Suite à l’article du magazine Parents, les VRAIES conclusions de l’étude australienne sur les chances de grossesse spontanée post 1ere grossesse AMP

Il y a 3 semaines, ClairAnne nous faisait partager sa découverte ici

En bas de l’article, on pouvait lire une référence à une étude australienne (référence d’ailleurs mal recopiée par le magazine) que l’on trouve ici.

Irouwen m’a proposé de vous faire un résumé de cette étude.

K. WYNTER et ses collègues se sont intéressés aux chances de conception spontanée chez les couples ayant eu un premier enfant grace aux techniques d’AMP .

Pour cela, ils ont recruté

  • Une cohorte de patientes suivies en AMP (et qui ont donc obtenu une première grossesse/naissance) (= ARTC).
  • ainsi que des femmes ayant eu un premier enfant sans soucis particulier de conception (= SC).

Ces femmes ont été suivies par l’équipe sur une période de 18 à 24 mois après la naissance de leur premier enfant via un questionnaire. Au total 198 femmes SC et 236 femmes ARTC ont participé à l’étude. 40% des SC ont eu une seconde grossesse spontanée, contre 33% chez les ARTC.

Pour 24% des SC et 61% (!) des ARTC cette grossesse était inattendue. Pour la plupart, les femmes du groupe ARTC enceintes spontanément étaient dans un cas d’infertilité inexpliquée et en couple depuis moins longtemps que les autres femmes ARTC.

Après ce court résumé, je vous propose de détailler un peu plus. Tout d’abord en quoi consistait le fameux questionnaire? En réalité il y en a eu 3: un à 30 semaines de grossesse, un aux 4 mois de l’enfant et enfin un aux 18-24 mois de l’enfant. Les informations collectées ont été de types âge / lieu de naissance (les connaissances en anglais également) / durée de la relation de couple / les causes d’infertilité / la durée des essais). Dans le dernier questionnaire il y a eu des questions sur le couple lui-même (changement de partenaire, qui était bien évidemment un critère d’exclusion dans le cas d’une seconde grossesse spontanée), si le couple est de nouveau en essai depuis les 4 mois du premier enfant et si grossesse : était-elle attendue? Au bout de combien de temps sans contraception? Si fausse couche? Si la grossesse est spontanée ou obtenue à nouveau par AMP?

Ensuite la cohorte. Il y a eu quelques « perdues de vue » en cours de route, les ARTC ont mieux suivi l’étude (au départ 297 ARTC et 295 SC avaient été recrutées), les femmes « jeunes » ont globalement plus fréquemment abandonnées et ce sont plutôt des femmes ayant une mutuelle et nées en Australie qui ont poursuivies l’étude. Il n’y a pas de cas d’infertilité secondaire (avérée en tout cas car après tout l’étude n’est pas spécialement longue). En terme de durée d’essais, les SC ont une moyenne de 6 mois d’essais avant leur premier enfant, quand le groupe ARTC a une moyenne 35 mois d’essais (des FIV prescrites trop vite hein?)

Maintenant les résultats. Quand on lit un peu vite, comme je le disais plus haut, une deuxième grossesse spontanée à été obtenue chez 40% des SC et chez 33% des ARTC. Les auteurs soulignent que statistiquement parlant 40% et 33% c’est pas si différent (!).

Sauf que.

Sauf qu’il y a un petit tableau qui en dit long, le groupe ARTC a été divisé en 2 sous-groupes :

  • les couples qui ont eu recours de nouveau à l’AMP.
  • et ceux qui n’ont pas souhaité reprendre les traitements pendant la période d’étude (pour rappel: 24 mois maximum). Et en réalité le fameux 33% s’applique au sous-groupe « sans traitement », et là j’ai envie de vous dire: vous pensez pas que « être enceinte spontanément » est une bonne raison de ne pas reprendre les traitements? et que donc cela « gonfle » artificiellement ce taux de grossesses spontanées? J’ai calculé le taux de grossesse spontanée ramené au groupe de départ et je trouve un taux de 19.5%. Il faut donc lire ces résultats avec beaucoup de précautions.

Ensuite, il est vrai que l’infertilité inexpliquée est la cause d’infertilité la plus fréquente dans le groupe ARTC avec une seconde grossesse spontanée. Les auteurs précisent quand même que pour tout ce qui est endométriose par exemple, les investigations cliniques ne se font plus en Australie.

Mais voilà cela véhicule quand même la fausse idée que « inexpliquée » est synonyme de « t’as pas attendu assez longtemps, t’es trop impatiente, etc« . Alors qu’il serait bon de préciser que « inexpliquée » ne veut pas dire « inexistante » mais non trouvée (ou cherchée) en l’état actuelle des connaissances et techniques. Alors en effet comme ce sont des causes moins « évidentes » qu’une insuffisance ovarienne, un syndrôme OPK ou qu’une tératozoospermie elles sont peut-être moins « bloquantes » sur le long terme (= pas d’ovule du tout contre un de temps en temps pas trop mal fichu par exemple, cela change un peu le contexte).

La conclusion de l’article australien vient poser la question : faut-il proposer une contraception aux femmes ayant eu recours à l’AMP mais qui ne souhaitent plus avoir un enfant ou pas tout de suite ? Au vu des résultats et surtout de la proportion de grossesse vécues comme inattendues. Sujet qui n’est pas du tout évoqué dans l’article du magazine « Parents » qui, il faut bien le reconnaitre tombe dans le piège facile des phrases vites faites et un brin racoleuses.

La lecture de cet article australien m’a permis de découvrir une étude française récente (2012) dont je vous ferais part à l’occasion d’un autre article, qui me parait bien documentée (temps d’observation plus long, cohorte plus importante) et assez intéressante (ici: http://www.fertstert.org/article/S0015-0282(12)00396-2/abstract).

Dolminwen

7 réflexions au sujet de « Suite à l’article du magazine Parents, les VRAIES conclusions de l’étude australienne sur les chances de grossesse spontanée post 1ere grossesse AMP »

  1. Merci pour le commentaire !! Si pour beaucoup l’infertilité résultait d ‘une endométriose, il est également probable que la fenêtre post grossesse permette plus facilement l’installation d’une grossesse. Je trouve très « grossier » l’analyse qui ne tient pas compte des causes de l ‘infertilité ou qui classe facilement en inexpliqué… Et puis 35 mois en moyenne, c’est long !! Sans intervention médicale pour leur 1er enfant, l’âge avançant, qui dit que ces familles auraient pu accueillir un petit 2ème spontanément?

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