Notre parcours : miracle et infertilité : le duo improbable

J’ai toujours eu ce besoin impérieux d’être mère.

  D’ailleurs, adolescente, lorsque je rencontrais un garçon, je me disais : ferait-il un bon papa ? Et puis, à 20 ans, mature et droite dans mes baskets, j’ai rencontré L. Nous étions à la fac mais je savais que c’était LUI, celui à qui je promettrais amour et fidélité…le père de mes enfants ! Raisonnables, nous avons terminé nos études, avons démarré une vie active épanouissante et puis, (enfin !!), après 6 ans d’amour, nous nous sommes mariés en septembre 2011.

 Nous avons commencé les essais bébé dans la foulée (raisonnables, je vous dis !!!). Je me souviens m’être dit : «  A noël, tu seras enceinte !! ». Et puis Noël arrive, pas de retard, pas l’ombre d’une grossesse. Amis et parents y vont de leur petit conseil : je surveille mes cycles comme le lait sur le feu, j’achète des tests d’ovulation, j’y pense moins, j’y pense plus…Arrive le mois de mars et avec lui le temps de mon rendez vous annuel chez ma gynéco. Elle me demande si elle doit me prescrire la pilule…Evidemment que non ! Je lui explique que nous essayons depuis le mois de septembre et que ça commence à m’agacer… seulement 6 mois se sont écoulés et je suis déjà agacée… Elle me répond qu’elle comprend tout à fait mais que nous sommes jeunes (c’est vrai, je n’ai que 27 ans !), qu’il faut patienter…Elle ne fera rien avant un an d’essais. Elle me demande de faire mes courbes de températures pour le mois de septembre 2012, et me donne une ordonnance pour un spermogramme… je suis soulagée d’être prise au sérieux malgré notre « jeunesse »! Elle m’expliquera plus tard qu’elle est considère qu’une attente d’un an est largement suffisante pour lancer des investigations et qu’elle est contre le laisser aller qui suppose angoisse et perte de temps…

Les mois passent, notre entourage pose des questions, commence à me dire que j’y pense trop mais je reste confiante, le mois de septembre apportera les réponses que nous attendons. Une intuition grandit en moi : j’ai un problème. Conformément aux demandes de mon médecin, je fais mes courbes qui ne révèlent, a priori, rien d’anormal… des cycles un peu courts, c’est tout ! L. se soumet à son examen, bon gré, mal gré… et là c’est la douche froide ! 200 000 spermatozoïdes/ml et pas très vaillants : OATS sévère.Le sol s’ouvre sous mes pieds.

Je retrouve mon mari prostré…rien ne sera plus comme avant, NOUS SAVONS. Sentiment d’impuissance et d’incompréhension se mêlent et puis très vite l’envie de nous battre, ensemble, prend le dessus. Il faut que nous envisagions toutes les solutions : l’IAC, la FIV, le don, l’adoption. Je googlise pendant des heures, des nuits…j’analyse parce que je veux essayer de comprendre, savoir à quoi m’attendre…C’est là que je me rends compte à quel point le sujet de l’infertilité est tabou. Je découvre les blogs des unes des autres, leurs craintes, leurs espoirs : leurs (vos) expériences me rassurent. Nous ne sommes pas seuls.

Nous prenons très vite rendez vous chez mon gynéco qui nous dirige un spécialiste de la PMA. Nous arrivons en décembre avec un nouveau spermogramme à peine meilleur que le premier dans ce cabinet privé rutilant. Nous lui confions nos inquiétudes…Pour le spermogramme de mon mari, il n’y a pas grand-chose à faire…c’est la vie ! Il est inutile de « rechercher les causes de ses faiblesses spermatiques » nous dit-on, cela ne change rien au résultat. Par contre, de mon côté, c’est le début des réjouissances : dosage hormonal et hystérosalpingographie En fonction des résultats, nous serons dirigés vers une IAC ou une FIV…plus certainement vers une FIV ICSI. J’en viens à souhaiter que quelque chose n’aille pas de mon côté (sic !). Nous ne voulons pas perdre de temps en traitements qui se révèleraient inutiles…l’adoption est une procédure longue… Nous nous accrochons : tant que nous sommes dans l’action, ça ira… soudés mais isolés ! L. a décidé que nous n’en parlerons à personne… je respecte son choix, qui devient le mien. Nous continuons d’essuyer les remarques désobligeantes des uns et des autres…

Début janvier, l’hystérosalpingographie révèle un passage péritonéal difficile. Le reste est OK. Mon spécialiste prévoit une cœlioscopie à visée exploratoire. Il craint de l’endométriose, au moins des adhérences. Moi qui espérais avoir quelque chose, j’ai gagné ! Mais ce n’est pas simple, je vis une période toute en contradiction. Je  tourne en rond sur l’idée que nous irons en FIV plus vite et que c’est la meilleure des choses qui puisse nous arriver. Et puis, je suis un peu soulagée : les torts sont partagés. La cœlioscopie est prévue sur mon prochain cycle. Je flippe. Je n’ai jamais été opérée. L. me rassure tant qu’il le peut.

Et puis, J1 n’arrive pas…Mon mari me demande de faire un test de grossesse. Je ne veux pas : il sera tellement déçu une nouvelle fois… Nos chances de faire un enfant naturellement sont bien trop faibles : je ne me sens pas enceinte, je ne me sens pas prête à lui dire que ce n’est pas bon, une nouvelle fois. J’appelle mon gynéco qui n’évoque même pas la possibilité d’une grossesse. Si mon cycle est plus long que prévu, nous décalerons l’intervention : je perds patience, je ne me fais plus confiance, j’ai comme l’impression que mon corps me lâche…Je finis par consentir à faire un test de grossesse qui se révèle positif. Nous n’en croyons pas nos yeux. Nous pleurons, beaucoup mais nous ne crions pas victoire trop vite…

 Mon médecin me reçoit très rapidement, il craint une GEU. Mais non ! Il nous explique que c’est parfois la nature qui décide et que la médecine n’explique pas tout…   Il suit le début de cette grossesse de très près, il parle de miracle de la vie mais nous demande de garder la tête froide…

Et puis son cœur…le jour où j’ai entendu son cœur battre pour la première fois…

 Aujourd’hui enceinte d’une petite fille qui arrivera au mois d’octobre, je suis toujours très anxieuse. Nous oscillons entre bonheur et inquiétude, conscients que cette grossesse est très précieuse. En cas de problème, serons-nous capables de nous « débrouiller » tout seul ? Nous souhaitons un deuxième enfant, devrons-nous passer par le parcours promis ?

Mon histoire est celle d’une miraculée de la PMA (pour le moment). Ce genre d’histoire, je n’y croyais pas quand nous étions au cœur de la tempête. La nature ne nous a pas laissé trop longtemps sur le quai et nous sommes bien conscients des parcours que nombre d’entre vous doivent affronter. Malgré tout, l’infertilité a laissé des traces, indélébiles. Des moches : le défaut de suivi psychologique, le manque d’information du grand public, l’incompréhension et la maladresse de l’entourage, l’intrusion physique des examens médicaux, la peur d’échouer, la honte, le mésestime de soi, l’anxiété, l’inquiétude et tout l’éventail des synonymes de LA PEUR. Elle a laissé d’autres traces plus encourageantes : une mise en place rapide du diagnostic de notre infertilité, tout s’est enchaîné, très vite, aussi vite que nous l’avons pu, en étroite collaboration avec notre médecin, froid mais méthodique, la possibilité de mettre en place un traitement (y compris FIV ICSI) très rapidement. Malgré nos silences, nous avons trouvé sur notre passage des amis attentifs et soucieux qui sans le savoir pour certains, ont été d’un secours inestimable…

 Et puis finalement, qu’a-t-elle laissé de Nous ? Un couple uni, contre vents et marées. J’ai souvent dit à L. que je n’aurais souhaité vivre ça avec personne d’autre que lui. Son infertilité est devenue la mienne. Nous nous sommes battus, silencieux, main dans la main, d’une même force, d’un même entrain, d’un même amour. Je sais que nous n’avons pas vécu ce parcours de la même manière, nous sommes trop différents, mais notre volonté était la même : nous aurions un enfant COUTE QUE COUTE.

Txumai 28 ans
L. 31 ans

10 réflexions au sujet de « Notre parcours : miracle et infertilité : le duo improbable »

  1. L’hystérosalpingographie a probablement débouché une partie de tes adhérences, sur sur les 200000 zozos pas très vaillants de ton mari, il y avait un Indiana Jones, c’est la classe ! Moi j’attend ma coelio (début juillet) avec IMPATIENCE !! Je n’en peux plus d’attendre !! En tous cas, félicitations pour ton petit miracle, ça fait plaisir et ça rassure aussi… Bravo !!

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    1. Bonjour MissyPurple,
      C’est effectivement la seule explication probable…et puis j’aime bien l’idée qu’un Indiana Jones est venu faire son nid un milieu hostile! Bon courage pour ta coelio! Je te souhaite le meilleur!

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  2. J’aurais pu écrire tout le début mot à mot… Mais malheureusement pas la fin… C’est un beau miracle… Et tu décris bien les sentiments de la découverte de l’infertilité et du début de pma…

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  3. J’aime aussi beaucoup le Indiana Jones ^^… Je rêve tellement d’en avoir un aussi.

    Magnifique témoignage en tout cas, avec une description parfaite des états d’esprits et sentiments.

    Ton témoignage me rassure, peut-être que notre OATS apparemment moins sévère que la vôtre, ne sera pas un fardeau trop longtemps, et même si pas de bébé miracle en 2 ans d’essai, peut-être que ma 1ère Fiv sera la bonne. On croise les doigts pour que la chance soit aussi de notre côté.

    En tout cas, vraiment Félicitations pour cette merveille.

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    1. Merci BettyzBoop! Lorsque j’ai lu ton témoignage, j’ai moi aussi fait le parallèle avec notre parcours. Tous les médecins que nous avons pu croiser, pendant notre parcours et encore aujourd’hui ne cessaient de nous dire : « il suffit d’un! »… J’étais perplexe…avec du recul : ils ont raison bien que ce soit une condition nécessaire mais non suffisante…

      Je croise les doigts pour ta FIV! Garde le moral!

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  4. Les miracles arrivent mais à force de les lire, on remarque vite qu’ils arrivent uniquement (ou presque) quand le problème vient d’une seule partie du couple. Je pense comme Miss Purple. On l’a bien vu quand on est entré en PMA. Les médecins ouvraient mon dossier (IOP) en disant qu’il suffisait d’un ovocyte et puis ils se rendaient compte que sous mon dossier il y en avait un pour mon homme. Et là les visages changeaient, on avait droit à « heu … Monsieur aussi ? ». Et à la lecture du second dossier le verdict désolé « oui en effet, pour vous le miracle est très improbable… ». J’ai appris à détester les récits miraculeux. La jalousie est humaine je pense, on la vit toutes même si on n’en est pas fière. Et pourtant je m’obstine à les lire parce que c’est toujours le soulagement de se dire quepour cette copinaute, le cauchemar est presque fini. Félicitation pour ta poupette ! Ne vous battez pas trop pour le choix du prénom ! 😉

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