Ecrire son infertilité (par Lisa Manterfield)

Aujourd’hui nous avons l’honneur et le plaisir d’avoir un post invité de Lisa Manterfield, bilingue car traduit par les soins de LARA du blog Des compagnes pour la traversée du désert. Et en prime un concours pour recevoir une copie électronique du nouveau livre de Lisa Manterfield Life Without Baby: Surviving and Thriving When Motherhood Doesn’t Happen (en Anglais). Pour le gagner, laissez un commentaire contenant #Lifewithoutbaby, et on fera un tirage au sort le 25 mars.
Écrire mon infertilité par Lisa Manterfield (version française)
Je n’avais jamais prévu d’écrire un livre sur mon incapacité à avoir des enfants; mon plan a toujours été d’écrire des romans. Mais comme c’est souvent le cas, mon histoire personnelle a commencé à s’immiscer dans mes exercices d’écriture alors que je me battais pour être entendue et mettre des mots sur le ressenti de mon infertilité. Lors d’un atelier d’écriture d’un week-end, notre prof a subtilement posé la question suivante: “Quel est le sujet sur lequel vous ne voulez PAS écrire?” Notre devoir était d’écrire la réponse avant d’aller au lit ce soir-là. Ma réponse était évidente. Je ne voulais pas écrire sur mon infertilité. J’ai donc écrit ma réponse et ai attendu la suite de l’exercice, qui n’est jamais arrivée car la prof ne l’a plus mentionné.
Le temps passa et l’idée d’écrire l’histoire de mon infertilité a commencé à se faire un chemin. Il ne s’écoula que peu de temps avant que je n’aie écrit quelques chapitres sur ce sujet que je m’étais promis d’éviter. Et puis, sans vraiment savoir comment, je m’étais décidé à écrire un livre. Je crois que, à sa manière, la prof nous avait défié d’écrire sur le sujet qui nous effrayait le plus, et j’avais accroché.
Le problème était que mon histoire n’avait pas de fin. Mon mari (Mr Fab) et moi étions encore dans le tourbillon des traitements et des questionnements sur l’adoption, et j’étais bien loin de l’idée de renoncer à la maternité. La fin de mon livre serait bien sûr la scène où j’apprends que je suis enceinte et où on rit de bon coeur en pensant à tout ce qu’on avait traversé pour en arriver là. J’ai donc continué à écrire mon histoire, en attendant que cette fin arrive.
Au cours de l’élaboration de ce livre, j’ai commencé à regarder mon histoire avec un oeil d’éditeur, ce qui m’a permis de me distancier de mon expérience. Ça m’a permis d’écrire très honnêtement à propos de la douleur, la confusion et la solitude de l’infertilité. J’ai commencé à comprendre le sentiment de deuil et entrevoir le fait que je n’aurais peut-être jamais d’enfants. Finalement, j’ai compris quelle devait être la fin du livre – et la fin de mon histoire. Ça devait être le moment où Mr Fab et moi décidions de nous libérer de nos plans d’avoir un bébé et orientions nos vies dans une nouvelle direction. C’était la meilleure fin possible pour le livre, mais bien sûr ce n’était pas du tout la fin que je voulais pour mon histoire, alors je l’ai mise de côté.
Puis un jour, la fille de mon mari nous annonça qu’elle était enceinte, et quelques mois plus tard, Mr Fab et moi devenions grand-parents. En voyant mon mari avec la génération suivante, j’ai compris qu’un chapitre de ma vie devait se terminer. Il était temps d’arrêter la poursuite de la maternité à tout prix.
Lorsque j’ai écrit le dernier chapitre de mon livre, je n’étais toujours pas sûre de pouvoir me détacher de ce rêve de maternité, ni si je serais un jour en paix avec cette décision. Je ne vais pas vous raconter que j’ai pris la décision et que tout s’est arrangé comme par miracle, car l’histoire est bien plus compliquée que ça. Mais j’ai continué à écrire et à chercher des moyens d’avancer.
J’ai ouvert un blog et ai commencé à écrire, pour mettre de l’ordre dans tout ce désordre mental qui accompagne cette décision. Je me suis sentie comme un pionnier involontaire, comme si j’étais la seule personne au monde à parler de cette horrible situation. Mais les gens ont commencé à trouver le blog et j’ai compris que j’étais loin d’être seule. J’ai trouvé d’autres blogs partageant leurs histoires et, petit à petit, j’ai commencé à guérir. Les larmes on laissé place à la colère. Et puis la colère a diminué et a peu à peu laissé place… au bonheur! J’étais heureuse et nullipare! Inimaginable.
J’ai continué à écrire, partageant ce que j’avais appris de mon expérience et de celle d’autres femmes, et finalement l’idée d’un nouveau livre a commencé à émerger: un guide pour aider d’autres femmes à naviguer ce chapitre difficile.
Alors me voici dans ce drôle d’univers, loin de la fin du voyage (parce que je pense que ça sera un voyage sans fin) mais tellement loin de mon point de départ que j’ai peine à me reconnaître. Au lieu d’être mère, je suis nullipare. Et, au lieu d’écrire un roman, j’ai deux livres sur l’infertilité.
La bonne nouvelle que j’ai à vous transmettre de ce monde étrange, c’est que même si je n’ai pas eu ce qu’un jour j’ai voulu plus que tout au monde, j’ai une vraiment belle vie. Et ça, c’est une fin que je n’aurais jamais deviné.
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Lisa Manterfield est la créatrice de  LifeWithoutBaby.com, la e-communauté qui apporte des ressources, un réseau social, de la compassion et de l’aide aux femmes qui ont à faire face à une vie sans enfants. Elle est l’auteur de Life Without Baby: Surviving and Thriving When Motherhood Doesn’t Happen, ainsi que de I’m Taking My Eggs and Going Home: How One Woman Dared to Say No to Motherhood, mémoire qui a reçu le prix 2012 de la publication indépendante. Elle vit dans le sud de la Californie, avec son merveilleux mari (Mr Fab) et son chat trop gâté, et travaille à son prochain roman.
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Writing My Way Through Infertility by Lisa Manterfield (english version)
 
I never set out to write a book about being unable to have children; my plan had always been to write novels. But as is often the way, my personal story began creeping into writing exercises as I struggled to put my infertility experience into words and be heard. Then, in a weekend writing workshop, our very astute teacher asked the question, “What’s the one thing you don’t want to write about?” Our assignment was to write down our answers before going to bed that night. My answer was obvious to me. I didn’t want to write about my infertility. I wrote down my answer and waited for the follow up assignment the next morning, but the teacher never mentioned it again.
Time passed and the idea of writing my infertility story began to worm its way into my brain. Before long I’d written several chapters about the thing I swore I didn’t want to write about. The next thing I knew I was committing to writing a book. In her way, I believe the teacher was daring us to write about our most dreaded topics and I had taken the bait.
The trouble was, my story didn’t have an ending. My husband (Mr. Fab) and I were still working through fertility treatments and exploring adoption, and I was far from ready to give up on motherhood. The ending of my book would obviously be the scene where I learn that I am pregnant and we laugh joyously at all we’ve been through. So I kept writing the rest of my story and waiting for that ending to come.
During this process of creating a book, I began to look at my story through an editor’s eyes and it gave me some distance from my experience. It allowed me to write very honestly about the pain, confusion, and utter loneliness of dealing with infertility, and I began to gain perspective about grief and about the idea that I might never have children. Finally, I realized what the ending of the book—and the ending of my story—had to be. It had to be the point that Mr. Fab and I decide to let go of our plans to have a baby and take our lives in a new direction. It was the best ending for the book, but it was not the ending I wanted for my own story, and so I set my writing aside.
Then, my husband’s daughter announced that she was pregnant and a few months later Mr. Fab and I became grandparents. When I saw my husband with the next generation of his family, I knew that a chapter of my life needed to end. I knew that it was time to stop pursuing motherhood at all costs.
When I wrote the final chapter of the book, I still wasn’t sure I could walk away from my dream of motherhood or if I’d ever make peace with that decision. I can’t tell you that I decided and then everything got better, because the story was more complicated than that. But I kept writing about it and kept trying to find a way forward.
I started a blog and began writing my way through the mess of trying to come to terms with my decision. I felt like a very unwilling pioneer, like I was the only person in the world talking about this awful situation. But then readers began to find the blog and I learned that I was far from alone. I found other bloggers sharing their stories and, bit-by-bit, I began to heal. I stopped crying and started being angry instead. And after a while I stopped being so angry and started being…happy! Happily childless! I could never have imagined it.
And so I kept writing, sharing what I’d learned from my experience and from the stories of other women, and eventually a new book idea began to form, a guide to help other women navigate through this difficult chapter.
So here I am standing in this odd place, not at the end of my journey (because I don’t think this will be a journey with a finite ending) but at a place so far distant from where I began that I can barely recognize myself anymore. Instead of being a mother, I am childless. And instead of writing a novel, I have two books about infertility.
But the good news I have to report from this strange land is that, even though I didn’t get the thing I once wanted more than anything in the world, I have a really good life. And that’s an ending to the story I would never have predicted.
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Lisa Manterfield is the creator of LifeWithoutBaby.com, the online community that provides resources, community, compassion, and support to women facing a life without children. She is the author of Life Without Baby: Surviving and Thriving When Motherhood Doesn’t Happen and the award-winning memoir I’m Taking My Eggs and Going Home: How One Woman Dared to Say No to Motherhood. She lives in Southern California, with her wonderful husband (“Mr. Fab”) and overindulged cat, where she is working on her latest novel.

13 réflexions au sujet de « Ecrire son infertilité (par Lisa Manterfield) »

  1. Je relis ma traduction et remarque que ça ne fait pas du tout justice au style de Lisa, qui est bien meilleur que ce que la version française, mais bon le sense est là et j’ai une excuse je ne suis pas du tout une pro!

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  2. Moi j’ai accepter que je ne serais pas une maman depuis 2010. Mais c’est seulement apres 14 ans d’essayer avec un mari qui me controllait et etait abusive. Pendant les der iers 5 annees d’esseyer de devenir parent par adoption j’ai pleurer beaucoup et finalwment quand j’ai seu que c’est impossible j’ai eu un sense de paix enorme. En 2011j’ai eu un diagnose d’arthrite spondylarthrite et j’etais tres content que mes reves des annees passees on ete echuer.
    En 2013 un separation et ensuite finalememt j’ai trouver un homme qui maccepte comme je suis et qui aime presque toutes les memes choses que moi. Ceci et tres rare car je suis un vrai « nerd » et aussi jaimme beaucoup les antiques. Mais il ne veut pas avoir des enfants. Un membre de ma famille ma demander si je vais vite devenir encinte avec mon nouveau mari (nous sommes marrier en Novembre 2015). Je devais expliquer encore que j’ai completement abandoner la reve d’etre maman en 2011 au complet. Et lui a lage de 50 ne voulait pas recommencer de nouveau avec des wnfants. Il y a 2 fillesdans les vingtaines. Un jour j’imagine quelles vount maccepter comme une amie mais pour maintenant je suis contant detre dans une bonne place avec un homme qui m’aime avec un amour veritable.

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    1. C.T.Bird, félicitations pour le nouveau mari! J’ai moi-même 3 belles-filles dans la vingtaine, et c’est une situation qui est loin d’être facile, mais qui est mieux documentée que le deuil d’enfant. C’est un peu hors sujet, mais j’ai eu beaucoup d’aide du « Club des Marâtres » (voir leur page facebook) ainsi qu’en lisant « The stepmom magazine » et les livres de Marie-Luce Iovanne-Chesnau « Belle-mère ou marâtre » et de Wendy Martin « Stepmonster ».

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