ;
  • sur 100 femmes cherchant à concevoir à partir de 35 ans, 82 auront un enfant dans les 3 ans, 4 grâce à l’AMP et 14 resteront sans enfant ;
  • sur 100 femmes cherchant à concevoir à partir de 40 ans, 57 auront un enfant dans les 2 ans, 7 en recourant à l’AMP et 36 resteront sans enfant.

Actuellement, les causes d’infertilité sont féminines dans environ 35% des cas, masculines dans 35%, mixtes dans 20% et l’infertilité est sans cause retrouvée ou idiopathique dans 10% des cas. Il est donc essentiel de connaître les différents stades du bilan d’une infertilité, car il n’est pas question de prescrire systématiquement au couple tous les examens complémentaires mais plutôt d’ordonner ceux-ci en fonction des orientations étiologiques pressenties. Dans cet article nous n’aborderons pas des explorations très spécifiques comme le MSOME par exemple.

 Bilan initial d’une infertilité :

Cinq examens complémentaires de base permettent chez un couple d’obtenir des informations sur près de 90% des causes d’infertilité :

– le bilan hormonal féminin

– l’hystérosalpingographie (HSG),

– l’échographie pelvienne,

– le spermogramme et le test post-coïtal (TPC) de Hühner.

Ils doivent précéder toute prise en charge d’un couple pour infertilité (cas encore trop nombreux de stimulations ovariennes faites sans HSG et spermogramme préalables …).

Lors du congrès de 2008 du collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), un communiqué a été publié sous l’égide du CNGOF, de la fédération nationale des collèges des gynécologues médicaux (FNCGM) et de la société française de gynécologie (SFG), rappelant à tous les médecins la chute de la fertilité avec l’âge de la femme. Ils souhaitent que les professionnels en informent les femmes. Ils rappellent que la majorité des grossesses survient dans les 6 premiers mois et qu’il est donc souhaitable de consulter après 1 an de rapports sexuels réguliers en l’absence de grossesse (avant 1 an en cas de troubles patents). Si la femme a plus de 35 ans, une prise en charge plus rapide est nécessaire et il est conseillé de consulter dès 6 mois. Ces recommandations rejoignent celles de la société américaine de médecine de la reproduction (ASRM) publiées la même année, et de l’agence de la biomédecine en 2009.

A/ Le bilan féminin

Il comprend l’évaluation de la réserve ovarienne par le bilan hormonal et l’échographie, et l’exploration de la perméabilité tubaire par l’hystérosalpingographie.

Le bilan hormonal sera pratiqué au début du cycle menstruel (J2-J3 du cycle) et comprend le dosage plasmatique de FSH, de LH et d’œstradiol, complété en 2ème intention par l’AMH (hormone anti-müllérienne) si la réserve ovarienne est diminuée. Le dosage d’inhibine B est désormais peu à peu abandonné du fait de sa trop grande variabilité. La prolactine sera également dosée avec des conditions strictes de prélèvement : mise en place d’un garrot, pose d’un cathlon avec obturateur, ablation du garrot et attente 30 minutes avant prélèvement au cathlon. Des prises médicamenteuses ou un adénome hypophysaire à prolactine peuvent élever le taux de prolactine et conduire à un dérèglement du cycle menstruel (+/- galactorrhée). Enfin en cas de signes cliniques de dysthyroïdie, un dosage de TSH pourra être effectué.

L’œstradiol (E2) :

Le taux basal d’œstradiol a été proposé comme prédicteur de la réponse ovarienne, à la suite des études d’Evers [3] qui avait montré qu’un taux > 60 pg/ml s’accompagnait d’un risque d’abandon des cycles de stimulation plus élevé et d’un nombre d’ovocytes récupérés plus faibles et de Fratarelli qui avait confirmé ces résultats pour un taux d’oestradiol ≥ 80 pg/ml ou < 20 pg/ml [4]. A l’inverse Ficicioglu [5] a montré que le taux basal d’oestradiol ne diffère pas significativement entre les femmes normo- et mauvaises répondeuses en AMP. Ce marqueur sert surtout à évaluer correctement le taux basal de FSH car un taux plasmatique élevé d’oestradiol (> 70 pg/ml) peut normaliser artificiellement la FSH par effet feed-back négatif.

  La FSH (hormone folliculostimulante) :

Un taux constamment élevé de FSH (> 12 UI/l, à fortiori 15 UI/l) doit faire renoncer à la prise en charge, cependant des taux variables (parfois normaux) sont un signe d’insuffisance ovarienne débutante et devront faire adapter le traitement et interrompre celui-ci en cas de non-réponse. Dans une étude de 212 patientes prises en charge en  FIV, Ashrafi [6] constate qu’un taux ≥ 15 UI/l est associé à un faible nombre d’ovocytes récupérés et un grand nombre de cycles annulés, cependant Klinkert [7] ne retrouve pas ce taux limite. Pour Penarrubia [8] le seuil déterminant l’insuffisance ovarienne débutante se situe plus bas, à 9,5 UI/l.

Nous avons repris de façon rétrospective nos résultats sur les 4 dernières années au CHU d’Amiens. L’analyse a portée sur 1671 cycles de FIV/ICSI ayant conduit à 1463 transferts embryonnaires (87,5%) et 369 grossesses évolutives (25,2%/transfert). Le tableau 1 résume ces données, en considérant les femmes âgées de moins ou de plus de 35 ans et ayant un taux de FSH basal supérieur ou inférieur à 9,5 UI/l, taux limite de FSH décrit par Penarrubia [8]. Il ressort qu’avec une stimulation ovarienne plus forte chez des femmes jeunes (< 35 ans) avec taux de FSH ≥ 9,5 UI/l, les taux de grossesse sont équivalents à ceux observés chez des femmes jeunes avec fonction ovarienne normale, et supérieurs à ceux des femmes ≥ 35 ans avec FSH basal < 9,5 UI/l.

Ces données vont dans le sens de l’étude de Luna [9] qui a démontré que les taux de grossesse étaient meilleurs chez les femmes de moins de 35 ans ayant un taux basal élevé de FSH par rapport aux femmes plus âgées avec un taux normal de FSH, conduisant ainsi les auteurs à recommander une évaluation basée également chez les femmes de plus de 35 ans sur la réponse folliculaire lors des stimulations antérieures et le taux d’annulations, et à ne pas interdire une prise en charge chez des femmes jeunes malgré une FSH élevée. A l’inverse, l’étude d’El-Thoukhy [10] chez des femmes avec FSH > 10 UI/l et/ou mauvaise réponse à une 1ère stimulation ovarienne, divisées en trois groupes (≤ 30, 31-38 et > 38 ans), montre que le nombre d’ovocytes récupérés et les taux de grossesse clinique par transfert sont similaires dans les trois groupes (respectivement 18,2, 15,1 et 13,8%).

  La LH (hormone lutéinisante) :

Une seule étude, celle de Noci [11] a montré qu’un taux de LH < 3 UI/l en début de cycle s’accompagnait d’une diminution du nombre d’ovocytes récupérés. Le dosage de LH sert donc surtout à appréhender le risque de réponse plurifolliculaire à la stimulation de type syndrome des ovaires polykystiques, avec comme conséquences l’hyperstimulation ovarienne et la grossesse multiple. Ainsi le taux de LH (> 7 UI/l) et le rapport LH/FSH > 1,5 ou 2 expose à ces risques.

Le tableau 2 rapporte les résultats de l’étude de Riggs [12] concernant les différents marqueurs statiques et leur liaison avec la réponse ovarienne à la stimulation.

Trois tests dynamiques (au citrate de clomiphène, au agonistes de la GnRH – GAST, à la FSH – EFORT) ont été proposés pour évaluer la réponse ovarienne à la stimulation. Du fait de leur mise en œuvre plus complexe, de leur insuffisante prédictivité et de l’apport du dosage de l’AMH en cas de doute, ils ont été peu à peu abandonnés.

Le compte des follicules antraux (CFA) par échographie vaginale (+/- couplée à une analyse en 3D ou un système informatique type SonoAVC par exemple) est considéré comme un bon marqueur de la réserve ovarienne, et le meilleur pour prédire une mauvaise réponse à la stimulation. Ainsi, Muttukrishna [13] atteste que le CFA peut prédire 89% des mauvaises répondeuses. Scheffer [14] a étudié les différents marqueurs et a conclu que le CFA (entre 2 et 10 mm) était supérieur à la FSH, l’inhibine B, l’oestradiol et le volume ovarien. Une corrélation entre le CFA et l’AMH [15] existe, tout comme une relation avec le type de réponse (tableau 3).

En effet pour Elgindy [16], les bonnes répondeuses ont en moyenne 10,1 +/- 3,0 follicules antraux contre 5,7 +/- 1,0 pour les mauvaises répondeuses. Une attention plus particulière est désormais posée sur les petits follicules antraux (< 5 mm), qui pour Klinkert [7] sont les plus prédictifs de la réponse ovarienne et du taux de grossesse, alors que les plus gros (5-10 mm) demeurent inchangés en nombre jusqu’à 45 ans au moins [17] et sont corrélés avec le taux d’inhibine B et le volume ovarien.

L’échographie permet également d’obtenir des renseignements sur la morphologie utérine (myomes intra-muraux, adénomyose), la présence et la morphologie des ovaires (kystes), l’existence de masses latéro-utérines (hydrosalpinx). Pratiquée après les règles lorsque l’endomètre est fin, elle visualise de plus les processus intra-cavitaires comme les polypes ou myomes.

L’hystérosalpingographie (HSG) apporte de nombreux renseignements sur l’intégrité de la cavité utérine (malformations, synéchies, polypes, myomes, adénomyose), l’état de la partie proximale (infection, endométriose), médiane (tuberculose) et distale des trompes (phymosis, hydrosalpinx). En cas de non injection proximale des trompes avec aspect soufflé de la corne utérine, un spasme doit être éliminé par la pratique d’un cathétérisme tubaire sélectif (salpingographie sélective). De même au niveau distal, la mauvaise qualité du passage péritonéal (ou la rétention du produit de contraste en goutte dans la région péritubaire) peut faire suspecter l’existence d’adhérences péri-tubo-ovariennes.

La pratique de cet examen ne se conçoit qu’en cas de normalité du sperme. Cependant l’HSG comporte de nombreux faux-négatifs (de 2 à 50%) ou faux-positifs (de 15 à 32%), ce qui a poussé de nombreux auteurs à proposer la réalisation d’une cœlioscopie en première intention. Des études ont comparé les résultats de l’hystérosalpingographie avec la cœlioscopie. Dans l’étude de Dhaliwal [18], il retrouve 89% d’anomalies tubaires à l’HSG avec 60% de corrélation avec les lésions retrouvées à la cœlioscopie. Pour Rausmussen [19] le taux de corrélation atteint 66% avec une fréquence plus grande d’anomalies à l’HSG lorsque la femme a des antécédents infectieux. Malgré cela, pour Opsahl [20], bien que 75 HSG étaient normales sur sa série de 278 femmes avec antécédents infectieux, la cœlioscopie retrouvait quand même dans 28% des cas des lésions pelviennes.

Pour nous (comme pour d’autres) la cœlioscopie est indiquée dans le bilan initial d’une infertilité (21), bien sûr en cas d’anomalie révélée par l’hystérosalpingographie, mais également dans les circonstances suivantes :

  • Antécédents infectieux (à fortiori en cas de sérologie Chlamydia positive) et/ou chirurgicaux concernant la région pelvienne (risque adhérentiel important)
  • Infertilité secondaire inexpliquée
  • Infertilité inexpliquée après 37-38 ans (pour choisir entre la réalisation d’inséminations ou un passage direct en FIV)
  • Echecs de 3 à 4 cycles d’inséminations intra-utérines bien conduites (avec stimulation ovarienne et nombre de spermatozoïdes inséminés corrects)
  • La fertiloscopie (ou hydrolaparoscopie par voie trans-vaginale) constitue actuellement une alternative chirurgicale possible à la coelioscopie. Néanmoins, sa place dans le bilan initial d’une infertilité reste à définir.

B/ Le bilan masculin :

Le spermogramme – spermocytogramme reste l’examen essentiel chez l’homme. Il analyse le volume de l’éjaculât (> 1,5 ml), la numération des spermatozoïdes (> 15 millions/ml), leur mobilité (≥ 30 % a + b à la première heure et ≥ 15 % à la 4ème heure) ainsi que la morphologie de ceux-ci (formes normales : > 15 % selon la classification de Cohen-Bacrie ou ≥ 4% selon Kruger). Pour conclure, le spermogramme doit toujours être répété à 3 mois d’intervalle, du fait de la variabilité importante des résultats dans le temps, de la sensibilité de la spermatogenèse au stress (fièvre, fatigue importante), et du délai de fabrication des spermatozoïdes (74 jours). Un bilan infectieux masculin (spermoculture surtout, +/- prélèvement urétral ou PCR sur le premier jet urinaire, ECBU avec recherche de germes banaux, chlamydiae, mycoplasmes) devra être pratiqué de façon simultanée car une infection peut expliquer une perturbation d’un des paramètres du sperme.

C/ Le test post-coïtal de Hühner  :

Le test post-coïtal de Hühner consiste en l’examen au microscope de la glaire en période pré-ovulatoire immédiate, 8 à 12 heures après un rapport sexuel. Normalement, il doit montrer au moins 5 à 10 spermatozoïdes bien mobiles par champ de microscope au grossissement 40. Ses anomalies peuvent être liées à une insuffisance de la glaire (importance du score d’Insler prenant en compte la cellularité, l’abondance, la limpidité, la filance et la cristallisation de la glaire), du sperme ou à un phénomène immunologique, malgré une glaire et un sperme apparemment normal. Très critiqué par les anglo-saxons qui ne le prescrive jamais (car pour eux sans relation avec les chances de grossesse), il reste utilisé dans notre pays pour évaluer l’interaction glaire-spermatozoïdes et orienter si besoin vers une insémination intra-utérine.

Le bilan secondaire :

Il sera orienté en fonction des constations du bilan de base.

Chez la femme

  • L’hormone anti-Müllerienne (AMH) est un marqueur de la réserve ovarienne, plus particulièrement de la quantité et de l’activité des follicules antraux. Comparée à la FSH, à l’inhibine B ou à l’œstradiol, l’AMH a pour avantage une non-variabilité au cours du cycle menstruel, rendant son dosage plus crédible, uniforme et reproductible. De Vet [22] a montré une excellente corrélation entre le taux d’AMH et le compte des follicules antraux (CFA), et Van Rooij [23] a retrouvé des taux d’AMH abaissé chez les femmes « mauvaises répondeuses » (cycles annulés ou < 4 ovocytes récupérés) comparativement aux femmes ayant une bonne réponse à la stimulation ovarienne. Muttukrishna [13] dans une étude comparable chez des femmes > 38 ans et ayant un taux basal de FSH > 10 UI/l, avec < 4 follicules > 15 mm, a montré que l’AMH était un bon marqueur chez ces femmes avec un cutt-off de 0,2 ng/ml, une sensibilité de 87% et une spécificité de 64%.
  • Pour Ficicioglu [5], l’AMH est plus élevée chez des patientes avec une bonne réponse ovarienne (0,67 +/- 0,41 ng/ml) comparativement aux mauvaises répondeuses (0,15 +/- 0,11 ng/ml), conduisant à une VPP de 96,8% et une VPN de 76,9%. Pour La Marca [24], le seuil pour les mauvaises répondeuses est de 0,75 ng/ml. Silberstein [25] détermine lui un seuil à 2,7 ng/ml comme prédictif de la survenue d’une grossesse. Dans notre équipe, nous considérons le taux de 1,6 ng/ml comme le seuil entre une mauvaise et une bonne réserve ovarienne. Rappelons que ce dosage n’est toujours pas remboursé par la sécurité sociale.
  • En cas d’anomalie utérine intra-cavitaire suspectée à l’hystérosalpingographie et/ou à l’échographie, une hystéroscopie diagnostique ambulatoire sera pratiquée. Elle  permet une vision directe de la cavité utérine et des orifices tubaires, corrige les faux positifs de l’HSG (bulle d’air, caillots) et dépiste certaines lésions minimes non vues en HSG (endométrites, dystrophies vasculaires). Elle est indiquée en 1ère intention en association avec l’échographie en cas d’ICSI (permettant ainsi d’éviter la réalisation d’une HSG). Enfin, elle permet la réalisation d’une biopsie d’endomètre (pipelle de Cornier de préférence), soit à la recherche d’une endométrite, soit pour évaluer en fonction de la date du cycle la croissance et la maturation de l’endomètre.
  • En cas de suspicion clinique de SOPK ou d’un rapport LH/FSH > 1,5 ou 2 sur le bilan hormonal féminin de base, on demandera le dosage des androgènes ovariens (testostérone et D4 androstène-dione) et surrénaliens (déhydroépiandrostérone – DHA et sulfate de DHA).
  • Le caryotype féminin sera prescrit en cas de FCS à répétition au 1er trimestre de la grossesse (3 antécédents au moins) ou en cas d’insuffisance ovarienne prématurée (< 40 ans) inexpliquée.

Chez l’homme :

en cas d’anomalies répétées au spermogramme, on prescrira :

  • Un test de migration-survie des spermatozoïdes qui consiste à évaluer le nombre total de spermatozoïdes mobiles et la normalité de ceux-ci après sélection, ainsi que la proportion de spermatozoïdes encore mobiles à 24 heures (survie). Il s’agit du meilleur test prédictif de la fécondance des spermatozoïdes et il permettra de proposer une technique d’AMP en accord avec les résultats (NSMI : nombre de spermatozoïdes mobiles inséminés) : > 1 million de spermatozoïdes mobiles et normaux : insémination intra-utérine (IIU) ; entre 500.000 et 1 million : fécondation in-vitro (FIV) et en-dessous de 500.000 (ou 300.000) : microinjection intra-cytoplasmique des spermatozoïdes (ICSI).
  • La recherche d’anticorps anti-spermatozoïdes fixés sur les spermatozoïdes pourra être faite avant et après migration du sperme (type d’anticorps, localisation, sévérité pouvant indiquer la pratique d’une ICSI). Cette recherche peut être également effectuée dans la glaire cervicale (en cas de présence de spermatozoïdes totalement immobiles dans la glaire et mobiles au spermogramme) ou dans le sérum maternel.
  • Les dosages hormonaux plasmatiques masculins : FSH de base ou sous GnRH (élevée en cas d’insuffisance testiculaire primitive de production des spermatozoïdes ; anormalement basse en faveur d’une insuffisance de stimulation hypothalamo-hypophysaire) et testostérone de base ou éventuellement sous hCG (témoin du fonctionnement des cellules de Leydig), prolactine (pouvant révéler un adénome hypophysaire à prolactine).
  • L’échographie-Doppler testiculaire permet la recherche d’un varicocèle, mesure les testicules et permet de visualiser les différents composants des bourses (épididyme et déférent).
  • La biochimie du sperme permet de déterminer le niveau d’obstruction des voies spermatiques par l’absence de la sécrétion d’amont dans le sperme (fructose pour les vésicules séminales, phosphatases acides pour la prostate, carnitine pour l’épidydime).
  • L’étude du caryotype masculin est indispensable chaque fois que la numération des spermatozoïdes est constamment inférieure à 5 millions/ml, a fortiori en cas d’azoospermie (10% d’anomalies chromosomiques retrouvées dans ce cas, dont le syndrôme de Klinefelter).

En conclusion :

L’infertilité concerne les deux membres du couple. En conséquence, l’exploration de la femme et de l’homme doit se faire de façon concomitante. Cependant, au cours du bilan, la prescription des examens doit être graduelle afin de minimiser la lourdeur des explorations, les coûts pour la société, et d’adapter au mieux la prise en charge du couple.

 Article complet et ses références bibliographiques : Ici

Ph. Merviel, E. Lourdel, R. Cabry, M. Brzakowski, V. Boulard, F. Brasseur, A. Devaux, H. CopinCentre d’AMP, Pôle Femme-Mère-Enfant, CHU Amiens

Source : les JTA.com

Infertilité masculine : une nouvelle piste toulousaine

Infertilité masculine : une nouvelle piste toulousaine

Le programme hospitalier de recherche clinique national vient de débloquer une enveloppe de 350.000 euros  afin de faire de nouvelles recherches sur l’infertilité masculine.

Le but ? Se servir d’un appareil d’imagerie utilisé en cancérologie pour mieux comprendre l’infertilité masculine.

Emmanuelle Rey, la journaliste qui a rédigée cet article dans « la dépêche.fr » nous explique l’idée originale, du docteur Lawrence Dierickx, spécialiste en médecine nucléaire à l’Institut Claudius Regaud.

L’article : Ici.

L’infertilité masculine, dans un tiers des cas, est à l’origine de l’infertilité du couple.

les chercheurs explorent plusieurs pistes. De la génétique, aux problèmes alimentaires et pollution. Il est essentiel que des recherches soient mise en œuvre et connues du public afin de connaitre les avancées de celles-ci.

L’INFERTILITÉ C’EST AUSSI UNE AFFAIRE D’HOMME!

Coucou, c’est Glhope, je me suis enfin décidé à laisser un petit bout de moi sur la toile. Vous connaissez peut-être un peu notre histoire par ma femme…

Je vais reprendre un peu notre parcours vu de mon cerveau.

L’envie d’être père me travaille déjà depuis un long moment, quand j’ai rencontré ma femme, je me suis tout de suite dit que celle là fallait pas la laisser filer, au bout de quelques années nous avons voulu fonder notre famille, un enfant, et pourquoi pas même deux, assez rapproché pour qu’ils grandissent et qu’on puisse les regarder jouer ensemble… Ça c’était il y a 5 ans!!!

Au bout d’un moment (même si certains diraient : « c’est bon y a le temps, t’as que 25 ans!!) après des essais infructueux, malgré une étude poussée des cycles de ma femme (enfin ça vous connaissez tous!), ne voyant rien arriver, elle est allée voir sa gynéco. Elle lui a prescrit une série d’examen afin de déceler ce qui ne fonctionnait pas (chez elle avant tout…!) Ayant récolter de bonnes notes partout et voulant s’assurer que nous savions bien faire la chose…on a eu le droit au test d’Hühner. Ceci pour voir la réactivité, entre autre de mes spermatozoïdes dans son dedans de elle. Le résultat fut assez, comment dire, inquiétant… 1 seul petit nageur a été détecté et pas en grande forme à vrai dire, il avait coulé!! immobile! (pourquoi n’a-t-elle pas prescrit cet examen plus tôt???!!!)

Donc au vu de ces résultats, sa gynéco, toute gênée, lui a dit « il devrait peut-être, enfin si il veut bien…faire un spermogramme? » (elle n’osait même pas le demander!) Ben ouais j’veux bien!!! Et puis ça aurait pu être fait avant!! (enfin bon la logique c’est pas leur fort).

Donc bon (ça c’est pour ma part et ça n’engage que moi) beaucoup d’homme dans les reportages que l’on voit (mais heureusement pas tous) disent que le prélèvement c’est compliqué, il y a de la tension, non mais « ALLO!! » t’as jamais eu 15 ans ou quoi? en plus là t’as qu’à penser à ta superbe femme (car elle reste magnifique malgré les kilos PMA) en plus viser un pot c’est pas trop dur, t’as juste à la mettre devant (heureusement qu’on t’as pas sondé toi aussi, sinon où tu en serais…! 🙂 ) Alors compliqué NON, si ça avait pu tout résoudre, ça aurait été parfait, suite au prélèvement on a eu confirmation que mes nageurs étaient « juste » peu nombreux, très faignants, peu résistants et pas de superbes gravures de mode, en gros les seuls qui pouvaient bouger tournaient en rond.

Donc face à cela, FIV ICSI : SUPERBE! plus qu’à mélanger et hop! on est parents, en plus de jumeaux 😉     Désillusion… et ben non!ça marche pas comme ça.

Première tentative, stim pas super, un embryon pas top au dire du biologiste. Ben espoir de débutant, « on le met », Ah ben ça a pas marché! (pour eux, pas TOP ça voulait dire fragmenté mais ils ne se sont pas attardés là dessus!).

Deuxième tentative, tiens Madame tu vas prendre des doses plus grosses, et ça va durer plus longtemps, c’est vrai que la 1ère t’avait fatiguée mais bon là, ça va marcher, allez sois forte je suis avec toi. Bon ben là pareil, pas de bon résultat de la stim.  Pas super, mais mieux, du coup espoir te revoilà, seulement au final des ovocytes dysmorphiques,  2 embryons pas top eux aussi (là on nous explique mieux la dysmorphie et le fait qu’ils étaient comme ça aussi à la 1ère) mais on les met quand même car il y a eu des bébés avec ces embryons. Mais non, ça n’a pas marché non plus.

Bon ben troisième tentative, on augmente encore, elle est au bord de l’évanouissement à chaque activité, ça réagit pas super mais encore un peu mieux (enfin normal on la gave avec des doses de cheval) et au final 3 embryons… MAIS… et ben non pas de mais, toujours fragmentés. Dépités!

Ils nous avaient proposé d’en implanter 3 si on en avait assez lors des rdv précédents cette FIV, donc on s’était dit ben  les 3 si ça se passe comme ça! Mais SURPRISE!! On implante pas cette fois, on va étudier l’évolution des embryons…pour voir s ils s’améliorent avec les jours. Alors suspens, on attend, on espère et AU FINAL : ben non c’est la merde, pas d’implantation (ils ont arrété d’évoluer). Alors rdv avec le gynéco PMA, qui prescrit un nouveau examen chirurgical (coelioscopie) … et moi petite pièce ne servant pas à grand chose dans ce parcours (d’un point de vue médical car on ne peut pas agir sur mon soucis)…mais étant un moteur d’espérance (parfois agaçant pour ma femme) je demande au gynéco (car il faut me dire les choses sinon je comprend pas!) « les embryons cette fois-ci, ils étaient encore moins de bonne qualité que ceux d’avant? » « ben non, c’est pareil » dit-il simplement.

Bon ben là j’ai réellement pris conscience de la PMA. J’étais plein d’espoir : « c’est de la médecine, ils s’y connaissent » et ben non c’est plus des expériences sur nos femmes, car en fait ils pigent que dalle!

Alors je vous avoue qu’on repart dans une torture de plus pour elle, avec , plus de produit, plus de dose et toujours peu d’espoir et j’en ai marre.

Encore une fois je ne pourrais être là que pour l’amener et la ramener aux rendez-vous échographiques et la regarder souffrir avant, pendant et si ça marche pas, aprés.

Pour moi, ne pas fonder ma famille c’est une chose mais voir ma femme souffrir physiquement (en plus de moralement) c’est ça le plus dur!

Alors je croise les doigts, et j’hope pour qu’il n’y ai pas de flope!

GLHOPE

Baisse des spermatozoïdes, le tabagisme subi in utero mis en cause (Le Figaro, 9 juillet 2013)

Un article du Figaro met en avant les résultats d’une étude australienne de grande ampleur démontrant les effets délétères du tabac sur le fœtus, avec des conséquences sur la fertilité ultérieure de ces jeunes hommes…

Baisse des spermatozoïdes, le tabac en cause

Par figaro iconMartine Perez – le 09/07/2013
Une enquête australienne révèle que ce phénomène serait lié, au moins en partie, au tabagisme des mères, en forte hausse.

Dans les années 1980, des chercheurs finlandais mettaient en évidence, pour la première fois, une baisse de la production et de la vitalité des spermatozoïdes chez l’homme. Depuis, le constat a été confirmé dans différents pays, notamment dans plusieurs villes de France.

Selon une étude menée par le Cecos (Centre d’étude et de conservation du sperme), le nombre moyen de spermatozoïdes par millilitre de sperme serait passé, en vingt ans, de 80 millions à 60 millions aujourd’hui. Comment expliquer ce phénomène (que certains contestent d’ailleurs)?

Lors du congrès européen de reproduction humaine et d’embryologie qui se tient actuellement à Londres , plusieurs hypothèses ont été formulées pour expliquer cette évolution: en particulier le tabagisme féminin et le petit poids de naissance. Le fait de fumer entraînerait, par le biais du monoxyde de carbone (CO), une asphyxie transitoire du fœtus qui altérerait les organes les plus fragiles, notamment ceux de la reproduction. De même, le petit poids de naissance (lié à différents facteurs, entre autres aux grossesses multiples) perturberait le développement fœtal. Jusqu’à présent, les pesticides, les perturbateurs endocriniens et autres modifications de notre environnement chimique étaient les principales hypothèses avancées.

Pour aboutir à cette conclusion, les scientifiques australiens ont mené une enquête à long terme: ils ont enrôlé 2900 femmes enceintes, les ont interrogées avec minutie sur leur mode de vie, ont examiné leur progéniture pendant la grossesse puis régulièrement pendant l’enfance et enfin ont évalué le spermogramme des garçons à plusieurs reprises entre 20 et 22 ans. En particulier, 423 jeunes hommes de ce groupe ont bénéficié à l’âge adulte, d’un bilan complet pour mesurer le volume testiculaire, l’analyse de la quantité et de la mobilité des spermatozoïdes.

Les résultats révèlent qu’environ un jeune homme sur six dans ce groupe présente des anomalies du spermogramme, avec un volume séminal insuffisant, un nombre de spermatozoïdes en dessous des normes et une mobilité insuffisante, selon les critères définis par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Un quart des jeunes gens avaient des spermatozoïdes présentant des anomalies morphologiques considérées comme inacceptables, selon les critères de l’OMS.

Spermogramme perturbé

Quand les chercheurs ont ensuite recherché des corrélations entre différents paramètres de la grossesse de la mère et les anomalies du spermogramme, ils ont découvert que deux facteurs en parti­culier étaient associés à une moins bonne qualité de sperme: le tabagisme maternel et le retard de développement intra-utérin. En clair, quand les mères fument pendant la grossesse (18,6 % dans ce groupe), le risque pour leur rejeton de présenter un spermogramme perturbé est clairement augmenté.

De même, le fait d’avoir une croissance fœtale retardée est associé à un risque accru d’anomalie spermatique. Enfin, des troubles de la croissance pendant l’enfance sont aussi associés à des troubles du développement testiculaire. Selon le Pr Roger Hart, principal auteur de l’étude, «le message principal de notre travail, c’est que pour atteindre l’âge adulte avec une bonne fonction testi­culaire, un homme ne devrait pas être exposé in utero au tabagisme maternel, devrait avoir une bonne croissance in utero, mais aussi dans l’enfance et l’adolescence, ne devrait pas être en surpoids, et lui-même en tant qu’adulte ne devrait ni fumer ni se droguer.»

Des études menées en France ont indiqué également l’effet néfaste pour la reproduction de la prise d’antalgiques par la mère pendant la grossesse. En tout cas, il devient désormais vital de dire aux jeunes mamans de ne pas fumer pendant la grossesse. Or, depuis vingt ans, le tabagisme féminin ne fait qu’augmenter.

L’article se trouve ici: http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/07/09/20907-baisse-spermatozoides-tabac-cause

Et le Wall Street Journal relaie les travaux présentés lors des dernières journées de la médecine reproductive à London la semaine du 8 au 12 juillet en citant notamment les recherches du Dr. Joelle Le Moal. L’article précise que non seulement le tabagisme subi in utero a un impact sur la fertilité ultérieure de l’enfant, mais que les pratiques addictives (marijuana…) et les habitudes alimentaires peu équilibrées conduisant à une obésité ont également un impact.

Pour lire l’article, en anglais!, c’est ici.

BETTYZBOOP raconte

Patience, maître mot ! Restons ZEN !

Tout est allé très vite entre Chéri et moi. On se connaissait du lycée, on faisait parti de la même bande de gais lurons sans jamais à l’époque pour autant s’attirer, on s’était perdu de vue pendant les études après bac, et chacun avait sa petite vie. Jusqu’à ce qu’on se recroise à quelques soirées de l’unique ami qui nous restait en commun de cette bande. Quelques temps et bavardages sur internet après, notre histoire d’Amour commença. Je finissais alors mes études, étant 2 ans plus jeune que lui, et j’avais mon petit studio à 100km de là, mais rentrant tous les week-end chez Papa Maman :D. Marre de cette vie de galérienne-petits jobs-faculté, j’ai tout plaqué pour me trouver un 35h par ici et du coup me rapprocher de Chéri. Ré-aménagement temporaire à la maison familiale (pas si familiale que ça, mes parents parlent divorcent depuis au moins 20 ans, sans jamais sauter le pas !), mais après avoir vécu des années seules en studio, le retour chez les parents s’est avéré être un cauchemar. J’ai donc repris mon baluchon pour m’installer dans l’appart de Chéri 3 petits mois après le début de notre histoire(bon ok j’y suis allée mollo, j’avais juste commencé par ramener le lisseur, le shampoing, l’après-shampoing, le maquillage, et le sèche-cheveux… après c’était plus qu’une formalité^^). Ayant à l’époque 23 et 25 ans, notre cercle amical était déjà bien lancé dans la construction de maison, bébé, mariage… Commençant à peine mon 1er boulot à temps plein (vendeuse en boulangerie) pas moyen d’avoir de grands projets toute de suite. On s’est quand même pacsé 9 mois après le début de notre relation « pour officialiser » tout ça. Nous étions alors en mai 2010.

Ayant toujours voulu avoir des enfants assez tôt, à l’image de ma mère (46 ans cette année, moi j’aurais 27) et de ma grand-mère (65 ans), je me disais qu’un 1er bébé vers 25 ans ça serait top (comprendre un chouillant avant ce 25e anniversaire) ! Pas trop jeune, pas encore trop vieille !
J’ai donc tout naturellement orienté le sujet avec Chéri, qui à l’époque (2010) ne se sentait pas encore vraiment prêt.

27 mai 2011, 1 an de Pacs ! Chéri me dit qu’il voudrait bien qu’on fasse un bébé. Super !!!
Je voulais faire bien les choses, finir ma boite de pilule. J’ai donc arrêté de la prendre mi-juillet 2011.

On partait en vacances chez la cousine de Chéri dans le sud pour notre 1er mois d’essai, donc forcément, les rapports étaient espacés et on avait sans doute loupé le coch, je ne me suis pas inquiétée.

Les mois passent, 6 mois d’essai, je sais qu’ayant pris la pillule pendant plus de10 ans, ça peut prendre du temps à se remettre en ordre, je décide quand même de consulter ma gygy habituelle, pour un chek-up.

          « Vous venez pourquoi ? 

          J’ai arrêté la pilule depuis 6 mois, pour faire un bébé, mais rien ne vient.

          Vous avez quel âge ?

          (à l’époque) 24 ans.

          Mais vous êtes jeunes !!!!! vous avez bien le temps d’y penser !!! (Je t’en pose des questions Duconne, si je veux un bébé c’est maintenant pas à 35 ans quand je serais une veille croute proche de la ménopause !! (dsl pour les trentenaires qui lisent mais ce fut ma 1ère réaction à chaud !)) Mangez des noix et des amandes, ça améliore la qualité de votre ovulation.  Une femme normalement constituée met entre 6 mois et 1 an pour concevoir un bébé. »

Entre 6 mois et 1 an ? Nan mais je n’arriverais pas à patienter jusque-là ! Pas possible !
De nature à avoir obtenu toujours ce que je désirais par ma personnalité et ma force de caractère, bam gigantesque frustration !
Du coup, petit caprice de fille frustrée, chéri a accepté que l’on adopte un chiot ! Fort heureusement, sans mon loulou je ne sais pas si j’aurais autant tenu !

Les mois re-passent. Je fais le tour des forums spécial grossesse et futures mamans.
Faire sa courbe de température ? mais c’est quoi ce truc barbare où il faut s’enfoncer un thermo dans les fesses, le matin, sans avoir posé le pied à terre !
Sur les forums on apprend plein de choses pour anticiper nos rdvs, et au fil du temps je suis devenue une pro de l’anticipation,  mais ça ne m’a pas toujours fait gagner ce précieux temps après lequel on court toutes !
Il faut 3 courbes pour être « entendue » par un gyné, ok.

Mes  3 courbes en poche, j’ai pris rdv avec un autre gyné, un homme, alors que j’ai toujours consulter la même femme gyné depuis mon adolescence. Un peu en stress, mais chéri m’accompagnait !

          « Vous ovulez bien, vos courbes sont belles, on va se pencher du côté de Monsieur ».

1er Spermogramme à faire.
Chéri y va sans rechigner.

Gygy appelle le jour des résultats ! Ce n’est pas très bon, OligoAsthénoTétraSpermie modérée.

Qui a été confirmée 2 mois après avec un 2nd spermo.

Gygy qui me dit que ce n’est pas sa spécialité, qui nous recommande au centre AMP de notre département (le seul et l’unique….sniff)

30 Juillet 2012, enfin le 1er rdv PMA !
Mais c’est quoi cette gyné qui s’en bat de nous en face d’elle ? A peine un bonjour, un regard, une explication…
« Mouais, j’ai déjà vu pire, ce n’est pas alarmant (parlant des resultats de Chéri) ! »
Comme examen moi je n’avais rien fait à part quelques prises de sang et écho à plusieurs moment du cycle. Elle me prescrit une hystéro (RAS), le test de hühner X2 car ils se sont avérés très pauvres en spermato mobiles , mais 1 examen par mois, de quoi me faire perdre patience et mon temps !
Le truc qui m’a le plus énervé, c’est qu’on arrive en AMP avec un verdict plus ou moins posé : l’OATS de Chéri, ok il fallait vérifier que chez moi tout aille bien, jusque-là je peux comprendre, mais après le 1
er résultat du test de Hühner, qui disait très pauvres en spz mobiles, il ne fallait pas BAC+15 pour comprendre avec les 2 spermogrammes + le test de coït qu’on avait visiblement un problème de têtards !!! Enfin bref, passons.

Une fois tous les examens faits et refaits (PDS et contrôle écho sur cycle naturel), elle me prescrit une piqure d’ovitrelle pour un cycle, pour être sûre de ne pas « taper » à côté de l’ovulation pour nos rapports ! Appelle moi jeanjean, j’ai juste toute la panoplie du thermomètre super high-tech pour détecter mon ovu + les test, non mais allô quoi ? Je galère en essai depuis 1 an et tu crois que je ne surveille pas ma période d’ovulation Duconne ?!

Le mois qui a suivi, elle me prescrit puregon à 50ui et ovitrelle. PDS et Echo à J13, oh bah merde vous ovulez déjà, rapport ce soir et demain.

Le mois d’après, elle commence à me parler d’IAC Allllléluiiia !!! Il était temps que tu commences à te bouger le cul, ça fait juste 5 mois que je suis en AMP déjà !!! Elle veut me la programmer pour décembre,  or souvenez-vous, je travaille en boulangerie (même si entre temps j’ai changé d’enseigne, et je suis passée reponsable de magasin), décembre c’est mon plus gros mois de l’année avec une big pression du boss et un stress permanent, j’ai dit on se programme tout ça pour janvier c’est mieux !

Janvier, puregon 50UI, contrôle à J13, oh bah merde, mon ovulation est déjà passée, elle ne m’a pas attendue, IAC1 reportée !  En mars, car mon centre ne pratique qu’une stimation un cycle sur 2.

Mars. Puregon 50UI. IAC 1 faite ! Résultat obtenu après migration des spermatozoïdes assez mince, et 320 000 zozos inséminés..
Quand on pense que certains centres en France ne font pas d’IAC en dessous d’1 million de spz… Mes chances étaient infimes !
prise de sang à faire 14 jours post IIU le 19 mars donc ! Les règles ont débarquées le 17 mars ! 2 jours d’avance, super ! Ils m’ont loupé le coche ou quoi, bande de nuls ?!

Au fil des mois, on ne pense plus, on ne vit plus que par mon calendrier de cycle, les rapports sont calculés, pas évident pour notre vie de couple, qui malgré notre immesurable amour en pâtit énormément.

Avril. Repos forcé. Mais une connaissance me parle d’un gyné de ville, agrémenté AMP. Je prends rdv, la secrétaire super compréhensive, elle me demande où j’en suis dans mon cycle pour me caser avant mes prochaines règles afin de pouvoir commencer un TT tout de suite ! Début avril RDV, en même temps que je reçois la vulgaire ordonnance du centre où j’allais.

Le gyné est super ! Un vieux monsieur, avec un humour de cheval, mais qui sait très bien mettre à l’aise et surtout, à l’écoute !!!!
Il travaille en étroite collaboration avec les gynés du centre AMP qui avait commencé à me suivre, et ne les supporte pas, il pense tout à fait la même chose que moi : usine, inhumain, froideur…  Il y travaille un jour/semaine ça lui suffit amplement !
Il me propose alors de faire une fiv icsi direct ! Mais on calcule mon ovu ça risque de tomber en plein les jours fériés de mai, quelle merde, le centre sera fermé voir fera le pont, il préfère tenter une 2
e
iac, plus prudent !
Il m’augmente le dosage, puregon 75ui. Me blinde de vitamines : tocophérol, aspegic.
3 beaux follicules matûres ! IAC2 faite le 27 avril. Se soldera par un échec, malgré une ovulation au top selon le doc, un endomètre parfait…. Et 640 000 spz inséminés (le double quand même par rapport à la 1
ère ! Merci amandes, noix, maca et bétaselen….)

Mai. RDV gygy, déçu il était sûr que ça ne pouvait que marcher !
Il me demande si je veux retenter une 3
e
iac ou si je veux passer à la fiv !
FIV !!
ICSI bien sûr ! On ne va pas gâcher bêtement une tentative juste pour avoir la curiosité satisfaite de savoir si ou non les têtards de Chéri arrivent féconder tous seuls ou non !
Il me prépare l’ordonnance ! WOUUUUHAAA puregon 250UI ! je n’ose pas imaginer comme je vais être irritable et fatiguée ! lool + Orgalutran ! + diverses vitamines.
Au jour d’aujourd’hui, j’attends encore mes règles (27
e jour de cycle) soit demain ou dimanche pour commencer tout ça !

Ma 1ère fiv va donc être programmer pour la fin de ce mois-ci. J’ai hâte, et en même temps je flippe grave ! Car une piqure le soir, ça va… mais une le matin, et une le soir…. Ça va être un peu tendu car chéri fait les postes, et c’est lui qui me pique, car incapable de me les faire moi-même.
RDV 1
er contrôle au 6e jour ! C’est mon gygy qui s’occupe des contrôles ! De la ponction peut-être, si ça tombe son jour de permanence au centre, sinon j’aurais un des gygys antipathiques…. De toute façon j’ai choisi l’AG donc ça ira !

Entre temps, on a commencé l’acupuncture avec chéri. On a un rdv par semaine jusqu’à la ponction pour l’instant, après ça s’intensifiera. Du coup moi j’ai posé congés 2 semaines à partir du 17 juin pour me consacrer entièrement à tous ces rdvs, histoire de ne pas avoir le stress du boulot en plus !

Pour ce qui est de la prise en charge à 100% ça me fait bien rigoler jaune, parce que lorsque je passais par le centre, je n’avais aucun frais à avancer, j’avais juste les franchises et les participations forfaitaires qui s’accumulaient…..

Mon gygy de ville AMP, forcément on avance les frais, et ayant un fort dépassement d’honoraires (50€ la consultation classique,  70€ avec insémination), quand on a 3 ou 4 rdvs dans la semaine, ça commence à vite chiffrer ! D’autant plus que je suis la seule à qui ça le fait, mais ma carte vitale ne passe pas à 100% chez lui. Donc après m’être fait rouler quelques euros par la secu, je suis revenue aux bonnes vieilles feuilles de soin…
Quand j’appelle la sécu pour leur exposer mon problème, on me répond que la secrétaire n’effectue pas correctement son travail et ne coche pas la case adéquate sur son appareil. Hors la secrétaire m’a montré, elle n’a aucun choix sur son appareil, elle insère la carte, elle est lue, et basta !
A la pharmacie, dans les labos, j’ai aucun souci, pris en charge à 100% je n’avance rien.
C’est quand même hallucinant cette histoire ! Sûr ça ne représente pas grand-chose, parce que la sécu se base sur un tarif de 28€ pour une consultation mais à force de rdv, 2-3€ par ci multiplié par X fois (parce que j’habite en Moselle où on est pris en charge en LOCAL c’est-à-dire à 90% pour toutes nos consultations), ça me ferait gagner en franchises à retenir ! ça m’énerve !

Pour celles qui ont tout lu jusqu’ici, bravo, et merci ! j’ai essayé de synthétiser et de ne pas trop rentrer dans les détails, mais vous savez tout comme moi, qu’on ne peut pas faire court, quand on parle AMP !!

BettyzBoop – 27 ans en aôut
Chéri – 29 ans en juillet
2 ans d’essai  en juillet.

Nicolas raconte

Mon parcours avec Irouwen, ou le point de vue d’un homme sur la PMA

Propos à pondérer par le résultat final…

La PMA vu par un homme, sujet qui semble intéresser beaucoup de blogueuses. Irouwen et moi avons déjà témoigné dans « Quand l’enfant se fait attendre » le documentaire passé sur France 4, mais la création du collectif BAMP semble relancer le besoin de témoignages. Voici le récit, forcément long, de notre parcours PMA, de notre rencontre à l’accouchement. Près de cinq années racontées en étant de « l’autre côté ».

Avec Irouwen on s’est rencontré un lendemain de Saint Valentin (déjà on avait raté le train et c’est peu de le dire, on verra plus tard). Nous avions 35-36 ans et un parcours sentimental pas très glorieux. Très vite on a parlé enfants, au pluriel car ça paraissait évident. Je me souviens de nos premières vacances où on avait passé l’après midi à deviser sur les prénoms qu’on allait leur donner. C’était dans les piscines naturelles après la descente du col de Bavella.

Dix mois après notre rencontre on s’installe ensemble et on déménage dans un autre département. Fini la région parisienne, j’y aurais passé 5 ans et elle aura eu raison de mon état psychique => FUIR au plus vite. Début des essais, naturels s’entend. Irouwen est pressée, un mauvais pressentiment, elle aurait voulu commencer dès notre rencontre, hystérique ? Un peu quand même, mais je suis têtu, elle est chouette cette nana, on s’entend bien, un peu fêlée, mais comme il faut. Les mois défilent et rien. Moi je ne m’inquiète pas, je crois que l’on ne peut pas ressentir cette angoisse de maternité insatisfaite, la chimie dans nos tête n’est définitivement pas la même. C’est ce qui est dur à comprendre, nous n’avons pas de cycle qui rythme notre vie, nous ne savons pas ce que vous ressentez tous les mois, on ne peut pas. Donc il faut en parler. Au début on s’en fout un peu, de toute façon ça ne changera rien. Ensuite, SON calendrier rentre en plein dans TA vie, va falloir s’y faire. Courbes de température,  re-comptage des jours… Et maintenant vos conversations vont changer de langage. On parle avec des acronymes divers et aussi abscons les uns que les autres, DPO, PMA, IAC, OATS… Madame s’est renseignée sur internet et pas toi, aiiie remise à niveau obligatoire (chez moi ça va prendre du temps). Il n’y a vraiment que ces imbéciles de français pour parler SMS à longueur de journée comme si c’était naturel pour tout le monde. Médecins, infirmières, laboratoires, sécurité sociale, comment voulez vous qu’on se comprenne ? Vous ne pouvez pas utiliser votre langue ? La PMA est un parcours difficile alors au moins tâchons de nous comprendre un minimum.

Au bout de quelques mois, Madame a du « retard », hystérie ambiante on pisse en cœur sur un truc en plastique, enfin  elle, parce que moi encore une fois je ne sers pas à grand chose. Test positif, rendez-vous, échographie, œuf clair. On n’y aura cru quelques jours. Moi je positive, elle se désespère. Elle commence a parlé d’œufs pourris, chez elle. Cela me semble un peu fort, l’estime de soi n’est pas sa tasse de thé, mais quand même. On arrive à 37-38 ans, on est d’accord pour consulter. Pour moi commence vraiment le parcours PMA maintenant. Le médecin nous dit que tout va bien et qu’il ne faut pas s’inquiéter. On va quand même faire des stimulations histoire de donner un coup de pouce au destin. Monsieur, content, Madame non. Elle veut du solide. Leur discussion a un peu basculé dans une langue étrangère, les fameux acronymes précités.  Messieurs à ce moment précis ne faite pas comme moi, ne laisser pas filer et dites STOP, exigez que l’on vous explique ces p…. d’acronymes au début. Après on s’y fait.

Début des stimulations, l’infirmière vient à la maison pour les injections, plusieurs cycles passent. A part des méchantes traces violacées puis jaunâtres, il ne se passe pas grand-chose. Votre vie de couple devient beaucoup moins glamour. « Aujourd’hui, essai bébé, t’as intérêt à assurer, pas question d’aller courir, ménage toi,  ma courbe de température esquisse une remontée, si ce n’est pas aujourd’hui, c’est demain ». Ton infime rôle dans cette histoire s’arrête là.  Livreur à domicile. C’est moins drôle que de l’écrire, je comprends qu’on ne puisse pas y arriver sur commande. La recette : l’humour noir et puis c’est ta chérie, quelque part elle t’attire, donc finalement on s’en est bien sorti. Mais toujours rien, on procède graduellement, on fait des examens. Je passe sur les examens féminins, le blog en est plein.

Spermogramme. Le mot fait peur et si c’était toi le fautif. Damned ! Des générations de super héros et de demi-dieux n’ont jamais eu à affronter cette épreuve moderne. Là, Mesdames c’est vous qui ne pouvez pas comprendre. Surtout quand toute ta vie d’enfant ton père a dit à la cantonade « on le garde pour faire un père » C’est dingue t’avais oublié ça et trente ans après ça revient. Bon là tu flippes à mort.  Au fait comment on fait ? Vu que tu sais comment çà sort, tu te dis que ça va être autre chose que la livraison à domicile de tout à l’heure. Ton esprit s’égare une seconde, euh y’a une infirmière ? Ta dulcinée est là ? Où, comment, combien ? La quantité te semble aussi critique que la qualité, faut assurer, monde macho, mâle dans toute sa splendeur, du velu, du torse bombé. C’est le verdict pour toi. Ta femme parle d’OATS, dis que ce n’est pas grave, qu’il faut savoir. Certes, il faut en avoir le cœur net. Donc la première fois c’est gratiné. On arrive au Cecos, me demandez pas ce que ça veut dire, dans ses petits souliers, évidemment toutes les secrétaires savent ce que tu viens faire et tu guettes une réaction de leur part. Mais elles sont pro, elles ont du en voir passer. Irouwen est beaucoup plus détendue, presque excitée, pour une fois que ce n’est pas elle qui va trinquer, c’est déjà ça… La dame vous dit que si ça se passe mal, Irouwen peut venir  avec moi. Moi fier, « non non, pas la peine ». Elle m’ouvre la porte du local et m’explique le protocole. Bien nettoyer le « bouzin », recueillir le sperme dans un flacon et le mettre dans le sas, appuyer sur la sonnette quand c’est fini. Si vous voulez il y a des revues là et elle s’en va. Depuis que je suis rentré dans le local,  je suis ébahi par l’immense poster de lingerie féminine au mur, poster qu’ils ont été récupérer dans l’abri bus du coin. Imaginez Mesdames que voir subitement David Beckham en slip vous fasse ovuler (je dis Beckham, mais j’y connais rien en foot, c’est juste que je l’ai vu en slip sur tout les murs  des villes en Italie une fois). Du coup je n’ai pas trop suivi ce qu’elle m’a dit, un peu scotché par la dame sur le mur.

Je vous épargne les détails suivants, juste quelques points. Primo ne pas faire trop vite, genre éjaculateur précoce. Secondo c’est pas large un tube échantillon, faut viser juste sous peine de passer pour un minable capable de faire quelques millilitres seulement. Et là, messieurs vous savez comme moi, que quand ça part, ben ce n’est pas de la frappe chirurgicale, faut corriger le tir parfois. Tertio, pas être trop long non plus car sinon effet inverse du primo. Bref bonjour le traquenard. Surtout que la dame sur le mur est toujours là et franchement elle me donnait pas envie. Et nous mesdames il faut qu’on ait envie sinon ça ne marche pas. Bon je gère le truc, mais en sortant tu passes quand  même pour un con, tu as l’impression que tout le monde te regardes. La plus intéressée dans l’histoire, c’est encore Irouwen  qui me demandera plein de détails. Promis la prochaine fois tu viens avec moi.

La première fois est la plus dure, après c’est simple, même dans un centre différent. Quoi que, psychologiquement, un spermogramme n’est pas un prélèvement pour une IAC ou une FIV, dans ce cas on a en tête que potentiellement tes enfants sont là dedans, dans ce tube. Et puis, messieurs, si vous pensez vous remettre à l’ouvrage une deuxième fois histoire de subjuguer la biologiste sur la quantité, je vous souhaite du courage.  A moins d’y passer la journée, les conditions et l’enjeu font que le résultat est pitoyable. Autre conseil, tenez vous prêt à un prélèvement impromptu en cas de rendez-vous dans un centre PMA (surtout à l’étranger où on ne vient pas tous les jours). En cas d’impondérable il se peut que l’on vous demande un effort dans le but de préparer des embryons congelés à transférer plus tard. Donc ayez des stocks, faite pas comme certain…j’en vois une qui rigole encore. Ce que j’ai pu remarquer aussi et que dans tous ces centres, hôpitaux, laboratoires en France ou à l’étranger, tous les couples sont là pour la même chose mais personne n’ose se parler. Pourtant on sait très bien ce que chacun vient y faire. Et oui messieurs quand on vous appelle dans la salle d’attente tout le monde sait ce que vous partez faire. Je crois que les centres pourraient faire un effort de discrétion sur ce sujet, surtout à la sortie du monsieur. Déjà qu’on  se sent pas très fier mais en plus être livré à la foule…

Cette notion de performance dans le prélèvement est une auto-pression, personne ne vous demande de faire telle ou telle quantité, ni dans un temps imparti. Simplement on se sent obligé, sans doute notre culture machiste. Il me revient en mémoire ce collègue africain, en république tchèque, qui tentait d’expliquer devant tout le monde, dans un anglais approximatif, que d’habitude il faisait beaucoup plus mais que là il en avait mis à côté. Sourire jaune de la secrétaire qui disait que ça suffisait comme ça, mais l’autre insistait, sans doute nos amis noirs ont une réputation encore plus terrible que la notre à tenir. Mais cette histoire m’a tenu jusqu’à l’accouchement des jumeaux, si cette andouille en avait réellement mis partout  et contaminé tout le centre ? La roseur des petits loups m’a vite rassuré, mais je vous jure que j’y ai pensé. J’insiste sur ce sujet car  il concerne les hommes, c’est l’unique chose dans laquelle nous sommes partie prenante, le reste n’est que de l’assistanat. Je ne crois pas voir lu de témoignage sur le recueil de sperme, nulle part sur vos blogs mesdames. Si le reste est de l’assistanat il n’en est pas moins fondamental.

Le spermogramme étant positif, la pression retombe sur Madame. A partir de maintenant on me fera bien comprendre que je suis un : « Inutile », « Monsieur, votre spermogramme ? Voyons voir, parfait, ok » Fini, on ne m’adressera plus la parole de l’entretien. Toujours. Je ne sais pas si à ce stade je dois me plaindre mais quand même, l’infertilité c’est le couple qui la vit et cela ne remet que plus de pression sur la conjointe. Vu que l’infertilité c’est 40% Monsieur, 40% Madame et 20% inexpliquée, qu’en est il dans les autres cas ? Je crois que visiblement c’est toujours Madame qui trinque, parce qu’en cas d’infertilité masculine et bien il n’y a rien à faire et c’est madame qui porte l’enfant. Cette constatation froide et implacable ne peut qu’isoler les hommes. C’est peut être aussi pour ça qu’ils réagissent moins, on ne peut rien faire, même pas se soigner et on nous le fait comprendre, on ne jouera aucun rôle physique, physiologique, mécanique.

Les stimulations plus ou moins intenses se poursuivent, iac, prises de sang, échecs, les mois défilent, toujours rien. On doit en être à deux ans et demi d’essai maintenant. Les gris-gris fleurissent, statues africaines, éléphants au pied du lit, photos de cucurbitacées au dessus. Visite chez le rebouteux, marabout, magnétiseur, ben oui le fameux « c’est dans votre tête Madame ». Il faut savoir tout encaisser, des fois que… Il faut savoir calmer ses angoisses, être dans l’action et ne pas laisser filer le temps. Avoir le sentiment de faire quelque chose. Même n’importe quoi, c’est la loterie de toute façon. Je précise aussi qu’on a déménagé et acheté une maison, qu’elle a eu plusieurs emplois différents… Que dalle.

Mais rien, 40 ans. Là, ça devient sérieux en plus de la claque que l’on se prend au passage des dizaines, le point de freinage est largement dépassé, va falloir prendre les vibreurs, voire le bac, pour négocier le virage suivant (même en vrac) et rester dans la course. On passe donc aux FIVs. D’un coup tout ne va plus bien, les médecins s’inquiètent. Première FIV, le protocole est nettement plus difficile pour elle. Depuis le temps elle se pique elle-même, mais le résultat est aussi désastreux pour la peau de son ventre, sans compter l’aspect psychologique. Il faut tenir, aller jusqu’au bout. Et bien non, l’échographie montre une mauvaise stimulation, pas d’ovocytes suffisamment mâtures on arrête tout sur le seuil de la porte.  Adieux et bon vent. Pas de déclenchement, pas de traitement, alors qu’elle vient de s’enfiler une dose de cheval d’hormones. Si ça va pas bien vous nous rappeler. Sympa. Dégage, « au suivant ».  Où est mon jerrycan d’essence que je foute le feu à ce centre…  Moi évidemment pour cette échographie de contrôle j’étais au boulot, donc je l’ai ramassé le soir à la maison, encore dans un état de délabrement avancé. L’échec de cette FIV est d’autant plus dur que cette solution nous semblait être le Graal,  après ces années au petit bonheur la chance.  La FIV était la porte de sortie, on mélange nos gamètes, on secoue le tout et hop on remet tout ça où il faut, scientifiquement, méthodiquement, posément. Fini l’à peu près. Et bien non. La FIV est aussi approximative que le reste et nos chers mécanos en blouse blanche tâtonnent tout pareil. Ce n’est pas gagné.

Du coup, on assiste aux réunions sur l’adoption. Alors là, la PMA c’est du pipi de chat en comparaison de la difficulté. Non seulement il n’y a pas d’enfants à adopter, mais on n’est pas prioritaire (pas mariés, trop vieux, pas un cas désespéré ( ?) ) . Et en plus, au moindre geste suspect, la moindre parole de travers, le moindre doute on vous retire l’agrément. C’est la guerre psychologique, j’ai ce que tu veux, j’en ai le pouvoir, je décide, tu es à ma merci. Bon de toute façon l’adoption ce n’est pas pour moi, traumatisé par une expérience malheureuse dans mon adolescence.

FIV2. Dans leur bonté magnanime, nous voilà reprogrammé 3-4 mois plus tard dans notre centre régional. Re-protocole, tension, stress, sentiment de jouer ses dernières cartes. Cette fois on va jusqu’à la ponction. Je sens bien qu’elle va dérouiller encore plus que d’habitude, mais elle y croit. On me la prend, on l’installe sur un lit direction, le bloc. Vous monsieur, « l’Inutile », restez dans le couloir, ne nous gênez pas. Par chance je trouve un siège de libre, heureusement, je vais y attendre 2 heures et demi sans aucune nouvelle. Juste eu le temps de la voir revenir de loin et qu’on l’installe dans une chambre à l’autre bout du couloir. Treize heures, je préviens la secrétaire que je vais chercher un sandwich au distributeur deux étages en bas. « Pas la peine », me dit-elle « vous allez pouvoir y aller ». Comment ? Aucun ovocyte suffisamment mature, depuis une heure et demi qu’on l’a mise dans la chambre, avec une collègue, elle pleure à chaudes larmes, sans que l’on ait daigné me prévenir. Si je ne m’étais pas levé, on n’y serait encore ? Ils attendaient quoi ? Vite mon jerrycan, bis. Les salauds, c’est vraiment des raclures, aucune pitié, aucune humanité, je suis dans un hôpital ou un camp de la mort ? Vite l’habiller, l’extraire de cette merde, froide, glaciale, clinique! Les heures suivantes auront été les pires de notre couple, je ne sais pas comment on a pu partir faire une balade en vélo.  On était vide, plus d’espoir.

Si un seul, mais plus le même : FIV-DO. C’est deux lettres changent tout, Don d’Ovocyte. Pas en France évidemment, trop simple, à l’étranger. Mais avant il faut faire le deuil de son patrimoine génétique. Pas simple, la filiation. Avant même de savoir où aller, il faut y réfléchir, heureusement les délais d’attente vous permettent de le faire. Vu l’état dans lequel nous sommes, le désespoir, avoir fait tout cela pour rien, trois ans d’essais. La question est la suivante, jusqu’où sommes-nous prêts à aller ? Honnêtement la question concerne surtout Irouwen, si elle dit non, j’accepte. Mais je sais déjà qu’elle est prête. C’est vrai que rester tous les deux auraient été durs. Mais je sais aussi que ça pourrait nous arriver et que cela arrivera à certains parmi vous malheureusement. Mélanger ses gamètes avec une inconnue ? Est-ce tromper sa femme ? Pour moi non. Le risque potentiel peut être important, psychologiquement pour les enfants. Nous sommes d’accord pour leur dire, ça nous semble évident, pourquoi leur mentir  sur une chose si importante. Si quelqu’un sait, ils sauront. Mes parents savent, vous savez, via son blog, donc ils sauront la vérité. Mais même si nous voulons tout leur dire, nous ne connaissons pas la donneuse et je ne vois pas comment avoir cette information. Secret, contrat. Dans ces instants de réflexion, il me revient à l’esprit ce que mon père (encore lui, mais on y pense forcément à sa famille dans ces moments) nous a montré un jour à ma sœur et moi. Une expérience rigolote qu’il a voulu nous faire quand on avait 6-7 ans. Expérience que son père (mon grand père) avait faite en son temps.  Dans le poulailler une poule couve (la nature est ainsi faite que ça leur prend à certaine, même sans coq, certaines ont plus l’instinct maternel que d’autre, ça vous rappelle quelque chose ?).  La poule ne fait rien d’autre que de couver toute la journée, dans son nichoir. Sans coq, elle peut attendre longtemps. Ses œufs resteront chauds et c’est tout. Ça peut durer des jours. La pauvre. Mon père achète alors au marché des œufs fécondés, pour lui subtiliser et échanger avec les siens non fécondés. Des œufs fécondés d’une autre, vous me suivez. Mais encore plus extrême,  pour l’expérience, des œufs de… canard. Le parallèle est osé sur ce blog PMA, mais a participé à ma démarche pour la FIV-DO. La poule couve, couve et miracle de la vie, les canetons éclosent. Et que croyez vous qu’elle fit, elle les éduqua, comme les siens. Cette poule dans le jardin suivie par une ribambelle de canetons était d’abord une farce de cul-terreux, mais elle deviendra plus de trente ans plus tard le fondement de l’acceptation de la FIV-DO. Si une poule dotée d’un instinct maternelle sur-développé  pouvait accepter cet illogisme et se comporter comme leur seule et unique mère. Si les canards suivaient cette mère, leur mère, alors pourquoi pas nous. Reste un problème. La nature est ainsi faite que l’instinct peut reprendre le dessus, par moment. Les canetons une fois plus âgés, s’approchent de la rivière, avec la poule. Et… se jettent à l’eau. Horreur pour la poule, complètement effrayée et paniquée, mais expérience absolument géniale pour les canards, dans leur élément. Je ne sais pas si il y a eu un déclic dans la tête de la poule ou des canards et puis de toute façon, chez les animaux la filiation est de très courte durée, ils oublient leur parents. Fin de l’expérience une fois les volatiles adultes quelques semaines plus tard, mélangés dans la basse cour, chacun vaque à ses occupations.

Et les humains ? Devons nous déontologiquement reproduire cette expérience ? La poule allait dépérir, sa volonté était inébranlable. Mon cerveau de scientifique fou ne va-t-il pas nous conduire vers l’abîme ? Je suis d’accord, Irouwen est d’accord, on part pour la FIV-DO. Où ? Combien ça coûte ? Grèce, Belgique, Espagne, République Tchèque ? Elle me parle de Brno. Je connais Brno, il y a un circuit, dans les années 80 le championnat du monde d’endurance y est allé, une Sauber-Mercedes noire pilotée par un français s’y était imposée. Probablement son poster devait être sur le mur de ma chambre. Un signe ? Nous sommes seuls, à part les prescriptions médicales et les messages francisés de la clinique on part vers l’inconnu. Sans aides, Irouwen a tout prévu, le parcours, les médicaments, on choisit l’itinéraire, les hôtels, les billets, passage par Vienne, visite de Prague. Comme des vacances sauf que… Près de 6 mois d’attente, une période de calme avant la tempête, réfléchir encore et encore aux conséquences. Nous sommes tendus mais sereins, innocents de ce qui va se passer. Arrivée à Brno! Promenade dans la ville avant le rendez-vous le lendemain pour le prélèvement et les derniers examens.  On est blanc ! Livide ! Horreur ! Qu’est ce qu’on fait là. Chaque jeune fille croisée dans la rue est disséquée de la tête au pied. Si c’était elle ? Malaise, commun. La fatigue du voyage, la tension, ces mois d’attente et le doute sur place. Heureusement pas longtemps, les tchèques sont supers gentils, agréables, bien élevés, citoyens, que des compliments à leur égard. Venant de France on a l’impression de vivre au tiers monde. Notre soi disant supériorité et belle condescendance  envers les pays de l’est n’a absolument aucune justification. C’est l’inverse. Ces gens sont bien plus civilisés que les sauvages que nous sommes. Belle leçon d’humanité. Notre premier voyage en République Tchèque se passe bien, très bien, belles découvertes, prise en charge à la clinique très simple et chaleureuse. La rencontre des gamètes, la croissance des embryons, le transfert, tout va bien. On fait le choix de transférer deux « poussières d’humanité » comme dit Irouwen. Retour par Vienne, Paris, etc… Trains, avions, tramway, métros, bus je ne sais comment la ménager au maximum, je porte ses valises, on s’égare un peu autour de l’aéroport de Vienne, on est bon pour une bonne marche à pied. On arrive même à temps pour voir l’arrivée du grand prix de Monaco 2011 à la maison.  Cette fois c’est bon, je sens que c’est le jackpot. Attendre deux semaines. Négatif. L’ouverture de cette enveloppe dans la voiture, en sortant du labo d’analyse, nous re-basculons dans l’enfer. Tout ça pour rien, rien. Que d’effort, près de 4 ans de traitement, de tentatives, d’essais, de gamelles et là encore, après un si long chemin. Pourtant on les a vus, nos poussières au microscope, on aurait pu les toucher presque. Presque. Mais jamais, avant de les avoir dans nos bras, on ne sera sûr d’avoir gagné, on verra plus tard l’enfer de la grossesse. En attendant retour à la case départ. On est tellement en  bas qu’on décide de témoigner, on répond favorablement à la journaliste pour un documentaire. C’est là que débute pour nous le reportage « Quand l’enfant se fait attendre ». Il nous faut un suivi plus sérieux, en France, plutôt  que de partir en free-lance, tous seuls, à l’étranger. Des spécialistes chez nous, impossible. Irouwen enchaine les rendez-vous sur Paris, parfois je peux venir, parfois c’est impossible. Les médecins parisiens trouvent un problème de thyroïde. Moi : « qu’est ce que ça vient faire là-dedans cette glande, on s’en fout ». Grave erreur, Irouwen est paralysée par cette découverte, qui expliquerait ces fatigues inexpliquées, ces chaleurs étranges. Moi je n’y crois pas, si on cherche on trouve forcément une maladie, les médecins sont là pour ça. Sauf que cela pourrait expliquer l’infertilité et surtout le traitement est incompatible avec le don d’ovocyte. Le point positif est que ces médecins, que l’on voit dans le reportage, sont bien plus à notre écoute et jamais auparavant on aura senti un suivi si bien effectué, qui va au fond des problèmes. Un d’eux voudra même que l’on retente une FIV classique. Je suis d’accord mais Irouwen est déjà passée à autre chose, assez perdu de temps, en comptant la grossesse on arrive à quarante deux ans, c’est vrai, ça fait peur. Sauf que, pour me soutenir, je me dis que ma grand-mère a accouché à 40 ans de mon oncle, en 1964.  On se réinscrit en République Tchèque, dès l’ouverture maudite de cette enveloppe on sait que l’on va y retourner, pas le choix. Mais il faut que sa thyroïde se tienne à carreau. Encore des examens pour elle, des prises de sang. Un léger mieux, on obtient une date, début novembre, on tente, c’est possible avec mon calendrier de travail.

Pendant ce temps le tournage continu, au début on se demande ce que l’on va dire, mais mis en confiance on raconte notre histoire. On sait que l’on est quatre couples mais aucune information sur eux. Ce tournage en fil rouge, nous permet de penser à autre chose d’évacuer ce stress, on peut hurler notre haine du système (mais ça sera plus ou moins coupé au montage). Contrôle de l’endomètre à Paris, quelques jours avant le départ, Ok. La veille elle veut en refaire un autre chez nous, sans rien me dire, catastrophe son épaisseur diminue. Effondrement de la belle. Mais pourquoi elle a fait ça, on s’en fout. On ne peut plus annuler, on décide que s’il n’y  pas de transfert au moins on congèlera des embryons et on reviendra plus tard. Vraiment on n’est pas verni. Sur place à Brno l’endomètre est revenu à son niveau, nos chouettes médecins locaux s’étant trompés dans la mesure… On repart donc comme prévu, c’est le passage où on se filme avec l’appareil photo dans le documentaire. Le jour du transfert, le médecin nous annonce qu’il n’est pas content. Pour être sur de se faire comprendre il nous le dit en français et en anglais, pas d’ambigüité pour moi, c’est mort. C’est une surprise car jusqu’ici tout allait bien, on découvre la mauvaise nouvelle dans son bureau. Il nous déclare tout de go :  « on va transférer tous les embryons (cinq je crois), vous ne payez pas, on refait un prélèvement de sperme et on vous fera venir la prochaine fois que pour le transfert, ce sera moins long que de passer une semaine ici ». « Vous ne payez pas », cette phrase en français sonne le glas de tous mes espoirs. Je balbutie, dans l’état de choc le plus total, que le transfert de deux ça va suffire, de tout façon rien ou deux fois rien c’est toujours rien. Y’en a qu’une qui garde le moral, devinez qui ? Irouwen, elle s’effondre pour sa thyroïde, pour l’endomètre etc… et là on lui dit que c’est mort, mais elle « on ne sait jamais ». C’est là que je dis que « si ça marche je ne sais pas ce que je ferai, mais ça m’étonnerait ». J’étais livide, j’ai erré dans la ville, en pleine nuit du premier novembre, je lui ai juste ramené à manger pendant qu’elle se reposait à l’hôtel. Il faisait froid et humide, je ne comprenais rien au langage des gens, j’étais à deux mille kilomètres de chez moi et en plus il allait encore falloir revenir. Je me souviens être passé devant un magasin de Légo et me dire que je n’étais pas prêt d’acheter une boite. Encore un échec. Retour en France, je crois qu’elle s’est débrouillée avec sa valise, je ne l’ai pas aidé cette fois, pas la peine, inutile de la ménager. Deux jours après je repars en Sicile pour le travail. Je sais déjà que je serai là-bas quand elle aura les résultats du laboratoire. J’ai peur, elle sera seule pour affronter l’échec (les journalistes étaient là mais je ne le savais pas). Deux jours avant, je lis de Catane sur son blog, qu’elle sent les poussières en elle. M…. elle délire totale, elle va se ramasser et je ne serai pas là. C’est l’enfer, j’ai peur pour elle. Je reviens dans trois jours, trop long, trop grave. Il n’y a aucune chance que cela fonctionne, le médecin était catégorique, on a rien payé, pour moi c’est évident. La suite vous la connaissez, car filmée en directe. Test positif, HALLUCINANT, c’est HALLUCINANT. En plein boulot avec les collègues, un d’eux me dit « c’est toi qui m’appelle ? » en me tendant son téléphone avec mon  nom sur l’écran. Je comprends en un instant que c’est Irouwen, le mien est éteint ça ne peut être qu’elle.  Panique ! Je ne peux pas la croire, je ne peux pas. Mais passé la seconde trois dixième d’euphorie, je lui dis de ne pas s’emballer, il reste neuf mois et on verra que j’avais raison de me méfier. Le lendemain soir elle me dit qu’elle est allée à Paris, qu’elle a fait une échographie. Quoi, déjà, c’est possible ? Deux, ils sont deux, les deux ont tenu, ils se sont accrochés, ces deux bidules merdiques dont seule leur mère a cru en leur potentiel. Ils sont là. Je ne comprends pas, je m’en veux, je veux quitter la Sicile tout de suite.

On ne saura jamais pourquoi et comment ils ont réussi alors que personne ne misait sur eux. Du coup on repense aux trois autres embryons, de qualité similaire, abandonnés à leur sort. Privé d’espoir, alors que peut être eux aussi… Mais pas le temps de s’apitoyer, la grossesse commence. On passe quinze jours tranquilles et l’horreur revient très vite. Pas de répit, jamais, pas avant juillet 2012 (on le saura plus tard), nous ne sommes qu’en novembre 2011. Saignements. Au début elle ne me dit rien, mais trop lourd a porter. Mon sang se glace, liquéfié de l’intérieur, la nausée, c’était trop beau, trop facile. Direction les urgences, livides, comme des zombies, attente épouvantable. L’échographie ne montre rien, ils sont toujours là, aucun problème. Alors quoi ? Qu’est ce qui se passe, les saignements se poursuivent, toujours, plus ou moins important. On a beau nous dire que ça arrive, la peur au ventre nous tenaille. Et puis c’est l’hémorragie, en pleine nuit début décembre, trois heure du matin, du sang partout, sur son pyjama, sur le lit. Elle pisse le sang, des morceaux comme du foie sortent de son ventre. C’est à vomir. Tout le monde pleure, c’est à se demander si elle va survivre, les bébés c’est foutu on le sait tous déjà, il faut sauver la mère je me dis. Retour aux urgences. Morts vivants.  L’interne est gentille, presque aussi inquiète que nous. Elle ne voit rien d’anormal, je craque, mes yeux explosent en larmes dans la salle d’échographie. La tension est insoutenable, les nerfs à vifs, vidé par l’enjeu. Les deux cœurs battent sans problème, on ne voit pas de décollement ou si peu. En tous cas pas de danger pour eux. Encore un mystère, un de plus, un miracle, comment est ce possible de perdre autant de sang et par où ? On ne comprendra jamais rien, juste continuer. Arrêts maladie, immobilisation, aucun relâchement possible, aucun espoir. Retour aux urgences entre deux échographies de contrôle selon les saignements et les douleurs. Et oui en plus, des douleurs apparaissent, pour faire simple. Entre temps on nous annonce : une fille et un garçon ? Terrible espoir, encore sept mois à tenir. Sept mois et les saignements et les douleurs,  les contractions qui perdurent. Vingt huit mars 2012, échographie de contrôle, les bébés ok, c’est bien un gars et une fille, mais le col de l’utérus inquiète le médecin. Trop court. « On vous garde madame ! » On passe de la PMA à la MAP, mêmes lettres mais dans un ordre différent. MAP Menace d’Accouchement Prématuré. Ça nous manquait tient. Irouwen est alitée dans un département spécial, on monitore ses contractions, les visages sont graves, personne ne nous rassure, au contraire. Le pédiatre annonce directe sans fioritures : « Moins de 24 semaines, on ne fait rien, on laisse faire la nature, 26 semaines très peu de chance de survie, 28 semaines on entre dans la zone grise, c’est jouable ». La peur d’échouer si près du but est insoutenable, la tension repart en flèche. « On ne fait rien » autrement dit, on vous regarde crever et si dans un mois vous êtes toujours là, on va pouvoir vous aider. Mais cette franchise, n’a rien de méchant, c’est une constatation froide est implacable. Encore plus impitoyable. Quatre semaines à tenir pour espérer atteindre la zone grise, elle, alitée avec des contractions régulières, tous les quart d’heure, voire moins. Deux mois d’hôpital du 28 mars au 26 mai 2012, des contractions tout le temps, des douleurs atroces qui l’empêchent de dormir. Ma fille lui défonce littéralement les côtes et bouge tout le temps. Son frère appuyant sur le col. Deux mois de visites journalières midi et soir pour moi, heureusement que l’on habite à 7-8 kilomètres de là. Le premier mois, la peur au ventre à chaque visite et puis on s’habitue, je m’habitue. Je la vois souffrir de plus en plus, s’énerver contre les infirmières qui se foutent des contractions qu’elle leur annonce. Mais elle tient, elle tiendra jusqu’au bout, dans un état physique épouvantable. Comment a-t-elle fait ? Elle n’avait pas le choix sans doute, mais quel courage, quelle torture. Entre parenthèse, une équipe de télévision (TMC je crois) viendra l’interviewer, par hasard, sur la MAP et les grossesses difficiles. Il était dit que cette histoire serait médiatisée, la fille du voisin nous reconnaissant au passage. Fin mai, aussi vite que l’on est rentré on nous sort, presque du jour au lendemain. Après ces semaines d’angoisse à ne pas savoir quoi faire d’autre que la garder immobile on nous met dehors. Nous, on s’était fait à l’idée de rester là jusqu’à l’accouchement, au moins en cas de coup dur on est déjà sur place. C’est toujours trop tôt, mais pas critique. Si ça doit venir ça viendra, il n’y a rien à faire pour l’empêcher. Rester au repos à la maison. Du coup pas de préparation à l’accouchement (ou si peu), pas de préparation des chambres des bébés, pas de shopping préventif, pas de grossesse  comme dans les livres. En fait des années de grossesse, presque cinq.

Retour à la maison, tranquille ? Vous rigolez, si les chances de survie augmente il faut quand même atteindre juillet pour être tranquille. Les contractions sont toujours là, toujours aussi fréquentes, mais en plus ses jambes gonflent, se remplissent d’eau, œdèmes, c’est épouvantable. Elle souffre de plus en plus, dort de moins en moins, mange à peine. Elle devient énorme, juste énorme. Maintenant que je vois les photos  je me dis que c’est impossible d’être aussi gonflé de partout. Et pourtant. Les dernières semaines elle agonise littéralement, je n’exagère pas, ce n’est plus qu’une plaie. On aurait envie de l’achever. Trente six semaines, « tenez bon, il faut tenir encore », elle ne peut plus marcher, mange un yaourt tous les deux jours, ne dort plus. C’est insupportable de la voir comme ça, comment se fait-il que l’on puisse souffrir autant au 21ème siècle.

Mardi  3  juillet, trente huit semaines sont dans deux jours, jeudi. La souffrance est à son comble, retour aux urgences, Irouwen pleure devant le médecin, épuisée, exténuée, à bout de force. Je me demande comment elle va pouvoir accoucher dans cet état. Par « pitié » le médecin donne son feu vert, on déclenche. Il est onze heures. Tentative par voie basse. Essayons. Dix huit heures on me rappelle, « il serait temps de revenir ». Ok, un quart d’heure plus tard je me présente à la maternité. « Un instant, on a eu un petit souci avec le cœur d’un des bébés qui s’est ralenti, votre femme est partie pour une césarienne, attendez dans sa chambre ». Bizarrement je n’étais guère inquiet, vu notre parcours, une césarienne c’est plus simple. Et effectivement pour Irouwen aussi ça a été le plus simple. Cinq minutes après on vient me chercher, les deux merveilles sont là, magnifiques, qu’ils sont beaux. Je ne vais plus les lâcher le temps que leur mère s’en remette. On la reverra vers vingt trois heures. Une autre aventure commence, mais beaucoup plus facile celle là, même avec des jumeaux.

J’ai aimé :

  • ·         Irouwen
  • ·         Lui faire des câlins
  • ·         Partir à l’aventure, comme si on partait vers la lune (en d’autres termes pas sûr d’y arriver, mais si…)
  • ·         Passer du statut Ivory à Silver sur ma carte de fidélité Air-France avec tous ces voyages à l’étranger
  • ·         Le résultat, au niveau de nos espérances
  • ·         Les liens qui nous unissent dorénavant, indélébiles

Je n’ai pas aimé :

  • ·         Son état de délabrement à chaque échec
  • ·         Etre seuls au monde avec elle, sans aides, ni assistance, alors que l’on sait qu’il va nous falloir de l’aide justement.
  • ·         Le premier prélèvement au Cecos
  • ·         Traverser le centre ville à pied, en pleine matinée de mai, avec un flacon d’urine à la main entre les deux laboratoires pour un autre prélèvement (évidemment arrivé sur place, l’échantillon ne sert à rien !!! Ca me semblait évident)
  • ·         Toutes ces piqures et traitements hormonaux, stimulations, blocages qu’elle a du subir
  • ·         Ce sentiment d’impuissance immense face à tant de souffrance chez elle
  • ·         Les acronymes à la c..
  • ·         Payer 2×100 euros pour la même consultation chez un escroc à Paris sous prétexte que j’étais assis à côté d’elle !!!
  • ·         Le sentiment de jouer à la loterie à chaque tentative, je déteste le jeu