9 mois après … rien

On est nombreuses à avoir perdu notre bébé. Tôt pour certaines, tard pour d’autres.

On est toutes d’accord pour dire que les gens ne se rendent pas compte. Il est vrai que ça arrive dans 20% des grossesses une fausse couche dans le 1er trimestre. C’est habituel, c’est banal, c’est comme ça.

Oui, mais dans notre parcours c’est un drame de plus. C’était NOTRE chance, enfin notre bébé était là. Enfin, après toutes ces années ça a marché. Enfin, le bout du tunnel.

Quand je suis tombée enceinte, je n’ai pas pensé une seconde que ça pourrait m’arriver. Après notre parcours, une fc n’était pas envisageable. Je n’allais pas psychotter sur un énième drame, je n’allais pas y penser. On en avait assez bavé, c’était une évidence.

J’ai vu le coeur battre chez ma gygy. Raison de plus pour ne pas douter.

C’est le coeur léger que je suis allée avec mon amour à l’écho. Sans doute, sans peur. Je n’avais pas eu de saignements, pas de douleurs, donc bébé était là. S’il lui était arrivé quelque chose je l’aurais senti.

Mais tout de suite, l’échographe nous a dit que quelque chose n’allait pas. Là encore j’ai regardé mon amour en lui disant « il était là il y a 15 jours, il est là aujourd’hui ».

Mais non. Il n’était plus là.

On était vendredi soir. Pas de médecins joignables avant lundi. L’échographe nous parle d’un médicament pour faire passer mon bébé. Aveugle et sourde je dis « oui, oui ».

D’un côté heureusement que nous étions vendredi soir. J’ai pu en parler à mes copinautes qui m’ont dit à l’unanimité le traumatisme et la douleur d’un tel médicament. J’ai eu 2 jours pour réfléchir avec mon amour et décider de recourir au curetage.

Mais nous savons toutes que même après, ça ne s’arrête pas là. Les mois passent, on avance, on refait même une tentative ou pas, on vit, on continue.

Les gens n’y pensent plus, c’est du passé, c’était l’année dernière.

Non, c’était il y a 8 mois.

Je devrais être dans mon dernier mois de grossesse. Je devrais être grosse comme une baleine. Je devrais finaliser la chambre de mon bébé. Je devrais essayer de convaincre mon amour que Clémentine c’est plus jolie que Gertrude (lol).

Les gens oublient mais 8 mois après la douleur est revenue. Toujours aussi vive. On a toutes (en tout cas moi) regardé les forums, parlé avec des copinautes enceintes en même temps que nous pendant quelques semaines.

Aujourd’hui les premières accouchent, les autres se réjouissent et moi j’ai le ventre vide.

Tout le monde a oublié, c’était l’année dernière.

Moi je sais que cet été sera un des pires de ma vie, que le mois de juillet sera long et difficile, que ma tristesse sera latente mais personne ne comprendra. Personne n’y pensera.

C’est un sujet plus que connu. La douleur des femmes ayant vécu une fc. C’est un sujet connu, que 9 mois après, la douleur revient. Que les dernières semaines de la grossesse qui fut interrompue sont douloureuses et traumatisantes. Pourtant aucun suivi n’est fait. Tous les psy de la terre vous le diront, toutes les maternités mais aucun suivi n’est fait. Rien n’est proposé au delà du moment de la fc.

Evidemment les centres de PMA (CECOS pour moi) sont débordés. Les fc sont courantes mais les psy sont là pour ça non ? Un agenda, le nom du dossier, la date prévue de l’accouchement. Un appel pour proposer un rendez-vous pour en parler. Parce que ça nous ferait du bien que quelqu’un vienne vers nous à ce moment là, parce qu’on n’a pas la force d’aller vers les autres. On se sent un peu bête de repartir dans le chagrin tant de mois après, on n’ose pas en parler.

Parce que c’était l’année dernière pour les autres. Parce que c’était il y a 8 mois pour moi.

Bichon Rose

 Cela fait 4 ans et demi que Bichon et moi, nous nous sommes rencontrés. Tout a été vite entre nous, vie de couple, mariage, envie de fonder une famille.

Et dire qu’avant de le rencontrer, je ne voulais pas de vie de couple, pas de mariage, et encore moins d’enfant, il en était hors de question. Ce jour de décembre 2008 il est rentré dans ma vie, tout à changé. J’ai su que c’était Lui, l’homme de ma vie, celui avec lequel je voudrais me marier, avoir des enfants, vieillir à ses cotés, ce fût une évidence.

Un soir d’avril 2009, Bichon m’a fait part de son envie de construire une famille ensemble, j’ai arrêté la pilule le soir même. Les mois ont défilés, les années, 2 ans ont passés. Nous avons attendus 2 ans avant de consulter, car entre temps, nous nous sommes mariés, avec les préparatifs, etc…, on avait autre chose en tête, même si on espérait. Je croyais que d’y penser moins avec les préparatifs du mariage, ferai son effet. Il faut avouer que je pensais tout le temps aux essais bébé. Pendant ce temps, j’ai eu le droit aux phrases typiques « tu y pense trop », « ça va venir », etc … Au bout de 2 ans, on se doute que quelque chose cloche.

Juin 2011 : Il a fallu, que Bichon ai un rdv avec le médecin généraliste (pour un truc banale),  pour qu’il demande une ordonnance prescrivant un spermogramme, une intuition ?!. 1 er spermogramme : azoospermie, 2 ème : oligospermie,  etc …. Il a fallu 5 spermogrammes pour conclure que Bichon a une OATS très sévère.

Notre médecin généraliste nous avait envoyé vers une gynéco traditionnelle, qui m’avait fait faire tous les examens de fertilité, pas de soucis pour moi, avant de nous envoyer à son tour vers une gynéco spécialiste en infertilité, Dr Miracle.

Septembre 2001 :  Le parcours PMA commence. Bichon a également fais des examens plus poussés avec l’urologue beau gosse, échos, spermogrammes, prises de sang, taux d’hormones, etc … Tout est nickel, sauf les résultats des spermogrammes : OATS très sévère, et pas de zozos congelables.

Juin 2012 : Quelques temps, plus tard, Bichon et moi, nous avons eus rdv avec le biologiste (le plus humain des spécialistes que nous avions vus) nous propose de réaliser une biopsie testiculaire, en même temps que ma ponction d’ovocytes. Nous avons accepté, il fallait tenter le tout pour le tout, soit je prenais les traitements pour rien, soit il y avait de bons spermatozoïdes et on continue. C’était quitte ou double.

Quelques semaines plus tard, nous avions rdv avec Dr Miracle, elle ne savait pas vraiment quoi faire devant le degré d’infertilité de Bichon, je pense qu’elle ne savait pas comment nous parler du don. Mais Bichon, a directement proposé de tenter la biopsie testiculaire comme nous en avions discuté avec le biologiste. Dr Miracle est allée voir sur le champ le biologiste pour lui demander conseil, ce qui a été fructueux.

Septembre 2012 : 1 ère FIV ICSI. J’ai bien réagit aux traitements, mais la peur de faire tout ça pour rien, que la biopsie ne donne rien me terrifiais, mais Bichon était optimiste, comme toujours. Ma ponction s’était bien déroulée, 10 ovocytes, et à notre grande surprise la biopsie testiculaire avait donné un très bon résultat, 10 paillettes de bons spermatozoïdes. Cette 1 ère FIV ICSI a été négative, comme la deuxième en février 2013.

Pour le moment nous sommes en « pause pma », 2 ans de pma, je sais que c’est moins que certaines, mais j’ai besoin de souffler, et Bichon aussi. Cette pause me permets de perdre du poids, et arrêter de fumer (je n’ai pas totalement arrêté mais je suis sur le bon chemin), je veux me désintoxiquer du tabac avant de commencer la 3 ème FIV ICSI, certainement en septembre/octobre.

En ce moment ça se bouscule dans ma tête, la pause pma me fait du bien, mais en même temps ça me manque. L’euphorie que l’on ressent quand on est en iac, iad, fiv, etc … ce sentiment qui fait qu’on se dit « peut être que cette fois sera la bonne », ça me manque, j’ai besoin de ressentir ça. Un part de moi a peur aussi, puisque la qualité des embryons n’est pas terrible, aucun embryons congelés. Il me reste 2 chances, c’est déjà bien, j’ai peur que ce parcours ne finisse pas comme on le voudrai, peur de me dire, qu’après c’est fini, que je connaitrai jamais ce qu’est d’être enceinte, voir mon ventre vide à jamais. Je sais, ce n’est pas optimiste comme schéma, mais je suis comme ça, c’est ma nature. Malgré tout, l’espoir est encore permis.

J’espère mettre un bon coup de pied au derrière de DNLP !

 

LAETY raconte

Bonjour Collectif B-AMP!!

Voici mon témoignage, et merci encore pour ce partage, on se sent vraiment moins seule!

J’ai 20 ans (aujourd’hui j’en ai 32)  quand les problèmes commencent…on est au mois d’aout 2001, j’ai pris 9kilos en un peu plus d’un mois, je n’ai pas mes règles depuis 2 mois et pas de chéri à l’époque. Direction le médecin, et prise de sang à faire. Résultats : mes taux d’hormones sont « hors normes » !! Il me dirige vers le service endocrinologie du CHU de BR… Une journée d’hospitalisation à faire des examens, prise de sang, injections, re-prise de sang, échographie…je ressors avec des bras de « toxico » comme disait ma sœur !! Quinze jours plus tard convocation par le chef de service pour les résultats, je suis OPK (Ovaires Poly Kystiques) et « il y a 2 chances sur 3 Mademoiselle que vous n’ayez pas d’enfant ou alors ce sera difficile ». Il me met sous pilule pour essayer de diminuer mes kystes et me demande de reprendre rendez vous dans 1 an. La claque !! J’ai 20 ans, l’envie d’avoir des enfants jeune, je viens de vivre des mois difficiles après la crise cardiaque de mon père, tout s’effondre…Mais j’ai des amis formidables, je passe une année à faire la fête, j’en oublie un peu le diagnostique.

 

Et puis en décembre 2002, je rencontre quelqu’un avec qui tout est évident, je ne lui cache pas mon « problème ». Il n’est pas inquiet plus que çà. Dès que nous nous sommes installés ensemble, en juillet 2003, j’ai voulu avoir un bébé mais lui n’était pas prêt. En même temps, j’ai 22 ans, lui 21, je viens de déménager à 1200 km de chez moi, je n’ai pas de boulot, il a raison ce n’est pas le bon moment.

 

Finalement je trouve du boulot, tout se passe bien, ce bébé me trotte à nouveau dans la tête, et les paroles de ce médecin résonnent régulièrement, mais je n’y crois ps plus que çà. Après avoir fait mes preuves, j’ai une promotion et mon conjoint aussi. C’est le moment d’arrêter la pilule pour moi. Nous ne nous prenons pas la tête, nous ne nous fixons pas de date, çà viendra quand çà viendra. Mais au bout d’un peu plus d’un an d’essais, j’en parle à mon médecin. Il me prescrit des prises de sang pour vérifier mes taux d’hormones. Résultats : ma thyroïde déconne et mes hormones font la fête !!! Je passe une échographie, les kystes sont toujours là…mais pas d’opération en vue. Direction l’endocrinologue, pour essayer de régler ce problème thyroïde, et mes dosage hormonaux. Il est froid, désagréable, mais il parait que c’est un « bon », alors je l’écoute et fais ce qu’il demande. 1 mois plus tard, je le revois avec les résultats des examens, et là il me dit tout naturellement, quand je lui fais part de mon envie d’avoir un bébé rapidement, « ce n’est pas la peine de vous entêter, vous n’en aurez pas ». Je sors du cabinet, complètement anéanti, abasourdi par ce que je viens d’entendre, je marche un peu pour rejoindre ma voiture complètement amorphe, et là je m’effondre. Je pleure comme je n’ai jamais pleuré, je suis incapable de conduire, il me faut plus d’une heure avant de reprendre mes esprits. J’appelle mon conjoint, qui essaie de me réconforter comme il peut mais rien n’y fait. Le lendemain au bureau je craque devant mes collègues, je suis à fleur de peau, et çà va durer quelques semaines. Je me sens vide, inutile, nulle, je fais une légère dépression. Pendant des semaines, je me suis répétée, pourquoi moi, pourquoi est ce que toutes mes amies y arrivent sans problèmes, qu’est ce que j’ai fait pour mériter çà. De son côté, chéri lui ne s’inquiète pas plus que çà, il me dit que nous avons le temps.

 

Après ma dépression, mon médecin me dit qu’il n’y croit pas au diagnostique de l’endocrino, surtout après les retours qu’il a eu de nombreuses patientes, beaucoup se plaignent qu’il est froid, sans tact, peu humain et me propose de me faire faire des examens plus approfondis avant de m’adresser au centre de PMA de NI… Je commence donc les examens, nous sommes en novembre 2006. Et puis après les premières prises de sang et échographie, j’ai peur des résultats, c’est l’époque de Noël, je suis en pleine période de doute, et j’arrête tout. Je me réfugie dans le travail, je comble ce vide, ce manque par le travail, et çà va durer presque 5 ans.

 

Pendant ces années, tout le monde autour de nous a des enfants si facilement, que çà amplifie mon sentiment de ne servir à rien, mais je le garde pour moi. Je me rends compte à cette époque que la difficulté à avoir des enfants est un sujet tabou. Personne n’ose en parler, alors que moi çà ne me pose pas de problème. Je me rappelle du malaise d’un de nos couples d’amis à qui on venait d’annoncer la naissance d’une petite fille chez des amis communs. Naturellement nous leur avons demandé s’ils en voulaient, et là on a eu le droit par Monsieur à « on vient d’acheter un chien c’est pareil », et puis Madame, a eu l’air triste. Du coup j’ai « lâché la bombe » ! Et les langues se sont déliées, avec ce même ressenti du tabou et de l’incompréhension des proches, de la famille et les mêmes phrases entendues et répétées « vous y pensez trop, vous avez le temps, faites d’autres projets, … » et celles répétées à soi-même « je suis nulle, je ne sers à rien, pourquoi moi, je ne suis même pas capable d’avoir un bébé, je ne serai jamais une vraie femme… ».

 

Etre heureuse pour nos amis qui avaient leur premier, voir deuxième ou troisième enfant a toujours été facile après quelques semaines de tristesse. J’évitais de voir mes amies enceintes, mais malheureusement ce n’était pas toujours possible. Mais il y en a certaines qui ont été formidables, notamment une, qui m’a toujours « privilégiée » lors de nos moments ensemble. Elle me répétait que je serai une super maman, qu’elle le voyait quand j’étais avec ses filles, c’était son baromètre. Elle me les a toujours mises dans les bras dès mon arrivée chez elle pour enlever ce sentiment que si je n’avais pas d’enfant c’est que je ne devais pas être faite pour çà car je me le suis répétée pendant longtemps. Je peux même dire que pendant un temps j’ai « oublié » cette envie d’enfant. Je l’ai rangé dans un coin de ma tête, je vivais pour le travail, j’ai comblé ce vide, ce manque, cette envie, cette colère (parce que oui j’étais en colère contre moi) par mon boulot, je travaillais plus de 12h par jour (une aubaine pour mon patron !), je sortais beaucoup, je me faisais plaisir sans compter, et çà me convenait. Enfin c’est ce que j’ai pensé pendant ces années. Et pourtant paradoxalement, quand nous avons acheté notre maison, un chambre est restée « vide », je n’avais pas envie de la décorer, et aujourd’hui elle l’est encore sauf que j’ai des idées !!

 

Et puis en 2010, j’ai fait une rencontre amicale qui a commencé à remuer toutes ces choses enfouis, je commençais à en reparler, même à évoquer l’adoption. J’ai même cru à un moment que j’étais enceinte, j’ai ressenti un bonheur immense de me dire que peut être que, et puis non. Et en janvier 2011, mon père a fait un mois de coma, après une intervention chirurgicale, il a faillit y rester. Il a fallut prendre bon nombre de décisions à sa place, notamment celle de le faire vivre. Et quand j’ai vu avec quel acharnement il se battait pour vivre, pour revenir à la vie, j’ai eu le déclic. Ces moments où j’ai eu peur de le perdre, d’isolement pour ne pas sombrer et puis les quelques heures passées à ses côtés à lui parler pour le stimuler, ont eu raison de tous mes doutes, de mes peurs et surtout ont fait revenir l’envie d’être maman.

 

J’ai un mis plus d’un an à évacuer ce traumatisme qu’a été le coma de mon père, et puis en aout 2012, ma décision était prise, j’allais tout faire pour y arriver. J’ai commencé par demander à quitter mon poste, chose acceptée par mon boss à condition d’attendre février 2013 car une de mes collègues était en congé maternité après des années de combat elle aussi. Je ne me sentais pas de mener ce projet en même temps que mon boulot. J’avais besoin de temps, de calme et surtout de moins de stress.

 
J’ai pris rendez vous avec la PMA de NI…, et là surprise, c’est long pour avoir un rendez-vous mais je suis patiente !! Je rencontre le docteur T… en novembre, je passe les premiers examens avec succès, tout va bien pour moi, même l’hystérosalpingographie, qui est comme dit Hellia, une torture et pourtant je n’ai absolument rien. Arrive l’épreuve du spermogramme, que nous appréhendions, car si pour moi tout va bien, c’est que Monsieur a un petit souci. Eh ben non !!!

 J’ai commencé à voir un psychothérapeute en mars, pour mettre toutes les chances de mon côté, et j’ai revu le docteur T… en avril (quand je vous dis que c’est long !), pour elle tout va bien, sauf ma thyroïde qui refait des siennes alors que depuis 4 ans je ne prends plus rien. Elle me demande de prendre rendez vous avec un endocrinologue pour la stabiliser au plus vite, que chéri refasse un spermogramme de contrôle, que nous passions le test de Huhner et m’annonce qu’une insémination peut être programmée en juillet. Je suis sur un nuage, oublié tous les mauvais moments et les 5 étages montés en courant pour ne pas être en retard !!!

Malheureusement les dernières analyses ont montré que ma thyroïde débloque complètement, il semblerait que mon hypophyse ne fonctionne pas correctement. Mon insémination va devoir être reportée car les rendez-vous avec les endocrinologues sont difficile à obtenir, ce sera donc en août ou en septembre au mieux. Je vois une nouvelle endocrinologue demain, je croise les doigts, mais je suis sereine.

Aujourd’hui, je me sens bien, mais j’ai encore des doutes, et surtout de la colère envers moi-même de ne pas être allée au bout des premiers examens, çà m’aurait évité tout ce temps perdu, et en même temps, je me dis que c’est peut être mieux ainsi, que nous avons une situation stable, et que je vais avoir la chance de profiter de ce bébé tant attendu quand il sera là chose que je n’envisageais pas il y a quelques années. Pour moi il était inconcevable de m’arrêter de travailler pour avoir des enfants, c’était ma carrière avant tout, alors qu’aujourd’hui je m’en sens capable de mettre tout çà de côté et d’en profiter.

Désolée d’avoir été aussi longue mais çà fait du bien de vider son sac!

A bientôt

Laety30

Par 2 fois le monde s’est écroulé

Printemps 2010, 19 mois d’essais, la 3ème IAC est positive. Tout va bien allé, j’en suis sûre. Le taux double correctement et au bout de quelques jours j’ai des saignements… Mon cœur lâche, après tout ça je n’ai eu la joie d’avoir ce ventre plein que quelques jours… Je dois continuer les prises de sang pour vérification et stupeur le taux continue son ascension : je fais en plus une GEU qui finira en FC spontanée quelques jours plus tard. C’est la consternation, 2 petits embryons s’étaient développés en moi, et maintenant il n’y a plus rien, mon ventre est vide, nous repartons de zéro… Et chéri, constant à mes côtés qui me soutient et m’aime…

Printemps 2012 la FIV ICSI 3 débute bien : 9 follicules, mais seulement 3 ovocytes mures et un seul fécondé. J’appelle le matin et le biologiste ne nous donne pas beaucoup d’espoirs car l’embryon n’est pas super. La déception est encore grande mais nous préférons que ça s’arrête là plutôt que la prise de sang soit encore une fois négative.

Mais étonnamment il résiste, passe les jours et l’on me dit d’appeler le matin du J6 : il est exactement comme il doit être, transfert dans 2 heures. J’ai du mal à y croire : c’est un warrior. L’attente interminable pour la prise de sang (que j’ai avancé de 2 jours) et c’est positif. Enfin, 2 ans presque jours pour jours après la première fois, après 3 ans et demi on le tient, le taux est bien, dans la norme. J’ai un petit pincement au cœur car cette DPA est à quelques jours près la même que celle de ma 1ère FC…

Je suis stressée tout le temps, j’ai peur de le perdre et j’enchaine (comme bien d’autres) les allers/retours aux toilettes. J’ai le cœur sur la flotte très rapidement, les insomnies commencent et les envies de pipi au milieu de la nuit, avec les traitements mon ventre et mes seins gonflent. Enfin tout ça me rassure un peu. Première écho pour vérifier qu’il soit bien placé, il est là, au bon endroit, nous voyons la vésicule à 5SA+5. Les larmes montent car nous le tenons, il est là. Et puis la 2ème écho pour voir le cœur à 7SA+6. L’appareil n’est pas de prime jeunesse, limite la mire à l’allumage… Nous ne voyons pas l’activité cardiaque mais l’embryon s’est développé, nous le voyons lui, il a la bonne taille. Je dois aller dans un cabinet avec un appareil plus performant car il peut y avoir un petit décalage d’une ou 2 journées. Mon ventre s’arrondit encore un peu.

2 jours plus tard toujours pas de cœur, et nous voyons une 2ème vésicule avec quelque chose dedans, un 2ème embryon se développe mais est très en retard. Je ne comprends pas pourquoi, comment, il n’y en avait qu’un. Là ils nous disent que ça arrive mais de ne pas se faire trop d’illusions, il y a peu de chance que le cœur se mette à battre à ce stade, ils nous expliquent que ce stade est critique car c’est le passage à 4 valves qui ne se fait pas correctement parfois… Il faut revenir dans une semaine pour la confirmation de la poursuite ou de l’arrêt de la grossesse. Ce sera chose faite à 9SA+1, c’est fini, pas de cœur, plus de développement des 2 embryons, car il y en avait bien 2.

Parce que ce n’est pas une urgence au sens médical, je serai opérée seulement 2 semaines plus tard. J’ai porté, comme beaucoup d’autres, la mort au lieu de la vie, moment difficile et déchirant que la séparation d’avec cette petite chose pour laquelle nous nous sommes suis battus des années… Chéri est là, me soutient comme toujours mais ma peine en incommensurable. Il ne peut rien faire si ce n’est supporter mes sauts d’humeur avec toujours cet amour dans le regard et cette peine qu’il porte au fond du cœur. Mon ventre reste rond plusieurs semaines encore, comme pour ajouter à ce vide que je ressens.

Après un accompagnement par une professionnelle je vais mieux et je suis prête à me relancer dans ce combat que nous finirons par gagner peu importe les moyens !

Le parcours d’HELIA

« L’enfant commence en nous bien avant son commencement. Il y a des grossesses qui durent des années d’espoir… » Marina Tsvétaeva

Cette citation est tellement criante de vérité… Quand les termes stim simples, IAC, IAD, FIV, FIV, ICSI ou IMSI, E2 ou LH AMH et autres barbaries du langage AMP n’ont plus de secrets pour nous, tout comme l’embryologie et ses J3, morula, les mélanges solvant/poudre ou les stylos, c’est que notre parcours est déjà bien trop long.

Nous nous sommes rencontrés il y a 5 ans déjà, il avait 31 ans et moi 33. Après 7 mois d’amour l’évidence est vite arrivée : nous voulons avoir des enfants ensemble. Magnifique projet et débutent alors nos essais, espérant ne pas attendre trop longtemps car l’envie était déjà très présente chez l’un et l’autre. Je m’inscris sur un forum pour connaitre les « trucs et astuces » (reconnaitre la glaire, vivre avec son thermomètre sur la table de nuit etc lol), pour faire une courbe de température et commencent alors les câlins programmés (si on avait su que ça durerait aussi longtemps…) et les attentes en fin de cycles toutes décevantes. Mais comme tout le monde nous commencions à parler des prénoms que nous aimons, combien d’enfants nous voudrions avoir, enfin comme tout le monde nous nous mettions à rêver…Au bout de 5 mois je vais chez ma gynéco pour un petit bilan. Elle refuse de me faire passer un quelconque examen avant un an d’essai malgré mon âge (34 à ce moment là). Quelque chose au fond de moi me dit qu’il y a un problème. 6ème sens ? J’attends encore 4 mois mais pas folle la guêpe, je ne retourne pas voir cette gynéco que j’avais choisi par sa proximité de mon domicile et non pour son empathie et sa sympathie… Que nenni je prends directement RDV dans une clinique spécialisée en AMP. Et là commence alors ce long périlleux et douloureux parcours.Dans le flot d’examens habituels tous plus glamours les uns que les autres : échos, FSH, AMH et autres prises de sang, spermo et pour finir l’hystérosalpingographie = LA torture légale du 21ème siècle… Et c’est elle, qui après m’avoir provoqué des contractions d’une violence inouïe va montrer d’où vient le problème, enfin le 1er : mes trompes. La droite est inexistante sur l’image et la gauche moyennement perméable. Le verdict tombe il faut opérer pour voir ce qu’il en est. J’ai peur et en même temps je me sens rassurée car les choses avancent enfin, je suis prise en main par un staff. Et d’entendre pour la première fois la phrase : « Ne vous inquiétez pas tout ira bien. »
La cœlioscopie montre que j’ai eu une infection silencieuse qui avait tapissé mon abdomen d’adhérences et abîmées irrémédiablement la trompe droite. Bon ce n’est pas top mais il me reste la gauche. En attendant de finir nos examens la gynéco nous propose une stimulation simple (par injection évidemment = petit aparté, j’avais la phobie des piqures… lol), câlins programmés (ça on commence à connaitre ça fait maintenant un an que l’on est en essais). Et on enchaine avec le Test de Huhner qui est très moyen. Deux stim simples plus tard, on nous propose de passer aux IAC, pour contourner le problème de la glaire inhospitalière, les traitements s’alourdissent et mes hanches avec : la prise de poids est proportionnelle aux quantités injectées.On me dit de ne pas stresser, que c’est ça qui me fait grossir, ben voyons ! « Ne vous inquiétez pas tout ira bien. » Et j’ai pris sur moi, femme forte que je suis…Les IAC s’enchainent avec des traitements qui ont du mal à stimuler mon ovaire gauche fainéant (là où j’ai mon unique trompe), au bout de 19 mois d’essais et à la 3ème IAC oh miracle :j’appelle une heure après la prise de sang et là : « Madame, votre taux est à 12 mais c’est faiblement positif nous vous laissons voir avec votre médecin ». J’en tremble, enfin c’est positif, j’appelle mon chéri qui est le plus heureux. J’ai la gynéco au téléphone « Ne vous inquiétez pas tout ira bien. » Et j’ai pris sur moi, femme forte que je suis… Tout va bien allé, j’en suis sûre. Le taux double correctement et au bout de quelques jours j’ai des saignements… Mon cœur lâche, après tout ça je n’ai eu la joie d’avoir ce ventre plein que quelques jours… Je dois continuer les prises de sang pour vérification et stupeur le taux continue son ascension : je fais une GEU qui finira en FC spontanée quelques jours plus tard. C’est la consternation, 2 petits embryons s’étaient développés en moi, et maintenant il n’y a plus rien, mon ventre est vide, nous repartons de zéro… Et chéri, constant à mes côtés qui me soutient et m’aime…
Là super gynéco nous dit de passer en FIV, impensable pour moi, je refuse tout net puisque ça a fonctionné je veux recommencer une IAC, j’en ai le droit. J’ai un kyste à l’ovaire, je dois prendre la pilule pendant un mois puis le mois suivant IAC 4 qui est négative. Nous prenons du recul quelques temps et nous nous décidons à passer aux FIV. Je ne fais que penser à cette grossesse qui n’est plus, qui ne sera peut être jamais…RDV avec nouvelle gynéco et « Ne vous inquiétez pas tout ira bien. » Et j’ai pris sur moi, femme forte que je suis… Nous avons notre FIV1 de programmée. Le traitement s’alourdit toujours accompagné de mes hanches et le nouveau verdict tombe à la ponction : vous avez une mauvaise qualité ovocytaire : 11 follicules et seulement 3 ovocytes de ponctionnées un embryon de qualité normale mais résultat négatif. Finalement pour la ponction, c’était une erreur technique, elle ne s’est pas très bien passée. FIV2, 11 follicules 11 ovocytes (tiens donc, il y a du progrès) 9 mures et micro-injectés, 4 embryons et 2 de replacés à J3, pas de congelés et résultat négatif encore une fois. Cette fois ci, je veux avoir un 2ème avis, car la qualité de mes ovocytes est bien en cause.
Un ponte, « Dr Cosinus », qui fait des recherches et publie des articles, nous explique son approche différente des autres (anti oxydants) et nous tentons l’aventure avec lui. « Ne vous inquiétez pas tout ira bien. » Il nous fait passer des examens : cette foutue hystérosalpingo-sa-mère-que-ça-fait-mal qui me vaut un malaise vagal… Il me diagnostique des ovaires micro polykystiques, bizarre c’est le seul mais bon, c’est lui le spécialiste ! Quelques boites d’anti oxydants plus tard c’est parti pour la FIV ICSI3: 9 follicules, seulement 3 ovocytes mures et un seul fécondé. J’appelle le matin et le biologiste ne nous donne pas beaucoup d’espoirs car l’embryon n’est pas super. Mais étonnamment il résiste, passe les jours et l’on me dit d’appeler le matin du J6 : il est exactement comme il doit être, transfert dans 2 heures : c’est un warrior. L’attente interminable pour la prise de sang (que j’ai avancé de 2 jours) et c’est positif. Enfin, 2 ans presque jours pour jours après la première fois, après 3 ans et demi on le tient, le taux est bien, dans la norme.
Première écho pour vérifier qu’il soit bien placé, il est là, au bon endroit, nous voyons la vésicule à 5SA+5. Malheureusement à 9SA+1 c’est fini, le cœur ne bat pas, et un 2ème embryon s’était développé mais est très en retard… L’aspiration aura lieu 2 semaine plus tard à 11SA, parce que ce n’est pas une urgence au sens médical. C’était il y a un an. Tout ce que le gynéco a dit c’est : « Rien ne vous sera épargné… ». Et j’ai pris sur moi, femme forte que je suis…
J’ai voulu 2 mois et 1/2 après refaire une FIV4 avec lui, qui se soldera par un échec cuisant tant sur le nombre de follicules (7) que d’embryons (0). Et de me rendre compte que le « Dr Cosinus » n’est pas si ponte que ça. Nous ne sommes plus à un avis près, nous allons voir un autre gynéco qui réfute le diagnostique précédent et me dit que mes ovaires sont juste « vieux », qu’ils ont mon âge 37 ans à l’époque. Et ce fut surtout le début de ma descente, mon burn out comme ils disent.
Là j’ai vite compris que seule cette fois ci je ne pouvais plus prendre sur moi, la femme forte s’est étiolée sur le parcours, je n’y arriverai pas, je suis allée voir mon généraliste qui m’a dirigé vers une psychologue qui m’a aidé à évacuer tout ça pendant 6 mois et qui m’accompagnera encore lors de nos prochains essais. Maintenant tout va mieux, ce vide, ce manque est toujours là mais j’arrive un peu mieux à vivre avec.
Ce printemps nous avons refait une FIV4 bis, mes ovaires ne se sont pas réveillés, un seul follicule donc nous avons fini par faire une IAC5 pour ne pas gâcher mais résultat négatif comme nous nous en doutions.

Ce parcours peut paraitre noir, difficile, oui il l’a été. Quand malgré toute la bonne volonté des familles et des ami/es, ils ne peuvent pas comprendre et nous soutenir. Quand nous préférons ne plus leur en parler car ce serait trop compliqué d’expliquer la fatigue physique et psychique.

MAIS si nous continuons c’est que nous avons toujours de l’espoir, des années d’espoir pour pouvoir un jour être parents, nous qui sommes passés au travers de ces épreuves ensemble et qui en sommes ressortis plus forts.

HELIA1

Fausse(s)-couche(s).

Ça faisait 20 mois que j’avais arrêté la pilule, pour être sûre de préparer mon corps, j’étais impatiente de « commencer ». La première année il nous est arrivé de ne pas « faire attention » avec la contraception, on avait alors l’impression de prendre un risque car nos situations professionnelles (beaucoup de déplacements longs et / ou à l’étranger, preuves à faire…) n’étaient pas compatibles avec un bébé. Bien sûr, au fond de nous, on savait très bien qu’on aurait privilégié le bébé. Mais on s’était laissé encore une année, jusqu’à notre mariage, pour se lancer dans la grande aventure qui commençait à nous faire sérieusement envie. Le mariage est arrivé, il a passé, et on a commencé à vraiment « faire attention » aux dates, pour bien viser et se donner toutes les chances de faire ce bébé. Eté, automne. J’ai commencé à m’inquiéter de ne rien voir venir, je sentais que quelque chose n’allait pas, comme un inexplicable pressentiment. Dans ma famille, et parmi mes proches, les gens font des enfants en neuf mois. Ils décident, ils y vont et ça marche. Je découvre que je suis l’exception. L’hiver est arrivé, un premier noël en mal de bébé m’a rongé le moral. J’ai passé le réveillon avec ma nièce sur les genoux, le nez dans son cou de bébé. Triste. Mais ça y était. 20 mois après la dernière pilule. Je ne savais pas que ce premier jour de règles était celui de ma première DDR, date des dernières règles, le fameux sésame.

J’ai découvert un mois plus tard qu’un petit embryon avait fait son nid. Nous étions fous de joie. La malchance nous quittait, bien sûr qu’il ne pouvait pas en être autrement, pas nous, nous, nous n’avons pas de problème. J’avais bien sûr vaguement peur pour le bébé de temps en temps, j’étais inquiète quand je devais prendre l’avion ou passer des journées fatigantes. Ma généraliste m’avait bien vite fait me sentir ridicule en me sermonnant sur le fait que la grossesse n’est pas une maladie et qu’il faut la vivre normalement. Alors je ne m’en suis plus fait, me fiant à ma première et seule prise de sang, rendez-vous pris à 13SA pour la première échographie. Je ne pensais plus qu’à cette date, j’avais tellement hâte de voir ce bébé que j’avais à présent l’impression d’avoir attendu toute la vie. J’étais sereine, un peu fatiguée, un peu barbouillée parfois mais tellement heureuse…

Une semaine avant l’échographie prévue, mon mari est parti pour un déplacement d’un mois à l’étranger. A son retour, j’aurais sûrement un petit ventre déjà rond. J’appréhendais de me rendre seule au rendez-vous, ça me chagrinait de ne pas partager ce moment avec lui. Mais d’un autre côté j’étais aussi un peu contente d’avoir le petit bout pour moi toute seule à l’occasion de cette première rencontre. Je comptais les jours qui me séparaient de ce lundi de mars. Le vendredi, trois jours avant, j’ai remarqué de légères traces rosées sur mes sous-vêtements. Dans le doute, j’ai téléphoné à mon gynéco, qui ne savait pas encore que j’étais enceinte, il m’a proposé de passer dans l’après-midi. Le temps que je me rende à son cabinet, les pertes s’étaient arrêtées. J’ai failli annuler, mais l’envie de voir le bébé était plus forte que tout, si près du but.

Le gynéco m’a rassurée sur les pertes et m’a dit que c’était très fréquent. Que si je ne saignais pas rouge et n’avais pas de douleurs, tout était ok. Ensuite, il m’a adressé un grand sourire et m’a proposé de regarder le bébé. J’étais aux anges. Il a commencé par une échographie pelvienne, la première de ma vie. J’étais déjà émue quand il a commencé à étaler le gel. Il ne voyait pas le bébé, il est donc passé en échographie endovaginale. Et je l’ai vu. Mon tout petit haricot avec ses petits bourgeons de main, sa grosse tête, recroquevillé en bas de l’image, son dos en arrondi. Tout cet amour que je portais déjà en moi, matérialisé sur une image. Le gynéco a froncé les sourcils, je n’en menais pas large. Il a allumé le son. J’ai entendu un grondement sourd. Le gynéco, l’air soucieux, ne parlait pas, il jouait avec la sonde, zoomait, dézoomait. Il a soupiré. Dans un souffle, j’ai demandé si on n’était pas supposé entendre son cœur. Le gynéco a coupé le son et l’image, et m’a répondu en passant une main sur ma joue que ce n’était pas bon. Le cœur de mon bébé s’était arrêté depuis au moins le début de la semaine.

Je me suis rhabillée puis je l’ai suivi dans son bureau, les larmes coulaient. Il me parlait mais je ne comprenais pas ce qu’il disait. Il m’a arrêtée jusqu’au mercredi, date à laquelle il m’avait réservé un box pour le curetage. J’ai juste entendu que ce genre de choses, malheureusement, arrive souvent et qu’il ne faut pas être inquiet pour la suite. Et j’ai aussi compris qu’il ne faudrait pas que le bébé sorte tout seul, que j’aille aux urgences en cas de saignements importants ou douleurs.

Les jours qui ont suivi ont passé comme une brume glacée. Le matin au réveil, je croyais que mon bébé était encore là, que ce n’était qu’un mauvais rêve. Il m’arrivait de poser la main sur mon ventre en pensant à lui. Puis je me rappelais. Et les larmes revenaient. Le dimanche, j’ai commencé à saigner. J’avais peur de perdre le bébé toute seule, de le voir, avec ses petites mains et ses petits pieds qui ne grandiraient jamais. Par chance mon mari a pu revenir pour quelques jours. Le lundi matin il m’emmenait en urgence à la clinique, on m’opérait dans la foulée. L’autopsie de l’embryon n’a rien révélé d’anormal. C’était une petite fille, on l’aurait appelée Léa. En secret, je lui ai donné son nom. Le jeudi mon mari repartait.  Le lundi je retravaillais. C’est un vide énorme qui m’a suivie partout pendant de longues semaines. J’essayais de m’accrocher, il m’arrivait de rire, mais je n’étais plus la même, et je ne le suis jamais redevenue. La part d’insouciance est partie pour toujours. L’impression d’avoir laissé un morceau de moi et de mon âme derrière nous, à contrecœur. Etre enceinte me manque, mon bébé me manque, je pense à elle et j’en pleure encore parfois aujourd’hui. Jusqu’à la date prévue de l’accouchement, j’ai vécu la grossesse en l’imaginant et le jour J je n’étais pas belle à voir.

J’ai donc compris que nous n’étions pas dispensés d’en baver dans la vie. Alors on a accepté qu’il faudrait peut-être encore du temps, même si dès le mois suivant mon retour de couche, bénédiction du gynéco en poche, nous avons recommencé à tout faire pour avoir un bébé. C’était parti pour les courbes de température, l’observation de la glaire et du col de l’utérus, le moral dans les montagnes russes, calé sur mes cycles. On se disait qu’on avait mangé notre pain noir et que notre tour arriverait dans les mois qui venaient. En septembre, toujours rien. Nous sommes retournés voir le gynéco et lui avons expliqué, les dix-huit mois d’essais, les deux ans et demie d’arrêt de pilule, on a un peu insisté pour qu’il fasse quelque chose. Quelques ordonnances plus tard, on était partis pour une première série d’examens et une première tentative de stimulations simples sous citrate de clomifène.

Les examens n’ont rien donné, les 5 mois de traitement non plus. Le verdict : hypofertilité inexpliquée. On passe un mois sans traitement pendant lequel on profite du calme pour faire deux derniers examens (hystérosalpingographie et test de Hühner) et on embraye sur les inséminations. L’HSG revient ok, le Hühner pas terrible mais probablement fait au mauvais moment. Ça confirme la solution des inséminations. Sauf qu’on ne va pas en avoir besoin : je suis enceinte. Cette fois nous prenons la nouvelle avec beaucoup d’appréhensions, nous sommes toujours très marqués par la fin tragique de la première grossesse, et les 11 mois d’attente qui ont suivi.

Bien nous a pris de ne pas nous réjouir trop vite. Le taux évoluait bizarrement, par saccades, pas assez vite. Après une suspicion de grossesse extra-utérine, une injection de méthotrexate pour la stopper, sans trop d’effet, une confirmation de grossesse normale, une remontée en flèche du taux de BHCG… trop tard… pour mieux s’écrouler, la grossesse s’arrête à 7SA. Nous étions préparés mais le coup est rude, l’enchaînement d’évènements est intense. Je souffre de l’arrêt de cette deuxième grossesse, et la perte du premier bébé me revient comme un boomerang.

Je me rends compte que ce premier deuil ne sera pas terminé avant… longtemps… Et cette seconde perte vient s’y ajouter. Je sais que le jour où nous serons parents, nous trouverons l’apaisement. Je vois ce deuxième embryon comme une petite étoile, je n’arrive pas à l’imaginer comme mon bébé, comme j’ai fait la dernière fois. Je crois que je me suis trop endurcie, et je n’y ai presque pas cru. C’est tout ce temps perdu que je trouve difficile à tolérer. Nous nous demandons pourquoi le sort s’acharne comme ça, mais nous savons bien maintenant que nous ne sommes pas les seuls. Et nous savons bien que du pain noir, il peut y en avoir encore. Depuis quelques mois, la blogosphère constitue un appui plus que salutaire, surtout pour moi. Ça n’enlève pas la peine, mais on se soutient les unes les autres, comme on peut.

Il n’est plus question pour l’instant de reprendre le traitement. Trop de mal a été fait, trop de plaies sont à panser. Les inséminations attendront un nouvel automne. Malgré cette pause qui me semble nécessaire, malgré l’insouciance qui nous a quittés, cette maudite hypofertilité inexpliquée nous fait espérer à tort à chaque cycle puisque ces deux grossesses ont pu démarrer en l’absence de stimulation, l’envie d’avoir ce bébé est plus forte que jamais. Nous devons reprendre des forces, mais nous n’avons pas dit notre dernier mot.

En résumé, ce qui ferait avancer les choses :

– les fausses-couches sont banalisées par le monde médical (ce n’est peut-être pas mis en avant dans l’article mais j’en ai souffert), proposer un suivi, une écoute, ou tout simplement leur accorder l’importance nécessaire ne serait pas un luxe, et même pour une première fausse-couche hors AMP. (pour la deuxième à 7SA j’ai du réclamer deux jours d’arrêt, sur lequel était écrit « métrorrhagies », comme si la perte de mon bébé n’existait que dans ma tête).

– les fausses-couches ne sont considérées comme « à répétition » qu’à partir de 3 fausses-couches. Avant 3, ce n’est aucunement considéré comme un problème du point de vue des médecins. Les examens de base, et les moins coûteux, pourraient être proposés avant. Que de temps perdu et que de chagrin sacrifié quand on s’aperçoit d’un problème après 3 fausses-couches. Il en va de même pour les examens pratiqués sur les embryons, qui ne sont pas systématiquement faits.

Boule de Mousse raconte

Je me souviendrai toute ma vie de ce jour magique où enfin, on transférait dans mon utérus ces jolies cellules. Il m’aura fallu pour cela attendre beaucoup d’années, vivre un mariage puis un divorce, puis retomber amoureuse. J’aurai connu trois iac dans ma première vie, puis encore 4 dans ma seconde. Pour enfin connaitre ce bonheur à ma première FIV.

Pourtant, c’était loin d’être gagné : une réponse au traitement plus que médiocre, seulement 4 ovocytes de ponctionnés, deux qui survivront à la ponction, deux fécondés, et un seul mais parfait petit embryon qui se retrouva au creux de moi par ce joli jour de décembre 2012.

15 jours plus tard, on apprendrait la merveilleuse nouvelle : j’étais enceinte. Nous allions être parents. C’était la plus belle chose au monde. Enfin, la vie nous souriait. Finies les larmes, finies les galères, l’avenir nous appartenait. Mes taux augmentaient bien, tout était parfait … ou presque.

C’est avec beaucoup d’angoisse qu’à 5 semaines de grossesse pile poil, je me rendais chez mon gynécologue pour faire une première écho. Celle que l’on attend toutes avec beaucoup de fébrilité … celle où on est sensé voir clignoter le petit cœur.

Ce jour là, aussi je m’en souviendrai toute ma vie. L’expression du gynécologue, le ton de sa voix, le visage de mon chéri… A l’écho, on voyait bien un sac, on voyait bien aussi un petit embryon … mais point de cœur qui battait. A l’unisson, le mien s’arrêta aussi de battre. Le petit être qui avait élu domicile en moi avait cessé de se développer, silencieusement, sans que je le sache. Je n’aurai eu aucun symptôme de fausse-couche : ni saignement, ni douleur.

La douleur (morale) que je ressentis fut immense, je fus littéralement terrassée par ce qui nous arrivait et je ne comprenais rien à ce que ressentais. J’en avais pourtant connu des femmes qui avaient perdu un bébé. J’avais pourtant compati à leur chagrin, essayant d’imaginer ce qu’elles pouvaient ressentir … mais j’étais si loin, si loin, de la vérité. Je n’avais pas compris la douleur qui les habitait alors … Je l’avoue, c’est une douleur que je ne compris qu’en la vivant à mon tour… et ce fut vraiment terrible.

J’en avais connu des échecs… 12 ans d’infertilité ça marque. Une infertilité qu’aucun médecin n’a su expliquer, si ce n’est par une réserve ovarienne un peu en dessous de la norme : « mais rien qui ne puisse vous empêcher d’être enceinte Madame ». Oui, les échecs je les avais encaissés, un par un, courageusement, gardant espoir, toujours …

Mais, là, c’était autre chose. Ce n’était pas un échec… c’était une perte. Même s’il n’était pas bien gros, ce [futur] bébé existait bel et bien, tant dans mon esprit que dans mon corps. C’était notre avenir, c’était nos projets. Et puis surtout, c’était tant d’amour. Aussi petit qu’il était, on l’aimait déjà. C’était dingue à vivre d’ailleurs. Pour la première fois de ma vie, je me sentais « femme », pour la première de ma vie je me sentais « future mère », et déjà je le berçais de tout mon amour et c’était tellement facile.

Puis en ce jour funeste, il n’y plus rien. Plus de chambre à refaire, plus de projets, plus de biberons, plus de prénoms, plus de rire dans la maison, plus de bébé. Que le vide. Un immense vide.

Comble de l’ironie, je gardais mon petit sac en moi, 3 mois jour pour jour. Ayant pris le parti avec mon gynécologue d’éviter le curetage, mon corps servit de mausolée à ce petit être  pendant de longues semaines, bien trop longues semaines. 3 mois de véritable souffrance car ne pouvant pas « passer à autre chose », « faire mon deuil » et reprendre possession de mon corps.

Oui, deuil. Car il s’agissait bien de cela. Malgré ce que j’aurai entendu autour de moi : « c’était pas vraiment un bébé, juste quelques cellules », « si tu l’avais perdu plus tard, ça aurait été pire »… pour moi, j’avais perdu un petit être, pour moi, il était bien réel, pour moi, il avait une vie et une place, pour moi, c’était déjà mon enfant.

Vous dire que la solitude m’a habitée pendant ces longs mois serait un euphémisme. J’ai beaucoup pleuré, j’ai sombré. J’ai même cru que je ne m’en relèverai pas. Malgré l’amour, l’affection et le soutien de l’homme que j’aime, ce fut dur et douloureux. Et puis, le petit être partit.

Alors oui, on s’en remet. Mais non, on n’oublie pas. On avance, on vit, on revit. Mais il est toujours là et je l’appelle mon petit Casper. Parfois même, dans les moments noirs, je pleure encore sur lui, sur la vie que nous lui aurions donnée, sur le bonheur qu’il nous aurait procuré.

Dans 3 semaines, on repartira. On recommencera le traitement et forcément j’ai peur. Parce que même si mon gynécologue tire le « bon » de cette expérience, je ne sais pas à quoi m’attendre. Naïvement, j’avais toujours pensé qu’après toutes ces galères, une fois enceinte, tout irait bien. Maintenant, je sais que le danger est partout.

Bizarrement, je vous avouerai que j’ai passé trois merveilleuses semaines à me savoir future maman, à le savoir là au creux de moi, à nous savoir deux. Ce fut tellement intense et j’ai ressenti tant d’amour que malgré la peur, le chagrin qui m’habite encore un peu, je trépigne de pouvoir revivre ça [peut-être] et que cette fois [peut-être], la fin sera heureuse…

Pendant cette mauvaise période, j’ai essayé de comprendre ce que je ressentais et au gré de mon surfinage sur le net je suis tombée sur un article qui m’a réellement beaucoup aidée. En voici le lien : http://www.maieusthesie.com/nouveautes/article/fausse_couche.htm

J’espère que certain(es) pourront y trouver un peu de réconfort et surtout de compréhension.

En attendant, je vous souhaite à toutes et tous d’être épargnés par cette épreuve, ou de la revivre à nouveau.

Beaucoup de bonheur à vous.